Bonjour à tous !

Voici, comme promis, l'OS sur Aphrodite, Adonis et Arès. Je le dédie tout particulièrement à GruviaCrazy qui avait réclamé une histoire sur ces trois-là (il y a quelques mois cependant... ahem) : la voici ! N'hésite surtout pas à me dire ce que tu en as pensé, si tu as eu la même vision que moi sur le mythe.

J'ai choisi d'écrire du point de vue d'Arès, et c'est peut-être ça qui a ralenti mon rythme d'écriture; comme pour Héra, j'ai beaucoup de mal à me mettre dans sa tête. J'ai donc fait de mon mieux, mais si vous voyez des choses qui vous gênent, ou que vous n'aviez pas du tout vu de la même manière que moi, n'hésitez surtout pas à m'en faire part.

Un grand merci, bien sûr, à ceux qui passent lire, et un merci encore plus grand à ceux me suivent et m'ajoutent en favori. Mention spéciale à mes revieweuses géniales: pandora995, Lulu-folle, Alice Lilly Frost, Seiren-dit-pity et Urania Crystal !

Les dieux Olympiens et Adonis ne m'appartiennent pas (malheureusement) et je ne gagne pas d'argent avec ce recueil.

Bonne lecture !


Jalousie guerrière

Du haut de l'Olympe, Arès rageait. Ce n'était pas la rage du combat qui l'animait, même si les sensations qui l'agitaient en étaient proches. Non, un feu bien plus violent et nocif lui brûlait les veines : il était jaloux.

Lui, le dieu de la Guerre, jaloux ! Si quelqu'un lui avait dit ça quelques semaines auparavant, il lui aurait ri au nez. La jalousie, c'était le domaine au mieux des déesses trompées et délaissées comme Héra, au pire celui des mortelles sans importance. Mais c'était avant ses disputes avec Aphrodite, et c'était avant l'apparition d'Adonis.

Adonis. Rien que le nom de ce stupide mortel donnait à Arès l'envie de vomir. Il n'avait jamais haï quelqu'un aussi fort, même lors d'un combat. Il détestait sa manière de bouger. De respirer. De vivre. Il le détestait tout entier.

En temps normal, il se fichait des mortels comme de la première couche d'Eros. Ces petits humains puants ne méritaient même pas qu'on leur accorde un regard, peu importe l'opinion d'Athéna. Ils n'étaient utiles qu'à prier les dieux et à leur offrir des sacrifices. Mais cet homme-là, ce mortel, Aphrodite l'avait distingué parmi tous les autres et ça avait suffi pour qu'Arès n'arrive plus à réfléchir.

Se prenant la tête entre les mains et en fermant les yeux, il tenta de réorganiser ses idées. En vain. Tout tourbillonnait dans sa tête et ses sentiments lui donnaient l'impression d'avoir de la lave en fusion dans le crâne. Les visions qu'il pouvait observer depuis le puits aux prières n'arrangeait rien.

Il bouillait littéralement.

« Ce sale petit cancrelat », réussit-il à articuler. « Me voler Aphrodite… »

Arès était quelqu'un qui pouvait s'emporter très facilement. Mais jamais il n'avait atteint une telle colère. Pas même envers Héphaïstos, qui pourtant était le mari de sa maîtresse. Mais Aphrodite n'avait jamais regardé son époux comme un amant. Elle réservait ses regards et ses faveurs pour Arès, ou parfois pour des mortels. Mais là où d'habitude elle n'était que de passage, elle restait très longtemps avec Adonis.

« C'est totalement stupide de penser comme cela », se dit Arès en tentant de se raisonner.

