Bonjour/Bonsoir à tous et à toutes ! Je suis sincèrement désolée du temps que j'ai mis à revenir... Ça fait plus d'un an depuis mon dernier OS, et je suis la première à le déplorer. J'ai eu une année extrêmement chargée: l'an dernier était une année de concours (que j'ai eu, alléluia), mais cette année était ma première dans la vie active et... Aouch. J'ai vraiment du cravacher pour me maintenir la tête hors de l'eau, donc les OS n'ont plus été ma priorité.

Pourtant, j'avais commencé à écrire cet OS il y a longtemps, et je l'ai terminé il y a peu.

J'espère qu'il vous plaira, je suis encore une fois désolée de l'attente...

Un grand, grand merci à ceux et celles qui me suivent et m'ajoutent en favori. Dédicace spéciale (encore une) pour ceux qui prennent le temps de me laisser un commentaire, ça me fait vraiment plaisir et ça me motive à écrire. Donc merci tout particulièrement à Lulu-folle, Sasha Neville Knightfield, Noxthelie et Queen Puduhepa !

Bonne lecture !


OS17 : Quand Eris s'ennuie…

Dans sa demeure, au milieu des montagnes, en hauteur, Eris poussa un long soupir las.

Elle s'ennuyait.

Il n'y avait vraiment plus de divertissement à sa hauteur, en ce moment : le dernier en date avait été la guerre de Troie, dont elle s'attribuait indirectement le mérite. Tout ça, c'était grâce à sa pomme d'or !
Un léger rire s'échappa de ses lèvres à ce souvenir. Dommage que la tête de Zeus au moment où elle avait lancé la pomme n'ait pu être immortalisée sur un vase ou une stèle…

S'étirant négligemment, elle se leva de sa couche pour marcher un peu et contempler le paysage qui s'offrait à elle. Elle habitait peut-être un peu loin des autres dieux, mais la vue était magnifique. Les montagnes l'apaisaient.
Tandis qu'elle se plongeait dans ses pensées et se demandait comment mettre un peu de désordre dans sa vie quotidienne, une idée lui apparut.

Un sourire cruel se dessina sur ses lèvres. Oh, c'était tellement méchant… Et tellement brillant. Elle s'en frottait les mains d'avance.


Demeure de Poséidon, non loin de Pylos, sous la mer

Poséidon était un dieu qui aimait les choses simples. Certes, il aurait sans doute été très heureux de régner sur les autres dieux à la place de son frère Zeus, et d'être un peu plus considéré par les mortels, qui parfois le voyaient juste comme une réserve de pêche. Mais il devait avouer que rien ne le rendait plus heureux que la vision de sa femme, Amphitrite, qui l'attendait chez lui, lorsqu'il avait fini d'administrer son royaume.
Il ne s'était absolument jamais plaint de cette union. Autant Zeus avait du fil à retordre avec Héra (et c'était un euphémisme), autant Poséidon ne pouvait que bénir chaque jour la douceur et la compréhension de sa femme. Elle lui avait donné un fils, Triton ; il ne pouvait rêver d'une plus belle famille, sachant toutes les névroses qui traînaient de son côté de la lignée.

C'étaient tous ces éléments qui firent que Poséidon fut complètement perdu face au spectacle qui s'offrit à lui, ce jour-là.

Alors qu'il rentrait, comme d'habitude, de ses affaires, il s'attendait à retrouver sa femme en train de tisser, dans leur palais sous-marin, ou organiser une réception pour les divinités maritimes mineures, ou bien même houspiller gentiment les servantes pour qu'elles préparent un repas digne de ce nom pour le roi et la reine des Océans.

Au lieu de cela, sa femme l'accueillit de manière bien plus bruyante que d'habitude. Tandis que Poséidon lui demandait, comme d'habitude, comment s'était passé sa journée, un cri lui avait répondu. D'abord inquiet que sa femme ait pu se faire mal, Poséidon accourut dans le hall de son palais pour découvrir sa femme, les cheveux ébouriffés, les poings serrés, dans une posture d'attaque.

« C'est à cette heure-ci que vous rentrez ? » lui lança-t-elle avec animosité.

