Bonjour ! Ça fait longtemps, dites-moi !
Le retard est dû au manque de temps (Bac blanc, TPE, et ma vie). J'écrivais de temps en temps des bouts de ce chapitre jusqu'à réussir à le finir !
J'espère que cette suite vous plaira.
Mais avant, merci à :
Shoukapik : Pour te répondre, peut-être qu'Emma est une partie de moi, elle est un mélange de plusieurs personnes. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire xD Disons qu'Emma et Ambre ont le même lien (peut-être plus puissant encore) que Castle et Beckett mais sans les papouilles ! Merci beaucoup pour ta review :)
Sandrine : Merci beaucoup ! J'espère que mon écriture continuera à te plaire ;)
Lacritique : J'aime enlever les mots de la bouche (ou des doigts, vu le contexte), héhé ! Merci beaucoup.
Manooon : Merci, voilà la suite !
Chouckett : Ah, ma chère ! Tu vas en savoir un tout petit peu plus sur Ambre dans ce chapitre, je ne sais pas encore dans quel chapitre je mettrai la suite de son histoire, je verrai. Heureusement qu'ils sont là eux, sinon ce serait louuuuuuuurd xD Et bientôt, Emma de OUAT, tu vas te mettre à l'appeler Emma Lawson ! J'espère que cette suite te plaira, merci, merci encore !
Mandou-land : Je n'étais pas très sûre de moi pour les retrouvailles mais... je suis rassurée si ça t'a plu ! Merci beaucoup pour tes commentaires ! :)
HeliosDeNoirie : Merci beaucouuuuuuuuuuuup ! Comme je l'ai dit plusieurs fois, la relation Emma et Ambre me tient énormément à cœur, c'est toute une partie de moi que je vous livre à travers ces deux filles. J'espère que cette suite te plaira ! :D
Flume : Maintenant que je connais ton identité (krrkrrkrr), tu sais pourquoi l'amitié d'Emma et Ambre est aussi élaborée (tricheuuuuuuuuuuse). C'est vrai ? Pourtant ce n'est pas comme s'ils intervenaient beaucoup, nos deux héros. Mais tu sais à quel point la ressemblance avec la série est importante pour moi. Merci infiniment ! :)
Il faut d'abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j'ai toujours pas compris comment ça se fait.
Stephen CHBOSKY
Chapitre 3: Les cœurs fêlés.
Emma se réveilla les yeux brûlants, les joues sèches par les larmes qui avaient été versées et la bouche pâteuse. Et honnêtement, elle ne savait pas comment elle devait se sentir. Elle refusait d'y croire aussi. Peut-être était-ce un rêve, juste pour la torturer un peu plus ? C'était idiot mais elle l'espérait, vraiment. Elle se leva d'un bon, Ambre à ses côtés sursauta et posa une main délicate sur son épaule dénudée. Ignorante, paniquée, Emma sortie rapidement de ce cocon réconfortant, de cette carapace qui lui obstruait la vue. Elle devait savoir, il fallait qu'elle sache.
Elle descendit les escaliers si vite que ses pieds avaient du mal à la suivre, elle laissait glisser sa main sur la rambarde qui lâcha ces sons stridents et désagréables. Elle déboula dans la cuisine, l'air hagard et peu vêtue pour la saison, faisant face au couple qui la dévisagea. Etait-elle sur le point de faire une crise d'angoisse ? Ca ressemblait à cela une réelle panique ? Ou craquait-elle simplement ?
- Emma ? s'inquiéta Kate en se redressant, sa tasse fumante entre ses doigts.
- James, commença cette dernière, est-ce qu'il est mort ?
Devant le soudain silence, les échanges de regard, Emma crût que la colère allait la dévaster.
- Est-ce que James est mort ? insista-t-elle en élevant la voix.
Les yeux de Kate se fermèrent et elle vit ses doigts se resserrer autour du récipient, lui livrant une vérité qu'elle ne voulait finalement pas connaître. Mais ne préférait-elle pas une vérité qui fait souffrir à un mensonge qui rassure ?
- Non, souffla-t-elle en secouant ses cheveux bruns, des sanglots plein la voix. Non. Non, je ne te crois pas, c'est impossible.
Elle n'entendit même pas Ambre derrière elle, qui tenait contre son buste le sweat-shirt qu'elle avait oublié dans la chambre.
- Tu mens, il ne peut pas être mort, c'était un cauchemar !
La tasse glissa doucement sur le bar, griffant le marbre et vrillant ses tympans fragiles.
