7_ Juste un protégé
Le salon était empli de murmures, de chuchotements et de médisances.
-Parait qu'il s'est fait défoncé l'cul !
-Mais non, il a sucé l'ennemi ! C'est un traitre !
-Tu penses vraiment qu'il aurait été dans cet état si c'était un traître ?! Nan mais réfléchi un peu Solly ! Il s'est passé quelque chose et…
-Ce quelque chose s'appelle un viol, mon ami, appelons un chien un chien !
-C'est un enculé ouais ! J'aurais préféré mourir plutôt que d'sucer un de ces fils de pute !
-Bien dit ! Cette chose, quel qu'elle soit nous a déshonoré !
-Bloody… Tu penses pas que c'est lui-même qui s'est fait déshonoré ?! Arrête de penser que tout ce qui arrive est pour ton équipe !
-Bah ça l'dérange pas de sucer l'ingé !
-Comment tu sais ça toi ?!
-C'est lui-là qui m'a dit !
-Pardon ? Ah je suis désolé je n'ai rien dit !
-Le Petit homme masqué n'aurait pas quelque chose à dire ?
-Très bien, très bien, je vois à vos grands yeux tourné vers moi que vous n'avez qu'une envie c'est de savoir que l'autre soir, me baladant dans les couloirs, je suis passé devant l'atelier de notre ingénieur et j'ai entendu…
-Et qu'est-c't'as entendu ?!
Tous les membres de l'équipe présents dans le salon se tournèrent vers l'ingénieur qui venait d'entrer, l'air furieux.
-Et bien… fit le Spy hésitant, je t'ai entendu faire quelques gémissements qu'on ne fait pas forcement que en mangeant un bon gâteau au chocolat, vois-tu ?
-Tu couches avec le mons… le Pyro ?! s'écria le Scout.
L'ingénieur s'avança et frappa la table du plat de ses mains pour faire taire l'équipe. Il parla d'une voix forte et ferme :
-Premièrement, je n'couche pas avec Pyro, c'est clair ? Deuxièmement, il me semble que les p'tits plaisirs solitaires sont pas illégaux et que la plupart ici s'y apprête, et troisièmement, arrêtez de l'traiter de monstre à tout vas ! C'une personne respectable qui s'donne du mal pour nous faire gagner ! Il s'embête à vous satisfaire et vous l'mettez dans la peau d'un traître, d'un être abjecte ! Z'avez pas honte, bande d'abrutis !? Pyro est tombé dans l'embuscade du Spy ennemi, y s'est fait rossé et humilié ! Ce fils de pute l'a délibérément laissé en vie pour qu'il agonise jusqu'à ce qu'on le retrouve ! Pyro s'est toujours rendu serviable au combats comme à la base et le jour où il s'fait agresser vous avez qu'une idée en tête c'est l'insulter et salir sa réputation !
Tous restèrent bouche bée. Jamais personne ne l'avait vu aussi en colère. Mais l'éclaireur qui ne tenait pas sa langue lui répondit :
-Tu t'en occupes beaucoup de ton foutu Pyro ! Il te colle au cul non-stop ! On s'demande forcément si vous êtes pas des putains de pédales !
Il eut un petit sourire narquois, mais celui-ci fut vite effacé par la grosse main du Texan qui lui plaqua la tête sur la table assez brutalement.
-Alors écoute-moi bien, mon garçon, j'crois qu'tes oreilles sont pleines ! Que j'sois une pédale ou pas, j'fais bien mon boulot alors tu me respecte ! Si Pyro m'colle au cul comme tu dis, c'est qu'on est en duo ! Autant que Heavy et Medic ! Si j'm'occupe de lui, c'est parc'que personne ici ne l'fait ! Pyro est mon protégé, c'est compris ?!
Le gamin parvint à s'extirpé de la prise de coéquipier et s'éloigna au plus vite.
Une main se posa sur l'épaule du mécano qui se tourna furieusement :
-Quoi ?!
-Comment il va ? s'informa l'Australien.
-Ah… heu… je n'sais pas encore.
Le Sniper ne dit rien et tira l'ingénieur hors du salon pour l'emmener vers l'infirmerie. Dans le couloir sombre et froid, Engie soupira :
-Merci de t'préoccuper un peu d'lui.
-Bah, il m'est utile aussi, et puis c'est pas un méchant garçon… un peu étrange c'est tout, mais c'est pas une raison pour dire de tel chose sur lui. J'essayais de les raisonner…
-Oui j't'ai entendu.
C'est le grand homme au chapeau qui frappa à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur un médecin visiblement très fatigué.
-Arrh… C'est pour le pyromane je présume ? Entrez mais ne l'épuisez pas de trop.
