Le visage de Gaïa au dessus du mien se floute. J'entends sa voix sans percevoir ses mots. Bientôt, il n'y a plus rien. Je me retrouve plongée dans un noir complet.

Puis une lumière chaude se répand peu à peu. Alors que j'étais couchée au sol, je me relève sur les coudes. Grâce à la lumière qui se répand, j'arrive à voir où je suis. Gaïa me l'a déjà décrite quelques fois mais c'est la première fois que la vois : la salle de réunion au dernier étage de la tour de Polis. Elle est plus vraie que nature. Le trône fait de bois flotté attire mon attention pendant un long moment. Lexa, comme tous les commandants avant elle, s'est déjà assise sur ce trône. Il y a un tapis doux sous mes fesses. Au-delà des fenêtres, je vois l'horizon au loin, malgré un épais brouillard. C'est impressionnant, surtout quand on sait que la tour de Polis s'est effondrée il y a plus d'un siècle.

-Bienvenue, Madi.

La voix de femme me surprend. Je sursaute et me retourne brusquement, le cœur qui bat à toute vitesse. Quand je la vois, je sais de qui il s'agit. Becca, la première des commandants. Elle porte des vêtements étranges, je n'en ai jamais vus de tels. Son pantalon et son tee-shirt sont respectivement composés d'un seul tissu. Son pantalon est bleu, il a des poches dont j'ignore l'utilité, vu qu'un poignard n'y rentrerait même pas. C'est à peine si un poing rentrerait dedans. Quant à son tee-shirt, il est d'un blanc immaculé. Dans toute sa tenue, aucun trou, rien en cuir, aucune chaîne et aucune installation pour tenir une arme. Ça doit être comme ça que s'habillaient les civils avant le premier Praimfaya. C'est la toute première fois que je vois des vêtements qui ne soient pas de style terrien ou Skaikru.

-C'est toujours étrange pour moi. Ne pas avoir accès à vos pensées quand vous venez nous voir…

-Bekka Pramheda… c'est un honneur.

-Pareillement, Madi kom Louwoda Kliron.

De nouveaux commandants arrivent et je me lève rapidement. Leur style -que ce soit les vêtements, la coiffure ou l'attitude- évolue au fur et à mesure qu'ils arrivent, jusqu'à ce qu'ils en viennent au style typiquement Trikru. Il aura fallu une quatre de commandants pour en arriver là et, après, il y en a encore huit.

Je reconnais chaque commandant de manière instinctive. J'ai déjà vécu des souvenirs ou ressenti des sentiments de la plupart d'entre eux mais aucun n'est encore venu à ma rencontre. J'entends par là : apparaître dans mon esprit pour me parler. Les commandants forment un cercle autour de moi. Je me redresse et frotte nerveusement mes mains contre mon pantalon. Je me sens comme une intruse, dans cet uniforme d'Eligius III. Je tente de ne pas montrer comme je suis impressionnée et lève le menton, comme le fait Clarke quand je la défie.

-Hei yo, les saluai-je.

Quelques uns d'entre eux me répondent, la plupart me fixent sans rien dire. Lexa, dont je croise brièvement le regard, fait partie de ceux qui se taisent et me toisent. Son visage est d'une neutralité extraordinaire, elle a l'air aussi dangereuse que tous les autres. Quand je croise son regard, elle ne cille pas. Ses yeux sont froids.

-Pas de Trigedasleng ici, s'il-te-plaît, demande poliment Becca et mon attention revient à la première commandante. Tous les commandants n'en parlent pas la même version. Les jeunes langues évoluent vite, tu comprends… ce n'est pas le cas de l'anglais, que nous parlons tous.

-D'accord, l'anglais me convient.

Une nouvelle fois, personne ne réagit. Tous ces gens immobiles, occupés à me fixer. Chacun d'entre eux a tant de sang sur les mains et la mort dans les yeux : impossible de ne pas être intimidée. J'ai l'impression d'être entourée de variantes de Blodreina.

