Chapitre 1 – De la crème glacée et un après-midi ordinaire à Storybrooke

Rumplestiltskin quitta l'épicerie après avoir resserré autour de son cou l'écharpe marron qui appartenait autrefois à son fils et qui était désormais son talisman depuis de nombreuses années. Il traversait le parking en veillant bien à ne pas poser les pieds ou sa canne sur une plaque de verglas et avait presque atteint sa voiture lorsque quelqu'un le bouscula violemment et manqua de lui faire perdre l'équilibre. Rumple se rattrapa sur son mauvais genoux, le sentit se dérober sous son poids, sa canne glissa sur la plaque de verglas qu'il avait failli éviter et il ne du de ne pas s'étaler de tout son long au milieu des passants qu'aux réflexes de l'homme qui l'avait bousculé. On le saisit fermement par le bras, ce qui le sauva d'une chute somme toute humiliante et douloureuse. Cet imbécile ne perdait rien pour attendre, songea toutefois Rumplestiltskin, son tempéremment inflammable échappant immédiatement à son contrôle alors qu'il se demandait comment on avait osé le bousculer, lui, Rumplestiltskin, dont la magie et la cruauté étaient sans limite. Qu'à cela ne tienne, aujourd'hui les restes d'un escargot écrasé se mêleraient aux plaques de verglas sur le parking de l'épicerie.

« Oh ! Pardon, Gold, je ne vous ai pas vu arriver, entendit-il. »

Rumplestiltskin releva la tête et distingua au travers des mêches de cheveux qui lui étaient tombées devant les yeux le visage de Charmant. Ravalant sa hargne et tâchant de faire taire sa colère et ses pulsions meurtrières, Rumple se composa un visage avenant avant de répondre avec une amertume maîtrisée :

« Charmant, salua-t-il avec une politesse froide, vous devriez regarder où vous allez ou vous finirez par vraiment jeter quelqu'un par terre.

_ Désolé, s'excusa-t-il encore. J'étais en retard et je n'ai pas fait attention. Rien de cassé ? S'enquit-il.

_ Ca va.

_ Pendant qu'on y est, poursuivit Charmant, Blanche demande si ça vous dirait de nous aider à organiser l'anniversaire de Henry.

_ J'ai assez de choses à organiser en ce moment, vous ne croyez pas ?

_ C'est ce que je lui ai dit mais elle m'a fait promettre de vous transmettre l'invitation malgré tout. Comment va Belle ?

_ Bien, assura Ruplestiltskin. Elle veut de la crème glacée aux fruits rouges au mois de février, expliqua-t-il sur un ton résigné en désignant le sac de l'épicerie qu'il tenait à la main.

_ Je vois, fit Charmant avec un sourire en coin. Quand Blanche était... »

La sonnerie du téléphone portable de monsieur Gold lui coupa la parole et ce dernier s'excusa pour prendre l'appel.

« Oui, fit-il en décrochant. Je suis justement sur le parking, dit-il après un instant. De la glace à la noix de coco ? Tu es sûre ? C'est noté, à tout à l'heure. »

Il raccrocha avec un soupir exaspéré :

« Elle a changé d'avis ? Comprit Charmant.

_ Quand je suis parti, elle voulait de la glace aux fruits rouges, maintenant c'est de la glace à la noix de coco, d'ici à ce que je rentre, ça sera sûrement de la glace au chocolat.

_ Courage, Gold, fit-il en lui donnant une tape amicale sur l'épaule. Donnez le bonjour à Belle pour moi, lança-t-il en s'éloignant. Bonne journée ! »

Rumplestiltskin poussa un nouveau soupir avant de faire demi-tour et de rebrousser chemin vers l'épicerie.

ooooo - OUAT-OUAT-OUAT - ooooo

« Belle ! Appela Rumplestiltskin après avoir refermé la porte derrière lui. Je suis rentré !

_ Je suis dans la cuisine ! Répondit-elle depuis le fond de la maison. »

Il la rejoignit après avoir abandonné chaussures et manteau dans l'entrée et la trouva affairée à la préparation du déjeuner.

« J'aurais pu m'en occuper en rentrant, dit-il en l'embrassant sur la tempe.

_ Je m'ennuyais, répondit-elle.

_ Hum... fit-il. Et qu'est-il arrivé aux conseils du médecin ?

_ Le médecin a dit que je pouvais me lever et avoir une activité physique modérée, lui rappela-t-elle. »

Rumple posa le pot de crème glacée sur le comptoir de la cuisine.

« De la glace à la noix de coco ! S'exclama aussitôt Belle. Tu es génial ! »

Abandonnant aussi sec son poste aux fourneaux, elle s'empara d'une grande cuillère et s'installa à la table de la cuisine avec le pot de crème glacée devant elle.

« Tu en veux ? Proposa-t-elle.

_ Peut-être plus tard, répondit-il. »

Un moment passa en silence tandis que, appuyé contre le comptoir, il contemplait son enthousiasme et se disait que ça valait bien la peine d'avoir traversé deux fois un parking mortellement piégé par le froid.

