La journée était bien avancée lorsque Lilly et Elly regagnaient le bureau. John Stillman était là et parlait de l'enquête avec Scotty.
« Vous pourrez leur demander. Regardez elles reviennent. »
Il se tourna pour voir les deux jeunes femmes s'approcher.
« Comment se passe l'enquête ?
-Elle commence chef. Mais on a déjà rendue une petite visite instructive à Mat Bergman, l'ancien petit ami de la victime.
-Alors… ? »
Ses yeux se posèrent sur Elly qui était restée silencieuse.
« Alors, c'était une fille que tout le monde aimait à première vue. Qui avait envie d'un futur…
-Oui mais apparemment ça déplaisait pas mal à sa sœur. »
Stillman regardait fixement Elly à présent.
« Vous devez être Mademoiselle Stevens…
-Oui…veuillez m'excuser…
-Vous auriez du passer me voir en arrivant.
-Je voulais me rendre utile au plus vite. Je pensais passer ce soir. Avant que vous ne partiez. »
Il acquiesça.
« Bienvenue à vous. J'aimerais vous parler…dès que vous trouverez une minute. »
La jeune fille acquiesça et scruta sa montre. Un silence gênant c'était installé sur l'équipe. Elle se racla la gorge nerveusement. Sa mâchoire trembla légèrement.
« Je pense qu'on devrait rendre visite à…Madame Richemont pour…lui demander un peu plus de détails sur ces surnoms et…sur ses désaccords avec sa sœur… »
Lilly pressa son épaule avec sa main fine.
« Tu devrais aller voir Stillman maintenant. Règle tout ça et rejoins nous ensuite…On te tiendra au courant. »
La jeune fille rougit et se redressa imperceptiblement. Elle semblait résignée. Scotty la regardait du coin de l'œil, il lui trouvait une certaine hauteur, une grandeur. D'elle émanait une force et pourtant, alors qu'il scrutait ses yeux clairs, sa fragilité lui apparaissait plus nettement.
« Bien… »
Elle ne répondit rien de plus et lissa sa jupe épouvantablement serrée. Elle glissa une mèche de ses cheveux derrière son oreille et esquissa un sourire maladroit. Scotty la scrutait toujours. Il lui trouvait la beauté d'une brûlée vive, une beauté fugitive et animale terriblement attirante. Will tapa amicalement sur l'épaule de la jeune fille.
« ça va aller. Il a pas l'air, mais il ne mord pas. »
Son sourire dévoila ses dents blanches. Elle pivota sur elle même et s'éloigna dans le couloir gris. Scotty la suivait du regard et sans savoir pourquoi il avait peur.
« N'y pense même pas…Scotty. »
Murmura Lilly à son collègue en esquissant un sourire.
Sa tête était vide. Sa démarche était brutale, saccadée comme celle d'un automate. Elle ne regardait rien autour, son regard était fixé sur la porte où était plaquée le nom de John Stillman. Son cœur battait dans ses oreilles comme les ailes d'un oiseau affolé. Son souffle était court. Elle frappa quelques coups méthodiques à la porte et attendit patiemment.
« Entrez. »
Elle hésita puis posa sa main sur la poignée. John Stillman était assis à son bureau. Il leva la tête sur elle et lui fit signe de prendre place. Elle s'installa vite sur la chaise qu'il lui présentait, de peur de tomber. Il ne parlait pas.
« Vous…vouliez me voir.
-En effet je voulais. »
Il croisa ses mains devant lui. Elle se redressa sur son siège.
« Alors…Je suis là.
-Je vois. »
Le silence se prolongea. Il la détaillait et sortit un dossier du tiroir de son bureau. Il le déposa sur la table devant elle. Elle haussa un sourcil, dubitative.
« Qu'est ce que c'est ?
-Votre dossier. »
Elle secoua la tête négativement.
« Je ne comprends pas. »
Pour toute réponse, il l'ouvrit et ajusta ses lunettes sur son nez.
« Vous avez été directrice adjointe de la police de L.A pendant deux ans, après avoir été formée par le FBI aux techniques d'interrogatoire.
-C'est mon CV que vous lisez ? »
Lâcha t'elle en esquissant un rictus désagréable.
