J-2

Jordan et moi sommes cachés dans le recoin d'un couloir. Il fait sombre et 'Dan m'impose le silence.

-Tu sais que si tu es en train de préparer quelque chose d'illégal...

-Non, ne t'inquiète pas.

-Parce qu'en fait je suis ta Heda et, en plus du fait que je ne te suivrai pas, tu risques d'être puni.

-Arrête avec tes menaces ! me demande Jordan en me tapant l'épaule. On ne fait rien d'illégal, juste quelque chose de secret.

Face à mon air dubitatif, mon ami doit compléter ses propos.

-C'est Noël ! Pas aujourd'hui, mais après demain.

-Qu'est-ce que ça veut dire, sènowelle ? Tu m'expliques ?

123 ans et quelques mois plus tôt

Harper McIntyre était couchée sur un transat. Sa main était posée sur son ventre légèrement bombé, qu'elle caressait distraitement. Un petit être grandissait sous ce nombril. S'il s'agissait d'une fille, elle s'appellerait Hannah, en l'honneur d'Hannah Green. La femme qui avait transmis sa passion de l'agriculture à son fils, ce qui permettait actuellement la survie de l'humanité à bord d'Eligius IV. S'il s'agissait d'un garçon, sans aucune hésitation, il s'appellerait Jordan. Un clin d'oeil pour Jasper Jordan, le meilleur ami décédé de Monty. Harper pensait que secrètement, Monty priait pour que leur enfant soit un garçon.

-Tiens, ta soupe. Je te promets que je travaille sur une nouvelle recette. Moi aussi, je commence à me lasser de la soupe d'algues...

Monty sourit à Harper quand il lui tendit un bol.

-Ça ne fait que depuis deux ans qu'on ne mange que ça, je ne vois pas le problème, plaisanta la jeune femme.

-Notre enfant aura une alimentation plus variée que ce fut jamais le cas pour nous.

Harper sourit. Son amoureux serait sans aucun doute le meilleur des pères.

-Je voudrais qu'on réinstaure Noël.

-Comment ?demanda poliment Monty, en essuyant une goutte de soupe au coin de ses lèvres. Noël, c'est la fête chrétienne dont tu m'avais parlé ?

Enfant, sur l'Arc, Harper aimait lire des livres sur la vie sur Terre. Comment c'était, avant les bombes et les stations-vaisseaux... Ce qu'elle adorait particulièrement, c'était tout ce qui tournait autour des fêtes ou célébrations. Sur l'Arc, il n'y avait que le jour de l'unité. Pas de Noël, pas de nouvel an, pas de mariage ou de baptême. Juste du rationnement et des cérémonies autour d'un arbre. C'était tellement dommage, car Harper parvenait à ressentir de par les livres toute la chaleur humaine que ces fêtes avaient le pouvoir de dégager.

-Nous deux, nous avons le pouvoir de tout recommencer comme nous le voulons. Notre enfant grandira dans le monde que nous lui créerons. De toutes les fêtes, celle que je veux sauver, c'est Noël. Je veux qu'il connaisse la joie, l'énergie et la chaleur qu'offre ce jour. Je veux qu'il estime la famille, les attentions, la bonne bouffe ! Soyons fous : créons des chants de Noël, pendons nos chaussettes partout dans Eligius, tricotons des pulls avec des bonhommes de neige et des rennes !!! Je veux offrir Noël à notre enfant.

À ça, Monty n'avait rien trouvé à répondre. Bien sûr, leur fils connaîtra Noël. Comment résister à la description d'un tel événement ?

Jour J, trois heures du matin

Dans le lit, Clarke dort comme une masse. Ses journées sont longues, avec toutes ces réunions pour réfléchir à notre descente sur la nouvelle planète. Je me faufile silencieusement hors du lit. Me changer ferait trop de bruit alors j'enfile simplement une paire de chaussettes, en plus d'un pull qui descend jusqu'à mi-cuisse pardessus un mini-short. Ce pull en laine est bien trop grand, il est censé appartenir à Bellamy. Il me l'a passé il y a quelques jours, alors qu'on faisait une visite de la salle des machines. Il y faisait un froid de canard et Bellamy s'était appliqué à me garder au chaud. Depuis, je n'ai eu ni l'occasion ni l'envie de le lui rendre...

