Bonjour à tous et à toutes !

Je sais, je suis impardonnable, je vous avais dit une publication par mois, et en Novembre je n'ai rien posté… Mea culpa ! Je me suis un tout petit peu laissé déborder par les événements de ma vie ^^'…

Je reviens donc en force avec un OS sur Dionysos et Ariane (que j'ai intitulé assez sobrement), et qui est un peu plus long que d'habitude. J'ai eu l'idée de cet OS en cours de traduction, où nous travaillons Les Métamorphoses d'Ovide. Le passage sur Ariane et Dionysos m'a beaucoup plu et j'ai donc voulu le remanier à ma sauce.

Pour ce qui est de l'OS sur Pandore, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est qu'il est fini. La mauvaise, c'est que je le fais en deux parties pour plus de cohérence, et que la première est encore en chantier. *soupire*

Pour répondre à GruviaCrazy, oui, je fais les commandes, et je travaille sur un triangle amoureux Adonis/Aphrodite/Arès. Pour un Hermès/Apollon, je t'avoue que c'est un couple qui ne m'apparaît pas comme évident, mais je verrai si je peux en faire un, ou au moins un sous-entendu quelque part ^^ !

Un énorme merci à tous ceux qui me suivent, m'ajoutent en favori ou me laissent un commentaire, voire même les trois en même temps ! Vraiment, je ne sais pas comment exprimer ma gratitude, vous êtes tous géniaux.

Je précise que je ne gagne pas d'argent avec ce recueil et que les personnages ne m'appartiennent pas. S'ils m'appartenaient, j'aurais déjà des cheesecakes en quantité industrielle et du nectar à volonté.

Bonne lecture !


Ariane et Dionysos

La première fois qu'il l'avait vue, elle était si belle.

Reposant sur un rocher à Naxos, il l'avait contemplée. Les cheveux d'un blond pâle, la peau blanche, les lèvres d'un rose délicat : elle était toute entière une ode à la beauté.

Enfin, tout ça, c'était avant qu'elle se réveille. Si endormie elle était calme, quand elle était réveillée, Ariane était très bruyante.

En l'observant endormie sur son rocher, Dionysos n'avait pas réfléchi. Il l'avait embrassée chastement, d'une légère pression sur les lèvres. Il s'était senti flotter, comme s'il avait bu trop de nectar, et il s'était enfin senti à sa place. Puis la belle s'était réveillée.

Et l'avait giflé.

Puis avait hurlé.

Dionysos n'avait pas vraiment su comment réagir, faute d'expérience dans le domaine. Voyant la panique de la jeune femme, il avait lui-même paniqué, et n'avait pu que prendre la fuite. Rentrant dans ses quartiers sur l'Olympe, il avait ignoré les regards surpris des autres dieux et déesses et s'était enfermé dans sa chambre.

Cela faisait maintenant deux bonnes heures qu'il tournait en rond.

« C'est fou ce que ça crie fort, une humaine », se dit-t-il en grimaçant. Il pensait qu'Héra était la personne la plus bruyante au monde, mais elle se faisait battre à plate couture.

« Toujours est-il que j'ai fui lâchement et que c'était un vrai fiasco », paniqua-t-il cependant. Il soupira, las. Peut-être devrait-il demander conseil à quelqu'un ?

Prudemment, il ouvrit la porte de sa chambre et en sortit la tête, observant les alentours. Personne. Il se risqua donc à cheminer jusqu'au salon, où il put voir Apollon et Arès discuter. Apparemment, ils étaient seuls.

« Hé, les gars ! » appela Dionysos d'une voix, il faut le dire, assez désespérée.

« Salut Dionysos ! » le salua joyeusement Apollon.

« Tu n'as pas l'air bien en forme », remarqua Arès en fronçant les sourcils. « Quelque chose te tracasse ? »

« Eh bien… » tenta Dionysos. Il ne savait pas trop par où commencer. « J'ai quelque chose à vous demander. »

Le dieu de la guerre et celui des oracles se retournèrent complètement vers lui avec des airs de conspirateurs sur le visage.