Poséidon, surpris, tenta d'abord de se justifier: « Eh bien, il ne me semble pas qu'il soit plus tard que d'habitude, et il est vrai que certaines affaires traînent plus que d'autres mais… »

« C'est la seule excuse que vous avez trouvée ? » siffla la reine du monde marin, interrompant son mari. « Je sais que ce ne sont que des mensonges pour endormir ma méfiance ! »

Trop interloqué pour répondre, le dieu du Sol et des mers regarda sa femme faire rageusement les cent pas, tout en continuant ses accusations. Ce n'était pas du tout le comportement habituel de sa femme.

« Êtes-vous malade, ma chérie ? » lui demanda-t-il tout à coup.

Bien mal lui en prit: cela ne fit qu'accentuer la colère d'Amphitrite, qui redoubla ses cris. En l'approchant doucement, Poséidon prit ses poignets et la regarda dans les yeux.

« Que pensez-vous être en train de faire ? » s'exclama sa femme.

Un éclair de compréhension traversa les yeux du dieu des Océans. Ordonnant à ses serviteurs de s'occuper de sa femme, il quitta son palais.

Il devait rendre visite à son frère.


Au même moment, aux Enfers, dans la demeure de Perséphone et Hadès

Encore plus éloignés de la surface de la Terre que Poséidon et Amphitrite, Hadès et Perséphone, roi et reine des Enfers, prenaient une collation. Ils avaient enfin un moment pour eux, après avoir passé une bonne partie de la journée à s'occuper des réclamations des morts, des Moires, et aussi à aller promener Cerbère. Détendus, ils dégustaient des fruits infernaux, appréciant simplement la compagnie l'un de l'autre.

Après coup, Hadès avait compris qu'il aurait dû se méfier tout de suite. Dès qu'il était dans un état proche du bonheur, une tuile lui tombait dessus.

« Perséphone, pourrais-tu me passer le plat de grenades, je te prie ? » demanda-t-il à sa femme.

« Bien sûr, mon petit muffin ! » répondit-elle, tout sourire.

Le dieu des Enfers regarda, surpris, sa femme écarquiller les yeux.

« Excuse-moi », lui dit-elle immédiatement. « Je ne sais pas ce qui m'a pris, je… »

Avant de pouvoir poursuivre, elle se leva brusquement. Hadès n'osa pas faire un geste.

« Oh non, non, non ! » dit soudainement la reine des morts, après un long silence. « Hadès, ça ne va pas du tout ! On vit vraiment dans un taudis ! Il va falloir qu'on redécore tout ça, tu ne crois pas, mon petit chat ? » ajouta-t-elle en se tournant vers son mari.

Hadès, lui, s'approcha doucement de sa femme, et l'observa, pour voir si elle ne portait pas les signes d'une quelconque maladie, ou si elle ne souffrait pas d'une chute dans un des fleuves des Enfers. Mais c'était impossible, il était resté avec elle toute la journée.

Lorsqu'il vit que les yeux verts de sa femme étaient assombris par un voile noir, il sut définitivement que quelque chose clochait.

« Je sais ! » s'exclama Perséphone, faisant sursauter Hadès. « Je vais aller préparer des moelleux au chocolat ! » dit-elle avant de courir vers la cuisine.

Le roi des Enfers, lui, ne perdit pas une minute; retenant un cri d'horreur face à la situation – bon sang, sa femme avait désormais la personnalité d'Hestia ! -, il s'empressa de sortir de sa demeure. L'affaire était grave. Il prit la direction de l'Olympe.


Lorsqu'il arriva sur l'Olympe, un curieux spectacle s'offrit à Hadès. Le dieu des morts ne pouvait pas vraiment dire que sa vie était normale (après tout, il régnait sur les morts et entendait des histoires étranges presque tous les jours), mais il y avait tout de même une limite à sa tolérance à l'inhabituel.

Devant lui, l'Olympe était sans dessus-dessous.

Non pas que l'Olympe soit un havre de paix – en fait, le plus surprenant était quand tous les dieux étaient calmes et disciplinés -, mais le dieu des Enfers ne pouvait s'empêcher d'être surpris.

C'était un véritable chaos. Presque pire que le Chaos qu'avaient dû combattre les Olympiens, au commencement du règne de Zeus. Les objets et les tables étaient renversés sur le sol; les rideaux, plaids et autres draps étaient soit déchirés, soit pendaient lamentablement autour des colonnes. Mais le pire était les auteurs de ce carnage.