« Et je lis que vous avez de très bonnes évaluations, votre patron m'a confirmé que vos états de services étaient excellents. Cependant, j'aimerais que nous parlions plus précisément de l'affaire Cooper. »
La jeune fille soupira et se raidit. Ses mains se serrèrent sur les accoudoirs et sa mâchoire se serra.
« Il n'y a rien n'à dire.
-C'était il y a trois mois. Vous avez été prise en otage par un tueur en série, blessée par arme blanche, battue et vous a laissé pour morte. Il a été abattu par votre collègue, le lieutenant Andy Carlson. Vous n'avez pas passé d'évaluation psychologique après ça et pris seulement une semaine de congés alors qu'en moyenne vous n'auriez pas pu travailler pendant au moins trois mois. »
Elle ne répondit rien et détourna son regard. Stillman ouvrit ses mains et esquissa une moue dubitative.
« Qu'avez vous à dire ?
-En réalité, je n'ai pas entendu votre question.
-Pourquoi n'avez vous pas subit d'évaluation psychologique comme le veut le règlement ? »
Elle frotta son front avec ses ongles.
« Je connais les évaluations des psychiatres. Je suis moi même une spécialiste des troubles comportementaux violents. Je sais comment les spécialistes de la police traite les agents après ce genre…d'agression. Ils vous trouvent un trouble quelconque parce que, laissez moi vous apprendre une chose, nous sommes tous tarrés, nous plus encore que les autres parce que nous sommes marqués par ce que nous voyons dans notre travail. Et après ça, on vous met au placard et pas pendant trois mois…pendant des années.
-Comment vous sentiez vous après l'agression ?
-Mal. Mais aujourd'hui très bien. Je ne fais pas de cauchemars, je ne regrette pas d'avoir agit comme j'ai agit. J'ai fait ce qui me semblait juste.
-Pourquoi n'avoir pas pris des congés ?
-J'allais bien, aucune raison que je reste chez moi à remuer cette histoire. Il fallait que je sois là où je pourrai être utile. C'est à dire à mon poste. J'avais une équipe de sept personnes à diriger.
-Ce besoin de ce rendre utile n'a t'il pas à voir avec ce qui est arrivé à votre mère quand vous aviez dix ans ? »
La jeune fille projeta son corps si gracile en avant et ses yeux presque gris s'assombrirent brusquement.
« Ne parlez pas de ma mère ! Elle n'a rien à voir là dedans.
-Et pourtant…sa mort violente… »
La jeune fille appuya sa tête dans sa main, contenant le flot de larmes qui montait en elle et noua sa gorge, puis se leva.
« Ecoutez, j'ai beaucoup de respect pour vous, Lilly ne m'a dit que du bien de la façon avec laquelle vous gériez votre équipe. Vous avez accepté que j'en fasse parti et je n'attends que l'occasion de vous prouver ma gratitude en résolvant des enquêtes, en faisant avouer des suspects mais vous allez trop loin. Ma…mère ou quoique se soit qui touche à son affaire ne doit pas être abordé, officiellement ou officieusement. Si mes conditions, que je pense qu'elles sont minces, ne vous conviennent pas alors je préfère m'en aller sur le champ. »
Sa voix était ferme, mais altérée. Stillman vit que la main de la jeune fille tremblait et qu'elle était au bord des larmes. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait dans un rythme irrégulier.
« Je n'y vois pas d'objections…mais il était de mon devoir de vous en parler. »
La jeune fille sembla s'apaiser.
« Je vous remercie chef. »
Il hocha la tête et recula vers la porte. Lorsqu'elle l'eut fermé. Son visage si sûr, si froid se mua en une expression de chagrin profond, comme s'il provenait du plus profond d'elle même. Elle plaqua sa main contre ses lèvres pour empêcher les sanglots de s'en échapper. Ses expirations étaient lourdes et rapides, comme si son corps s'effondrait de l'intérieur. Elle s'élança dans le couloir espérant que personne ne la voit. Elle rentra dans les toilettes pour dames, s'enferma dans une cabine, se laissa glisser le long de la porte et sanglota. Les larmes coulaient le long de ses joues et sur son cou. Son cœur était brisé. Elle se sentait plongée dans les profondeurs, couler lentement et étouffer. Elle retira sa veste et déboutonna sa chemise blanche. Des sanglots traversaient enfin la barrière de ses lèvres. Elle remonta ses genoux sur sa poitrine et se recroquevilla sur elle même.
