Je tiens tout d'abord à m'excuser pour ce temps d'attente, l'inspiration n'y était vraiment, j'écrivains des bouts de chapitre par-ci et par-là (ce qui fait que je ne suis absolument pas satisfaite de ce chapitre 4). Je le trouve court (et il l'est) donc à nouveau, je m'en excuse.

Merci à Manooon, HeliosDeNoierie, mandou-land, lille 76, Chouckett et Quetsche pour vos reviews ! :D

En espérant que ce chapitre vous plaira quand même ^^


Faute de renseignement plus précis, personne, à commencer par moi, ne savait ce que j'étais venu foutre sur Terre.

Sartre.


Chapitre 4: Les gens changent.

Les grandes portes vitrées s'ouvrirent à leur avancée dans un bruissement, Emma releva la tête aussi haut qu'elle le put pour contempler le bâtiment sous toute sa hauteur. Ambre lui donna un léger coup d'épaule pour la ramener à la réalité, ce qu'elle cherchait pourtant à éviter. En tombant dans son regard, elle lui adressa un petit sourire que son amie lui rendit, laissant apparaître ses fossettes au milieu de ses joues.

Les mains de Castle et Beckett ne faisaient que se frôler sans jamais se joindre, pourtant ce n'était pas l'envie qui manquait. Lorsque le touché se faisait plus présent, leur bouche s'élargissait d'un même sourire mi-coupable mi-rêveur. Cependant, ce dernier tomba lorsqu'ils se présentèrent à l'accueil.

- Bonjour, salua Kate en déposant ses mains sur le comptoir tandis que Castle s'y appuyait.

- Je peux vous aider ? demanda l'infirmière.

Elle glissa sa plaque sur le marbre glacé dans un crissement qui fit grimacer les deux adolescentes.

- En effet, un suspect a été admis hier pour une fracture du nez.

- James Roderick ? vérifia-t-elle. Oui, chambre 208 sur votre gauche.

Kate acquiesça, la tête perdue dans un brouillard épais. Déjà, la voix claire d'Emma s'éleva.

- L'enfoiré, siffla-t-elle entre ses dents, ses poings serrés ne cherchaient qu'à s'abattre. Je vais lui faire ravaler sa prothèse de nez à ce...

- Emma ! s'exclama Beckett en se retournant brusquement, la pointant d'un doigt. Si tu ne te calmes pas, tu ne rentres pas.

L'adolescente supporta son regard sans ciller, les lumières dansaient dans ses yeux. Il dévia sur le numéro inscrit sur la porte - 208 - et elle amorça un pas qui fut bloqué par son ange gardien. Bouillonnante, elle se laissa pourtant entraîner par Ambre qui la tirait par le bras.

- Viens, on va s'assoir et attendre.

Elle ne répondit rien tant l'idée était absurde. La vengeance rongeait ses os, la rage consumait la clarté de son esprit rationnel.

Elle croisa le regard de l'écrivain à travers les stores de la chambre inaccessible. Il lui adressa un sourire auquel elle ne répondit pas, détourant le regard en soupirant. Le genou d'Ambre se mit à tressauter, une main à la bouche, elle se rongeait littéralement le sang.

- C'est peut-être une bonne chose que je ne sois pas entrée, avoua soudainement Emma d'une voix calme et posée. Je pense que je l'aurai étripé.

- Tu penses ? s'étonna son amie.

- Non, je l'aurai fait, aussi cruellement qu'ils ont dû le faire avec James.

Emma posa une main sur le genou de son amie pour faire cesser ses tremblements, le regard perdu dans une contemplation silencieuse.

- Qu'avez-vous fait de ma prude et innocente meilleure amie ? demanda la jeune fille avec amusement, tentant de faire apparaître un sourire sur le visage triste d'Emma.

- Elle a disparu, répondit simplement cette dernière.

Et cela lui coupa le souffle. Ambre hésita entre le rire et les larmes puis son cœur s'affola au creux de sa poitrine, une inquiétude grandissante se mit à ramper au fond de sa gorge en feu. Elle papillonna des yeux pour reprendre pied à cette réalité qui l'effrayait.

- Enfin, Emma, tu ne vas pas te transformer en monstre.

- Je veux ma vengeance, se contenta-t-elle de répondre.