Je quitte ma chambre et rejoins dans un noir presque complet Jordan au réfectoire.

-Salut petite. Bien dormi ?

-Oui. Au fait, c'est Noël, tu pourrais éviter ce surnom ? Ce serait un merveilleux cadeau pour moi.

-Tu me suis ? Notre mission commence.

J'acquiesce, excitée à l'idée de ce qu'on s'apprête à faire. Jordan se met à marcher dans les couloirs mais franchement, ça manque d'énergie alors je m'élance et me mets à courir.

-Arrête, tu vas réveiller tout le monde !

-Tu as juste peur de perdre à la course !me moquai-je.

Sur ce, Jordan accélère. Il n'a pas la condition physique mais je le laisse me dépasser car il connaît la route, lui.

-Allez, c'est par ici...

'Dan m'ouvre la porte d'un local devant lequel je n'étais même jamais passée. Il me laisse galamment rentrer, je lui tire la langue au passage. Je reste dans cette pièce à l'obscurité complète jusqu'à ce que mon ami appuie sur l'interrupteur. Là, je découvre des dizaines de boîtes et on s'attelle à tout ouvrir.

-Mes parents et moi, on a passé un temps de fou à tout créer. Je vais pendre les chaussettes partout dans les couloirs. Toi, tu trouves les manchots et les ours polaires en tissu. Mets en dans quelques couloirs et, surtout, dans le réfectoire !

Après ces deux étapes, on parsème le sol à certains endroits de fausse neige (qui s'avère en fait être du rembourrage de coussin) puis on pend des lampioles de couleur autour des fenêtres. Ça nous prend plusieurs heures... Après, Eligius IV est magnifique.

-On a fini !déclare avec plein de fierté Jordan. Maintenant, on va appliquer la recette de mon père pour les cookies. Suis-moi en cuisine...

-Attends une seconde ! Tu avais des jouets quand tu étais petit ?

-Des peluches cousues et rembourrées par des uniformes d'Eligius -comme les ours et les manchots!- et des petits robots fabriqués par papa. J'avais aussi des livres et un ou deux bébés...

-J'aimerais qu'on les offre à tout le monde. Pourquoi pas offrir des cadeaux que les gens recevraient sans savoir ce qu'il y a dedans ? Et si ça ne leur plaît pas, ils pourront toujours l'offrir à un proche.

Jordan m'observe, bouche bée.

-Quoi ? C'est pas dans l'esprit de Noël ? Désolée.

Mon ami se bouge le cul et me rejoint. Il me prend par les épaules et me secoue avec enthousiasme, un sourire dément aux lèvres.

-C'est du génie !

Je ris et nous nous exécutons. Lui part en cuisine et moi, j'emballe tous les cadeaux avec ce que j'ai sous la main. Quand je vois tous ces jouets, je me dis que Jordan a eu une très belle enfance. Ses parents étaient plein de ressource, attentionnés, originaux et surtout, aimants.

Bientôt, il est sept heures et j'entends les couloirs s'animer progressivement. Je commence alors des dizaines et des dizaines d'aller-retour entre notre salle d'opération et le réfectoire. Je me pars me changer puis je vais voir où en est Jordan : certains de ses cookies sont en train de dorer au four, certains sont déjà prêts. L'odeur est tellement agréable que j'en ai la tête toute retournée.

-En sachant qu'il y a 413 passagers sur Eligius IV, il y a assez de cookies pour en distribuer un à chacun au déjeuner, puis encore deux à tout le monde pour la veillée de Noël. Les cookies sont petits mais délicieux. Et toi, les cadeaux ?

-J'ai dû être ingénieuse et tous les cadeaux ne se valent pas, mais il y en a presque une centaine. Tes parents étaient vraiment généreux...

-Ils avaient beaucoup de temps libre, surtout ! rigole Jordan. Tout de même, je sens dans son regard une certaine mélancolie. Noël, c'est la fête que sa famille a toujours adoré. Ça doit être dur, le fêter sans eux pour la première fois... Comment as-tu fait pour emballer ?