Tous les Olympiens ou presque se trouvaient là, et faisaient un vacarme qui devait au moins atteindre le monde des mortels. Un cri plus perçant atteint cependant Hadès.

« Hadès ! Mon frère ! Au secours ! » fit une voix.

Le roi des morts, en d'autres circonstances, aurait bien ri; mais il était lui-même trop estomaqué pour se laisser aller à son hilarité. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il se précipita au secours de Poséidon.

« Mais lâchez-moi ! » s'époumona le roi des Océans, à l'égard de ceux qui le retenaient.

Apparemment, Hermès (qui semblait avoir pris la personnalité d'Arès tant il semblait vouloir se battre) et Artémis (qui avait pris celle d'Aphrodite, vu son empressement à se coller contre tout individu masculin qui passait sur son chemin) ne voulaient pas laisser leur oncle partir. Il fallut toute la force d'Hadès pour arriver à tirer son frère de là.

Une fois sa mission menée à bien, il s'isola des autres dieux et déesses en créant autour de Poséidon et lui un cercle de feu.

« Merci ! Tu n'as pas idée à quel point tu me sauves la vie ! » s'écria le frère d'Hadès, trop heureux d'échapper à la prise des Olympiens.

Hadès hocha simplement la tête et demanda : « Que s'est-il passé ? »

Poséidon s'empressa de lui répondre: « Quand je suis rentré chez moi tout à l'heure, j'ai découvert qu'Amphitrite ne se comportait pas normalement. »

« C'était la même chose avec Perséphone ! » s'exclama Hadès. « Je crois qu'elle a pris la personnalité d'Hestia. »

« Quelle chance », maugréa Poséidon. « Ma femme a pris celle d'Héra ».

Hadès grimaça. Son frère avait dû avoir la frayeur de sa vie. Il comprenait mieux pourquoi il était arrivé ici avant lui.

« Où est Zeus ? » s'étonna le roi des morts, surpris de ne pas trouver le chef des dieux au cœur de ce carnage.

« Aucune idée », lui répondit son frère. « Avant même que j'aie pu faire trois pas, Hermès et Artémis se sont jetés sur moi ! »

Hadès réfléchit un instant. « Ce n'est pas du tout leur genre. Tout comme ce n'est pas du genre de nos femmes de changer de personnalité aussi soudainement. Qu'a-t-il pu se passer ? »

« Un sortilège, peut-être ? » suggéra Poséidon. « Ou bien une indigestion générale qui a mal tourné ? »

Leur réflexion fut interrompue par Hestia, qui s'approchait d'eux. Elle semblait fascinée par le cercle de flammes qui les entourait.

Le fils aîné de Chronos chercha à l'éloigner, de peur qu'elle ne les trouble dans leur petite enquête. Il fit donc apparaître une flamme plus grande dans sa main, fronça les sourcils et tenta de prendre une voix posée, mais forte.

« Éloigne-toi, Hestia », lui intima-t-il.

Cependant, un détail crucial lui échappa. Si Perséphone avait pris la personnalité d'Hestia, il semblait logique que cette dernière ait pris la personnalité de la reine des Enfers. Mais il ne se méfia pas, jusqu'à ce que sa sœur aînée n'affiche un sourire mutin. Il ne comprit pas la signification de ce sourire, jusqu'à ce qu'elle mette une main dans les flammes face à elle, et la ressorte intacte, avec un peu de feu au-dessus de sa paume.

Le sourire d'Hestia s'agrandit, tandis qu'Hadès affichait une mine de plus en plus déconfite.

« Merveilleuse idée ! » cria Poséidon, entre deux halètements. Voilà plusieurs minutes qu'il courait derrière son frère. « Faire apparaître des flammes devant la déesse qui garde le feu du foyer ! Zeus n'aurait pas fait mieux ! » railla-t-il.

