Bonsoir/Bonjour à tous !

Me revoilà pour un nouvel OS, qui est consacré à une créature que tout le monde connaît : Méduse. La rentrée et les élèves n'ont pas encore totalement effacé mon imagination !

Je souhaite cependant vous prévenir : évitez de lire ce chapitre si vous êtes une âme sensible. Il y a mention de viol, et certains personnages en font même l'apologie.

Je vous retrouve en fin de chapitre pour quelques précisions concernant le mythe original et mon interprétation.


L'erreur d'être belle

Méduse se réveilla en sursaut, la respiration haletante.

Elle mit un moment avant de se rappeler de l'endroit où elle se trouvait; elle ne se rappelait même plus d'avoir sombré dans l'inconscience.

Puis tout lui revint. A la fois les souvenirs et la douleur, qu'elle sentait à présent lui fendre le corps tout entier. Elle sentit encore des liquides couler entre ses cuisses, marque du crime infâme qui s'était déroulé dans le temple où elle se trouvait. Ce sang et cette semence la dégoûtaient.

Elle connaissait pourtant bien les dieux : elle était elle-même la fille de deux divinités marines primordiales.

Alors pourquoi, pourquoi avait-il fallu que Poséidon, dieu des Océans, jette son dévolu sur elle et abuse d'elle sur ce sol sacré ?

Méduse éclata en sanglots.

Le viol lui revenait par images successives et hachées, accentuant ses hoquets et ses halètements de douleur. Le visage du dieu, tordu par le plaisir, réapparaissait dans son esprit elle avait l'impression de sentir encore les coups de reins de Poséidon tandis qu'elle tentait vainement de lui échapper.

Lorsqu'elle avait vu le visage lubrique du frère de Zeus, alors qu'elle se promenait sur la plage, elle avait cherché refuge dans le sanctuaire d'Athéna, non loin de là : elle savait que, parmi les dieux Olympiens, elle était la plus juste.

Pourtant, elle n'avait rien fait.

Poséidon avait possédé Méduse au pied de la statue de la déesse, mais Athéna n'était pas apparue pour punir l'affront.

La belle jeune fille avait été abandonnée.

Ce sentiment la déchirait. Elle souhaitait mourir.

Cela ne tarderait sûrement pas. Elle ne pouvait plus bouger.

Elle n'en avait plus la force.


« IL A FAIT QUOI ? » retentit une voix dans la demeure des dieux Olympiens.

Héra, face à la colère d'Athéna, ne bougea pas d'un cil. Elle resta immobile sur son trône d'or.

« Je te l'ai déjà dit, Athéna », dit la reine des dieux d'un air ennuyé. « Poséidon a possédé une jeune fille dans l'un de tes temples. »

Un léger silence suivit cette déclaration. Tandis qu'Athéna accueillait cette nouvelle en tentant de ne pas se montrer violente, Héra ajouta :

« Ce n'était tout de même pas très malin de sa part de le faire dans l'un de tes temples. Mon frère n'est pas quelqu'un de bien futé. Mais il s'agit d'un mal pour un bien », déclara-t-elle en rejetant sa longue chevelure derrière son épaule.

Athéna éclata d'un rire sans joie.

« Il l'a fait exprès, enfin », dit-elle d'un ton sec, « il est de notoriété publique qu'il me déteste. »

La femme de Zeus la jaugea un long moment.

« Certainement », dit-elle, « Mais te voilà prévenue. Tu devrais te débarrasser de cette pauvre souillure qui salit le sol de ton temple. »

Un tel mépris, habituellement, ne choquait pas la déesse aux yeux pers : Athéna était habituée à l'attitude froide de la reine des cieux. Mais là, quelque chose clochait.

« Que vous a-t-elle fait ? » demanda-t-elle, malgré le désir d'Héra de la voir partir.

« Pardon ? » s'étonna Héra, qui ne s'attendait pas à une telle question.

« Pourquoi avez-vous envoyé Poséidon violer Méduse ? » reformula Athéna.

Héra plissa les yeux.

« Zeus commençait à s'intéresser à elle », avoua-t-elle.

La mâchoire d'Athéna faillit heurter le sol. Elle savait (comme tout le monde) qu'Héra ne tolérait pas les infidélités de Zeus (qui recommençaient tout de même inlassablement) : mais d'habitude, elle se vengeait après l'adultère.

Athéna sentit des sentiments contradictoires s'emparer d'elle. Elle tenta de s'exprimer :

« Mais vous… »

« Maintenant qu'elle est salie, Zeus ne voudra plus d'elle », affirma Héra.

Un frisson parcourut l'échine d'Athéna. Elle aurait juré qu'Héra avait légèrement souri à ce propos.

« Quelle était son erreur, alors ? » pensa Athéna à voix haute.

Héra lui répondit, d'une voix lente : « Elle a commis l'erreur d'être belle. »

Athéna sentit la colère monter en elle. Un sentiment d'injustice lui déchirait les entrailles : « De quel droit… » commença-t-elle, les dents serrées.

« Silence ! » claqua la voix d'Héra. « C'est ma volonté. »

La fille de Zeus baissa la tête. Elle ne pouvait pas ouvertement se rebeller contre la femme de Zeus, sa reine. Elle était coincée, et Héra le savait pertinemment.