Se détournant du puits aux prières, il se redressa, faisant légèrement craquer son cou, puis déambula dans la grande pièce lumineuse. Il ne savait pas quoi faire : s'il descendait chez les mortels, il serait trop tenté de défier Adonis en duel. S'il allait guerroyer quelque part, il ferait un massacre et il n'était pas sûr que Zeus apprécie une mare de sang chez les Titans ou autres créatures divines.
Cessant subitement de marcher, il revint vers le puits et se pencha. Depuis plusieurs heures maintenant, il contemplait Aphrodite et son mortel amant, qui batifolaient et riaient ensemble.
Un véritable combat se livrait dans sa tête : une voix lui disait : « elle a l'air tellement heureuse, ainsi » une autre disait « elle est à moi », et une troisième, qui dominait les deux autres, disait : « Tue-le ! »

C'était sa fonction, après tout : tout le monde meurt à la guerre. Hadès pourrait presque remercier Arès, avec tous les morts qu'il lui envoyait…

Il fit alors quelque chose de très stupide.

Il décida d'agir.


Quelques heures plus tard, Arès se tenait dans une forêt endroit qu'il n'avait pas du tout l'habitude de fréquenter.

« Je suis en train de faire quelque chose de stupide, je suis en train de faire quelque chose d'horriblement stupide… » se répétait Arès tandis qu'il s'avançait.

Il avait décidé de ruser pour pouvoir se débarrasser d'Adonis en toute discrétion, sans que personne ne le soupçonne. Il était donc venu dans le domaine d'une déesse qu'il ne voyait pas si souvent que cela…

« Arès ? » fit la voix d'Artémis derrière son dos. « Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Le dieu guerrier se retourna vers la déesse de la chasse, tentant de paraître nonchalant.

« Salut, Artémis ! Je venais… Euh… Te rendre visite ! » Affirma-t-il.

« Me rendre visite ? » répéta-t-elle doucement, dubitative. « Excuse-moi, mais nous ne sommes pas vraiment proches, toi et moi. D'habitude, ceux qui me rendent visite sont Apollon ou Dionysos », déclara-t-elle un peu sèchement.

« C'est bien elle, ça », pensa Arès, légèrement contrarié. « Elle met les pieds dans le plat et pointe exactement du doigt ce qui ne va pas… »

« Certes », dit Arès. « Cependant, nos attributions ne sont pas si différentes. Regarde : toi, tu défends les lois de la nature sauvage et moi la guerre, ce n'est pas si éloign… »

« La guerre est une invention purement humaine », dit Artémis d'un ton encore plus froid. « Ne me mêle pas à cela, s'il te plaît. »

« Tu n'aimes pas les mortels ? » Demanda Arès d'un ton plus joyeux qu'il ne le voulait.

« Disons que ce ne sont pas mes animaux favoris », répondit Artémis avec un sourire ironique. « Je me tiens éloignée d'eux, disons-nous. Je préfère les animaux. »

« Et ceux de la forêt sont les plus beaux ! » Affirma Arès, désireux de plaire. « Permets-tu que je regarde les tiens ? »

Arès sourit à sa demi-sœur, pour paraître plus encourageant. Elle lui jeta un regard mi-figue, mi-raisin, puis soupira.

« Si tu veux. Mais ne les sacrifie pas. J'ai à faire avec les Nymphes, je te laisse donc », déclara la déesse lunaire.

« Pas de problèmes », murmura Arès tandis que la jumelle d'Apollon s'éloignait, toujours suspicieuse quant aux intentions du dieu de la guerre.

« Parfait » pensa Arès, « Ce sera absolument parfait. »

Entre deux arbres, il distingua un sanglier, s'approcha de lui, et posa ses mains sur la tête de l'animal. Presque instantanément, les yeux de la bête devinrent rouge sang.

Il était prêt.


En bas, dans le monde des mortels, indifférent aux manigances d'Arès, Adonis chassait, en compagnie de ses amis et écuyers.

« Voilà une bien belle journée pour chasser », lui dit un de ses amis, un grand sourire aux lèvres.

Adonis approuva. Tout semblait lui sourire : cette journée si propice à la chasse, l'affection que la déesse Aphrodite lui témoignait depuis quelques temps déjà, l'appui inébranlable que ses amis lui offraient.

Absorbés par leur joie, les chasseurs ne vit pas le mouvement inhabituel des buissons sur leur gauche. Ils ne virent pas non plus la bête pourtant immense qui s'y cachait, les yeux rougis par la fureur de tuer. S'avançant un peu plus dans les bois, Adonis repéra, non loin, une biche.