-Comme j'ai pu. J'ai utilisé du tissu d'uniforme -on demandera aux gens de le rendre par la suite- et du papier toilette.

-Ce n'est pas abuser de nos ressources ?

-Et tes 1 239 cookies, alors ? De toute façon, garde bien ça pour toi !, mais on va bientôt descendre.

Je sors de la cuisine et Jordan reste en arrière, le souffle coupé par ce que je viens de lui apprendre. C'est qu'on est en orbite depuis presque une semaine, maintenant, le temps se fait long pour certains. Quand je rentre dans le réfectoire, Bellamy me tombe dessus.

-C'est toi qui as fait ça ?!?demande-t-il en empoignant mes bras et en désignant la salle d'un coup de tête.

Je m'apprête à nier et à me débattre, puis je vois ses yeux qui pétillent.

-C'était l'idée de Jordan. On s'est levé dans la nuit pour tout organiser...

-C'est magnifique !! Mais, pourquoi ?

-C'est Noël, aujourd'hui. Une fête traditionnelle qu'on a oubliée trop longtemps. Au programme de la journée : joie, proches et cadeaux !

Bellamy sourit et m'embrasse le front.

-Bravo, mini Lexa ! dit Murphy en passant par là. C'est magique, ici.

La salle se remplit peu à peu. Personne ne semble insensible aux animaux polaires, à la neige ni aux lumières. Les piles de cadeaux attirent la curiosité de tous et l'odeur de biscuits les surprend systématiquement. Nous avons installé une estalle de fortune, les passagers passent devant, l'air suspicieux.

Quand les tables sont enfin remplies, je suis assise entre Echo et Raven qui débattent de l'utilité de tel ou tel matériel sur notre vaisseau pour descendre. Je trouve ça dommage que nos efforts n'aient pas réussi à changer leur état d'esprit mais je ne me décourage pas pour autant : la journée n'est pas finie. À l'autre bout de la salle, je vois Jordan qui me fait signe. À la surprise de tous, nous nous levons.

-Tu ne manges pas ?m'interpelle Clarke en sortant d'une discussion avec sa mère.

Je l'ignore volontairement et rejoins l'estrade. Je tends un micro à Jordan qui le saisit maladroitement, gêné par tous les regards posés sur lui. Le silence se fait progressivement jusqu'à ce que, tanguant d'un pied à l'autre, il prenne enfin la parole.

-Bonjour, tout le monde. Comme vous l'avez remarqué, Eligius IV a enfilé un manteau de fête, aujourd'hui. Heda et moi avons organisé tout ceci pour une seule raison : C'EST NOËL !!!!!

Jordan met tellement d'entrain dans cette dernière affirmation qu'il doit être déçu de n'entendre personne scander le nom de la fête.

-Hum... Bon. Je vous rassure, c'est une bonne nouvelle. Noël, c'est la plus belle période de l'année !! À l'époque, avant Praimfaya, on fêtait ce jour partout dans le monde. Les familles se réunissaient -c'était parfois la seule fois de toute l'année- et partageaient un moment de joie et d'amour ensemble. Noël a toujours eu ses propres chants, ses propres plats, ses propres vêtements et ses propres films ! C'est donc la raison de mon pull à tête de rennes, si vous vous posez la question. Il y a plus de 120 ans, mes parents ont décidé de relancer cette tradition pour que, au moins une fois par an, nous ayons droit à un jour de bonheur éloigné de tout tracas. Avec l'accord et l'aide de Heda, j'ai donc planifié cette journée si spéciale à mes yeux. Profitez de la neige, profitez des décors ! Vers dix heures nous distribuerons des cookies faits ce matin-même, il y en a un par personne ! Ensuite, vers seize heures, les cadeaux que vous voyez ici seront distribués de manière aléatoire. Après, il y aura une veillée de Noël où nous nous retrouverons tous et il y aura deux fois plus de cookies ! Aujourd'hui est un jour de joie et d'amour, un jour de célébration et de partage. Soyez généreux, faites savoir à ceux que vous aimez que c'est le cas ! Honorez la vie en chantant, en jouant et, par pitié, oubliez vos tracas. Passez une bonne journée, les amis. Et joyeux Noël !!!