« Assieds-toi et dis-nous tout, frérot », le taquina Apollon.

Ils n'étaient certes que demi-frères, mais Apollon se sentait d'humeur fraternelle à taquiner le dieu du vin.

« Alors voilà », dit Dionysos, « j'étais chez les mortels en train de planter des pieds de vigne à Naxos, parce que c'est une île où il y a très peu de végétation et j'ai voulu requinquer le paysage. Mais normalement Naxos n'est pas peuplé, et là, il y avait quelqu'un. »

Il commença à rougir, embarrassé d'avance.

« C'était une jeune fille, et elle est très belle, vraiment, même endormie, alors, vous voyez », parla très vite Dionysos en se tortillant les mains, « je l'ai embrassée et elle m'a giflé. »

Ses deux interlocuteurs le fixaient, sérieux. Puis ils se regardèrent. Et explosèrent de rire sans pouvoir s'arrêter.

« C'est pas drôle ! » protesta Dionysos.

Cela ne fit qu'accentuer les rires de ses demi-frères. Le dieu de la fête croisa les bras, vexés. Ça lui apprendrait à se confier trop facilement !

« Je vous déteste », déclara-t-il enfin en tournant la tête.

« Oh non, si tu nous détestais, tu ne serais pas venu », dit Arès en riant encore.

Dionysos grogna. Arès avait raison et ça l'énervait prodigieusement. Après dix bonnes minutes de fou-rire, Apollon et Arès se calmèrent.

« Allons, ne t'inquiètes pas, frérot », lui dit le dieu des oracles d'un ton joyeux. « Je suis sûre que cette Ariane te tombera dans les bras. Après tout, tu es beau comme un dieu ! »

Apollon sourit de toutes ses dents avec son bon mot, et Arès lui tapa dans la main, rigolant encore.

« Mais oui », renchérit le dieu de la guerre, « Ces petites mortelles ne résistent pas bien longtemps. »

Dionysos se surprit à sentir une pointe de colère naître en lui face au ton condescendant d'Arès. Cette mortelle était spéciale, il le savait. Il l'avait vu lorsqu'elle avait, sans hésiter, suivi Thésée dans le labyrinthe de Dédale pour le guider grâce à son fil. Il répliqua donc un peu sèchement:

« C'est tout le souci, je ne sais pas comment m'y prendre. Ce n'est pas une simple petite mortelle, comme tu dis. »

Sentant le ton monter, Arès leva les bras en signe de paix: « Ne t'inquiètes pas, loin de moi l'idée de l'insulter. J'ignorais que tu lui accordais tant d'importance... »

Dionysos soupira, las. « Je suis désolé. Je suis un peu à cran. »

« Tu n'aurais peut-être pas dû fuir », dit Apollon. « La pauvre petite n'a rien dû comprendre. »

« Qui n'a rien dû comprendre ? » intervint une voix féminine.

Dionysos se retourna pour mieux voir Athéna les rejoindre.

« Bonjour, Athéna », la salua-t-il en inclinant légèrement la tête.

« Dionysos », répondit-elle en imitant son geste. « Qu'est-ce qui se passe ? » interrogea-t-elle en regardant Apollon.

« Oh, Dionysos s'est pris un râteau par une mortelle de Naxos », répondit Arès en ricanant.

Le dieu du vin le fusilla du regard. « Merci, Arès, ta capacité à garder mes confidences est impressionnante. »

« Tu es tombé amoureux d'une mortelle ? » dit Athéna, un peu surprise.

Dionysos rougit avant d'hocher la tête.

« Qui est-ce ? » demanda Athéna.

Les yeux du dieu de la fête se firent un peu rêveurs. « Elle s'appelle Ariane. »

Le cerveau d'Athéna fit tilt, et elle ne mit pas longtemps à faire le rapprochement entre cette femme et les événements passés en Crète.

« Ariane, comme la fille de Minos et de Pasiphaé, comme la sœur de Phèdre, comme celle que Thésée vient d'abandonner comme une vieille tunique usagée ? » demanda tout de même la déesse aux yeux pers.