« Tu peux arrêter tes sarcasmes ! » répliqua Hadès, se maudissant mentalement de ne pas y avoir pensé plus tôt. « Garde ton souffle pour courir ! »

En effet, peu après la prise de contrôle du feu par Hestia, tous les dieux présents semblaient s'être rendu compte de la présence des frères de Zeus, et s'étaient mis en tête de les poursuivre. Ils étaient donc poursuivis par Hestia qui leur lançait des flammes en riant, par Hermès armé d'un bouclier et d'un glaive, par Arès qui volait au-dessus d'eux (grâce aux sandales ailées du dieu messager) en leur lançant toutes sortes de projectiles, Aphrodite qui leur lançait des flèches avec une précision étonnante, et enfin Artémis, qui les poursuivait de ses ardeurs.

Ils réussirent à les semer pendant un temps, mais se retrouvèrent vite coincés contre un mur.

«Nous sommes perdus ! » gémit Poséidon, avant de crier : « Au secouuuuuuuurs ! » telle une jeune fille effarouchée.

« Ne sois pas ridicule ! » s'exclama Hadès, irrité, en faisant apparaître de nouvelles flammes dans ses mains. Même s'il ne voulait pas le laisser paraître, il avait un peu peur, lui aussi, de ce que pourraient leur faire subir leurs camarades Olympiens.

« Hadès », dit Poséidon, « si ce doit être la fin des fils de Chronos, laisse-moi te dire, tu as toujours été mon frère préféré ! » Il augmenta sa déclaration d'un câlin.

« C'est vraiment la fin du monde », pensa Hadès, n'osant pas se dégager. Il ferma les yeux, attendant l'impact de ses pouvoirs avec ceux des autres.

Mais l'impact ne vint pas. A la place, il entendit un bruit énorme. Une sorte de bruit métallique.

Les autres Olympiens se stoppèrent immédiatement, surpris. Ils tournèrent la tête vers la source du bruit, qui s'approchait. Hadès et Poséidon suivirent leur regard, et virent ainsi une ombre gigantesque se projeter sur le mur de la pièce voisine.

Les dieux et déesses qui les poursuivaient poussèrent un cri, avant de déguerpir. Hadès et Poséidon, eux, ne savaient comment réagir la chose bruyante s'approchait de plus en plus. Poséidon s'accrocha encore un peu plus à son frère aîné. Ils virent alors un géant de fer apparaître devant eux.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! » crièrent-ils en chœur d'une voix aigüe.

« Hé ! N'ayez pas peur, c'est moi ! » dit la créature de métal.

Doucement, Poséidon défit son étreinte autour d'Hadès, reconnaissant la voix qui s'adressait à eux. Le roi des morts aussi la trouvait étrangement familière…

« Attendez un instant », dit le géant, avant d'enlever ce qui semblait être sa tête. Il s'agissait en fait d'une sorte de casque, qui laissa apparaître Zeus, le roi des dieux en personne.

« Zeus ! » s'écrièrent en même temps ses frères. Poséidon semblait énervé, sûrement vexé d'être surpris en position de faiblesse, mais Hadès était nettement soulagé.

« Où as-tu eu cette armure ? » demanda le roi des Enfers.

« J'ai demandé à Héphaïstos de la faire forger lorsque les autres ont commencé à débloquer », lui répondit Zeus. «Nous avons été parmi les seuls ici à ne pas être affectés par l'envoûtement. Vous avez eu quelques problèmes aussi, je me trompe ? Sinon, vous ne seriez pas là. »

« Amphitrite a pris la personnalité d'Héra », déclara le roi des Mers d'un ton morne.

« Et Perséphone celle d'Hestia », renchérit Hadès.

« Cela explique beaucoup de choses », réalisa Zeus. « Je trouvais Héra bien calme, tout à l'heure. Elle ne fait que tisser depuis quelques temps. »

Les deux autres fils de Chronos se rembrunirent. Ils n'avaient pas cette chance.

« As-tu une idée de comment tout cela est arrivé ? » demanda tout de même l'aîné.

« J'ai comme l'intuition qu'Eris n'est pas étrangère à tout cela », leur révéla Zeus.

« Comment le sais-tu ? » interrogea Poséidon.

« Suivez-moi », leur dit Zeus.

Alors que Zeus tournait les talons, Hadès fit un sourire jusqu'aux oreilles à Poséidon.

« Dis-moi, je rêve ou bien tu m'as fait une belle déclaration ? » le taquina-t-il.