Essoufflé par sa tirade, Jordan abaisse son micro et regarde la foule. Celle-ci est comme en suspension, perplexe. Puis, au fond de la pièce, Shawn se lève en applaudissant. Bientôt, tous les miniers l'imitent. Eux ont connu Noël, après tout. Il faut un peu plus de temps mais le reste des passagers finit aussi par se lever et, au final, la salle est noyée par le bruit des applaudissements et les félicitations. Jordan jubile. Je dois avouer être moi aussi émue par cette vision. L'Eligius IV n'a probablement encore jamais accueilli une si grande joie collective.

Jordan me demande à l'oreille si je veux dire un mot. J'acquiesce mais refuse le micro qu'il me tend. Alors, je tends énergiquement le poing vers le ciel. Le silence se fait immédiatement dans la salle. Je hurle alors comme pour un cri de guerre.

-JOYEUX NOËËËËËËËL !!!!!!!!

Chacun m'imite avec plus d'entrain les uns que les autres. Un immense sourire éclate sur mon visage. Jordan - ému aux larmes - se jette dans mes bras et me serre fort.

On finit par rejoindre nos tables, dans une bonne humeur ambiante rare mais si agréable. Autour de moi, on m'interroge à propos de Noël ou on me demande comment nous avons tout organisé. Les gens rient et parlent fort. Je commence à être réellement convaincue par cette chose étrange dont Jordan parle tant : la magie de Noël.

Quand je me lève de ma chaise, Clarke et me rejoint et me serre très fort dans ses bras.

-Je suis si fière de toi ! Je n'ai pas le temps de répondre, la voilà qui passe à autre chose. Maintenant, excuse-moi, mais je vais demander à Jordan comment mes dessins pourraient contribuer à l'esprit de Noël !

Ensuite c'est Diyosa qui vient me voir. Comme l'exige la tradition, elle s'agenouille quand elle arrive devant moi. Je lui dis de se relever et elle m'obéit.

-Je tiens à vous remercier, Heda. Votre initiative, si elle s'avère aussi positive qu'annoncé, rendra le monde dans lequel vivra mon enfant meilleur. J'aime l'idée que vous avez eue !

-C'est à Jordan Jasper Green qu'il faut le dire, Diyosa. Cependant je suis très heureuse que cette journée vous comble, dis-je en souriant sincèrement.

Ainsi, le mot commence à passer et, toute la journée du long, Jordan n'aura de cesse que d'être sollicité et félicité. Toute cette journée se passe comme un rêve. Tout le monde est gentil et souriant. Les cookies -bons à se damner- ont refilé la pêche à tout le monde. À un moment ou un autre, chacun y a été de sa contribution. Que ce soit en partageant les histoires de père Noël racontées par Jordan ou encore en dessinant le vieux monsieur selon des modèles, tout le monde apporte sa pierre à l'édifice. Je me balade dans Eligius, profitant de la bonne humeur et des décorations si réussies. Je croise des miniers qui jouent aux cartes en se commémorant leurs fêtes de famille passée avec une douce mélancolie. Je me joins à eux et, le temps d'un crapette, j'oublie que j'ai à faire à de lourds criminels. Puis quelques adolescents Wonkru m'arrêtent et me proposent timidement de faire la course. Je leur explique qu'en ce jour de Noël, je suis une enfant autant que Heda, et j'accepte. On joue pendant plus d'une heure, puis le groupe se disperse.

Vu que le réveil a sonné fort tôt ce matin, je ressens le besoin d'aller faire une sieste. Tant pis si je rate le dîner. Ce qui importe, c'est d'être en forme pour le réveillon.

Quand j'ouvre la porte de la chambre, je suis surprise par un énorme tas de rembourrage de coussin qui me tombe dessus. J'éclate de rire en réalisant que Jordan m'a tendu un piège : il avait déposé un seau rempli de fausse neige au dessus de ma porte entrouverte. Je me secoue pour me débarrasser de la mousse et me jette sur mon lit. Je reste quelques temps sur le dos, les mains croisées sur le ventre, les yeux ouverts. Je songe à cette journée et à une de ses caractéristiques : les cadeaux offerts à ceux qu'on aime. Celle que j'aime, c'est facile : il s'agit de Clarke. Mais que pourrais-je donc lui offrir... Le sommeil porte conseil, je décide donc de piquer un petit roupillon en espérant que l'inspiration viendra naturellement.