Lorsqu'elle sortit de sa cachette, la soirée était bien avancée. Elle avait reboutonnée sa chemise lentement et passa de l'eau sur son visage. Elle regarda son reflet quelques instant. Elle était livide. Elle ressemblait à une ombre, l'ombre d'elle même. Elle détourna son regard de dégoût, elle renifla une fois encore, empoigna sa veste sur son bras et quitta la pièce.
Elle se traina jusqu'à son bureau péniblement, l'air grave. Lorsqu'elle vit que Scotty était dans la pièce, elle baissa son visage vers le sol et pressa le pas jusqu'à son bureau. Le jeune homme leva la tête pour la regarder.
« ça été avec Stillman ?
-Oui »
Répondit t'elle simplement. Elle était arrivée à son bureau et cherchait son sac nerveusement. Scotty la regardait. Elle était fébrile et semblait perdue.
« Tu es sûre ?
-Oui…pourquoi ? »
Elle releva sa tête vers lui et tenta de sourire. Mais ses yeux étaient rougis par les larmes et ses mains tremblaient. Elle empoigna son sac et fouilla à l'intérieur pour chercher ses clés de voiture.
« Bonne soirée inspecteur Valence. » Lança t'elle. Sa voix tremblait, ses clés tombèrent par terre. Il se pencha pour les ramasser.
« Appelle moi Scotty. »
Il les lui tendit en esquissant un sourire. La lèvre inférieure de la jeune fille trembla. Il la sentit vulnérable, et pour une raison qu'il ignorait, il sentait qu'il avait envie de la protéger.
« Merci…
-Tu ne veux pas que je te…dépose chez toi ?
-Non c'est bon j'ai ma voiture. »
Il ne relâcha pas la clé.
« Je ne te connais pas…mais tu as l'air…
-J'ai l'air quoi ?
-Pas…en état de prendre le volant. »
Elle esquissa un sourire dur.
« Effectivement, tu ne me connais pas. »
Elle lui pris la clé des mains et se retourna pour se diriger vers l'ascenseur. Scotty leva les yeux au ciel, empoigna son manteau et la suivit à pas rapides. Il se glissa près d'elle avant que les portes ne se referment.
« T'es du genre tenace.
-Plutôt oui. » Il lui lança un sourire doux.
« Comment s'est passée votre entrevue avec Madame Richemont ?
-Comment s'est passée ton entrevue avec Stillman ? »
Elle tourna son visage vers lui, faussement consternée.
« C'est une plaisanterie ?
-Je dirais un échange d'informations. »
Elle soupira.
« Toi d'abord.
-Parfait mais c'est bien parce que tu es… »
Il allait dire jolie mais se ravisa.
« -Une amie de Lilly. »
Il se racla la gorge.
« Elle a pu nous donner certains des surnoms qui étaient dans le journal.
-Tant mieux ! ça nous fera avancer.
-Sauf le fameux Gary Ghoul et le Sawyer. »
La jeune fille grimaça alors que l'ascenseur atteignait le rez de chaussé.
« Enfin peut être que ses amies pourront nous éclairer.
-Espérons.
-Et euh…Concernant les prétendues disputes.
-Elle est restée vague à ce sujet, prétextant qu'elle ne voulait que le bien de sa sœur. »
La jeune fille frotta son front avec sa main.
« Oh crotte ! J'aurais du être là. J'aurais du l'entendre… »
Scotty laissa échapper un rire lorsqu'ils sortirent dans la rue déjà sombre. Il observait son visage à travers la lumière jaune des réverbères et il vit ses yeux briller dans l'obscurité.
« Tu veux…aller boire un verre ?
-Pardon ? »
Elle s'était mise à sourire étrangement.
« Tu devais me raconter comment ton entrevue s'était passée...C'est peut être plus…agréable autour d'un verre. »
Elle éclata d'un rire clair et doux.
« Monsieur Valence. J'aurais accepté avec joie mais… »
Elle mordit sa lèvre inférieure.
« Je ne cède jamais au chantage. »
Elle lui fit un clin d'œil et descendit les quelques marches qui la séparaient du parking. Elle se retourna pour lui faire un signe de main, puis disparu dans l'ombre.