Le roi des Océans ne répondit que par un grognement, ce qui accentua le sourire d'Hadès.

Ils se dirigèrent donc tous les trois vers les appartements du roi des dieux, leur marche rythmée par les bruits sourds que produisait l'armure de Zeus.

Une fois arrivé à destination, Zeus appela d'une voix forte: « Iris ! »

Non loin d'eux, ce qu'Hadès avait confondu avec un nuage prit forme humaine.

« Oui, Seigneur ? » demanda Iris, en inclinant légèrement la tête en guise de salut.

« Voici Iris », présenta Zeus. « C'est une déesse messagère au service de ma femme, et qui lui est très loyale. Elle a vu ce qui s'est passé tout à l'heure. »

Poséidon et Hadès hochèrent la tête à l'égard de la jeune déesse, fascinés par sa chevelure aux couleurs de l'arc-en-ciel.

« J'étais cachée près d'une colonne », commença Iris, « car la reine des dieux aime que je lui fasse un rapport tous les jours de ce qui se passe sur l'Olympe quand elle ne peut pas être présente partout. Aujourd'hui, elle se reposait dans ses appartements, et je devais donc surveiller les dieux et déesses présents ici. »

Les trois frères hochèrent de nouveau la tête, l'encourageant à continuer.

« Alors que tout était comme d'habitude, une sorte de fumée s'est introduite dans la pièce principale, touchant tous ceux qui étaient présents. Ils sont alors tous devenus fous », confia-t-elle. « J'ai pu prendre une forme nébuleuse juste à temps, pour éviter que la fumée ne me touche. Mais j'ai constaté que le changement n'avait pas été nocif pour la reine. Elle n'a fait que tisser », acheva la déesse messagère.

« Merci Iris », la congédia Zeus. Esquissant une révérence, la déesse repartit à sa place initiale.

« Et en quoi cela nous informe-t-il qu'il s'agit d'Eris ? » demanda Poséidon.

« Elle se déplace généralement à l'aide d'une fumée », expliqua Zeus. « C'est sa marque de fabrique. »

Il se souvenait encore de son aura noire, lors des noces de Pélée et Thétis. Il en frissonnait encore d'effroi.

« Mais comment faire pour rendre à tout le monde leur personnalité d'origine ? » s'inquiéta Hadès.

« Il n'y a qu'un moyen », informa Zeus. « Il faut aller la voir dans sa demeure. »

Les trois frères grimacèrent de concert. Ce n'était pas une mince affaire.

Hadès et Poséidon, en partant, restèrent alors le plus près possible de Zeus, qui semblait effrayer les autres dieux et déesses de sa démarche assez peu discrète.

« Tu n'as pas peur de retrouver l'Olympe complètement cramé après cette aventure ? » demanda Poséidon, en regardant, inquiet, par-dessus son épaule.

« Ça ne sera pas bien différent de son état habituel, de toute façon ! » lui répondit tout simplement Zeus, nonchalant.

Une fois hors du mont Olympe, Zeus enleva son (encombrante) armure, et ses frères et lui purent entamer le voyage vers la demeure d'Eris.

« Je me charge d'accélérer le voyage », proposa Poséidon, prêt à utiliser ses pouvoirs liés à la terre.

Zeus hocha simplement la tête et guida son frère jusqu'au lieu où, il l'espérait, tout ce cauchemar prendrait bientôt fin.

Eris, de son côté, savait bien que Zeus et ses frères viendraient la voir, à un moment ou à un autre. Ils étaient, après tout, les trois piliers principaux des divinités après la victoire sur les Titans. Ainsi, elle ne s'étonna pas d'entendre des pas dans son dos.

« Ben tiens, c'est encore pour ma pomme », se dit-elle, tout en se félicitant intérieurement de son jeu de mots.

Elle se tourna vers ses trois interlocuteurs, mimant la surprise, une main sur le cœur.

« Tiens ! Mais n'est-ce pas là mes trois frères préférés ! » s'exclama-t-elle avec un grand sourire.

Elle dut se retenir de ne pas éclater de rire devant l'allure de Zeus, Poséidon et Hadès. Ils avaient tous les trois beaucoup de mal à contenir leur colère.