Alors que je cherche encore le sommeil, je ne suis plus seule. Un commandant est là. Je n'arrive pas à lutter, il rentre dans ma peau et le temps d'un souvenir, je suis cette personne.

Je suis en mouvement. Je cours dans le noir, le dos voûté. Ils sont deux à me suivre : un soldat Trikru et Clarke kom Skaikru. Nous fuyons une bête dont les hurlements ont suffi à nous effrayer. Le tunnel prend fin et on arrive à la lumière. On dirait une sorte d'arène. Des carcasses de bête jonchent le sol, je ravale ma salive.

-Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?demande Clarke.

-Son garde-manger...

On échange un regard puis Clarke s'élance.

-Ne tardons pas.

Je la suis. Nous escaladons jusqu'au haut de l'arène, esquivant les cadavres de rennes et autres. Quand nous arrivons en haut, un nouveau rugissement se fait entendre. La cime des arbres frissonne. Je dégaine mon épée ainsi que le fait mon soldat. Je regarde à nouveau Clarke, nous sommes fichues... Les arbres se mettent à tomber, écrasés par cette créature que je ne connais pas. Je sens la peur de mon soldat quand il me jette un coup d'oeil. Malheureusement, je n'ai en aucun cas le pouvoir de le rassurer. De par delà les murs de l'arène surgit un énorme monstre. Mon coeur bat plus fort dans ma poitrine, je reconnais le fauna. Un gorille géant, muté suite à Praimfaya. Nous n'avons le temps de rien faire, le fauna saute et écrase de ses poings mon soldat. Il le martèle de trois puissants coups. Le sang gicle. Contrairement à Clarke, je me force à ne pas dévier le regard. "Yu gonplei ste odon", pensai-je très fort.

Le fauna jette son nouveau cadavre contre un mur. Ensuite il se tourne vers nous et tape contre son torse en hurlant. J'ai bien peur que mon épée ne fasse pas l'affaire... Alors, Clarke dégaine un revolver et tire. Le gorille se prend la balle comme on se prendrait une claque. Il rugit de plus belle et lance un morceau de béton par dessus nos têtes. Clarke ne se dégonfle pas : déterminée, elle tire deux nouvelles fois. Le fauna bascule en arrière et tombe dans le vide. Je regarde Clarke, incrédule. Lentement, nous nous avançons vers le trou où est tombée la bête. La voilà qui surgit et remonte à la surface. Clarke prend mon bras et nous courons nous réfugier. La Trikru choisit des chemins malins : l'espace d'un instant, le fauna nous perd de vue. Le problème c'est qu'aucune d'entre nous ne connaît ce lieu et on se retrouve face à un chemin sans issue. Le sol reprend mais six mètres plus bas. Le gorille nous retrouve : sans plus hésiter, Clarke saute et se remet à courir. Je l'imite mais en atterrissant, ma cheville se plie sous mon poids. J'entends un crac terrifiant, surtout parce qu'il signifie que je ne sais plus courir. Je m'effondre au sol dans un cri de douleur. C'est la fin pour moi. En tout cas ça aurait dû l'être mais Clarke fait immédiatement demi-tour et revient me chercher. Elle me traine difficilement jusqu'à un endroit dont l'entrée est trop étroite pour que le gorille passe. Clarke s'apprête à faire tomber un grillage entre nous et la bête, quand celle-ci attrape mon pied et tire avec puissance. Grâce à je ne sais quel réflexe, Clarke me prend le bras et me retient. Elle n'est pas assez forte pour contrer le fauna, qu'elle arrête ! Ça aura ma peau mais elle peut encore se sauver !!

-Laisse-moi !

-Jamais !

Elle dégaine à nouveau son arme à feu et tire sur le monstre. Sa prise se desserre sur ma jambe et Clarke en profite pour me tirer vers elle. Le grillage tombe. Déçu, le fauna rugit puis finit par faire demi-tour.