Dionysos la contempla, la bouche légèrement entrouverte. Elle était rapide dans ses associations d'idées.

« Euh... Oui, c'est elle », répondit-il, mal à l'aise. « Comment le sais-tu ? »

« Il n'y a pas beaucoup d'Arianes coincées sur une île ces jours-ci », répliqua-t-elle, un brin cinglante.

« Quelqu'un a parlé d'Ariane ? » s'exclama Déméter en entrant dans le salon.

« Oh, Déméter, tu es rentrée ? » dit Hestia en arrivant elle aussi.

« Je peux dire adieu à ma vie privée », se dit Dionysos, inquiet, en voyant le salon se remplir dangereusement.

« Hé, Artémis ! » appela Apollon. « Viens un peu par là ! »

La déesse de la chasse, qui se dirigeait vers ses appartements, se stoppa pour se diriger vers son frère.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle, sincèrement surprise.

« Dionysos a quelques soucis amoureux, et il s'est pris une gifle », répondit son frère en souriant.

« Super, tout l'Olympe le sait », pensa Dionysos, en rougissant.

« T'inquiètes Dionysos, je suis sûr que tout va vite s'arranger. Ça s'arrange toujours, avec les mortelles », affirma Hermès, que Dionysos n'avait pas vu arriver.

« Euh… Merci ? » répondit-il, incertain.

« Peut-être qu'on pourrait t'aider ! » s'exclama Hestia, toujours serviable.

« Non, ce sont ses affaires, pas les nôtres », réprimanda doucement Athéna.

« C'est très gentil, mais je crois vraiment que nous devrions juste tous oublier tout ça », soupira le dieu du vin. « C'est une cause perdue d'avance, je crois. »

Apollon, à ces mots, se leva et cria presque : « Nulle cause n'est perdue lorsqu'il s'agit d'amour ! Vole la retrouver, et déclame-lui la flamme de ton amour ! »

Dionysos le regarda bizarrement. Déclamer, ce n'était pas son truc.

« Dionysos », lui dit doucement Aphrodite qui s'était faufilée discrètement près d'Arès, « Utilise les moyens que tu veux. Mais va lui parler. Vous ne pouvez pas rester comme ça, sur des non-dits. »

Un silence suivit les paroles de la déesse de l'amour. Dionysos la regarda comme s'il venait d'avoir une révélation.

« Tu as raison », concéda-t-il. Puis il quitta la pièce, très certainement pour rejoindre le monde des mortels.

« Le voilà parti, ce petit Dionysos », dit Apollon en essuyant une larme au coin de son œil.

« Je suis bien curieuse de voir comment il va se débrouiller », lança Artémis à tout hasard.

Tous les dieux et déesses présents se regardèrent, complices, avant de se précipiter vers la pièce d'à côté.


Sur l'île de Naxos, Ariane pleurait. Voilà plusieurs heures qu'elle marchait, trébuchait, sanglotait, et hurlait : « Thésée ! » vers la mer, sachant pertinemment qu'il ne reviendrait jamais. Voilà ce que ça lui rapportait, d'aider les gens ! Et dire qu'elle était tombée amoureuse de cet homme qui n'avait rien trouvé de mieux que de l'abandonner sur un rocher ! Sans doute épouserait-il Phèdre ensuite !

Cette dernière pensée lui donna la nausée. C'était elle qui avait eu l'idée du fil, c'était elle qui était descendue avec Thésée dans le labyrinthe et qui avait vu cette horrible créature, son demi-frère appelé Minotaure… N'avait-elle pas droit à un peu de bonheur ?
Elle tomba à genoux, désespérée. La situation ne pouvait pas être pire.

Cependant, à peine dix minutes passèrent que des bruits sourds se firent entendre depuis la côte de Naxos. Ariane se retourna, interloquée, et effrayée. Pourquoi entendait-elle ces sons ? L'île était déserte : comment pouvait-il y avoir quelqu'un ?

« Peut-être est-ce encore ce psychopathe de tout à l'heure qui m'a embrassée », pensa-t-elle avec effroi.