« Tu as le bonjour de Charmant, transmit-il.

_ C'est gentil. Vous vous êtes vu à l'épicerie ? Il faisait des courses pour l'anniversaire de Henry ?

_ Je pense, oui. Dit, reprit-il ensuite, tu comptes enchaîner crème glacée et... »

Il se tourna vers la poêle qui cuisait avec un air peu convaincu avant de terminer sa phrase :

« C'est quoi, ça ? »

Belle lui jeta au visage une serviette de table qui trainait près d'elle et prit un air faussement offensé :

« Ne sois pas méchant ! C'est du poulet et des légumes.

_ Quel genre de légumes ? Fit-il, rieur et se tenant prêt à réceptionner tout objet que l'envie pourrait lui prendre de lui lancer.

_ Ceux qui étaient dans le frigo. J'ai mis un peu de tout. »

Devant son absence de réaction, elle se sentit obligée d'ajouter :

« Ne fait pas cette tête là, ça va être délicieux.

_ Je n'en doute pas, assura-t-il. »

Finalement, le repas se constitua essentiellement de glace à la noix de coco.

ooooo - OUAT-OUAT-OUAT - ooooo

« Bon, je vais devoir y aller, décida Rumplestiltskin. Il faut que j'ouvre mon magasin au moins une fois de temps en temps.

_ Ca fait trois fois que tu dis que tu vas y aller et que tu ne bouges pas, lui fit remarquer Belle.

_ Je sais, soupira Rumplestiltskin. Mais à un moment donné, il va bien falloir que je me décide.

_ Tient-moi au courant, plaisanta-t-elle. »

Il tourna son regard vers la pendule et constata qu'une heure entière s'était déjà écoulée depuis qu'il avait fini la vaisselle et rejoint Belle sur le canapé. La jeune femme était allongée, sa tête posée sur les genoux de Rumple, et lisait tranquillement, tenant son livre d'une main tandis que l'autre carressait distraitement son ventre rebondit. Gold aussi avait les deux mains occupées, l'une jouant avec une mêche de cheveux de Belle, l'autre également posée sur le ventre de sa compagne, ne manquant aucun des petits coups de pieds que donnait le bébé qu'elle attendait.

ooooo - OUAT-OUAT-OUAT - ooooo

« Où est-ce que tu vas comme ça ? Interrogea Rumple en revenant dans le salon chaussé, son manteau sur le dos et prêt à partir travailler, et en trouvant Belle qui enfilait ses bottes à talons.

_ A la bibliothèque.

_ Belle...

_ Rumple, l'interrompit-elle. Je vais bien. Le médecin a dit que je pouvais me lever, la bibliothèque n'est qu'à trois rues d'ici, je viens de finir mon dernier livre et je veux savoir si tout se passe bien là-bas pendant mon absence. »

Il quitta le salon et Belle le regarda s'éloigner avec une expression perplexe, surprise qu'il capitule aussi vite. Elle attrapa son autre botte et la passait à son pieds quand elle entendit Rumple revenir dans la pièce. Elle leva les yeux pour le trouver qui lui tendait une paire de mocassins.

« Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-elle comme elle était certaine de ne pas avoir acheté ces chaussures.

_ Des chaussures plates.

_ Non.

_ Belle, la morigéna-t-il, tout est verglacé dehors. Les trottoirs sont glissants et rien que ces dix derniers jours, tu as raté une marche de l'escalier, glissé dans la baignoire deux fois, et failli te tuer en montant sur une chaise pour attraper les livres de l'étagère du haut. S'il te plait, insista-t-il. Pour que je ne m'inquiète pas. »

Après un instant d'hésitation, Belle capitula et lui prit les mocassins des mains avec humeur. Elle ôta ses bottes à talons et chaussa les mocassins, non sans lui avoir lancé un regard noir qui n'eut pas l'effet escompté d'effacer l'air satisfait qu'il arborait.

Quelques minutes plus tard, ils quittaient la maison ensemble, Rumplestiltskin partant d'un côté en direction de son magasin, Belle de l'autre vers la bibliothèque.

ooooo - OUAT-OUAT-OUAT - ooooo

Rumplestiltskin commença à incliner la fiole de potion qu'il tenait dans sa main. Sa concentration était extrème : il s'agissait de déterminer précisément combien de gouttes de potion étaient nécessaires pour obtenir l'effet qu'il recherchait. La première goutte de potion tomba sur le morceau de tissu étalé sur le comptoir et les fibres commencèrent à réagir. Quand la réaction se ralentit, il en laissa tomber une deuxième goutte, puis une troisième. Il s'apprêtait à en verser une quatrième quand la porte du magasin s'ouvrit et que son petit-fils déboula dans la boutique.

« Bonjour, Grand-père ! S'exclama joyeusement Henry.

_ Un instant, Henry, demanda-t-il, toujours concentré sur son expérience.