Je me tourne vers Clarke, qui vient de me sauver la vie. Même dans l'obscurité, elle est toujours aussi belle. Ma jambe est enflammée par la douleur et mon coeur bat à du 1000 à l'heure mais elle m'a sauvé la vie. J'ai vraiment affaire à quelqu'un d'exceptionnel...

Après cette pensée, je sors de mon corps. Enfin... du corps du commandant. Je me retrouve au milieu de cette cage sombre et sale. À ma droite, Clarke est immobile telle une statue. Elle n'est plus qu'un souvenir mis sur pause. Je m'avance vers elle et l'observe avec attention. C'est la première fois que je la vois aussi jeune. Ses cheveux sont encore longs et son visage est moins marqué. Elle a l'air déterminé, pourtant. J'ignore si elle était déjà Wanheda lors de ce souvenir mais elle a déjà l'allure qui va avec le titre.

-Pourquoi m'as-tu montré ce souvenir, Leksa ?

Je me tourne vers l'interpelée. Elle est debout à côté de la Lexa du souvenir. Elle aussi regardait Clarke, pleine de nostalgie. Son attention se ramène à moi. Son air impassible ne semble pas être de mise, aujourd'hui.

-C'était le bon vieux temps.

-Vous avez manqué de vous faire tuer.

-J'étais en vie ! Ce seul critère devrait suffire à déterminer si la vie est belle ou non. En plus, je passais beaucoup de temps auprès d'elle.

-C'était ça, le critère, dis-je avec un sourire en coin.

Lexa ne nie même pas le fait.

-Alors, pourquoi ce souvenir ?

-Tu ne l'as pas vécu jusqu'au bout, mais Clarke et moi sommes restées seules pendant quelques heures. Majoritairement en silence.

J'attends que Lexa continue mais elle semble être bloquée. L'esoace d'un instant, je me demande si la puce n'est pas en train de bugger.

-Et...?

-Je suis tombée amoureuse, Madi. Vraiment amoureuse. Genre, à l'intérieur, j'étais baba.

-Un commandant, baba ?

-Complètement mordue. Je me suis moi-même étonnée !

J'attends une suite. Des explications... Les questions se bousculent dans ma tête. Clarke l'a-t-elle appris ? Est-ce à partir de ce jour qu'elles se sont aimées ? Non... ce souvenir se situe loin de Polis or, c'est là que Lexa est morte. Le jour où elles se sont avouer leur amour pour la première fois.

-Clarke le sait ?je finis par demander.

-Je ne lui ai jamais dit comme je l'aime. J'espère qu'elle l'a compris, par contre. Tu te demandes peut-être pourquoi je viens te parler de ça maintenant. J'ai suivi toute cette histoire de Noël et j'ai envie de dire, pourquoi pas. J'ai déjà vécu des souvenirs de Becca concernant cette fête avant Praimfaya très posititifs. Je voudrais que tu m'aides à offrir un cadeau à Clarke.

Je fronce les sourcils. Je croyais que Lexa ne voulait pas m'impliquer dans leur ancienne histoire d'amour ? J'avoue que, maintenant que j'y suis confrontée, je sens que ça me dérangerait de faire l'intermédiaire entre les deux femmes.

-Euh... oui.

-Va voir Gaïa. Si c'est une bonne fleimkepa, elle saura recevoir les signes que je lui envoie et m'aider avec mon cadeau. D'accord ?

-Juste ça ?

Lexa me sourit.

-Ce sera bien assez. Maintenant repose-toi ! Et surtout, joyeux Noël.

J'ai à peine le temps de lui renvoyer son "joyeux Noël" que le décor se distord autour de moi. Lexa disparaît ainsi que son souvenir figé.

Je suis à nouveau dans mon lit, ma tête pèse plus que jamais. Il est grand temps de la faire, cette sieste...

