Bonjour à tous ! Me revoici avec la suite directe de l'OS n°9. Je voulais d'abord la mettre du point de vue de Déméter, puis finalement j'ai adopté celui de Perséphone et d'Hadès. Ça me paraissait plus logique. Cependant si vous me réclamez un OS du point de vue de cette déesse, je pourrais toujours essayer ! ^^

Petite erreur à signaler au chapitre précédent (merci Seiren de me l'avoir fait remarquer) : Tout le repas avait été frugal, et le dessert n'échappait pas à cette qualification. Ici, il faut bien sûr lire « copieux » au lieu de « frugal ». C'est une erreur assez bête, j'ai dû penser à « fruit » et « fructueux » donc j'ai écrit « frugal ». On ne se relit jamais assez, finalement !

Je profite de ce chapitre pour vous signaler que je risque de poster moins souvent, car la rentrée de la fac approche à grands pas pour moi… Ça veut donc dire cours et devoirs, bien sûr ! J'ai quelques OS en réserve, mais ils doivent être travaillés et relus. Je préfère vous poster quelque chose de bien, assez tard, plutôt que quelque chose de bâclé tout de suite.

Je ne peux donc pas vraiment garantir quand de nouveaux chapitres arriveront. Vous pouvez être sûrs cependant qu'il y en aura bien un avant les vacances de Toussaint !

Un grand merci à tous ceux qui passent lire, ou qui m'ajoutent en favori. N'hésitez pas à laisser des reviews, je ne mords pas ! ;)
Une mention spéciale pour Seiren-dit-pity, An Eerie Fairy et Guest ! :) Vos avis me font toujours chaud au cœur !

Je précise que les personnages ne m'appartiennent pas et que je ne reçois aucune rémunération pour mes écrits.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Dans la famille infernale, je demande la belle-mère

Perséphone s'en rendait de plus en plus compte : le métier de reine des Enfers était bien plus dur que ce qu'il paraissait. Il fallait gérer le flux des âmes qui rentraient, s'assurer que Charon ne faisait passer que ceux qui pouvaient payer, et s'assurer aussi que personne ne repartait des lieux sans l'autorisation du roi ou de la reine. Autrement dit, d'Hadès et elle.

Curieusement, pour une divinité associée aux champs et à la nature, elle se sentait comme chez elle dans les longs souterrains. La présence d'Hadès y était pour beaucoup, et elle se demandait souvent comment il avait pu survivre tout seul toutes ces années sans devenir fou.

« Hadès, il faudrait songer à attribuer un rôle à Minos dans le jugement des morts. Je crois qu'il y tient vraiment », dit-elle à son mari un soir, à table.

« Tu as raison, ma chérie. Vu comme il me harcèle dès que je vais le voir, c'est qu'il y tient à cœur », répondit-il. « Un peu plus de grenade ? » demanda-t-il en lui tendant le plat rempli de fruits.

Ils se sourirent, complices. Mais leur instant fut interrompu par un gong retentissant. Le dieu des enfers jeta un regard ahuri à sa reine.

« Tu attendais quelqu'un ? » lui demanda-t-il.

Elle fit « non » de la tête, tout aussi surprise que lui. Qui donc pouvait les déranger ?

Hadès eut la réponse en entendant une voix criarde venir du corridor. Il sut que sa dernière heure était arrivée.

« Coré, ma chérie ! L'hiver est fini, il est temps de rentrer à la maison ! »

« Oh non », songea Hadès. « Le printemps est déjà là ?! »

Déméter, sa charmante belle-mère, venait chercher sa fille. Il soupira d'agacement, avant de sentir Perséphone poser son bras sur le sien.

« Reste calme, d'accord ? C'est la première fois qu'elle vient me chercher. Elle s'habituera. »

« Je sens surtout qu'elle va tout faire pour te garder avec elle », pensa Hadès. Mais il garda cela pour lui. « J'essaierai, ma douce », répondit-il simplement.

Déméter pénétra dans la salle à manger du couple infernal, et poussa un cri de joie en voyant son enfant.

« Coré, ma magnifique, ma merveilleuse petite fille ! » s'exclama-t-elle. « Et son ravisseur », ajouta-t-elle en jetant un regard noir à Hadès.

« Ça y est, les festivités commencent », se dit-il.