« Eris », commença Zeus, « Annule ta sorcellerie tout de suite. »

La concernée leva les yeux au ciel.

« Et voilà, dès qu'il y a quelque chose de travers, c'est forcément de ma faute ! » tenta-t-elle.

« N'essaie pas de te défiler », la prévint Poséidon. « Iris a tout vu. »

« Mince », pensa Eris. Elle avait oublié que la messagère d'Héra était particulièrement discrète.

« Pourrais-je savoir pourquoi tu as agi ainsi ? » lui demanda le roi des dieux, tentant de paraître imposant.

Eris haussa les épaules, indifférente. « Je m'ennuyais. »

Elle put presque entendre les mâchoires des trois frères heurter le sol, et retint avec peine un sourire moqueur.

« Donc », lui dit Poséidon d'une voix où l'exaspération était de plus en plus palpable, « tu as mis l'Olympe sans dessus dessous parce que… Tu t'ennuyais ? »

Eris hocha la tête, un grand sourire aux lèvres.

« Tu mérites un châtiment », s'énerva Poséidon, « tu mérites qu'on te pende par les pieds et que tu… »

« Hep hep hep », l'interrompit Eris, « ce n'est pas ainsi que vous allez me convaincre d'annuler mon sort ! »

Elle se délectait de voir qu'elle avait les trois dieux les plus puissants à sa merci. C'était un sentiment, pour elle, extrêmement jubilatoire.

Hadès, qui n'avait jusque-là prononcé aucun mot, se jeta d'un coup aux pieds d'Eris.

« Je n'en demandais pas tant », rit cette dernière, surprise.

« Je t'en supplie », dit Hadès d'une voix angoissée. « Je t'en supplie, nous te donnerons tout ce que tu voudras, mais par pitié, enlève de ma femme la personnalité d'Hestia ! »

Son ton était celui d'un désespéré. La déesse de la discorde se félicita intérieurement : pour le coup, elle avait bien réussi son affaire.

Zeus et Poséidon soupirèrent, un peu irrités de voir leur frère aîné succomber si vite aux demandes d'Eris.

« Bon », concéda Zeus, « que veux-tu ? »

Eris, par simple envie de laisser les dieux mariner un peu, commença à faire les cent pas dans la pièce, et fit semblant de réfléchir pendant quelques minutes.

Poséidon, perdant patience, serra les poings. Cela sembla encore plus enthousiasmer Eris.

« Très bien », dit la déesse après une longue pause, « j'aimerais une vie sociale un peu plus remplie. Je veux que vous m'invitiez aux réceptions d'Héra. »

« D'accord », répondit Hadès presque immédiatement.

« Pas question ! » s'insurgea Poséidon. « La dernière fois que tu étais à une réception, tu as lancé la pomme d'or qui a provoqué la guerre de Troie ! »

Eris eut un grand sourire, et se tourna vers Zeus. « Alors ? »

« Pas toutes les réceptions », nuança le dieu de la foudre. « Nous t'inviterons à certaines fêtes et nous te préviendrons suffisamment à l'avance, et tu pourras, de temps en temps, aller chez les mortels. »

Eris dut user de toutes ses forces pour ne pas trépigner comme une enfant. Le monde des mortels lui avait été interdit depuis la fameuse guerre de Troie.

« Parfait ! » décida-t-elle. « Alors c'est d'accord. »

Elle serra la main de Zeus, qui lui rendit sa poignée de main avec un peu trop de force, et attendit. Les trois frères, malgré le pacte conclu, ne partaient pas.

« Le sortilège, Eris », lui rappela patiemment Zeus.

Cette dernière éclata de rire.

« Bien sûr, quelle bécasse ! » s'exclama-t-elle. Elle claqua des doigts. « Voilà, c'est fait. »

« Il te suffisait de claquer des doigts ?! » finit par exploser Poséidon. « Et tu nous as fait venir jusqu'ici ?! »

La déesse de la discorde lui envoya un baiser de la main, tandis qu'il se faisait traîner dehors par Hadès et Zeus.


Royaume des Morts, aux Enfers

Après avoir rapidement quitté ses deux frères, Hadès rentra chez lui et fut satisfait de voir sa femme allongée tranquillement sur le canapé du salon. Elle semblait tout juste se réveiller d'un moment d'absence.