- Non, tu veux que justice soit rendue, tu veux qu'ils paient, tu veux...

- Qu'il revienne, termina-t-elle dans un murmure.

- Oh, Emma...

Elle glissa une main sur la joue de son amie et la caressa doucement avec son pouce, impuissante face à une douleur qu'elle ne pouvait apaiser.

- Agir comme ça ne le fera pas revenir, tu le sais, tenta-t-elle de la raisonner.

- Et choisir le chemin de la justice non plus, rétorqua la brunette.

Elle se pencha et prit sa tête entre ses mains, abattue par tant de sentiments contradictoires, par tous ces choix qui s'imposaient, par toutes les horreurs qu'elle souhaitait faire subir à ses persécuteurs.

- Mais il reste le plus sain pour toi, il ne t'empêchera pas de dormir la nuit, continua Ambre en passant une main dans son dos courbé.

Emma se releva et la douce main quitta son dos.

- Peut-être que si je m'en tiens aux règles, à la justice, à toutes ces choses qui mettent tant de temps, j'aurai l'impression de l'abandonner...

Elle leva une main pour couper son amie.

- Et ne me sort pas la phrase bidon « ce n'est pas ce qu'il aurait voulu ».

- Je n'allais pas dire ça, la rassura-t-elle. Tu me connais mal.

Emma tourna légèrement le visage, son amie lui souriait doucement.

- Je ne t'aiderai pas dans ta quête de vengeance mais je t'aiderai à retrouver la paix.

Et elle scella sa promesse en joignant sa main à celle d'Emma posée sur sa cuisse, dans un sourire qui renfermait déjà une paix intérieure stupéfiante. Emma resserra toujours plus fort ses doigts autour des siens, telle un aveugle en plein jour.

- C'est pas vrai ! s'exclama-t-elle soudainement.

- Quoi ? s'offusqua Ambre.

- Non, pas toi.

Emma se leva, sa main emprisonnant toujours celle de son amie.

- Tom ! hurla-t-elle dans ce long couloir blanc, oscillant entre celui de la vie et celui de la mort.

Une silhouette en blouse blanche s'arrêta brusquement, d'autres en firent de-même sans être concernées. Comme s'il allait faire face à sa plus grande douleur, Tom Evans se retourna aussi lentement qu'il le put mais les quelques secondes écoulées ne permis pas au choc d'être plus doux. Lorsque leurs yeux semblables se croisèrent, ils crurent tous deux défaillir.

- Emma... murmura-t-il.


Ils furent accueillis par un sourire narquois. Déjà, la colère de Beckett monta un cran au-dessus.

- Quel est votre nom ? demanda-t-elle d'emblée.

- C'est écrit dans mon dossier.

- Ne me prenez pas pour une idiote, déconseilla-t-elle.

- Croyez-moi, vous avez tout sauf l'air d'une idiote.

Le regard lubrique qu'il lui lança la fit grimacer, elle sentit son partenaire bouillir à ses côtés. Elle fit tomber le dossier médical sur ses pieds, lui soutirant un léger cri de douleur, puis s'assis à ses côtés, un sourire empli de défi sur les lèvres.

- Qu'est-ce que ça vous apporte de les défendre ?

- Qu'est-ce que ça va m'apporter de les balancer ? rétorqua-t-il.

Son sourire se fit plus grand encore, leur inconnu en fit de-même. Beckett aimait les fortes têtes, elle se délectait toujours de leur air lorsqu'ils se savent proches de la défaite.

- Un peu de pitié lors de votre procès, proposa-t-elle en scrutant son visage.

Il éclata de rire en se tenant le nez, comme s'il avait peur de le décrocher. Il déglutit difficilement sous la douleur mais gardait ce sourire qu'elle rêvait de lui enlever.

- Ca ne prend pas avec moi, lieutenant Beckett.

Si elle fut surprise qu'il connaisse son nom, elle ne laissa rien paraître. Castle, par contre, haussa les sourcils.

- J'ai agressé une gamine et effrayée une autre, dit-il en se relevant à l'aide de ses bras. Et vous connaissez plutôt bien l'une d'elles.

Il lia ses mains sur son ventre, ses yeux étaient plissés par la douleur mais il restait fier et insolent.

- Je n'aurai aucun traitement de faveur, termina-t-il.