-Mon fleimkepa a dit que je devais venir vous voir.

-Elle a eu raison.

-Je ne sais pas pourquoi.

Je jette un coup d'œil à Lexa. Clarke m'en a peu parlée mais ces rares fois m'ont permis de me créer une image d'une Lexa puissante, impénétrable, sage et douce. Je n'aurais jamais imaginé la rencontrer un jour. Si Clarke ne parle pas beaucoup de Lexa, cette dernière est présente chaque jour de ma vie. Elle habite dans une réaction, une remarque, une phrase en Trigedasleng, un regard de Clarke. Quand je combats, par exemple, je sais que ma mère pense à la commandante. Quand on parle d'amour, de survie et de sacrifices, ou tout simplement quand je parle de la puce dans ma nuque. Alors, j'avoue être un peu déçue face à son absence de réaction quant à ma présence.

-Explique-nous d'abord pourquoi nous nous sommes retrouvés sans nouvelle de toi pendant une si longue période, demande Becca Pramheda. Mon âge a presque doublé depuis que tu es devenue Heda.

-Ah, oui… on a été cryogénisé. Ça veut dire qu'on nous a plongé dans un sommeil artificiel le temps que notre vaisseau arrive près de cette nouvelle planète sur laquelle nous comptons nous installer.

-On va encore me dire que je n'ai rien suivi, intervient un commandant âgé de la trentaine, mais qu'est-il arrivé à notre planète ?

Je pourrais tout expliquer, y passer une éternité mais Gaïa m'a expliqué qu'un commandant doit être concis, bref, quitte à être mystérieux. De toute façon, une fois que je serai à nouveau dans le monde réel, ils pourront fouiller dans mon esprit pour les détails. Alors je prends ma voix la plus digne d'un Heda et réponds.

-Un jardin, deux serpents : Éden n'a jamais eu la moindre chance.

Les commandants ne semblent pas reconnaître le plagiat de Octavia, ma remarque en impressionne quelques uns. Ils échangent des regards intrigués, à part certains qui restent stoïques. Lexa fait évidemment partie de ceux-là.

-Le peuple est de ton côté?demande une femme, changeant de sujet.

Il s'agit de Matil kom Trikru, cinquième Heda.

-Oui.

-J'ai cru remarquer qu'il y avait tout de même d'autres leaders…

-Bien sûr que c'est le cas, je n'ai que treize ans !

-Leksa kom Trikru, elle, a géré tout son peuple dès ses douze ans.

-Oui mais Lexa, c'est Lexa. Je n'arrive a sa cheville. Quoi qu'il en soit, j'ai confiance en ceux qui m'accompagnent.

-Qui sont-ils, précisément ? Ceux qui ont autant de pouvoir que toi ?

-Et bien, lors des réunions à comité réduit, il y a Bellamy, Écho, Murphy, Emori, Raven, Shawn, Diyosa, Octavia, Jordan, Clarke et moi.

Quand je prononce le nom de ma mère, je guette une réaction chez la plus jeune des esprits de Hedas. Rien, nada. Lexa n'en a apparemment plus rien à faire.

-Tu appelles ça un comité réduit?ironise un commandant, Hyotus, seul Heda originaire d'Azgeda.

-ça, c'est les réunions. Je suis celle qui a le plus de pouvoir et la décision finale. Aussi non, Bellamy et Diyosa ont aussi beaucoup d'impact sur la foule.

Je croise le regard de Lexa et, cette fois-ci, son regard n'est plus d'une neutralité absolue. Elle me scrute si profondément que je réalise qu'elle a compris mon mensonge. Je détourne rapidement le regard mais c'est trop tard, Becca a elle aussi capté l'expression de Lexa. Elle se tourne vers moi, l'air inquisiteur.

-Dis-nous la vérité, jeune Heda.

-Je… n'ai pas menti.

-Ne te joue pas de nous, crache l'un des commandants.