- C'est un cauchemar, termina-t-elle.
Des mains la retournèrent et lui agrippèrent les épaules, elle tomba dans le regard de son amie et y trouva la paix nécessaire pour se calmer.
- Oui James est mort, oui c'est un cauchemar mais tu n'as pas le droit de t'en prendre à ceux qui seront toujours là pour toi. Tu as conscience que leur présence à tes côtés sera éternelle et tu leur déverses ta colère car tu sais pertinemment qu'ils ne se détourneront pas, malgré tout ce que tu pourras cracher.
Et la colère s'envola, et son cœur se fêla un peu plus.
- Je sais que tu es brisée, Emma, tout le monde le sait et tout le monde l'est aussi. Il n'y a pas que toi dans cette histoire, tu n'es pas la seule à avoir perdu James. Le lieutenant Beckett, Richard Castle, ton frère, Tom et toi l'ont perdu.
Les retombées de son affolement et de sa colère se caractérisèrent par un froid mordant qui la submergea et la fit frissonner. Ambre lui tendit alors son immense pull Florence + The Machine avec un sourire et Emma ne sut dire lequel des deux la réchauffa le plus.
- Je suis... désolée, lâcha-t-elle en se retournant. Je suis tellement désolée.
Beckett ouvrit la bouche pour la rassurer mais Ambre la devança en donnant un coup d'épaule à son amie.
- Arrête de te plaindre et viens manger, tu te deviens hargneuse quand tu as faim.
Et le rire qui lui déchira la gorge fut si bouleversant par la peine et la joie mélangées qu'il mit les larmes aux yeux à Kate et Castle. Dans un sourire rempli d'excuses, Emma attrapa le bol que Beckett lui tendait. Cette dernière retint ses doigts et serra sa main dans la sienne, et ce fut le regard un peu perdu qu'elle la laissa caresser sa joue. Elle l'appuya contre sa paume pour plus de contact et ferma les yeux.
- Tout ira bien, Emma, lui dit-elle. Laisse-toi du temps.
Ne craque pas, ne craque pas, ne craque pas.
Ses paupières closes renfermaient une peine qui ne demandait qu'à se déverser mais elle devait se reprendre car le gouffre se ferait plus profond encore et la lumière deviendrait infime au-dessus de sa tête. Elle ouvrit finalement les yeux, propres reflets de son âme, pour se perdre dans ceux plus foncés de sa tutrice. Elle lui fit un sourire incertain aux lèvres tremblantes mais son regard, toujours ce regard, moucheté de paillettes laissait entrevoir une infime lumière. Et cela suffit à Kate qui laissa tomber sa main.
Mais combien de temps ?
Emma se fit la promesse de lui demander.
Rick, ayant assisté à leur échange silencieux, ouvrit un placard et en sorti une boîte qu'il secoua dans un immense sourire.
- Ce sont des Nesquick, lui fit remarquer Emma.
- Je sais ! s'enthousiasma-t-il.
- Et ici, je mangeais des Chocapic.
Il baissa le paquet, déçu.
- Je te l'avais dit, fit Kate en buvant une gorgée de café.
- Ce n'est rien Rick, ça me convient très bien, sourit Emma en attrapant les céréales et en commençant à se servir.
Elle inonda les petites boules chocolatés de lait puis se servit un verre de jus d'orange. Ambre, qui s'était éloignée, était désormais assise sur l'accoudoir du canapé, le regard perdu.
- Tu ne manges pas ? lui demanda Kate en se plaçant devant elle, souriante.
Devant cette rangée de dents, Ambre la trouva encore plus belle qu'hier.
- Non, jamais le matin, mais merci.
Beckett s'assis sur la table basse, jambes croisées et tasse en main, elle observa les ondulations dans son café.
- J'ai connu Emma Mayer, la petite fille perdue, mais rien encore d'Emma Lawson, l'adolescente.
Ambre haussa les sourcils.
- Parle-moi d'elle, demanda Kate en regardant sa jeune protégée qui préparait son bol de céréales.
- Je ne crois pas qu'elle ait tant changé, elle est toujours cette petite fille perdue, répondit-elle dans un sourire. J'ai cru comprendre qu'elle vous ressemblait énormément. Elle est géniale, fun, attentionnée, très bizarre par moment (Kate sourit) et pleins d'autres choses merveilleuses que je tairais : j'ai une réputation à tenir !
La brunette s'en amusa grandement, et Ambre lui rappela Lanie.