Les deux hommes s'avancèrent vers un rideau blanc sur lequel ils pouvaient discerner l'ombre d'un corps reposant sur un lit. Ils tirèrent la toile et virent tous deux le démarreur de feu allongé sous les draps blancs. Les manches de sa combinaison pendaient des deux côtés du matelas, le haut de son vêtement était surement ouvert mais son torse dénudé était caché par les draps remonté jusqu'au cou. Il avait conservé son masque et il était dur de savoir s'il était conscient ou non.
Les deux hommes enlevèrent leur chapeau par respect et le masque se tourna vers eux. Un sourire illumina le visage de l'ingénieur :
-Pyro ! Mon garçon, tu vas bien ?
-G'day, mon pote, ajouta le sniper.
Un rire émergea du masque. Le pyromane était apparemment content de les voir, il s'efforça même à marmonner comme à son habitude mais personne ne compris. Sniper en plaisanta et donna une petite tape amicale sur la tête du jeune blessé.
-Son état s'est vite amélioré, informa le médecin en approchant. Il pourra repartir dès demain, avec une tenue de rechange évidemment.
-Une tenue de rechange ? demanda l'homme au chapeau.
-L'ennemi à dut tirer fort dessus, la fermeture est cassé, impossible de la refermer. Il s'est reçu beaucoup de coup dont ceux coups de couteau et…
-Oui, oui, on connait la suite… grogna l'ingénieur.
Pyro tourna la tête pour éviter le regard des trois hommes à ses côtés. Son filtreur émit quelque sifflement, signalant son inquiétude et sa honte. Engie lui caressa la tête pour le rassurer.
-T'en fait pas, petit, j'pense que Solly t'accordera une p'tite trêve à mes côté. On t'laissera pas t'éloigner de nous cette fois.
-Mais on va t'venger, mon pote !
-Oh oui, t'peux nous croire, il va payer ! promis l'ingénieur en serrant le poing.
Le démarreur de feu rit de nouveau et acquiesça.
-Bon j'vais aller convaincre cette tête de mule Américaine de laisser notre Pyro en défense ! expliqua l'Australien en partant.
Medic reparti au fond de la salle sans rien dire, retournant à ses travaux et expériences tandis que l'homme trapu s'assit sur un tabouret qu'il venait de ramener près du lit. Il soupira en regardant Pyro, à la fois triste de cet état et des rumeurs qui circulait sur lui, et soulagé de le voir vivant et en sureté.
Une main à la peau tourmentée, couverte d'une pellicule de croute rose et jaunâtre sortie de dessous les draps pour se tendre vers l'ingénieur. Il la serra dans son gant jaune et la regarda un moment. La brûlure n'était pas si vieille, le pyromane devait jouer avec les allumettes dans sa chambre et se brûler tout seul.
-Hum j'ai trouvé un livre l'autre fois dans mes étagères, un livre de conte.
Le blessé voulu se redresser, réjoui par cette trouvaille. Mais les grosses mains rugueuses le repoussèrent sur ses coussins.
-Tu veux que j'aille le chercher ?
Pyro hocha vivement la tête de haut en bas et l'autre parti chercher le gros livre à la couverture verte et poussiéreuse. En revenant il s'assit sur le rebord du lit et ouvrit le livre sur le premier conte. Le pyromane l'écoutait attentivement, lui répondant par des petits rires ou des sifflements de surprise. Il avait les yeux rivés sur les lèvres et les dents de l'ingénieur qui lui donnait se sourire si exquis. De plus, le mécano avait soulevé ses lunettes sur sa tête pour mieux voir les petites écritures. Ainsi le malade pouvait savourer ce regard bienveillant et sentir son cœur fondre en lui.
Le conte terminé, les mains robustes refermèrent le livre :
-Et voilà ! Faut te r'poser maint'nant, mon garçon.
Pyro marmonna un reproche qui amusa le conteur. Celui-ci se pencha et déposa un baisé sur le front du masque.
-T'es vraiment un gosse toi !
Il déposa le livre sur le tabouret et s'en alla, laissant seul le petit démarreur de feu avec les battements de son cœur.
Pyro se pencha et attrapa le livre qu'il serra contre lui. Il ferma les yeux et se laissa plonger dans les douces ténèbres du sommeil.
Plus tard, Medic rejoignit l'ingénieur dans son atelier afin de lui donner ses nouvelles trouvailles pour le Respawn. L'Allemand resta un moment silencieux puis il ouvrit enfin la bouche :
-Qu'est le pyromane pour vous ?
-Qu'est-c'vous insinuez, Doc ?
-Je n'insinue rien, je tiens juste à satisfaire ma curiosité sur les hommes que je soigne.
L'ingénieur soupira :
-Pyro est juste mon protégé.
-Bien.
Enfin il s'en alla.
Engie regarda les documents et les papiers rapportés par son collègue puis… il s'affaissa dans son siège, perdu dans ses pensées. N'était-ce réellement qu'un protégé ?