Ignorant le sourire supérieur que la déesse des cieux affichait, Athéna sortit du palais de l'Olympe.


Méduse se sentait de plus en plus engourdie par le froid de la nuit. Le lendemain matin, on la retrouverait morte. Tant mieux. Elle était si fatiguée…

Alors qu'elle allait fermer les yeux, elle aperçut une lumière près d'elle.

« Peut-être est-ce la mort qui vient me chercher », se dit-elle avec espoir.

Cependant, son esprit embrumé reconnut bientôt la déesse qui l'avait abandonnée : Athéna.

Méduse eut un hoquet de surprise : elle voulut reculer, mais elle ne pouvait plus bouger une seule partie de son corps.

Elle se recroquevilla donc un peu plus, continuant à pleurer.

« Méduse… »

Etait-ce de la douceur, dans la voix de la déesse ? Comment osait-elle ! Elle l'avait laissée se faire salir par Poséidon ! Dans son propre temple !

Entre deux hoquets, Méduse parvint à articuler, dans un murmure : « Tuez… moi… »

Athéna sentit de nouveau la tristesse monter en elle. Elle en avait assez, de toutes ces morts : Héraclès tué à cause de la vengeance d'Héra, Asclépios le fils d'Apollon tué car il sauvait trop de vies, Phaëton le fils du Soleil tué pour son imprudence… A croire que les dieux ne savaient que tuer.

Elle savait très bien qu'une autre divinité, à sa place, n'hésiterait pas. Cependant, Athéna tenta de rassembler ses idées et elle s'exprima d'une voix claire :

« Je ne peux pas te tuer. Après tout, tes parents sont des divinités. »

Méduse sentit un nouveau poids lui peser sur le corps. La tuer n'était pas possible, mais se faire violer l'était ? Si elle n'était pas aussi fatiguée, elle aurait sans doute hurlé de désespoir.

Athéna reprit : « Je peux te jurer qu'il ne t'arrivera plus jamais cela. »

La fermeté du ton de la déesse, étonnamment, rassura Méduse.

« Plus aucun homme ne posera les yeux sur toi », continua la fille de Zeus.

Méduse eut chaud au cœur. Elle allait pouvoir être lavée de cet horrible crime.

« C'est mon vœu le plus cher », parvint-elle à murmurer.

Athéna soupira. Si cette pauvre jeune fille savait ce qu'elle allait devenir…

Cependant, la déesse aux yeux pers n'avait pas le choix. Elle devait sauver cette jeune fille, et c'était le seul moyen.

Elle appliqua ses mains sur la tête de Méduse : une vive lumière s'en échappa et le corps de la jeune mortelle se métamorphosa.

Méduse, elle, sentit sa douleur partir : ses blessures disparurent, et son corps se fortifia. Il lui semblait même qu'elle devenait plus grande.

Enfin, son calvaire était fini.

Elle se releva doucement et voulut remercier la déesse, mais celle-ci était déjà partie.

Tout à coup, elle se glaça d'effroi.

Quelque chose bougeait dans son dos.

Se retournant doucement, elle vit, sur son épaule, un serpent.

Non, plusieurs serpents.

Cette fois-ci, elle hurla de toutes ses forces.

Elle était devenue un monstre.


« Chapeau, Athéna ! » s'exclama Arès lorsqu'il la vit revenir sur l'Olympe.

Le dieu de la guerre, ainsi qu'Artémis, Apollon, Hestia et Héra étaient penchés sur le puits aux prières. De là où elle se tenait, Athéna entendait les cris de Méduse, qui avait découvert sa nouvelle nature. Les dieux avaient observé toute la scène. Ils avaient vu Athéna changer Méduse en Gorgone, en monstre possédant des serpents en guise de cheveux, en monstre pouvant pétrifier ses victimes en un seul regard.

Athéna baissa la tête, à la fois de honte et de colère.

Elle savait qu'Artémis, Apollon et Arès auraient tué la jeune fille pour la punir du crime commis par un autre.

Elle entendit à peine les paroles d'Héra :

« Je suis heureuse de voir que tu prends ton devoir au sérieux, Athéna. »

Elle hocha vaguement la tête, ne sachant pas quoi dire, puis s'éloigna d'un pas lent pour fuir les regards des autres.

Elle se sentait un monstre, elle aussi.


Eh bien ! Dire que je me suis éloignée du mythe original est un euphémisme.

Dans l'histoire de base, Méduse se fait effectivement violer par Poséidon et transformer en Gorgone par Athéna. Mais deux précisions :

1) Le fait qu'Héra ait prémédité le crime est une invention de ma part.

2) D'après les anciens, Athéna transforme Méduse pour la punir, pas par compassion. Dans la mythologie, c'est de la faute de la jeune femme si elle se fait violer et elle se fait punir pour cela. Mon interprétation est donc un gros anachronisme et ne respecte pas du tout la mentalité de l'époque.

Voilà pour ces précisions, je tenais vraiment à vous faire part de ma réécriture du mythe.

N'hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire si cela vous a plu; d'autres OS avec un ton plus léger arriveront bientôt (ou en tout cas dès que possible).

A bientôt,

Themis.