« Parfait », murmura-t-il à ses amis. « Voilà une proie toute offerte. »

Son écuyer hocha vigoureusement la tête. « Voilà une prise qui plaira au roi votre père », affirma-t-il.

Sans répondre, Adonis prit lentement une flèche de son carquois, prenant garde à ne pas effrayer la biche qu'il convoitait, quelques mètres devant lui.

A peine avait-il sa future proie en vue qu'une autre bête, plus grande, plus féroce surgit des buissons. Adonis n'eut pas le temps de la viser avec sa flèche; déjà, il avait chuté de son cheval.

Autour du jeune prince de Chypre, c'était l'agitation la plus totale. Les chevaux, effrayés par le sanglier monstrueux qui se tenait devant eux, se démenaient, désirant fuir. Leurs cavaliers, tout à leur panique, ne parvenaient pas à les calmer. La bête en profita pour foncer de nouveau sur Adonis, étendu au sol.

Délaissant son carquois qui était tombé trop loin de lui, le prince saisit la flèche qu'il devait utiliser pour tuer la biche. Tandis que le sanglier se ruait sur lui, Adonis eut le temps de lui enfoncer la flèche dans l'œil.

La bête hurla de douleur, et Adonis l'imita bientôt; le sanglier le mordait, l'écrasait, le broyait contre un arbre.

Rassemblant leurs esprits en entendant les cris d'Adonis, ses amis descendirent de cheval et, plusieurs d'entre eux saisirent leurs glaives, et tuèrent la bête d'un coup sec.

Nul ne prêta attention à l'agonie de l'animal, ni à ses yeux qui, abandonnés par la fureur d'Arès, perdaient leur inhabituelle couleur rouge. Dans l'indifférence générale mourut cette bête sacrée.

Adonis, quant à lui, peinait à respirer correctement. A son côté se matérialisa bientôt Aphrodite, en pleurs.

« Oh non… » gémit-elle. « Adonis, non, je suis désolée… »

Les amis du prince, éblouis par la déesse, reculèrent de quelques pas, laissant Adonis parler à sa divine amante lors de ses derniers instants.

Aphrodite, elle, ne savait que faire; ses larmes coulaient, elle implorait Adonis de ne pas mourir. Elle prit la tête de son amant entre ses mains, pour le regarder une dernière fois, immortaliser ses traits dans sa mémoire. Le prince n'eut le temps que de lui rendre une dernière étreinte, avant de succomber.

Les pleurs de la déesse redoublèrent. Elle resta longtemps près du corps de son amant. Puis, relevant la tête, elle vit le sanglier, étendu non loin d'elle. Elle examina la bête, et un éclair de compréhension traversa ses yeux.

Elle repartit, gracieusement, vers l'Olympe.

Les amis du prince, tout à leur douleur, ramassèrent le corps du fils de Cinyras, le placèrent sur un cheval, et l'entourèrent tel un cortège funéraire.

Le jeune écuyer d'Adonis, jetant un dernier regard en arrière, aperçut un rosier à l'endroit où l'amant d'Aphrodite était mort.


« ARES! »

Le cri retentit dans tout l'Olympe, et fit même trembler quelques colonnes. Le dieu guerrier, qui espionnait toujours son aimée à travers le puits aux prières, vit la porte de la pièce s'ouvrir violemment sur Aphrodite, les cheveux en désordre, les yeux rouges et les joues baignées de larmes.

Il était inutile de jouer les innocents devant elle; il avait bien vu ce qui s'était passé. La bête, ensorcelée par ses soins, avait tué Adonis dans ce qui paraissait être, aux yeux des mortels, un accident de chasse.
Il avait vu ce mortel ingrat agoniser dans les bras d'Aphrodite, qui était venue vers lui lors de ses derniers instants. Cela n'avait pas calmé la rage d'Arès, loin de là.
Lorsqu'il fit face à la déesse de l'amour, il se tint droit. Une rage sourde l'animait encore, et il n'avait pas peur d'elle.

