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Ce n'est que dans l'après-midi que la team fut au complet. Les grilles, qui entouraient le grand bâtiment en béton couleur de rouille, s'ouvrirent pour l'accueillir. Devant les portes coulissantes menant à l'intérieur se tenait une petite femme en tailleur portant timidement des lunettes à la monture noire et étirée en pointe. Sans même se présentée, elle avait compté les membres de l'équipe et les avait conduit dans leurs quartiers. C'était un endroit détaché du reste de l'industrie. L'entrée donnait sur une grande salle et une cuisine et au sous-sol, plus sécurisé, étaient les chambres, les douches et les différents ateliers pouvant servir à la profession de certains.
Enfin abandonné par la secrétaire, après qu'elle leur eut donné un avancement sur leur paye, chacun se mit à choisir une chambre l'ingénieur prit celle au plus près d'une grande salle dont il se servirait pour construire et réparer ses machines, tandis qu'on attribuait celle près de l'infirmerie au médecin. Scout s'appropria la chambre la plus près de la sortie alors que Pyro pris celle qui s'enfonçait le plus loin dans le gosier de béton, non loin des douches. Les autres avaient pris ce qu'il restait.
Cependant, les lieux n'avaient pas été habités depuis longtemps, peut être un ou deux ans, alors une fois que tout le monde eut déposé ses affaires il fut convenu d'un grand nettoyage.
Le ménage et le réaménagement leur prit toute la journée, sans compté qu'il fallait aussi ravitailler le grand frigidaire. Il était bien trop tard pour faire des courses alors ils se contentèrent de ce que chacun avait ramené pour le trajet. Bien sûr au grand mécontentement de Heavy qui jurait en russe et du soldat.
Pyro regardait le jeune garçon à casquette il parlait frénétiquement au Texan en faisant de vastes gestes, lui disant qu'il était heureux de le revoir, lui remémorant de bon moment passé ensemble. Et l'autre l'écoutait avec un grand sourire, tantôt le félicitant, tantôt le taquinant. Ce gamin était un véritable moulin à parole, cela en devenait insupportable. Mais ce qui insupportait le plus le démarreur de feu, c'était qu'il retenait toute l'attention de l'homme au casque jaune.
Il soupira, n'émettant qu'un sifflement dans son masque et posa sa tête sur le dossier de la chaise sur laquelle il était assis à l'envers.
Tout le monde parlait, discutait, s'écoutait, sauf lui. Le Soldat tentait d'expliquer en quoi l'Amérique était « Grande » à l'homme noir, tandis que l'espion en costar rouge et le médecin écoutaient les histoires d'ours du gros homme. L'australien était parti dehors. Il préférait son van aux salles froides et dures de leur nouveau logement.
Une heure passa sans que personne ne se soucie du pyromane. Il se leva donc pour aller prendre une douche, seul, puis il partit se coucher.
Le lendemain était encore un jour libre et le jeune homme ne remit sa combinaison ignifuge que très tard dans la journée. Il s'était réveillé à 10H00 mais il avait préféré rester dans sa chambre encore plusieurs heures. D'un autre côté, personne n'était venu s'inquiéter de sa non-présence.
Il sortit de sa chambre et atterrit dans la salle à manger où étaient regroupés ses coéquipiers. Ils se chamaillaient à propos du ravitaillement. Personne ne connaissait les lieux, personne ne savait où aller et aucun moyen de trouver une carte. D'autant plus qu'aucun d'entre eux ne connaissait la langue des habitants des alentours.
Pyro tenta de les interpeller mais le son qui sortit du filtre était trop timide et inarticulé. Le brouhaha que produisaient ses camarades était bien plus fort. Alors il hurla d'un coup un « HEY ! » brouillé et suffoqua. Enfin les autres Reds se retournèrent. L'ingénieur se précipita vers lui, le voyant appuyé sur ses genoux en toussant. L'homme lui tapota doucement le dos et le redressa.
-T'vas bien Pyro ? s'inquiéta le mécano.
Il put entendre un grognement grumeleux sortir du masque et les mains s'agitèrent. Scout se mit à rire, trouvant la scène ridicule :
-Qu'est-ce qu'il a l'sans visage ? Il a avalé une cacahuète de travers ?! Ha ha !
-Ferme donc ton clapet, gamin, gronda l'homme plus vieux à l'adresse du plaisantin. Il nous d'mande ce qu'on a à brailler comme ça !
-Arh, je vois, fit le médecin avec un doux accent allemand, il se passe que nous manquons de nourriture et que nous ne savons pas…
Il fut interrompu par un petit rire du pyromane qui signa à son traducteur.