Manifestement, se faire délaisser par le fils d'Egée n'était pas suffisant, il avait fallu qu'un parfait inconnu l'embrasse sur une île inhospitalière. Les Moires avaient un sens de l'humour vraiment douteux.

Ariane vit, interloquée, plusieurs satyres et Bacchantes débarquer sur la plage à grands renforts de tambours et de cymbales.

« Peut-être que tout ça n'est qu'une hallucination », se prit-elle à espérer. « Peut-être suis-je encore sur le vaisseau de Thésée, et le mal de mer me fait halluciner… »

Cependant, malgré toute la bonne volonté du monde, elle devait bien se convaincre que tout cela était réel : le vent froid qui fouettait ses cheveux couleur safran, les vagues qui s'écrasaient contre les rochers, le char qui avançait vers elle… Attendez, un char ?!

Ariane écarquilla encore plus ses yeux clairs : c'était bel et bien un char qui venait du ciel, tiré par des tigres. Aussitôt, sur la plage, les Bacchantes et les satyres s'inclinèrent. Quand le char fut assez près d'elle, elle reconnut sans peine le même homme qui l'avait embrassée plus tôt. Elle ne put retenir un hoquet de surprise.

Dionysos, descendant de son véhicule, lui parla. « Ariane, n'aie crainte. Je suis Dionysos, fils de Zeus, et je désire te prendre pour femme. »

Ariane, à ces mots, sentit la moutarde lui monter au nez.

« C'est votre excuse pour m'avoir embrassé sans mon autorisation, j'imagine ? » hurla-t-elle presque.

Le dieu ne se démonta pas. « J'avoue que mes méthodes sont assez… euh… Discutables. Mais ne doutez point de mes sentiments. »

Ariane ne put retenir un rire nerveux lui monter à la gorge. « Dionysos, hein ? Vous me prenez pour une idiote ? »

Dionysos, lui, perdit un peu de sa superbe. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle remette en cause son identité.

« Oui… Enfin, je veux dire, non. Je suis Dionysos, et je ne vous prends pas pour une idiote », déclara-t-il en se redressant, tentant de reprendre contenance.

La Crétoise, cette fois, éclata de rire. « Dionysos, bien sûr ! Et moi, je suis Charybde ! Ou même Triton ! Oh non, attendez, je suis le Titan Océan lui-même ! »

Le dieu de la fête, n'y tenant plus, abandonna sa posture digne et s'approcha d'elle. « Ariane, écoutez, je vous assure que je ne… »

Cependant, lorsqu'il fut assez près d'Ariane pour poser un bras rassurant sur son épaule, la jeune femme le gifla. Encore.

« Mais c'est pas possible ! » se dit Dionysos, de plus en plus désespéré.

Du haut de l'Olympe, les autres dieux s'amusaient bien. Ils s'étaient tous réunis autour du puits aux prières, qui permettait, en plus de recevoir les prières des suppliants, d'observer le monde des mortels.

« J'aime beaucoup cette petite, elle a du répondant », s'exclama Artémis.

« Le coup du char et des trompettes, c'était juste grandiose », dit Hermès en riant.

Un concert de « chuuuuut ! » suivit. Les dieux reprirent leur observation.

Ariane tourna ostensiblement le dos au dieu, plus énervée que jamais. Quel culot !

« Ariane, s'il vous plaît, si vous daignez m'écouter… » implora Dionysos.

« Arrêtez de me suivre ! » lui cria-t-elle, à la fois effrayée et, sans se l'avouer, très intriguée par cet homme qui se prétendait fils de Zeus.

« Mais je vous aime ! » finit par crier à son tour Dionysos, d'une voix bien plus forte : elle couvrit le bruit du vent et, pendant un instant, il sembla à Ariane que les vagues s'étaient suspendues dans leur mouvement.

Elle resta un instant interdite : était-il vraiment celui que les légendes appelaient « Le Grondant » ?

« Je n'ai pas d'excellents rapports avec les divinités », finit-elle par dire. Puis elle réalisa ce qu'il venait de lui déclarer. Malgré elle, elle rougit.

« Je ne suis pas une simple divinité », affirma Dionysos, un peu plus sûr de lui.

