Droits : Ceci est une œuvre à but non lucratif librement inspirée des créations de J. K. Rowling.
Synopsis : Même si Voldemort n'est techniquement plus là pour plomber la soirée, Harry Potter préfère consacrer ce jour à fouiller les dossiers du Ministère de la Magie que de fêter Halloween. Kingsley Shacklebolt préfèrerait que Potter se consacre à un autre genre de recherche.
Notes : Ce chapitre évoque une concoction utilisée (entre autre) lors de rituels de nécromancie. Son nom a été choisi en référence au fleuve mythologique Léthé. Boire les eaux de ce fleuve provoque l'amnésie. L'élixir mentionné ici est son inverse.
Date de publication : 28 Août 2013


Un Autre Halloween

L'excitation à l'approche de Samhain était palpable dans les couloirs du Ministère, c'est donc avec appréhension que le Ministre Shacklebolt reçu le Professeur Penrose du comité de recherche : « Pourquoi cet air si sérieux ? » demanda-t-il. Et Phoebus Penrose l'éclaira : Onze mille huit... Peut-être une centaine de plus en comptant les enfants nés-moldus de moins de onze ans. Voilà donc tout ce qu'il reste de la population sorcière britannique ? Onze mille... dont moins de trois mille sorcières en "âge" d'enfanter. Deux mille cinq cent cinquante-trois pour être exacte, dont certaines sont veuves, incapables d'avoir des enfants à cause de blessures de guerre incurables, célibataires ou encore scolarisées. Cette année, seulement cent trois naissances ont été enregistrées, ce qui fait baisser le taux de natalité à moins de 10 ‰.
Si Voldemort avait mené une guerre ouverte dès son retour en 1995, cela aurait sans doute été bien pire. Leur communauté n'en était pas à sa première chute démographique, mais c'était tout de même préoccupant. Avec seulement onze mille habitants, on ne peuple qu'un village. Et tellement de jeunes gens sont morts ce printemps, qu'il faudra probablement lancer une campagne pour inciter la population à repeupler leurs communautés isolées, détruites ou simplement abandonnées. L'ambiance était d'un coup beaucoup plus sombre. Encore un Samhain pourri en perspective.

Après ce compte-rendu lugubre prometteur de consanguinité et d'une augmentation du nombre de naissances de cracmols en plus du non-retour probable de la plupart des nés-moldus ayant réussi à fuir le conflit, Kingsley Shackelbolt profita d'un trou dans son emploi du temps pour se rendre aux niveaux inférieurs du Ministère pour collecter des documents sur des précédences historiques et s'entretenir avec les personnes chargées de la coopération magique internationale. Qui avait-il nommé à la tête de ce Département déjà ? Il fallait qu'il parle de vague d'immigration, ou plutôt de comment le D.C.M.I. allait faire pour convaincre des gens de venir ici. Ils n'ont pas bénéficié de la meilleur des publicités ces derniers temps. Autant dire tout de suite qu'il allait surement encourager la réouverture du Tournoi des Trois Sorcier l'an prochain.

L'ascenseur s'arrêta au deuxième niveau du ministère, laissant entrer une flopée de notes de service et un certain Auror à lunettes. Ce gamin devrait être en train d'aligner les saillies au lieu de travailler comme un damné ! « Mais qu'est-ce que vous faites encore là un samedi Potter ? Je croyais avoir dit à Peter de ne pas vous mettre de garde les week-ends !
- Heu, l'Auror en chef Warner m'a bien dit de dégager hier soir, mais j'ai promis à Hermione que je jetterai un œil dans les dossiers pour l'agression d'Aloes Westhall à Hogwarts.
- Vous ferez ça Lundi. Rentrez vous changer et sortez rencontrer des filles, invitez en une à boire un dernier Ogden chez vous, les sorcières adorent ça, et amusez vous donc un peu !... Ne discutez pas Potter, je sais que Peter ne vous a pas mis sur une enquête, vous n'avez rien à faire ici aujourd'hui. » L'ascensseur s'arrêta au niveau huit et Shacklebolt poussa Harry dans l'Atrium et lui souhaita une bonne soirée alors que les portes se refermaient, ne laissant pas l'occasion au jeune Auror de protester qu'il n'aimait pas Halloween.

Harry se retrouva comme un con devant la nouvelle fontaine de l'Atrium : un sorcier à lunettes chevauchant un hippogriffe, une baguette dans une main et une épée dans l'autre.
Il retourna donc dans la maison ancestrale de la famille Black, et ne sachant pas quoi faire d'autre, Harry alluma sa radio et s'effondra dans un des vieux fauteuils du salon. Bercé par une mélodie des Corrs qui ne voulait pas dire grand chose pour lui, l'Auror fatigué ne tarda pas à s'assoupir.
Blotti dans l'inconscience, loin des adulations et des suspicions, le corps vidé et l'esprit libéré du sorcier profitaient d'une brève insouciance.