- Et puis, elle me ferait chanter ou ne s'arrêterait pas avec ses commentaires et ses sous-entendus.
Swan regarda sa meilleure amie, son bol remplit à ras-bord, se diriger vers le microonde.
- Elle a cette manie de faire passer le bonheur des autres avec le sien et celle de faire chauffer son bol avec les céréales dedans.
Emma fit exactement ce que venait de dire son amie et Kate rit doucement, s'attirant un sourire perdu mais ravi de son partenaire.
- Tenez, vous voyez ! s'exclama-t-elle en désignant la jeune fille d'une main.
- On parle de moi ? demanda la concernée, ses doigts se brûlants autour du récipient. Elle les secoua et souffla dessus.
- T'occupe, on raconte des crasses !
- Te connaissant, je n'en doute pas ! répliqua Emma en s'approchant, malicieuse.
- Qu'est-ce que je dois comprendre ? réagi Ambre, faussement insultée.
Lawson s'assis près de son amie, sur le canapé, le nez dans ses céréales, un sourire et un regard ironiques, et commença à manger en silence. Beckett fut frappée par la similitude de leurs mimiques tandis que son amie se glissait à ses côtés, les sourcils levés.
- T'approcha pas ! lui interdis Emma en la menaçant de sa cuillère. Tu ignores ce que je peux faire avec.
- J'ignore pleins de choses.
Emma se raidit brusquement et Swan aurait donné beaucoup pour pouvoir ravaler sa bêtise. Castle, derrière le bar, suspendit son geste et Kate grimaça.
- Ce... ce n'est pas un reproche, se justifia la jeune métisse aux cheveux courts.
- Je sais, dit-elle en prenant une cuillerée de ces petites boules de chocolat croustillantes.
- Emma... insista Ambre.
- J'ai compris Ambre, la rassura-t-elle en relevant le visage. Tu n'as pas fait exprès.
Les yeux dans les yeux, la lumière verte se mêlant à l'obscurité, Beckett n'avait encore jamais vu une amitié aussi puissante que la leur. Elle en sourit, soulagée que la jeune fille ait quelqu'un sur qui s'appuyer lors de coups durs.
Elles eurent un sourire pour l'autre et tout fut envolé.
- Tu en veux ? proposa Emma en tendant sa cuillère pleine et dégoulinante de lait.
- Sans façon !
La brunette roula des yeux puis enfourna le couvert dans sa bouche.
- Je ne mange pas les crottes de lapin, rajouta Ambre qui connaissait pertinemment la réaction de son amie.
- Ce sont des céréales au chocolat !
- En forme de crottes de lapin, répliqua-t-elle. Je suis sûre que tu ne verrais aucune différence.
- Si, au goût.
- C'est bien ce que je dis !
Emma éclata de rire devant l'air faussement dégoûté de son amie et s'étouffa. La jeune Swan passa une main dans son dos, souriante, tandis qu'Emma riait toujours en toussant.
- Je sais que je suis drôle mais ça ne sert à rien d'en mourir.
- Pourquoi, je te manquerai ?
Ambre posa une main sur son cœur, sur-jouant la tristesse.
- Affreusement, affirma-t-elle.
A nouveau, Emma rit et Swan la regarda faire, fière d'elle.
Mais malgré cette joie soudaine, Emma était vide.
Emma, qu'est-ce qui te passe par la tête ? pensa-t-elle. Pourquoi n'arrives-tu plus à vivre ?
Elle eut un soupire à fendre la seule âme de la pièce, déjà éclatée. Elle sélectionna « messages » dans son téléphone puis « Ambre », et ses doigts restèrent en suspend au-dessus du clavier tactile. De ses écouteurs, la musique s'échappait et faisait écho à ses propres tourments.
Peut-être devrait-elle crier au secours ?
Peut-être devrait-elle mettre fin à ses jours ?
Les yeux fixes sur l'écran, le souffle presque suspendu, les larmes se mirent à affluer dans son regard et l'unique lumière dansa devant ses yeux terrifiés.
Emma savait sa voix abîmée mais elle l'appela. La musique se coupa brusquement et le silence l'assomma, elle put entendre sa respiration difficile, ses lèvres trembler... elle put s'entendre pleurer. Et elle fut à deux doigts de couper la communication puisque de toute façon, personne ne répondait.