« Comment as-tu… Pauvre idiot… Tu n'as… » peinait à articuler Aphrodite, la voix étouffée par le chagrin et la colère.

« J'ai fait ce qui me paraissait juste », répondit sobrement Arès.

« JUSTE ? » se mit à hurler Aphrodite. « TUER UN MORTEL INNOCENT, TU APPELLES CA JUSTE ?! »

Arès se surprit à reculer un peu. Il avait peut-être un tantinet peur, finalement…
Aphrodite élevait très rarement la voix. La voir ainsi exploser était assez impressionnant.

« Tu n'es qu'un pauvre égoïste », cracha-t-elle, « un petit misérable qui se complaît dans sa jalousie malsaine ! Je te HAIS ! »

« Aphrodite, je… » tenta Arès.

« NE M'APPROCHE PAS ! » cria Aphrodite, presque démente. Elle gémit de chagrin, et quitta la pièce aussi précipitamment qu'elle était rentrée.

Arès s'autorisa à souffler. Un peu plus et il perdait la tête. Penaud, il entreprit de réfléchir : comment regagner les faveurs d'Aphrodite ? Et comment lui faire comprendre qu'il n'avait fait que lui rendre service en tuant ce misérable Adonis ?

« Arès ! »
Cette fois-ci, ce fut une voix masculine qui retentit dans la demeure des dieux.

« Ils vont tous venir me sermonner ou quoi ? » se dit le dieu de la guerre, un peu énervé.

La porte s'ouvrit sur Zeus. D'abord surpris, Arès comprit pourquoi il venait : s'il y avait conflit entre les dieux, c'était à leur souverain de régler l'affaire.

« Père », commença-t-il en prenant un ton qu'il voulait charmeur, « j'ose espérer que vous ne venez pas défendre l'existence de ce méprisable humain. Voyez, je n'ai fait que… »

« Je ne viens pas pour te parler de la mort d'Adonis, mon fils », l'interrompit Zeus, étrangement calme.

« Ah oui ? » répondit Arès, tout en cherchant pourquoi son père pouvait vouloir lui parler.

« Quelqu'un voudrait avoir une petite conversation avec toi », révéla le roi des dieux. « Mais j'ai préféré venir, pour éviter qu'elle ne te tue, accidentellement ou non. »

« Elle ? » se dit Arès, perplexe. Ce n'est que lorsqu'il vit Artémis surgir derrière le roi des dieux qu'il comprit. « Oh non… »

« Arès », commença Artémis avec une rage contenue dans sa voix, « il me semble que je t'avais prévenu que mes bêtes n'étaient pas à sacrifier.

« Techniquement », tenta-t-il désespérément, « ce n'est pas vraiment un sacrifice, c'est… »

« Mon sanglier est mort ! » le coupa Artémis, haussant le ton. « Le résultat est là ! Tu l'as ensorcelé et il est mort à cause de toi ! Une bête sacrée ! »

Arès recula encore un peu et baissa la tête, légèrement honteux et même inquiet face à la jumelle d'Apollon. Il savait pertinemment que sans Zeus, elle lui aurait planté des flèches partout dans le corps.

« Et tu as osé l'utiliser pour tuer Adonis ! Ce prince était un ami des nymphes, et ainsi indirectement sous ma protection ! » ajouta-t-elle, toujours furieuse.

Artémis s'approcha de son demi-frère et le saisit par le col :
« Ecoute-moi bien, espèce d'égoïste imbécile. La prochaine fois que tu approches, que tu touches une de mes créatures sacrées, ou un de mes protégés, ou même un protégé de mes nymphes, je te dévisse la tête et je… »

Elle s'interrompit un moment, se tournant vers Zeus : « C'est quoi déjà, le sport mortel où ils jouent avec une balle ? »

« Le Piscuros (1) », répondit Zeus, sur un ton neutre.

« Bon eh bien, je te dévisse la tête et j'apprends aux nymphes à jouer au Piscuros avec. T'as compris ? » lui dit-elle, le visage à quelques centimètres du sien, ses yeux gris lui lançant des éclairs.