Harry était pris par un rêve incompréhensible avec un pot ébréché sur le bord d'un cours d'eau aux allures d'élixir d'Alètheia (emportant un œuf que des mages noirs tentaient d'attraper depuis leurs barques) quand il fut tiré des bras de Morphée par les cris outrés de Walburga Black. Apparemment, elle n'appréciait que très moyennement la dernière chanson de Cher, et hurlait des insanités contre la nuisance moldue régnant entre les murs de la maison de ses pères. Harry n'était pas souvent là, mais quand c'était le cas il préférait écouter les médias moldus plutôt que sorciers. Au moins, on n'y parlait pas de lui !... Enfin, presque. Quand Harry apprit cet été qu'une cracmole avait publié deux livres détaillant sa vie à Hogwarts, il vida une bouteille de White Rat Whisky en solitaire. C'était sa première vraie cuite, et un face-à-face inoubliable avec son vomi.

Mais Harry ne pouvait pas renoncer à son dernier refuge pour si peu. Trop d'artistes le prenaient pour leur muse dans le monde magique. S'il ne voulait pas devenir fou il devait avoir son havre de paix. Harry grimaça en se levant, son esprit ayant ramené cette bonne vieille ligne de prophétie pour illustrer la situation. C'était lui ou elle. Le portrait de Walburga Black devait disparaître !
Sachant finalement à quoi il consacrerait la fin de sa journée, Harry sorti dans le monde moldu, bien décidé à revenir armé de dissolvant.

Marchant dans une rue commerçante, Harry promenait ses yeux de manière absente sur les jambes des londoniennes, quand une voix inconnue le fit sursauter : « Harry Potter !
- Oui, est-ce qu'on se connait ? demanda-t-il en essayant de ne pas avoir l'air trop ennuyé d'avoir été repéré en plein Londres moldu.
- Tu t'souviens pas d'moi ? On était à l'école ensemble. T'as pas changé d'un poil, remarqua la nana qu'il ne pouvait pas remettre (sinon qu'elle avait l'air d'avoir piqué la garde-robe de Tonks)
- Heu, tu étais dans l'Armée de Dumbledore ?
- Hein ? De quoi tu parles ? J'suis Tiffany Young, on était dans la même classe. Allo quoi ! » Et Harry décrocha. Il venait presque de dévoiler un élément du monde sorcier à une ancienne camarade de classe moldue.
Les souvenirs se rematérialisaient dans sa tête. La famille Young habite l'un des petits pavillons de Magnolia Crescent. Young était une des filles d'une bande de gamines qu'il voyait comme un groupe de pestes, sans y prêter plus d'attention, trop occupé qu'il était à esquiver le gang de son cousin. De toutes évidences, Young avait troqué ses petites nattes de cheveux châtains contre des mèches blondes et oranges. Et une langue percée ? Les gens de Little Whinging devaient jaser...
Young était un moulin à paroles, ce qui arrangeait Harry parce que cela lui laissait le temps de suivre la conversation tout en faisant attention de ne pas faire de bourde quand elle lui posait des questions. Bien que Young ait ses propres idées reçues sur Harry, cela le reposait de parler avec quelqu'un qui ne savait rien de son statu de héro-martyr du monde magique.

Voyant que l'heure de fermeture des magasins l'avait rattrapé, Harry se dit qu'après tout il pouvait bien accepter l'invitation de Young à se joindre à sa fête étudiante. Que pouvait-il bien arriver en cette soirée maudite chez les moldus ? Au pire, il allait s'ennuyer, et il n'était certainement pas contre cette idée. Sans compter que vu les rêves à la con qu'il faisait, il avait vraiment besoin de se changer les idées. Sérieusement, une rivière d'Alètheia ? Harry avait participé à trop d'arrestations de Nécromanciens ces dernières semaines.

Le soit-disant mauvais garçon de Little Whinging se joigna donc aux festivités naissantes tenues en ce samedi automnal dans une collocation londonienne. L'appartement étroit sentait un mélange d'encens et de tabac froid. Harry fut présenté aux quelques personnes déjà entassées dans des fauteuils et sur l'épaisse moquette qui aurait fait hurler d'horreur Petunia Dursley tant elle était sale. Le fait que des moldus de son âge l'invitent à se joindre à eux lui paraissait tellement surréaliste qu'il buvait ce qu'on lui offrait comme de l'eau (oubliant le rat blanc qui avait terrorisé son estomac)
L'appartement s'enfumait à mesure qu'il devenait de plus en plus bondé. Harry était serré entre Tiffany Young et un mec aux joues creuses en train d'expliquer comment les Illuminatis contrôlent le monde, quand sa vessie décida qu'il était temps de devenir plus intime avec les latrines locales, dont le sol était lui aussi couvert de cette moquette qui dans une autre vie devait être mauve.