Les battements de mon cœur accélèrent. Je fais un pas en arrière, effrayée, puis je tourne sur moi-même pour voir les commandants prendre un air encore plus sévère que d'habitude. Si certains visages sont hostiles, la plupart expriment plus d'agressivité encore.

-Je vous jure, c'est la vérité !

Un Heda, le troisième, montre ses dents. J'ai un sursaut, perds l'équilibre puis je tombe. Je reste au sol, de peur de ce qui m'arrivera si je me lève. J'ai mal au coccyx dû à la chute et je sens battre mon cœur dans le creux de mon cou. Ça, c'est dû au stress.

-Calmez-vous, exige Pametu, qui me sourit doucement. Il est arrivé à tout le monde ici de mentir au comité. Rappelez-vous quand Hyotus a omis de nous dire qu'il avait accordé plus de terrain à Azgeda, par exemple. Ou même, prenons un gentil !, quand Leksa ne nous a pas dit qu'elle était tombée amoureuse une deuxième fois.

-Je propose qu'on ne parle pas de ce genre de choses face à un Heda que la crise d'adolescence attend encore, fait remarquer un certain Nikodio.

-Voilà qui est fort pertinent, acquiesce Becca.

Mon cœur bat à toute vitesse. Je voudrais partir d'ici aussi vite que possible. Becca sourit doucement, mon intuition m'incite quand même à rester aux aguets : un danger se trouve derrière ce rictus. La commandante me tend la main et m'aide à me redresser. Alors elle rejoint le cercle des Hedas.

-Il arrive qu'un Heda tombe mais il ne reste pas au sol. Maintenant dis ce que tu crois qui ne nous plaira pas. On pourrait te surprendre…

-Il n'y a rien, affirmai-je à nouveau.

Lexa souffle bruyamment. Je me tourne vers elle, en colère mais prête à la voir m'ignorer à nouveau. Seulement elle me surprend et s'adresse directement à moi. Sa voix est posée, sombre mais sans aucune agressivité pour autant.

-Tu réalises qu'aucun d'entre nous n'est capable de faire quoi que ce soit à cette personne que tu cherches à défendre ? Nous sommes des esprits dans ta tête.

Ce qu'elle dit n'est pas tout à fait inexact, je décide de parler.

-Il s'agit de Clarke. C'est ma mère…

-Ta mère adoptive, me corrige Becca. Nous le savons. On a assisté à ta vie de commandante jusqu'à la cryo.

-Et bien, elle a un certain impact sur mes décisions. Il est vrai que les soldats n'écoutent que moi mais…

-Tu ne peux rien dire que Clarke n'ait pas au préalable approuvé ?

-La plupart du temps, ça ne me dérange même pas ! Clarke est vraiment quelqu'un de bien et ses choix sont eux-mêmes le résultat de l'avis de tout un tas de gens.

-Tu pourrais l'achever, suggère un commandant.

-Lui trancher la gorge.

-Ou l'étouffer dans son sommeil.

-Hors de question!je rugis.

Je me tourne vers Lexa, cherchant à la voir aussi révoltée que moi. Je suis à nouveau déçue, elle demeure impassible.

-Tout ce que je dis, c'est que tu devrais l'envisager.

-Plutôt mourir que de la voir mourir! Vous m'entendez, là, vous tous ?

Tremblante de colère, je menace les Hedas autour de moi du doigt.

-Pourtant l'amour est une faiblesse.

-Bien sûr ! Et le sang réclame le sang, aussi. On sait ce que ces dictons ont donné par le passé, vous m'excuserez de ne pas les suivre.

-Du calme, jeune Heda. Nous cherchons juste à te partager notre expérience. Quelle est la position de cette Clarke quant à tes décisions ? Est-ce comme ce que nous avons déjà vu… ?

-C'est-à-dire?demandai-je, en fronçant les sourcils.

-Cette Skaikru a changé depuis le règne de Leksa kom Trikru. Avant votre cryogénisation, il nous a semblé que son peuple lui importait bien moins que ta survie.