Arès hocha péniblement la tête. La déesse archère le relâcha, et elle partit suivie de son père. Encore étourdi de ce qui venait d'arriver, Arès se prit la tête entre les mains, sentant une migraine lui tirailler le crâne. Les autres dieux allaient le tuer à petit feu.

Il s'assit par terre, encore incertain de ce qu'il avait fait, de ce qu'il allait faire. Il n'avait aucune idée sur la manière de se sortir de cette situation.
Cependant, au bout de quelques minutes, il sentit des doigts dans ses cheveux et une main lui relever le visage.
Perplexe, il vit le visage d'Héra lui sourire.

« Tu m'as l'air bien malheureux, mon fils », lui dit-elle sur un ton inhabituellement maternel.

A ce moment-là, il ne sut pas vraiment pourquoi, mais il sentit un excès d'amertume l'envahir de nouveau. C'était comme si cette simple remarque permettait à Arès d'exprimer sa colère.

« Evidemment que je suis malheureux, mère ! Aphrodite s'est entiché de ce petit… De ce bon à rien de mortel ! Et le pire, c'est que maintenant elle regrette sa mort ! Comme si cet Adonis pouvait avoir une quelconque importance ! » ragea-t-il.

Sa mère s'assit près de lui, une lueur compatissante dans le regard. Mais Arès ne la vit pas.

Plein de haine, il ajouta : « Mais de toute façon, ce ne sont pas vos affaires. Vous ne savez pas ce que ça fait ! »

Un léger écho suivit ses paroles. Puis un long silence.

Héra se releva, repoussant élégamment ses cheveux en arrière, et se redressa:

« Oh, tu penses donc que je n'ai pas eu à essuyer les infidélités de Zeus ? Oublies-tu que tu parles à celle qui a frappé Héraclès de folie, et qui a fait mourir Sémélé ? » demanda-t-elle calmement.

Arès resta un instant coi, et se sentit rougir. Cette phrase, dite par sa mère sur un ton serein, avait un effet mille fois pire que si elle l'avait criée.

« Pardon, mère », murmura-t-il, des sanglots lui montant dans la gorge.

Il le réalisait, en effet : la seule déesse qui pouvait un tant soit peu le comprendre était, ironiquement, sa propre mère, la reine des dieux. Il l'avait toujours plus ou moins considéré comme une idiote, de rester fidèle à Zeus et de jalouser sans arrêt les mortelles qu'il partait charmer. Sentant un nouveau sanglot lui serrer le cœur, il porta sa main à sa bouche.

Sa mère se conduisit alors comme elle le devait : elle le prit dans ses bras. Comme ils faisaient la même taille, leurs fronts et leurs nez se touchaient.

Ils restèrent longtemps ainsi, la mère et le fils, la reine des cieux et le maître de la guerre, tout à leur rage et leur jalousie respectives. Pour la première fois de sa vie, Arès se sentait en harmonie avec sa mère, et c'était un sentiment qui était loin d'être désagréable. Toute sa vie, il n'avait vu qu'une épouse délaissée et désespérée, qui revenait inlassablement vers son époux. Il trouvait sa fidélité écœurante, et pensait même que Héra manquait de dignité en ne se refusant jamais à Zeus. Il n'avait jamais pensé qu'un jour, elle pourrait le comprendre, le consoler.

Arès releva timidement les yeux. Sa mère lui souriait, et cela le marqua plus que la crise de larmes d'Aphrodite et les menaces d'Artémis : il ne l'avait jamais vue lui sourire ainsi.

La femme de Zeus quitta alors son fils, le laissant à ses méditations.

« Je ne suis qu'un pauvre idiot », réalisa-t-il enfin. « Aphrodite serait certainement revenue vers moi de toute manière. »

Il se retint de se frapper la tête contre une colonne, ce qui aurait été parfaitement inutile, et n'aurait eu aucun autre résultat que d'endommager la pièce. Il se retira dans ses quartiers, le dos rond, ressemblant étrangement à Eros lorsqu'il était pris en faute.