Quelques heures plus tard

Dans le réfectoire, c'est l'effervescence. L'heure des cadeaux est arrivée. Les adolescents ont reçu les présents en premier, le reste a été distribué de manière aléatoire. De plus, je suis surprise par le nombre de passagers qui ont créé leurs propres cadeaux. Les gens reçoivent des livres, des jouets ou encore des écharpes. Quand un cadeau ne plaît pas à quelqu'un, quelqu'un d'autre le trouve à son goût. Alors, la magie de Noël opère et un échange se fait dans une atmosphère chaleureuse et bienveillante. Je suis assise à une table, j'observe avec amusement un dessin que Clarke a fait. Elle a représengé Bellamy, les cheveux en péatrd, la narbe de trois jours, les muscles tendus, une mitraillette entre les mains, vêtu d'un long gilet rouge et d'un chapeau de Père Noël. Le style est simple mais efficace. À ma droite, Raven et Echo débattent à nouveau avec cette fois-ci, plus d'énergie et de force de conviction. Je me détache du croquis et écoute leur conversation.

-Je t'assure que tu te trompes, affirme Echo. Mais alors là, tu es complètement à côté de la plaque !

-Impossible. Entre le pingouin et le manchot, c'est le manchot le meilleur animal de compagnie ! Tu n'as qu'à regarder Happy Feet !!!

Je souris, heureuse de ce que j'entends. À l'autre bout de la salle, Clarke -qui discutait avec Diyosa- est interrompue par une silhouette dans l'obscurité. Elles échangent quelques mots, ma mère s'excuse auprès de la femme enceinte puis elle suit Gaïa en dehors de la pièce. Malgré moi, je suis curieuse de ce que Lexa et Gaïa ont fabriqué. Qu'est-il possible de faire, au juste ? Je suis tirée de mes pensées par Octavia qui s'approche de moi. Révérentieuse, elle baisse la tête quand nous nous faisons face. Je vois qu'elle cache quelque chose dans son dos sans percevoir de quoi il s'agit.

-Heda...

-Bonjour, Octavia. Comment se passe votre journée ?

La jeune Blake relève la tête et me tend un petit sourire.

-Très bien, Heda. À vrai dire... je commence à me féliciter de plus en plus fréquemment de m'être agenouillée devant vous.

Aussitôt qu'elle prononce cette phrase, Octavia grimace. Pour ma part, je me retiens de rire : ce n'est vraiment pas le genre d'affirmation digne de l'ancienne Blodreina !

-Je voulais vous offrir ceci pour Noël, Heda. Le hibou est un symbole de force et de sagesse. Dans l'Antiquité, il était l'animal totem de la désse grecque Athéna Niké. Je vous la fais court : c'était la plus badass des dieux de l'Olympe.

Je n'ai aucune idée de ce dont Octavia est en train de parler donc je baisse le regard vers la peluche qu'elle me tend. Il s'agit d'un hibou, dont le corps est une boule de tissus pressés et les yeux, deux boutons. Octavia m'a déjà offert deux cadeaux par le passé : il s'agit de la cape du Heda et d'un de ses plus beaux poignards. De très beaux cadeaux regorgeant de valeur et de significations, mais ce cadeau-ci est celui qui me touche le plus, peut-être parce qu'il est un beau compromis entre l'enfant que je suis et le rôle de commandant que je porte. Je redresse le regard vers Octavia, émue. Celle-ci hausse les épaules, comme pour se justifier :

-Les livres que je lisais enfant ne parlaient pas que d'arènes et de mort. Ils racontaient aussi la grandeur des dieux et la beauté du monde...

-Merci, Octavia kom Wonkru. Merci beaucoup.

-Joyeux Noël, Heda.

Octavia baisse la tête et se retire. Je m'assure que personne ne me regarde et, pendant quelques secondes, je serre très fort ma nouvelle peluche contre mon coeur.

C'est plutôt pas mal, Noël.

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Joyeux Noël tout le monde !!!

J'imagine que certains d'entre vous doivent être frustrés de ne pas voir le cadeau de Lexa à Clarke. Je l'ai clairement en tête mais je dois encore l'écrire. Du coup je me suis dit : donnez moi un max de retours, reviews, follows et favorites pour me motiver à sortir cet OS le plus vite possible ! Sachez déjà qu'il contient tout ce que vous me demandez, et que c'est vrrrrrrraiment rare, voire unique, dans le cas de mon recueil. Un chapitre avec Clarke et Lexa ensemble, pour de "vrai" ! N'hésitez pas à clairement exprimer vos desiratas : qui sait, ils sont peut-être réalisables? ; )

Passez de bonnes fêtes auprès de vos proches : )