« Hadès ? » dit-elle, lorsqu'elle vit son mari près d'elle. « Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle.

« Eris », répondit simplement le roi des Enfers. « Elle a jeté un sort à presque tous les dieux et déesses sauf Zeus, Poséidon et moi. Tu as momentanément pris la personnalité d'Hestia », ajouta-t-il, l'air sombre.

« Ça explique donc tous les gâteaux dans la cuisine et les coussins roses », comprit Perséphone. « Sais-tu quelle punition est prévue pour Eris ? »

« Pas vraiment », admit Hadès. « J'ai très vite fait faux bond aux autres pour te rejoindre. »

Il n'avait pas voulu entendre le discours de Zeus sur l'affection et l'entraide fraternelle.

Perséphone eut un léger rire, et se redressa.

« Il serait donc temps de redécorer tout ça, tu ne crois pas, mon petit muffin ? » demanda-t-elle, un sourire mutin aux lèvres. « Non, non, je plaisante ! » ajouta-t-elle en voyant Hadès pâlir. « C'était juste pour rire ! »


Sur le mont Olympe, une fois Zeus rentré et les divinités revenues à leur état normal, un conseil fut convoqué sur -le-champ. Des cris de rage et de colère se faisaient entendre de tous côtés : manifestement, personne n'avait apprécié ce petit tour joué par Eris.

On entendait surtout les injures d'Artémis, vexée d'avoir pris momentanément la personnalité d'Aphrodite, qui allait contre tous ses principes.

« On va la dépecer vivante », proposa-t-elle à Arès et Apollon qui hochaient vigoureusement la tête. « Elle va finir écrasée sous un rocher, ou bien on va l'envoyer brûler dans un volcan, on va… »

« Silence ! » intima d'un coup Héra, jusque-là plutôt silencieuse.

Les autres dieux et déesses obéirent immédiatement à leur reine et se rassirent.

« Ce qu'a fait Eris est intolérable », commença-t-elle.

Zeus, surpris que sa femme soit aussi calme, ne dit rien, par prudence.

« Oser me demander de l'inviter à mes réceptions ! » ajouta la déesse du mariage, dédaigneuse. « Se rend-elle vraiment compte du travail que c'est à chaque fois ? Je n'ai pas besoin qu'elle vienne tout gâcher ! »

Les autres divinités soupirèrent de concert. Héra n'avait manifestement pas les mêmes priorités qu'eux.

« Il faut la punir sévèrement », dit Poséidon. « Elle ne peut pas faire ce qu'elle veut, enfin ! » s'énerva-t-il.

Zeus était d'accord. Il allait parler, lorsqu'il vit sa fille Athéna se lever.

« Père », dit la déesse aux yeux pers, « j'ai une idée. »

Poséidon se renfrogna, toujours mécontent lorsque son ennemie jurée devait proposer une solution.

« Eris est une déesse rusée », continua Athéna. « Elle saura détourner à son avantage une punition trop évidente ou trop sévère. »

Les autres Olympiens hochèrent la tête.

« Vous dites, Père, que l'ennui a motivé Eris pour nous jouer ce petit tour », déclara Athéna.

Elle sourit.

« J'ai donc la solution parfaite. Et pour cela », ajouta-t-elle en se tournant vers Hestia, « j'aurai besoin d'aide. »


« Tu vois, c'est très simple », indiqua Hestia à Eris. « Il te suffit de passer la laine ici, puis là… et tu tires ! »

Un léger sourire ironique s'étira sur les lèvres d'Eris. Elle voyait parfaitement clair dans le jeu d'Athéna et d'Hestia; c'était encore un stratagème pour éviter qu'elle ne sème la zizanie.

A vrai dire, elle s'amusait bien plus qu'elle ne voulait l'avouer. Et peut-être qu'un jour, elle se réessaierait à jouer un mauvais tour aux Olympiens.

Mais pas aujourd'hui: aujourd'hui, c'est atelier tissage.


Voilà, c'est tout pour cet OS... N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé d'Eris, de nos trois frères préférés, ou même des autres dieux et déesses qui n'interviennent pas beaucoup ! Un retour sur son travail est toujours bon à prendre, et je réponds (presque) toujours aux commentaires :)

Bises !