Hermès, qui suivait la déesse des moissons, le salua d'un signe de tête, auquel Hadès répondit volontiers. Quelque chose lui disait qu'il aurait besoin d'un allié dans les prochaines minutes.

Un silence tendu pesait sur les quatre divinités. Perséphone tenta de le briser :

« Mère, je suis très heureuse de vous revoir aussi. Vous avez fait bonne route ? » demanda-t-elle à Déméter.

« Bien sûr, ma chérie, merci », lui répondit-elle. « Hermès est un très bon gui… »

« Cerbère, couché. J'ai dit couché ! » cria une voix aigüe depuis le corridor.

Hadès lança un regard surpris à Hermès. Le dieu messager haussa les épaules.

« Il se pourrait que Zeus ait plus de mal que nous à passer devant Cerbère », expliqua-t-il.

« En même temps, quelle idée de vouloir invoquer des éclairs dans les souterrains », dit Déméter en levant les yeux au ciel.

Hadès soupira. « Je vais le chercher. »

Perséphone en profita pour faire diversion : « Venez, Mère, Hermès. Je vais vous mener au salon, nous pourrons prendre un peu de thé. »

Les dieux suivirent la maîtresse des lieux, tandis qu'Hadès allait libérer son petit frère de l'emprise du chien à trois têtes. Il eût tout de même le temps d'entendre les commentaires de sa belle-mère qui s'éloignait : « Je n'aime pas tellement la décoration, Coré, ma chérie. C'est très sombre, tout de même. »

« Ce sont les Enfers, elle s'attendait à quoi ? A des arcs-en-ciel ? » pensa Hadès, un peu énervé.

Son énervement fit place à un rire nerveux et involontaire lorsqu'il arriva près de Cerbère. La scène qui se déroulait sous ses yeux était réellement comique. Zeus était perché sur un rocher, tentant d'échapper au chien à trois têtes qui, apparemment, avait décidé que le dieu serait son quatre heures.

« Cerbère enfin, gentil chien, j'ai dit couché ! » s'évertuait le roi des dieux, sans succès.

« Cerbère, ça suffit. Couché », dit Hadès d'une voix forte.

Le chien comme le dieu se retournèrent vers Hadès. Cerbère gémit puis baissa la tête, avant de se coucher, obéissant à son maître.

« Bien. A l'avenir, laisse Zeus tranquille », ordonna-t-il au gardien des portes tandis que Zeus redescendait de son rocher, non sans peine.

« Merci, mon frère, j'ai bien cru que j'y passais la journée. Déméter et Hermès ont refusé de m'aider, ils ne voulaient pas que je les accompagne, au début », expliqua-t-il.

« Bonjour, Zeus », répondit Hadès avec un sourire. Etonnamment, il était très heureux de le voir.

« Je suis désolé si je m'impose », s'excusa le roi de l'Olympe. « Mais vu que c'est la première fois que Déméter vient chercher Coré, j'ai pensé que tu aimerais avoir un semblant d'allié dans la place ».

Hadès hocha la tête. « Je suis heureux que tu sois là, vraiment. » Puis il enchaîna : « Les autres prennent le thé au salon, allons donc les rejoindre. »

Il guida Zeus à travers les couloirs souterrains. Il pensait que le trajet se ferait en silence, mais c'était sans compter sur le roi des dieux qui semblait d'humeur bavarde :

« Alors, grand frère, la vie aux Enfers est quand même mieux à deux ? Hein ? Hein ? » lui dit-il en lui donnant un léger coup de coude et en lui faisant un clin d'œil.

« Euh… » fut tout ce qu'Hadès trouva à répondre. Son frère était drogué, ou quoi ?

« C'est… différent, mais en mieux, oui », dit-il en souriant, tentant d'aller dans le sens de Zeus.

Puis ils arrivèrent enfin au salon. Déméter n'attendit pas pour attaquer son frère et gendre : « Hadès, je disais à Coré que tu devrais songer à mettre un peu plus d'ouvertures dans tes pièces. Il ne faut vraiment pas être claustrophobe. »

« Ne pas craquer, ne pas craquer, ne pas craquer, ne pas craquer… » se répétait-il intérieurement.

Perséphone leva vers son mari un regard d'excuse il lui répondit par un sourire crispé.

« J'y penserai, belle-maman », dit-il en insistant sur les deux derniers mots.