_ Salut, papa, entendit-il également. »

Neal s'appuya contre le comptoir sans ménager sa force, faisant trembler le meuble et Rumplestiltskin qui s'y appuyait d'une main. La moitié de la fiole tomba d'un seul coup sur le tissu et l'expérience se termina dans un épais nuage de fumée rouge et nauséabonde qui ne laissa du tissu qu'un vague reste carbonisé. Il fallut à Rumplestiltskin tout le self-control dont il était capable pour conserver un semblant de calme. Ni Henry ni Neal ne s'y trompèrent toutefois et comprirent à l'expression de son visage et au juron qu'il ne réussit à étouffer qu'à moitié qu'ils venaient de mettre le magicien de très mauvaise humeur.

« Euh... Désolé, s'excusa Neal. »

Neal jeta un regard incertain à son fils qui se mordait la lèvre pour ne pas rire. C'était tellement amusant de voir les adultes faire des bêtises et près de se faire gronder comme des enfants !

« Qu'est-ce que c'était ? S'enquit Neal sur un ton quelque peu hésitant.

_ Une expérience que tu viens de réduire à néant, maugréa Rumplestiltskin en rebouchant la fiole pour conserver le peu de potion qui lui restait.

_ Une expérience pour quoi ? Demanda Henry.

_ Pour rendre un tissu indestructible. »

Il eut une moue appréciative tandis que son père poursuivait :

« Je croyais que tu travaillais à un moyen de nous faire rentrer au royaume enchanté.

_ Oui mais je suis à court d'idée. Alors je travaille sur autre chose en attendant. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? S'enquit-il en inspirant profondément afin de dissiper sa contrariété.

_ Rien de particulier, répondit toutefois Neal. On passait dans le coin alors on s'est dit qu'on allait venir dire bonjour.

_ Grand-père, qu'est-ce que c'est que ça ? Intervint Henry. »

Le jeune garçon se tenait devant un petit coffret en bois ouvragé.

« Ca, fit le magicien en sortant de derrière son comptoir et en s'approchant, c'est un petit coffre très particulier. Tu as l'impression qu'il est très petit mais en fait, tu peux mettre tout ce que tu veux dedans.

_ Sérieux ? »

Rumplestiltskin eut un éclat de rire moqueur avant de confirmer.

« Absolument tout. »

Sous les regards médusés des deux adultes, Henry entreprit de délacer une de ses baskets.

« Humm... Fiston ? Appela Neal. Tu fais quoi, là ?

_ Je regarde si j'arrive à mettre ma chaussure dans la boite, expliqua Henry sur le ton de l'évidence. »

Le garçon retira sa basket et l'approcha précautionneusement de la boite tandis que les deux adultes échangeaient un regard à la fois perplexe et amusé. Au moment où la chaussure entra en contact avec le bois du coffret, elle se ratatina sur elle-même pour devenir une miniature de ce qu'elle était avant. Henry laissa tomber sa basket – qui avait désormais la taille d'un porte-clé – dans la boite et la contempla avec un air émerveillé.

Quand il récupéra sa chaussure, elle reprit instantannément sa taille initiale.

« Grand-père, tu crois qu'on pourrait mettre une voiture dedans ?

_ Je n'en ai aucune idée, rit Rumplestiltskin. Il faudra qu'on essaye un jour. »

Puis Henry continua à se promener dans la boutique en observant l'amoncellement plus ou moins organisé d'articles que proposait la boutique de monsieur Gold.

« J'imagine que ta présence ici avec Henry n'a rien à voir avec le fait que je t'aie dit il y a deux jours que je ne savais pas ce qui lui ferait plaisir pour son anniversaire ? Souffla Rumplestiltskin à voix basse dès que Henry fut assez loin pour ne pas l'entendre.

_ Rien à voir, assura Neal avec une honnêteté suffisamment forcée pour que son père ne le croit pas. Ceci-dit, si tu ne savais pas, maintenant tu sais. »

Rumplestiltskin posa un regard pensif sur son petit-fils qui était à présent penché sur un miroir au cadre ouvragé avant de commenter :

« Il a l'air d'avoir retrouvé toute sa joie de vivre.

_ Oui, approuva Neal en souriant. Peter Pan lui donne encore des cauchemars de temps à autre mais dans l'ensemble, je crois qu'on peut dire que le pire est derrière nous. »

Ils continuèrent à discuter pendant que Henry vagabondait dans le magasin, tous les deux étonnés d'avoir réussi à reconstruire en un peine plus d'un an une relation qui n'avait pas existé depuis des décennies.

« Dit, Grand-père, intervint Henry en revenant vers eux, il arrive quand le bébé de Belle déjà ?

_ Dans un mois, répondit Rumple.

_ Vous allez l'appeler comment ?

_ Tu verras. »

Henry voulut insister mais Neal décréta qu'ils devaient y aller et ils quittèrent le magasin. Rumple s'avança jusqu'à l'endroit où était exposé le coffret de bois qui avait tant plu à Henry et l'enleva du rayon pour aller le ranger dans l'arrière-boutique, hors de la portée d'un quelconque client.