Ariane prit alors la peine de le contempler. En effet, il était différent de l'image qu'elle se faisait des dieux. Pour elle, les divinités étaient associées soit à la terreur, soit à la colère.
A la terreur car sa mère, Pasiphaé, parlait souvent de son propre père Hélios, le Soleil. Mais personne ne peut voir le Soleil sans se brûler les yeux. Alors Ariane avait pris peur de son illustre aïeul.
A la colère, surtout à celle de son père, Minos, lorsqu'il apprit le crime odieux que sa femme avait commis avec un taureau. Tout cela à cause de Poséidon. Depuis, Ariane haïssait la mer. Alors que Thésée l'abandonne sur une île où la mer était visible partout, elle avait du mal à le digérer.
Mais le dieu qui lui faisait face ne lui inspirait pas ces sentiments. Certes, il lui avait fait peur plus tôt en l'embrassant puis en arrivant avec sa fanfare mais elle n'était pas terrifiée. Certes, elle était en colère qu'il tente peut-être de se jouer d'elle. Mais elle ne le haïssait pas.
En fait, maintenant qu'elle faisait attention à lui, elle devait admettre qu'il n'était pas désagréable à regarder. Ses boucles noires de jais tombaient souplement sur son visage, couvrant légèrement ses yeux marron foncé son port altier et son attitude montraient qu'il pouvait, à défaut d'être un dieu, être une personne de sang royal.

Mais pour le moment, Ariane en avait sa claque des princes. Elle choisit donc de tenter de le croire. Son interlocuteur était un dieu. Des choses plus étranges arrivaient tous les jours, après tout.

« D'accord, monsieur le dieu, que me voulez-vous ? » dit-elle, la voix un peu rauque d'avoir tant crié et pleuré.

Dionysos, lui, se retint d'improviser une danse de la joie avec ses satyres et ses Bacchantes. Elle le croyait ! Magnifique ! Si elle le croyait sur sa divinité, elle pouvait le croire sur ses sentiments !

Se retenant de pousser une exclamation de joie, il autorisa un léger sourire à prendre place sur ses lèvres.

« Je ne mentais pas, tout à l'heure, lorsque je disais vous aimer. Je sais que je n'ai pas agis de la meilleure façon en prenant la fuite après votre réveil, et j'en suis désolé. »

« Mais vous ne me connaissez pas ! » ne put s'empêcher de s'exclamer Ariane.

« Vous vous trompez », la contredit doucement Dionysos. « Je vous ai vue, en Crète. Vous avez été très courageuse de braver le Minotaure. »

« Thésée l'a bravé, pas moi », marmonna la Crétoise.

Dionysos leva les yeux au ciel. « Ce petit imbécile ne serait arrivé à rien sans votre précieux fil. Le mérite vous revient entièrement », dit-il un peu sèchement.

Ariane, malgré le vent froid qui agitait sa tunique, sentit une chaleur inconnue lui réchauffer la poitrine. Enfin, quelqu'un reconnaissait ses mérites !

« Merci », dit-elle, sincèrement reconnaissante. Elle lui sourit.

Dionysos, comblé, lui rendit son sourire, soulagé qu'elle ne soit plus en colère.

« Voudriez-vous venir vivre avec moi ? » demanda-t-il après un petit moment de silence. « Je veux dire », se reprit-il, « c'est certainement l'une des îles les plus inhospitalières que j'ai connues. Ce ne serait certainement pas sain de rester là pour vous, après tout ce que vous avez vécu, mais je ne veux pas vous brusquer, vraiment… »

Il s'emmêlait dans ses mots, gêné. Ariane ne put s'empêcher de le trouver attendrissant. Si Thésée, quand elle l'avait vu, respirait l'assurance et la prétention, Dionysos, qui pourtant était d'un rang plus haut, faisait preuve de plus de modestie et s'inquiétait même pour elle.

Faisant un pas vers lui, et avant qu'il n'ait le temps de réagir, elle se leva sur la pointe des pieds, prit la tête du dieu entre ses mains, et l'embrassa. Dionysos, surpris, ne bougea plus.