Déméter se raidit. « Je veux simplement dire que ma fille est habituée aux grands espaces, et qu'il ne faudrait pas qu'elle soit totalement déboussolée. »

« Je me suis très bien habituée aux Enfers, mère, je vous assure », lui dit Perséphone d'une voix douce mais ferme.

Cela surprit sa mère, qui ne s'attendait pas à ce que sa fille réplique.

« On peut dire que vous êtes bien gardés, en tout cas », tenta Zeus. « Cerbère prend son rôle très à cœur. »

Hadès se mordit l'intérieur des joues pour ne pas éclater de rire en se rappelant de l'attitude de son frère face au chien à trois têtes.

« Nous sommes en effet très bien installés, père », lui répondit Perséphone.

« Dommage que tu ne puisses passer que deux saisons avec moi, ma chérie », intervint Déméter. J'aimerais tellement t'avoir avec moi toute l'année. »

Hadès toussota légèrement, évitant le regard de sa belle-mère, lourd de reproches.

« C'était la meilleure chose à faire », répliqua Zeus. « Moitié-moitié, c'est un très bon compromis. »

« Je suppose que c'est mieux que pas de compromis du tout », soupira la mère de Perséphone.

« C'est surtout qu'elle n'arrêtait pas de me lancer des objets à la figure jusqu'à ce que je trouve une solution », chuchota Zeus à son frère.

Hadès le regarda, ahuri.

« Non, elle t'a aussi fait le coup ? » murmura-t-il.

« Quoi, Coré aussi s'amuse à jouer au frisbee avec tes bibelots ? » continua Zeus.

Ils se regardèrent un instant, puis éclatèrent de rire. Assez fort pour que les trois autres dieux présents se retournent vers eux, ébahis. Les deux frères qui riaient ensemble, c'était assez rare.

« Pardon », pouffa Zeus après dix bonnes minutes de fou-rire.

« D'ailleurs », dit Perséphone en plissant le front, « je ne sais toujours pas comment vous avez fait pour faire une répartition correcte, Père. »

Ah tiens, c'est vrai, ça. Zeus n'avait pas pu improviser, la vie des mortels était tout de même en jeu. Hadès haussa un sourcil en guise d'interrogation.

« Eh bien, j'ai… » hésita Zeus.

« Il n'a quand même pas fait ça au hasard ? » se dit Hadès, un peu paniqué.

Hermès semblait penser la même chose, vu son air interrogateur. Mais Zeus réussit à s'exprimer tout de même :

« Je me suis calqué sur Déméter et ses moissons », avoua-t-il enfin. « Je me suis dit que ce serait mauvais pour les mortels s'ils avaient des moissons abondantes toute l'année. Et vu l'état déplorable des récoltes lors du rapt de Perséphone… »

Déméter profita de ce passage du récit pour jeter un regard lourd de colère à Hadès.

« … J'ai pensé que le printemps et l'été serait des saisons propices à la nature, et qu'ainsi Coré pourrait aider sa mère. Au contraire, l'automne et l'hiver seraient des saisons teintées de mélancolie et de tristesse, et sans récoltes possibles », acheva Zeus, un peu mal à l'aise.

« Tu avais donc vraiment un plan », s'exclama Hadès, surpris.

« Je fais ça très souvent », ronchonna Zeus, « et pourtant tout le monde paraît toujours surpris. »

« Avez-vous approuvé cette répartition des récoltes, mère ? » interrogea Perséphone.

« Bien sûr, Coré », dit sa mère en portant la tasse de thé à ses lèvres.

« Il faut comprendre par là qu'elle a vraiment failli me tuer », marmonna Zeus.

« Qu'est-ce qu'elle a voulu lancer ? » demanda Hadès, plein de curiosité.

« La bibliothèque de Mère », répondit Zeus sur un ton abattu.

Hadès grimaça. La bibliothèque de leur mère, Rhéa, était très imposante par sa taille et par le nombre de livres qu'elle contenait. Déméter devait vraiment être fâchée pour vouloir soulever un tel meuble.

« Ma chérie », demanda la déesse des moissons à sa fille, « Comment vis-tu cette répartition ? Es-tu heureuse d'avoir ton année coupée en deux ? »

Perséphone posa sa tasse et sourit.