Tourments, douleur, incompréhension. Il y a tellement plus grave. Elle avait vécu des choses plus difficiles à surmonter, seulement si elle les avait surmontées. Bon sang, pourquoi n'y arrivait-elle pas aujourd'hui ?
Ayant assez de ce silence, de son cœur emballé qui résonnait, elle annula l'appel et ne réitéra pas son geste, ce besoin de lui parler persistait néanmoins. Si elle n'avait pas répondu maintenant, elle ne répondrait pas plus tard. La musique fusa comme elle était partie, et vrilla ses sensibles oreilles. Elle eut une grimace puis les questions revinrent, incessantes, tourbillonnantes dans son esprit qui flanchait.
Peut-être devrait-elle mettre fin à ses jours ?
En chien de fusil, le drap sur sa bouche pour étouffer ses sanglots, les yeux hagards qui fixaient l'obscurité grandissante de sa chambre et son cœur qui tambourinait inlassablement entre ses deux poumons... elle ne voyait plus rien. Futur, impossible. Présent, incertain. Passé... cauchemardesque.
... Peut-être devrait-elle crier au secours ?
La musique recommença et, en accord avec cette dernière, Emma murmura « sail » encore et encore jusqu'à ce que les paroles changent et trahissant la douleur intérieure du chanteur.
Peut-être était-ce à elle de s'en aller, de « prendre le large » ?
Malgré la sonorité imposante et violente qui semblait taper en rythme avec son cœur, elle ferma les yeux et tomba de fatigue et de tellement d'autres choses.
...
Seule. Elle était seule et elle en avait besoin.
Mais la porte qui claqua lui prouva le contraire.
- Emma, tu viens ? cria Ambre au rez-de-chaussée. On va faire un tour en...
En apercevant son amie en haut des escaliers, la fin de sa phrase mourut dans sa gorge et se heurta contre ses lèvres.
- Ca ne va pas ? s'inquiéta-t-elle en faisant quelques pas.
Ses yeux brillaient mais la jeune Swan n'arrivait pas à déterminer le sentiment qu'ils transmettaient.
- Tu n'as pas regardé ton téléphone ? demanda laconiquement Emma.
Peut-être était-ce de la colère ?
- Non, et je l'ai oublié. J'aurai dû ?
De la tristesse ?
- Tu regardes toujours ton téléphone, tu es tout le temps dessus.
Sa voix, glaciale. Que lui prenait-il ?
- Pourquoi tu ne l'as pas regardé cette fois ? Pourquoi ?
Son ton montait tandis qu'elle descendait les marches. Un froid glacial parcouru l'échine d'Ambre, son sang semblait la quitter.
- Putain Ambre ! Tu pouvais pas vérifier ? hurla Emma.
- Déjà, tu baisses d'un ton et ensuite tu m'expliques calmement, gronda-t-elle.
- T'es pas ma mère !
Ou bien était-ce de l'abandon total ?
- Tu n'as plus de mère ! répliqua Ambre, plus fort encore, ce qui figea l'autre jeune fille. Laisse-moi prendre soin de toi comme elle le ferait, rajouta-t-elle d'une voix plus douce.
Elle lui attrapa les bras et Emma se débattit, telle une enfant capricieuse, telle une âme qui se déchaîne. Mais jamais elle ne la lâcha.
- Je te déteste ! cria l'oiseau.
Ambre lui empoigna les épaules et la plaqua fermement contre le mur, déboussolée mais maîtresse de ses émotions.
- Je te déteste, je te déteste... répéta la jeune prisonnière, le visage souillé par de brusques larmes et le regard fuyant.
Dans une incompréhension totale, Ambre écoutait et regardait son amie jeter les mots comme ils venaient dans son esprit. Ses lèvres gercées, abîmées ne suivaient pas toujours.
- Pourquoi tu m'as laissé toute seule ? demanda cette dernière d'une voix hachée par un mal inconnu. Pourquoi tu n'as pas répondu ?
- Tu... tu m'as appelé ? s'étonna Ambre en caressant les frêles épaules d'Emma avec ses pouces.
Cette dernière hocha la tête, les traits crispés par la peine.
- Emma, je suis désolée.
- Tu m'as laissé toute seule, j'étais complètement paumée. Je t'ai appelé mais tu ne répondais pas... j'étais vraiment perdue et abandonnée et malheureuse. Et pour ça, je te déteste tellement.