-C'est peut-être le cas, oui. Ce n'est pas une raison pour l'abattre. Je tiens à vous rappeler que pour l'instant, je suis la seule natblida naturelle. Il est important que certaines personnes cherchent à préserver ma vie. En plus, Clarke m'aime plus que tout ! Ça implique qu'elle m'écoute et que j'arrive à la convaincre – pour ce qui est important. Elle ne pose donc pas de problème.

-Mais…

Je me tourne vers l'homme qui s'apprêtait à parler. Thiorus kom Podakru, quatrième Heda. J'ai déjà vécu un de ses souvenirs : son fleimkepa a tué son amoureux -comme Titus avait essayé de le faire- pour que Thiorus reste concentré et inébranlable face à ses ennemis. Après ça, l'homme a encore régné pendant dix ans. Il est le seul commandant à s'être donné la mort. Le fait que ce soit lui qui s'oppose à mes propos m'énerve encore plus.

Je laisse un silence avant de parler.

-Ça ne se discutera pas, annonçai-je d'une voix glaciale, marquant une pause entre chacun de mes mots. Vous m'entendez ?

Ma voix est grave et presque intimidante. Ça m'étonne moi-même. Thiorus hausse les épales et détourne le regard.

-Au moins, nous ne devrons pas t'apprendre l'autorité… sourit Tirro kom Ouskejon Kru.

Il s'agit du commandant ayant opéré avant le règne de Lexa. Je me tourne vers lui et l'observe, de la colère toujours dans le regard.

-Très bien, finit par dire Becca. On n'abordera plus le sujet de Clarke kom Skaikru, du moins pas aujourd'hui.

-D'ailleurs…

-Parle.

-Clarke n'est plus une Skaikru, car c'est un peuple qui s'est décimé. Vous voyez, certains sont devenus des Wonkrus, beaucoup sont morts… Elle est une Edenkru. Comme moi.

-YU LAIK KOM LOUWODA KLIRON !

Je me tourne vers la commandante qui vient de hurler. Luci kom Louwoda Kliron me regarde, pleine de mépris. Est-ce donc impossible d'avoir une discussion calme et civilisée, ici ?

-Nou. Ai don kom Louwoda Kliron fou seken Praimfaya. Nau ai don kom Edenkru. (non. J'étais une Louwoda Kliron avant le second Praimfaya. Maintenant je suis une Edenkru.)

-Ai nou bak em op ! (Je ne soutiendrai pas ça !)

Je m'avance lentement de la femme. J'en ai assez, à la fin, d'être contredite sans arrêt. Je suis Heda ! Je m'arrête à un mètre de Luci, juste assez loin pour qu'elle ne remarque pas que je suis plus petite qu'elle mais assez proche pour qu'elle sente physiquement de la tension.

-Eintheing gon ai. Nou ste kamp raun Gonasleng. (Je m'en fiche. Maintenant tiens t'en à l'anglais.)

La femme grimace, toujours aussi enragée. Je maintiens son regard sans faiblir. Elle finit par baisser le sien. La surprise et le soulagement calment toute la tension dans mon corps : je viens de donner un ordre à l'une des premiers commandants.

Sha, Heda. (oui, commandante)

Je me tourne vers les autres Hedas.

-Quoi que ce soit d'autre ?

-Tu veux donc qu'on t'appelle Madi kom Edenkru ?

-Vous avez tout compris.

-Très bien, grimace Becca. Bien, je pense qu'on est bons pour cette fois-ci. On ne va pas te garder ici plus longtemps ou bien tu seras trop épuisée une fois de retour à la réalité. Reviens nous voir au moins une fois par mois. Reshop, Madi kom Edenkru.

Ainsi, les Hedas quittent la pièce et je me retrouve seule à une vitesse surprenante.

-Tu as fait une bonne première impression, m'informe une voix dans mon dos.

Je me retourne pour découvrir Lexa, assise du bout des fesses sur le bord de son trône.