-Il dit, translata le Texan, qu'y sait où aller et qu'y a juste b'soin d'une ou deux personnes pour transporter les courses 'vec lui.
-J'ai mon van si tu veux, proposa le sniper.
Mais l'autre secoua la tête :
-Y dit qu'voyager en v'ture n'est pas une bonne idée, heu… Pardon, je ne comprends pas la suite.
L'équipier muet lui fit signe de laisser tomber et désigna le soldat et l'ingénieur pour venir avec lui. Les deux acceptèrent sans broncher, après tout, il en était de la survie de leur estomac à tous.
Pyro emmena ses deux compagnons à travers le paysage désert qui entourait le camp Red et Blu. Un peu plus loin, quelques vieilles maisons délabrées étaient comme sortit de la terre. Puis des pavés blancs apparurent sous leurs pieds à mesure qu'ils avançaient. Le Texan et L'Américain s'amusaient à essayer de lire les panneaux qu'ils étaient incapable de comprendre. Bientôt ils virent les habitants. Ceux-ci les regardaient avec méfiance et curiosité, évitant de s'approcher d'eux. L'ingénieur fit remarquer que les murs de certaines maisons étaient affublés de carreaux de faïence peints. Le jeune homme leur expliqua brièvement que c'était traditionnel, puis il indiqua un petit marché ouvert un peu plus bas dans la rue pentue.
-Je n'y ai pas pensé mais qui cuisine chez nous ? demanda le soldat.
-T'en fais pas, vieux, j'fais ça d'puis gamin !
Ils entrèrent dans le magasin.
Engie s'occupa de prendre les aliments qu'il fallait avec l'aide de l'homme au masque à gaz qui lui traduisait les noms. Il dut même lui expliquer comment préparer certains fruits, légumes ou poissons.
-Pourquoi tu te trémousse comme ça, pyromane ? demanda le plus grand d'entre eux.
-Il dit qu'il nous réserve une surprise, traduit l'autre.
-Une surprise ? Quel genre de surprise ?
Mais l'homme en combinaison rouge ne dit rien. Ils sortirent les bras chargés de sacs contenant des fruits, des légumes, des fromages, du poisson, de la viande un peu douteuse, des yaourts, de la bière, du vin, de l'eau etc… Leur guide les emmena chez un boucher auquel il du écrire sur un bout de papier ce qu'il voulait. Le découpeur de viande les regarda, surpris de leur accoutrement, mais afficha un grand sourire :
-Três Leitão inteiro ? Tá, volto já !
Les deux étrangers se sont regardés en voyant l'homme disparaitre derrière une porte, puis ils ouvrirent de grands yeux en voyant arrivé trois beaux cochons de lait grillés. Pyro tendit ses bras vers les bêtes et se tourna vers ses coéquipiers avec un petit « tadaaaam » assez audible grâce à l'intonation.
C'était sa surprise pour le dîner. Ce genre de met coûtait cher mais le pyromane tenait à faire ce cadeau à son équipe. Peut-être serait-il moins invisible en offrant un repas festif.
Ils furent acclamés à leur retour tel des sauveurs. L'ingénieur s'empressa de ranger les courses et surtout, de cacher les cochons de lait pour garder la surprise. Quant vint le dîner, l'Américain fit remarquer que c'était grâce au pyromane qu'ils avaient un tel repas et chacun le remercia à sa façon. Le jeune homme était ravi et malgré son masque, tout le monde le sentait. Le Texan lui accorda une caresse sur le crâne et ils mangèrent.
La voix dans les haut-parleurs décomptait. Le soleil était haut dans le ciel, il devait être midi et la chaleur caressait les mercenaires de ses doigts brûlants.
Engie, lui, souffrait moins de la pénible température. Il était à l'abri, quelque pièce plus loin de l'intelligence. Il avait érigé un distributeur qui gargouillait gentiment dans le coin d'un couloir donnant sur la pièce où il terminait de construire sa tourelle. Une fois finit, elle le salua d'un « bip-bip » et il lui répondit par un petit rire bienveillant avant d'aller s'assoir dans le coin opposé.
Le temps passa, et la tourelle ainsi que le fusil à pompe avait déjà fait trois morts. Ce qu'on appelait le Respawn c'était bien mais du coup l'ennemi aussi revenait. Cependant cela n'avait pas l'air de déranger l'ingénieur, il prenait plaisir à tuer.
L'éclaireur arriva :
-Hé, l'ami ! Tout roule ici ?