Ses mots ne sonnaient pas comme des reproches, il s'agissait d'une simple constatation, de maux qu'elle ne pouvait garder sans s'y noyer. L'amour et la haine marchent ensemble. Son inquiétude, sa culpabilité étaient si grandes qu'Ambre ne pouvait la blâmer. Emma avait toujours été là, en plein milieu de la nuit ou à des heures décentes. Et aujourd'hui, il semblait à Ambre qu'elle n'avait pas honoré sa promesse.
- Je n'y arrive plus, reprit Emma.
- A quoi ? demanda-t-elle, hagard.
- A vivre.
Et son sang se glaça, elle eut la sensation d'entrer dans une eau gelée.
- Tu veux... commença Ambre d'une voix chevrotante.
- Non, fit-elle rapidement. Je sais pas.
Sous ses doigts, le corps si fragile de son amie trembla.
- Emma, regarde-moi.
Cette dernière n'en fit rien, honteuse d'avoir de telles pensées, d'être aussi faible... d'abandonner.
- Regarde-moi, insista la jeune chanteuse.
L'oiseau blessé releva le visage et ses yeux parurent encore plus beaux ainsi baignés de larmes. Puis Ambre fit un drôle de bruit, entre la toux et le raclement de gorge, comme chaque fois qu'elle rassemble son courage avant de se jeter à l'eau.
- Je ne peux pas t'obliger à rester en sachant que tu ne fais que survivre.
La prise sur ses épaules s'affaiblit et Emma se demanda qui d'elles deux soutenait l'autre et comprit qu'Ambre lui abandonnait son âme.
- Essayer mais pas t'y obliger.
La peine quitta petit-à-petit les fins traits de son visage couleur crème.
- Je peux seulement te promettre d'être là jusqu'au bout.
Ses mains tombèrent de chaque côté de son corps et ce fut les doigts doucement mêlés qu'Ambre lui abandonnait peut-être son cœur aussi.
Et malgré tout, Emma se sentit étrangement vivante.
- Kate, qu'est-ce qui te tracasse ? lui demanda Castle lorsque les filles furent montées.
Cette dernière soupira et se passa une main sur le visage, songeuse et inquiète.
- Je m'inquiète pour Emma, ça fait beaucoup d'un coup, lâcha-t-elle finalement, James était comme son père.
- Malgré tout ce que tu peux penser, Emma n'a pas changé, dit-il. Elle est toujours cette petite fille forte, indépendante et fragile. Et comme toi, elle s'en sortira, tu n'as pas à t'en faire.
- Mais Castle, j'ai été aidée, pendant presque un an : j'ai vu un psychologue. Et Emma...
- A Ambre et nous a nous, la coupa-t-il. Tu sais très bien ce qu'elle te dirait si tu lui proposais des séances chez ton psy...
- Qu'elle n'est pas folle, soupira la muse.
- Exactement, sourit l'écrivain en l'embrassant sur la tempe.
Beckett ferma les yeux à son contact et le retint contre elle lorsqu'il s'éloigna, posant sa joue contre son torse, cherchant une insouciance qui la quittait.
- Emma, comment tu te sens ? demanda Ambre, brisant le silence glacé qui venait leur mordre le cœur.
- Ça va, répondit-elle en faisant le lit.
Dans son dos, elle entendit Ambre soupirer lourdement. Ses gestes se firent plus froids encore, calculant et s'acharnant sur le drap qu'elle tirait. Son amie s'assit sur le lit, les bras croisés, et attendit des explications.
- Pousse-toi, lui ordonna Emma d'une voix lasse.
- Non, pas avant que tu me répondes honnêtement.
La couette qu'elle tenait d'une main s'abattit lourdement sur le sol, Ambre fit face à des yeux noirs de colère et de désespoir, et ignorant le pincement au cœur, elle demeura impassible.
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ! s'égosilla-t-elle. Je ne ressens absolument rien, c'est le vide, le néant. Il n'y a rien.
- Tu es en état de choc, c'est la première étape...
- Du deuil, je sais, la coupa-t-elle. Et si je ne voulais pas faire mon deuil ? Et si je ne voulais pas accepter sa mort ?
- Tu ne peux pas faire autrement, Emma... dit Ambre, doucement.
Et le fait de ne pas avoir le choix la frappa, et elle tomba un peu plus.
- Je ne veux pas que les souvenirs s'effacent, souffla-t-elle. Je ne veux pas oublier la couleur de ses yeux, cette façon qu'il a.. avait de sourire, sa fossette sous le menton, son parfum, ses joues rugueuses parce qu'il a... avait toujours dit que se raser était une perte de temps.