-Ton courage et ta détermination ont été appréciés. Cependant ton attachement à Clarke leur pose problème.

-Ça nous fait un point commun, lui répondis-je d'une voix plus agressive que prévu. À toi, ça t'a valu la mort.

-Le peuple d'Éden, alors ?demande-t-elle comme si elle n'avait rien entendu. Un peuple de deux personnes ? Tu as peut-être pris l'affirmation de Clarke trop au sérieux. ''C'est toi, mon peuple''.

-Tu nous as espionnées ?

-Nous tous, nous vous avons observées. Je te rappelle que la flamme était menacée, nous étions inquiets.

-Tu ne veux pas plutôt admettre que tu aurais aimé faire partie du Edenkru ?

Le regard de Lexa s'assombrit sous mes intonations moqueuses. Mon sourire s'efface et je ravale ma salive.

Gloups.

D'une voix glaciale, le regard en feu, Lexa me demande :

-Que t'a dit Clarke pour que tu me détestes à ce point ?

-Quoi ?

-Laisse tomber, ne me réponds pas si tu ne le souhaites pas.

-Clarke ne m'a rien dit de mal !m'exclamai-je, scandalisée. Moi, je suis en colère. J'aurais voulu que tu viennes me voir ces derniers jours ! Ça aurait fait du bien à Clarke et à moi aussi. Après tout, tu as une place foutument importante dans ma vie. Mais tu n'as pas manifesté un signe de vie, à part cette stupide trace de jalousie. C'était quoi, ce plan, encore ?

-Un accident ! Je fais attention à ce que ça ne se produise plus, depuis.

-Si tu le dis. Revenons-en à mes moutons : tu ne me contactes pas ! Et quand je rencontre les douze Hedas, les personnes les plus influentes, sanguinolentes et impénétrables de l'histoire post-Praimfaya, toi, tu ne me soutiens pas ! Tu m'ignores et me regardes mal.

-Le conseil n'aurait pas approuvé si je t'avais apporté de l'aide, réplique Lexa d'un ton calme et à nouveau moins agressif. Moi non plus, d'ailleurs : aujourd'hui, tu as dû prouver ta force. Sans moi.

-Même pas un sourire ?!

-Je doute que Clarke t'ait raconté que j'ai le sourire facile. Je me trompe ?

-Quand même…

Bougonnant, je me retourne et croise les bras. J'entends Lexa sauter souplement de son trône et me rejoindre. Elle pose une main délicate sur mon épaule pour m'inciter à me retourner. Je le fais. Quand je regarde la Heda, son visage de marbre se fissure pour laisser passer un petit sourire.

-Tu as ses mimiques. Quelques unes de ses intonations. Il est évident qu'elle t'a éduquée. En certains points, tu penses comme elle.

Les yeux de Lexa se voilent. Je crois remarquer une perle de larme au coin de son œil.

-La dernière fois que j'ai vu Clarke, elle pleurait autour de mon corps ensanglanté. Nous venions à peine de nous aimer.

-Wo, je voulais pas ce détail !

-Ne fais pas l'enfant, rit Lexa et je n'arrive pas à estimer à quel point j'ai de la chance d'entendre ce son. Là où je veux en venir, c'est que ça me fait peur. Te rencontrer après cent quinze ans de vide et alors que je suis morte depuis cent vingt et un ans? C'est intimidant.

-Tu plaisantes ?

-Non, regarde : je tremble.

En effet, les doigts de Lexa vibrent légèrement. Je souris.

-Ne te moque pas. Je sais que je ne verrai plus jamais Clarke sans que ce soit au travers de tes yeux, je sais qu'elle ne me verra plus et je refuse absolument de lui parler via toi. Tu n'es qu'une enfant… Alors te parler est tout ce à quoi je me suis accrochée pendant toutes ces années. Tu es la trace que Clarke laisse derrière elle. Je te vois au travers d'elle et ça, ça me flippe complètement. J'aurais tout fait pour ne pas avoir l'air sauvage ou insensible à tes yeux. Excuse-moi d'avoir échoué.