-Impec gamin…
Mais un bruit de court-circuit mit l'homme trapu sur ses gardes. Malheureusement, il n'eut pas le temps de tirer sur le faux Scout une balle vint se loger dans sa cuisse et le fit tomber dans un grognement étouffé. Il refusait de montrer sa douleur à ce fichu Spy.
-Enculé d'Français !
-Tu ferais mieux d'être plus polie, mon ami, il n'y a personne d'autre que nous deux dans ces couloirs…
L'homme à terre cracha sur les chaussures cirées de l'espion, ce qui lui valut une deuxième balle dans la même jambe.
-Oups, j'ai raté ma cible, plaisanta le visage masqué.
Engie serra les dents. Le troisième coup de feu cette fois lui arracha un cri.
-Tu vois quand tu veux ! ricanait l'autre.
La troisième balle avait été tirée avec précision, poussant la première un peu plus loin dans la chair. Le Spy laissa sa victime savourer sa douleur et fit le tour de la pièce, admirant par la même occasion l'explosion du petit robot. Puis il revint auprès de son adversaire pour lui tirer un autre coup dans l'épaule cette fois. L'ingénieur hurla.
-Ah ? Vieille blessure ? J'en suis navré, mais c'est le jeu, mon ami, que veux-tu ! Mais ne t'en fais pas, je ne vais plus être très long.
Le sang jaillit cette fois au niveau de la clavicule. Une grosse tache vint assombrir la chemise rouge de l'homme en souffrance. Il avait mal et se sentait humilié, il avait du mal à retenir ses larmes malgré l'habitude des coups. Le canon pointa entre les yeux cette fois. Au moins, se serait finit.
Un cri déchirant résonna dans la pièce.
Mais il ne sortit pas de la bouche de l'ingénieur, non, mais plutôt de celle du Spy tombant alors sur sa propre victime, sa jambe gauche ne tenant encore que grâce à un lambeau de chair. Pyro empoigna l'ennemi par le col et le lança avec force pour l'écarter de l'ingénieur. Le membre brisé était tourné dans un sens impossible pour une jambe. Un coup de hache vint trancher cette fois le bras droit du Français qui, en dépit de l'atroce douleur, cherchait en tremblotant le pistolet qui pourrais lui sauver la vie… ou pas. Le pyromane attrapa l'homme abject par la cravate pour le redresser près de lui et il hurla des mots plus ou moins compréhensible. Il s'empara ensuite de l'arme à la crosse gravé et la pointa sur son propriétaire. On entendit un « bye bye », une détonation, et le corps du spy retomba sur le sol, inerte.
-Merci mon garçon, hmf, merci, fit le Texan retenant sa douleur, j'sais que c'type est l'dernier des trous du cul mais c'était pas l'peine d'être si violent.
Il étira ses lèvres, essayant d'oublier sa douleur, mais son coéquipier savait bien qu'il souffrait. Il lui fit signe de ne pas bouger, bien que cela soit inutile, et disparue dans un couloir pour revenir avec de quoi soigner. Il avait dû aller les chercher au distributeur, se disait Engie. Puis il s'occupa du mieux qu'il pouvait du blesser.
-T'frais mieux d'partir, gamin, j'peux m'dé HA ! hoow…
L'autre fit non de la tête et redressa juste assez son ainé pour passer ses bras dans son dos et le serrer doucement. Ce geste surpris le mécano.
-Eh… Qu'est c't'arrives, mon garçon ?
Il lui tapota le dos de sa main valide et sentit quelque tremblement.
-Eh, eh, eeeh ! M'dis pas qu'tu pleures ! J'vais pas mourir, y a l'respawn hein ! rassura-t-il en riant.
Pyro le lâcha et traina le blesser avec délicatesse pour qu'il puisse s'adosser à un mur avant de repartir. « Allons bon » se dit Engie. Mais dix minutes plus tard, il revint avec le médecin.
-Medic ?
-Vous vous z'attendiez à quoi ? Der Weihnachtsmann ?
L'allemand activa son médigun et les balles tintèrent d'un joli bruit en tombant au sol. L'homme à présent guéri se releva et remercia son soigneur d'un hochement de tête. La blouse blanche repartit mais l'autre resta. L'ingénieur lui fit signe qu'il pouvait y aller mais il restait toujours là, son lance flamme à la main.
-J'vais bien, t'as pas à t'en faire, gamin.
L'autre posa son arme et signa :
« Je reste avec toi, je vais surveiller et brûler tous les Spy »
-Très bien, part'naire, répondit l'ainé en tendant la main avec un sourire radieux.
L'autre lui accorda un petit rire joyeux, tapant dans ses mains, puis il reprit son arme et se mit en position, guettant le moindre ennemi.