Ariane, comme flottant sur un nuage, oublia tout : ses parents, le Minotaure, le labyrinthe, et Thésée.

Se reculant légèrement, les joues rouges, elle déclara : « J'accepte. »

Dionysos, encore enivré par son baiser, mit un temps à réagir : « Pardon, quoi ? »

La Crétoise rit doucement. « J'accepte de vous épouser. »
Et face à son sourire et à cette réponse, le dieu ne put s'empêcher de penser que Thésée n'était vraiment qu'un pauvre imbécile, et qu'il avait raté la chance de passer sa vie auprès de la meilleure femme qui soit.

Dionysos prit Ariane dans ses bras, cala son menton sur sa tête, et sourit, sachant qu'il avait l'air d'un parfait idiot.

« Il a l'air d'un parfait idiot », fit remarquer Arès du haut de l'Olympe.

« Tu ressembles à peu près à ça quand tu es près d'Aphrodite », répliqua Hermès.

Arès fusilla Hermès du regard, qui haussa les épaules.

Ils se retournèrent tous les deux en entendant un reniflement sur leur gauche.

« C'est si romantique ! » s'exclama Hestia, en essuyant ses larmes avec un petit mouchoir rose.

« Pfff, toutes les déesses sont si niaises », pensa Arès en levant les yeux au ciel.

« Je préférais quand elle le giflait », soupira Artémis, l'air franchement désolé.

« Ok, pas toutes », concéda intérieurement Arès.

« Mais enfin Artémis ! » s'exclama Apollon, choqué, portant une main à son cœur. « Comment peux-tu dire ça ! Ils respirent le bonheur ! C'est magnifique ! Une ode à la poésie et à l'amour ! »

Tous les autres dieux, même Hestia, soupirèrent. Apollon en faisait parfois vraiment trop.

« Je devrais leur écrire une chanson ! » s'enthousiasma le dieu des arts.

Un concert de « non ! » lui répondit. Il croisa les bras, un tantinet vexé que personne ne veuille de son magnifique talent.

« C'est bien que Dionysos ait pu trouver sa moitié, dit Déméter avec douceur.

Aphrodite, à côté d'elle, sourit. « C'est vrai. Il mérite d'être heureux. »

« Profite bien, mon vieux », lança Hermès en direction du puits.

« La fanfare, c'était magnifique ! » lança Apollon.

« Soyez heureux ! » dit Hestia en se penchant un peu plus sur le puits et en secouant son mouchoir, comme pour dire adieu.

« Pas trop de bêtises », renchérit Aphrodite en riant.

« N'hésite pas à le gifler de temps en temps, Ariane », dit Artémis, ne perdant pas le Nord.

Apollon, lui, prit carrément sa lyre et leur joua une chanson improvisée.

Dans le monde des mortels, à Naxos, Dionysos avait pris une belle teinte rouge, tandis qu'Ariane riait doucement. « A qui appartiennent ces voix ? » demanda-t-elle.

« A ma famille », répondit simplement Dionysos.

« Ils ont l'air heureux pour toi », dit la Crétoise en souriant.

Dionysos lui rendit son sourire avant d'en adresser un au ciel. « Ce sont les meilleurs », affirma-t-il.

Du haut de l'Olympe, tous répondirent au sourire sincère des deux amants.


Voilà, j'espère que cette vision du mythe d'Ariane vous convient ! Dans la version d'Ovide, Dionysos arrive comme une fleur sur son char en proclamant : « Tu serais l'épouse de Dionysos, n'aie crainte », après avoir envoyé des satyres et avoir fait un boucan d'enfer sur la plage de Naxos J'ai essayé de rendre ce dieu un peu plus vulnérable, voire même maladroit (il tient sûrement ça de Zeus)…
Je précise que le « puits au prière » (grâce auquel les autres dieux font du voyeurisme) est une pure invention de ma part. Je me suis souvent demandée comment les mortels pouvaient être observés des dieux, alors j'ai inventé ce puits qui permet de relier les deux mondes.
N'hésitez pas à laisser un commentaire pour donner votre avis !

Bises à tous !