Se faufilant entre les gens tout en prenant note que les objets ne semblaient plus tout à fait suivre son champ visuel, il se rendit à peine compte que son bras venait de se faire happer dans la foule par son ancienne camarade de classe. Une autre fille, Vanessa, lui expliquait qu'elle était en deuxième année de quelque chose. Plus captivé par l'énorme papillon pailleté sur son T-shirt, il fut on ne peut plus surpris de découvrir un visage tout aussi stupéfait apparaitre derrière la fille au papillon partie avec Tiffany Young Merlin seul sait où. C'était Dudley.

Dudley, comme dans Dudley "Dinky Duddydums" Dursley ? Aucune dose de polynectar ne pouvait reproduire Dudley comme... Dudley, un verre de soda dans chaque main, une expression chantant d'indignation et l'horreur à la vue de son cousin. « Dudley ? Qu'est-ce qui est arrivé à ton cou ?
- Huh ? répliqua le jeune homme, pris de confusion.
- T'en as un !
- ... Qu'est-c'tu fouts là ?!
- J'ai été invité.
- C'est ça, c'est Young qui t'as ramené ici, hein ? Traîne pas autour d'elle, t'vas choper des emmerdes. » Bien sûr, Harry ne prit pas note des avertissements de son cousin, et se laissa de nouveau happer par son hôtesse qui l'entraina plus loin à travers les conversations enfumées de l'appartement londonien.

En moins de temps qu'il ne faut pour dire Petrificus totalus, Harry se retrouva dans une autre partie de la colocation, recouvert des mains et des lèvres de cette fille aux mèches blondes et rousses. Il ne savait plus où focaliser son attention. Que se passait-il ? Est-ce qu'il trompait Ginny ? Mais ils n'étaient plus un couple depuis si longtemps... et combien de mains Tiffany avait-elle exactement ? Où était son pantalon ? Merlin, c'est quoi ce truc qu'elle... Harry cessa toute activité intellectuelle quand son hôtesse fit la démonstration de ses latents pour lui appliquer sans l'usage des mains un accessoire protecteur moldu qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'utiliser jusqu'à ce soir. Il se laissa prendre sans résistance, fasciné par ce qui lui arrivait.

Son nouveau centre de l'univers était entouré, serré dans une friction foutrement jouissive. Une de ses mains avait attrapé les mèches flamboyantes, tandis que l'autre explorait toutes les courbes accessibles. Sa peau n'existait plus que pour ressentir, tout comme ses oreilles n'écoutaient plus que leur symphonie, et ses yeux n'étaient plus là que pour contempler son étreinte avec Tiffany.

Mais c'est un autre genre de spectacle qui allait clouer la soirée. Le rideau tomba avec commotion, quand un grand balourd furieux déboula pour casser la gueule au connard qui pensait pouvoir sauter sa gonzesse. Harry dégrisa instantanément en voyant débarquer nul autre que Malcolm, suivit de Gordon, et de ce rat de Piers Polkiss. Harry eu soudain mal à l'estomac.

Sans Voldemort, le jeu du sort avait amené Harry, en cette soirée maudite, dans cet appartement londonien, dans cette chambre, dans ce lit défait, dans cette position embarrassante, dans cette étreinte lascive, dans cette fille on ne peut plus prise, et surtout dans la merde.

Young, dont les yeux pétillaient d'excitation, fit une scène à Malcolm, qui de toute évidence était bel et bien son petit ami. Ne voulant pas s'attarder sur les goûts des gens, Harry avait déjà finit d'enfiler tous ses vêtements quand la sentence tomba : « Les gars, c'est l'heure de la chasse au Harry ! »

Si la situation n'était pas aussi vive, il aurait peut-être pris le temps d'exprimer la "nostalgie" que cette proposition lui évoquait. Dommage que Dempster et Hathaway, au Ministère, attendaient la moindre excuse pour tenter de prouver au monde qu'il était dangereux et devrait être éloigné de la société de bonnes gens, sinon Harry n'aurait pas hésité à utiliser sa baguette (celle en bois, cette fois)

N'étant tout de même pas surnommé le Survivant pour rien, le jeune homme acculé parvint à esquiver les trois brutes et à prendre la porte, se faufilant dans la masse à la recherche de la sortie. Il avait dépassé l'illuminé et le papillon quand quelqu'un le tira brusquement par le col et l'enferma dans un placard. Harry se mit à paniquer. Il pouvait entendre Malcom se rapprocher, demandant lourdement « où est cet espèce de bâtard de binoclard ?! » Juste derrière la porte, il entendit la voix de Dudley « il a pris la cage d'escalier. »

Plus tard, après avoir apparu hors de ce merdier, Harry se dit qu'il enverrait une carte de noël à son cousin cette année.