Plusieurs jours se déroulèrent ainsi : Arès n'osait pas sortir en même temps qu'Aphrodite, et ne voulait pas non plus croiser les autres dieux et leurs regards méprisants.

Cependant, un jour, il heurta son amante par inadvertance, alors qu'il comptait aller rendre visite à sa mère.

« Aphrodite ! » s'exclama-t-il, la voix étrangement aigüe. Avant qu'il n'ait eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, elle le prit doucement par le bras et l'entraîna vers ses propres quartiers.

« Il faut qu'on parle, calmement », lui dit-elle d'une voix douce.

Arès, qui s'attendait de nouveau à des cris et des larmes, hocha simplement la tête.

Une fois arrivés à destination, Aphrodite s'installa élégamment sur un fauteuil, et invita Arès à faire de même. Ce dernier, trop embarrassé pour s'asseoir, se tordait les doigts, ne sachant pas vraiment par où commencer.

« Mon attitude est impardonnable », commença-t-il, d'une voix très basse. « Vous savez que les excuses ne sont pas mon fort, et que j'ai souvent du mal à exprimer des sentiments dont je n'ai pas l'habitude. » La déesse de l'amour opina du chef, l'incitant à poursuivre.

« Mais je veux que vous sachiez ceci », ajouta-t-il en haussant la voix. « Je sais que j'ai mal agi. Adonis ne méritait pas la mort. Seuls mon désir égoïste et ma passion pour vous ont guidé mes actes. Je suis désolé. »

Il s'interrompit, mais son interlocutrice n'eut aucune réaction.

« Je ne m'attends pas à ce que vous me pardonniez », dit-il, lucide sur la situation. « Mais je voulais que vous le sachiez : je suis désolé. Et je vous aime. » Sur ces derniers mots, il releva légèrement la tête, pour regarder Aphrodite dans les yeux.

Mais elle avait les yeux baissés et semblait absente. Après un long silence, elle finit par dire :
« Il est vrai que votre attitude est bien difficile à pardonner. »

Son ton n'était pas dur seulement résigné, et triste.

Elle releva les yeux et croisa son regard : « Mais vous êtes le père de mon fils. Et pour cela, vous aurez toujours une place particulière. »

La tension que ressentait Arès se relâcha d'un coup le dieu guerrier se sentit un peu plus léger.

« Peut-être vous pardonnerai-je un jour », ajouta-t-elle, la voix un peu plus assurée. « Mais soyez certain que cette histoire ne sera pas oubliée. »

Arès déglutit difficilement. Un seul acte stupide allait le poursuivre pour l'éternité.

« Mais je vous aime aussi », chuchota-t-elle, si bas qu'il crut ne pas l'entendre.

N'y tenant plus, il s'agenouilla près d'elle et lui prit les mains. Doucement, elle se pencha vers lui pour l'étreindre.

Elle l'aimait encore, mais il ne la méritait plus.


(1) Le Piscuros est un sport antique grec, qui se jouait par équipes et qui ressemble un peu au rugby. L'auteur Julius Pollux (IIème siècle de notre ère) en fait une description dans un ouvrage, et je voulais absolument rendre l'image d'Artémis et ses Nymphes jouant à un jeu de balles avec la tête d'Arès.
Ma source quant au nom et à la description de ce sport est Wikipédia, donc à prendre avec des pincettes…

Voilà pour cet OS que j'ai eu un mal fou à terminer ! Au début je n'avais pas mis la scène où Arès rend visite à Artémis, ni celle de la mort d'Adonis. Mais par souci de cohérence, j'ai préféré les ajouter. J'espère que la fin ne vous déçoit pas trop : un happy ending sur cette histoire aurait été difficile, donc j'ai un peu essayé de couper la poire en deux. Non, ça ne se finit pas bien, mais ils s'aiment tout de même encore. Un peu.
N'hésitez pas à laisser votre avis, ou même à signaler que vous êtes passé(e) lire un retour sur ce qu'on écrit fait toujours plaisir.

A bientôt !