- C'est juste, avoua-t-elle ce qui arracha une exclamation de surprise à Castle. Vous êtes intelligent James.

Son sourire se déforma, ne s'attendant pas à une réplique pareille. L'encourageait-elle ?

- Mais cette fois, les choses ont changé, confia-t-elle en se penchant.

Elle fit en sorte que son corps s'appuie sur sa jambe, elle fit en sorte qu'il grimace... elle fit en sorte de se délecter de la douleur peinte sur son visage blessé.

- Je n'ai plus de faiblesse.

Leur inconnu sourit, parce qu'il connaissait la suite des évènements, il connaissait les prochains pions qui tomberont, il connaissait peut-être aussi l'histoire.

- Pas vous, dit-il. Mais elle, oui.

Il désigna du menton la fenêtre grillagée par les stores. Kate tourna la tête, déjà certaine de l'identité de la personne concernée, et ne put empêcher l'affolement soudain de son cœur. Leur jeune protégée était penchée, la main d'Ambre caressait doucement son dos.

- Emma... prononça Castle d'une voix hésitante, incertain quant au silence qu'il venait de briser.


- Tu es... chirurgien ? s'exclama la demoiselle.

- Interne en chirurgie, précisa-t-il.

- Arrête de chipoter ! s'écria-t-elle. Tu m'as menti !

Ambre l'appela doucement en tirant sur son bras, tentant de calmer la tempête qui se préparait.

- Non, Ambre, il m'a menti...

- Je ne t'ai pas menti Emma puisqu'on ne s'est pas vu depuis trois ans.

Les traits de sa sœur se durcirent un peu plus, car après tout, n'était-elle pas à l'origine de cet éloignement ?

- Tu aurais pu... tu aurais pu me dire que tu étais à New York, que tu étais devenu chirurgien, reprocha-t-elle. Tu aurais pu me dire toutes ces choses comme tu aurais pu insister !

- Ne me mets pas ça sur le dos, ce n'est pas moi qui l'ait tourné, se défendit-il. Les gens changent, Emma, ne t'étonne pas de ça.

- Les gens changent sans changer, James avait changé et pourtant...

Elle s'arrêta devant le visage de son frère. Elle ouvrit la bouche, les larmes affluèrent dans son regard émeraude. Ambre serrait toujours plus fort sa main.

- Oh mon dieu, souffla-t-elle, tu le savais.

Tom hocha lentement la tête, répondant à une question qui n'avait pourtant pas été posée.

- Tu le savais...

- Depuis hier matin, précisa-t-il. Et je ne t'ai rien dit parce que tu te serai affolée, tu serai retombée dans cette spirale infernale et il n'était pas question que je t'apprenne une nouvelle pareille au téléphone.

Ce qu'il ignorait, c'était qu'Emma y était déjà et se battait pour garder la tête hors de l'eau.

- Et tu ne voulais pas que je revienne à New York.

A nouveau, il acquiesça d'un signe de tête.

- James ne t'a pas suffisamment protégé, tu es beaucoup trop exposée dans cette ville.

- Et tu penses maintenant que c'est à toi de le faire, déduisit-elle.

Il sourit légèrement, et Emma y trouva un second souffle.

- Je l'ai toujours fait, j'ai toujours été là.

Emma le fixa sans réaction.

- D'ailleurs, il y a ce garçon, là, Antoine je crois... commença-t-il d'un air malicieux.

A la couleur rouge des joues de sa jeune sœur, Tom sut qu'il avait visé juste.

- C'est un type bien.

- Vraiment ? Et moi qui pensait que le rôle des grands-frères était de détester les copains de leur petite-sœur ?

- Ce n'est pas ton petit-ami, dit-il visiblement fier de contrôler son côté surprotecteur.

- Pas encore, le titilla-t-elle.

- N'abuse pas non plus, grogna-t-il.

Un rire clair s'échappa de ses lèvres puis s'estompa doucement, le regard plongé dans celui de l'être à demi-perdu.

- Tu m'as manqué, souffla-t-elle en se glissant dans ses bras.

Il sourit, la serrant toujours plus fort contre son cœur. Il remarqua que la jeune inconnue n'avait toujours pas lâché la main de sa sœur.

- On se croirait dans un épisode de Grey's Anatomy, confia Ambre.