« Bien sûr, mère. Hadès a été un très bon maître pour m'enseigner tout ce qu'il fallait savoir sur les Enfers. »

« Et tu as été une très bonne élève, Perséphone », rit Hadès.

Déméter se tendit comme un arc.

« Tu oses tutoyer ma fille, Hadès ? » siffla-t-elle.

L'atmosphère se fit tout d'un coup bien plus froide.

« Nous sommes mariés, il me semble », répliqua Hadès, qui se sentait de plus en plus irrité.

« Héra et Zeus sont mariés », dit Déméter, « et pourtant ils se vouvoient encore. N'est-ce pas, Zeus ? »

Le roi des dieux tentait de se faire tout petit derrière son grand frère. Un comble.

« Oh, vous savez, ce n'est pas forcément un exemple très illustratif de la vie conjugale… » tenta-t-il.

« Bon », intervint Hermès « je ne voudrais surtout pas briser un doux moment en famille, mais ma mission est de vous ramener à la surface. J'en ai d'autres en cours et j'aimerais bien me dépêcher. »

Hadès fusilla Hermès du regard. Il ne voulait pas se séparer si tôt de sa femme.

« Bonne idée », approuva Déméter. « Allons-y, Coré, ma chérie ! » dit-elle avec entrain, en utilisant exprès le nom de naissance de sa fille.

Sa fille qui soupira mais sourit tout de même à sa génitrice.

« Je vous accompagne jusqu'à la sortie », les informa le maître des Enfers.

« Ce n'est pas néces… » commença Déméter, des éclairs dans les yeux.

« En tant que roi des Enfers, ma chère, je crois qu'Hadès a le droit de décider où il se déplace dans son propre domaine. » dit Zeus sur un ton qui n'admettait pas de réplique. « Mais au fait », continua-t-il en prenant sa sœur par le bras, « tu ne m'as pas encore tout dit sur l'organisation de la fête des fleurs pour le mois prochain. » Et il l'entraîna un peu à l'écart, prenant la tête du chemin de sortie des Enfers. Hermès les suivit de près, un petit sourire aux lèvres, ce qui laissait Perséphone et son mari fermer la marche.

Hadès tendit son bras à sa femme, qui le prit en souriant.

« Je hais ta mère », grimaça le dieu chtonien.

« Manifestement, c'est réciproque, mon chéri », répondit-elle d'une voix douce. « Ne t'inquiètes pas », poursuivit-elle en souriant encore. « Je suis sûre que vous vous entendez un jour. »

« Oui, le jour où les Titans seront libérés, peut-être », pensa Hadès. Mais il se contenta de sourire.

Ils passèrent tous devant Cerbère, qui se redressa un peu en apercevant Zeus. Par réflexe, ou par peur, le roi des dieux prit soin de marcher de l'autre côté de Déméter, pour être le moins exposé possible au chien à trois têtes.

La sortie des souterrains arriva bien trop vite aux yeux d'Hadès, qui ne put s'empêcher de poser une main possessive sur la taille de sa femme. Zeus passa le premier dans le trou creusé, puis Déméter rejoint à son tour la lumière du jour. Hermès devait apparemment passer avec Perséphone, puisqu'il semblait l'attendre.

« Tu vas me manquer, Hadès », dit-elle à son mari en tournant son beau visage vers le sien.

« Nous nous reverrons bientôt », promit Hadès. « J'y veillerai personnellement », ajouta-t-il avant de l'embrasser.

Perséphone se laissa fondre dans ses bras, jusqu'à ce que sa mère toussote.

« Coré, ma chérie, dépêche-toi, tu le reverras bientôt ! »

Hadès interrompit leur étreinte en fusillant Déméter du regard. Quel dommage que Cerbère ait déjà mangé…

« A bientôt, ma douce. Amuse-toi bien, à la surface », souffla-t-il à sa femme.

« Au revoir, Hadès », lui répondit-elle simplement.

Et elle rejoint la lumière à son tour avec Hermès. Les divinités s'en allèrent bien vite de l'entrée des souterrains.

Hadès resta là plusieurs minutes à contempler l'endroit où ils avaient disparu. Il soupira. Il était de nouveau seul dans ces labyrinthes interminables. Pour l'instant, en tout cas.

Il sourit.

La solitude serait bien plus douce à supporter dans l'attente de son aimée.