Elle sentit son menton trembler et ses dernières barrières chavirer.
- Il y a tellement de chose que je souhaiterai oublier et il y a ces souvenirs que j'aimerai garder pour toujours. Et je suppose que si on dit que « le temps guéri les blessures », ce n'est pas pour rien : parce qu'on n'oublie ces choses qui nous rattachent à cette personne.
La main délicate de son amie qui s'accrocha au creux de son genou lui donna envie de craquer.
- On oublie son sourire, ses yeux, sa fossette et son parfum.
Et comme cette main, dans sa chute interminable, elle se raccrocha à quelque chose.
- On oublie tous ces détails qui rendaient cette personne spéciale pour nous.
Puis elle tomba sur le sourire d'Ambre, ses yeux noirs, les fossettes sur ses joues, et son parfum vint heurter ses sens.
- Certes, les détails ne sont plus aussi précis avec le temps, mais ils demeurent, dit cette dernière en faisant une pression sur l'arrière de son genou pour la rapprocher. Et crois-moi, je sais de quoi je parle.
Bien sûr qu'elle savait. Emma lui donna un sourire timide, ramassa la couette au sol et la lança sur la tête de son amie. Ambre grogna et tira le drap à elle, faisant écrouler Emma sur le lit dans un éclat de rire, et elle eut l'impression que ce son lui donnait des ailes.
Une salle de cours, la porte qui claque, quelqu'un arrive en retard.
Ambre releva la tête de son téléphone caché sous son bureau et posa son regard sur le retardataire. La place à ses côtés était libre, comme toujours et elle espéra que son visage qui ne respirait pas franchement la gaieté dissuaderait la nouvelle. Elle la regarda chercher des yeux un endroit où se poser et sentit son cœur s'accélérer lorsqu'ils s'arrêtèrent sur elle.
- Allez, va-t-en, murmura-t-elle entre ses dents.
La brunette s'approcha lentement, le sourire aux lèvres et les yeux qui pétillaient, et désigna la chaise libre d'une main.
- On m'a dit qu'il fallait s'imposer dans cet établissement, commença-t-elle.
Elle parlait comme un dictionnaire, s'étonna Ambre.
- Alors c'est ce que je vais faire en m'asseyant à côté de toi sans te demander ton avis.
Et elle le fit, simplement, sous les yeux ébahis de la jeune fille à la peau caramel.
- Je suis Emma Mayer, salua-t-elle une fois sans sac posé sur le bureau.
- On ne va pas être copines, lui répondit Ambre avec toute la douceur qu'elle contenait.
Cette réponse sembla amusée sa nouvelle voisine qui haussa les épaules.
- Au moins, je me suis imposée, dit-elle en sortant un stylo de sa trousse.
- Je n'aime pas les gens qui ont du culot.
- Moi non plus.
Ambre haussa les sourcils, cette fille était vraiment étrange.
- Et d'habitude, je ne suis pas franchement sociable le premier jour.
Elle fit tourner le stylo entre ses doigts étrangement blanc, ses doigts semblaient fébriles.
- Mais je me dis qu'il faudrait changer un peu en fonction des familles qui m'accueillent.
Un léger coup dans l'estomac et Ambre s'intéressa à son histoire.
- Tu es orpheline, déduisit-elle.
Un sourire penaud lui répondit et l'objet entre ses doigts arrêta de tourner.
- Envie de fuir ? lui demanda simplement Emma.
Cette question l'étonna. Les gens fuyaient face à ces enfants ?
- Tu as perdu ton père récemment, fit-elle en désignant une bague plutôt masculine à son majeur.
Ambre recouvrit aussitôt sa main, le cœur battant la chamade. Un coup d'œil vers l'extraterrestre, elle la vit sourire et rien dans ce sourire transpirait la pitié ou la compassion qu'elle ne supportait plus.
- Envie de fuir ? dit-elle d'une voix emprunt de fragilité, répétant Emma.
Cette dernière secoua la tête, ses yeux verts semblables aux étoiles qui cendraient le ciel, et son sourire devint plus vrai encore.
- Je n'aime pas les froussards.
- Moi non plus.
Et Ambre sut qu'elles ne se fuiraient jamais, car leur cœur fêlé s'assemblait bien.
Si vous voulez, la chanson qu'écoute Emma dans son lit est "Sail" de AWOLNATION.
Les reviews, bonnes comme mauvaises (mais il faut justifier ! :3), sont mon seul salaire ! Merci beaucoup de m'avoir lu.