Tom éclata de rire dans les cheveux d'Emma, il devint plus sonore encore en entendant cette dernière glousser.

- Attends de rencontrer ma compagne qui est aussi médecin, souffla-t-il en un clin d'œil.

La jeune métisse haussa les sourcils.

- Son nom est Hanna Grey, lâcha-t-il. Docteur Grey.

Elle eut un rire ridicule, presque euphorique.

- Oh oh, énorme !

Il vit du coin de l'œil la main d'Emma se resserrer autour de celle de son amie, tel un remerciement silencieux. Il appréciait déjà cette jeune fille, mieux, il la remerciait aussi.


Dès qu'ils furent sortis de la chambre, Beckett fit en sorte que les filles ne la voient pas et fila sans demander son reste. Castle, surpris par son brusque changement d'attitude, demanda à Emma de les attendre d'un signe de la main.

Kate ouvrit la première porte, le souffle court. Elle remarqua à peine que cette dernière ne s'était pas fermée lorsque l'odeur apaisante de son partenaire emplit la pièce, se mêlant à celle des antiseptiques. Son visage entre ses mains, le cœur battant à tout rompre, elle pouvait presque entendre la voix de Lanie qui la prévenait qu'une crise d'angoisse allait bientôt la submerger.

- Kate, respire, lui conseilla l'écrivain en l'attrapant par les épaules.

- Peux pas, haleta-t-elle.

Elle passa ses mains dans ses cheveux, les yeux et le visage clos. Son souffle saccadé était assourdissant, sa poitrine s'élevait si rapidement qu'elle crut un instant que ses poumons allaient, eux-aussi, l'abandonner.

- Et si on lui faisait encore du mal, Castle ? Et si elle souffrait encore ?

La panique rendait sa voix fragile et rauque. Castle n'eut aucun mal à deviner de qui sa chère muse voulait parler.

- Tu détestes les « et si », ne commence pas à y croire maintenant.

Elle eut une douloureuse pensée pour Royce, car après tout, si elle avait mis son trouillomètre au placard, c'était un peu grâce à son « et si ».

- On ne peut pas ignorer ce qui peut arriver ! s'emporta-t-elle, toujours une main dans ses cheveux.

- Ca peut très bien arriver comme ça peut très bien ne jamais se faire, ne précipite pas les choses, ne te fais pas un sang d'encre pour rien.

Il caressa doucement sa joue avec le revers de son index et lorsqu'elle releva les yeux vers lui, Rick lui offrit un sourire tendre. Il la regarda comme un aveugle regarderait le soleil pour la première fois, et ce fut avec bonheur qu'il vit ses prunelles se rallumer. Puis les démons revinrent et son menton se mit à trembler, elle s'abandonna dans une étreinte.

- J'ai tellement peur pour elle, Rick...

- Je sais, murmura-t-il contre ses cheveux avant d'embrasser le sommet de sa tête. Mais on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour la protéger, j'ai confiance.

Il eut un silence durant lequel Castle savait ce qui traversait l'esprit de sa compagne et lorsqu'elle s'accrocha un peu plus à lui, à nouveau tourmentée, il déposa un long baiser dans ses cheveux.

- La petite Emma de neuf ans me manque, murmura-t-elle la joue contre le buste de son partenaire.

- Elle ne se faufilera pas comme de l'eau entre tes doigts, Kate.

- Je l'espère, confia cette dernière. Seulement... j'aimerai revenir en arrière, revenir au temps où la menace ne pesait si lourd, au temps où elle me demandait pourquoi le ciel est bleu.

- Et qu'elle avait été ta réponse ?

- Parce que.

Il éclata de rire et resserra ses bras autour d'elle. Elle eut un soupire de bien-être tandis que dehors, la tempête guettait toujours.

Mais peut-être que l'être prochainement frappé par la foudre ne serait pas celui qu'ils pensaient. Peut-être qu'Emma viendrait à souffrir de nouveau mais pas de la manière dont ils l'imaginaient.

James l'avait pourtant prévenue. Ne dépend pas de qui que ce soit sur cette Terre car même ton ombre disparaît dans le noir.

Peut-être protégeaient-ils la mauvaise cible ?


Voici (déjà xD), à bientôt mes petites bulles de bonheur ! :D