Je ne réponds pas par des mots. Je décide plutôt de me jeter dans ses bras. Il faut un moment pour que Lexa, surprise, comprenne ce qu'il se passe, puis elle me rend doucement mon étreinte. Quand je veux me retirer, ses bras se durcissent et me gardent contre son épaule. Elle murmure, d'une voix si basse que je l'entends à peine :

-Je te défendrai toujours… Le conseil va essayer de se débarrasser de Clarke.

Je frissonne à cette idée.

-Comment pourraient-ils faire ça?murmurai-je.

-S'il y a unanimité au sein du conseil, nous avons la capacité de nous faufiler dans ton esprit et de te convaincre de ce que nous voulons que tu fasses. Tu le fais alors comme s'il s'agissait de tes convictions les plus profondes.

-C'est affreux.

-Je ne laisserai pas l'unanimité se faire. Je bloquerai systématiquement le processus, jusqu'à ce que le temps leur prouve qu'ils ont tort.

-Tu ne peux pas les convaincre toi-même ?

-Crois-moi, cela doit venir du monde extérieur. De toi ou de Clarke.. .

Lexa se retire de notre étreinte. Elle me sourit une dernière fois puis la voilà qui remet son masque d'indifférence. Le changement est étrange et impressionnant à la fois.

-Tu salueras Indra de ma part, d'accord ? Quant à Clarke… si elle s'inquiète pour toi, qu'elle sache que je serai toujours de ton côté.

-Tu viendras me voir plus souvent ?

-Oui. Que tu le sentes ou non, je serai continuellement là.

-Si Clarke me demande… puis-je lui dire tout ce que tu m'as dit ? Par rapport à tes sentiments pour elle ? S'il-te-plaît.

Lexa m'observe un instant avant de répondre simplement, tristement.

-Elle ne demandera pas.

La commandante fait demi-tour, sa cape rouge claque dans l'air derrière elle. Elle avance de quelques pas avant de se retourner pour me faire un signe.

-Bonne chance, Madi kom Edenkru, Klark yongon. Ai ne ste kamp raun otaim.

Je sens alors mes pieds se détacher du sol et le décor se met à tourner autour de moi. De plus en plus vite. Je tombe, les lumières s'éteignent.

Sous mes mains, il n'y a plus un tapis mais du métal froid. Je suis de retour à la réalité. Gaïa est assise à mes côtés, Indra derrière elle. Clarke est à mon autre côté. Je prends sa main tremblante entre les miennes, alors qu'elle me dévore du regard. Je souris d'abord à Gaïa, lui affirme que tout s'est bien passé du regard. Puis je regarde Indra.

-Lexa vous salue.

La femme ouvre la bouche puis elle la referme lentement. Ses yeux brillent de bonheur et une larme coule le long de sa joue. Sa main se resserre sur l'épaule de sa fille. Je me tourne alors vers Clarke qui, fébrile, me regarde avec tout l'amour du monde.

-Tu vas bien ?

-Je suis un peu fatiguée.

-Alors repose-toi. Je t'aime, ma belle.

Clarke me dépose lentement un bisou sur le front. Alors que ses lèvres sont encore pressées contre ma peau, je sens une goutte s'écraser sur le haut de mon front. Clarke l'essuie avec sa manche sans commentaire, puis elle me couvre d'une couverture.

Il ne m'en faut pas plus pour que je m'endorme. Ma dernière pensée, avant de sombrer, est que Lexa avait raison : Clarke ne demandera pas.

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Un style tout à fait différent du premier OS. J'espère que ça vous a plu. Je fignole les détails d'un troisième One Shot, qui est encore différent des deux premiers.

Traduction de la dernière phrase de Lexa: « Bonne chance, Madi du peuple d'Éden, fille de Clarke. Je serai toujours avec toi. »