AN : Je m'aperçois que j'utilise le terme « Detective » pour parler du grade de Beckett. En français ce serait plus « Lieutenant ».


Lundi 22 Octobre, 10 heures

Dehors les arbres perdaient leurs feuilles. Cela devenait un spectacle quotidien du coin de la fenêtre pour la jeune femme qui cherchait un moyen de se détacher de son bureau et de la chaise posée juste à côté. Inconsciemment elle y voyait une parabole de sa propre relation avec Castle : une mise à nue avant de se retrouver seule. Ici aussi elle était seule. Ce sentiment ne la quittait pas depuis son retour au Bureau. Cela faisait un mois maintenant qu'elle avait repris, et si la loyauté de Ryan et Esposito était restée la même, ils lui en voulaient quelque part d'avoir brisé la dynamique de leur groupe. Beckett n'avait pas eu la moindre envie de cacher la fin de sa relation avec Rick et leur avait tout dit. Si au départ ils lui avaient apporté tout leur soutien, ils comprirent bientôt que Castle ne reviendrait pas compléter leur équipe, et les liens qui les unissaient tous les trois se distendirent, laissant place à de la rancœur envers Beckett. Depuis un mois ils avaient eu quatre homicides à élucider. L'absence de Castle ne s'était pas fait ressentir en termes de résultats mais d'ambiance. Iron Gates l'avait remarqué.

Elle-même, qui n'est pas n'était pas la plus fervente admiratrice de l'écrivain, ne pouvait nier l'influence positive qu'il avait eue sur ses hommes. A ses yeux, Beckett dépérissait. En un mois elle avait perdu du poids et manquait résolument de sommeil. Dieu seul savait à ses yeux ce qui se passait dans sa vie en ce moment. Le plus à fleur de peau était Esposito. C'était lui qui avait le plus profité de la bonhommie de Castle et s'était le plus ouvert aux autres. A l'abri de dans son bureau aux parois vitrées, Gates observait tous les jours cette même scène, et par la même occasion son équipe se déliter. Elle l'avait toujours dit après tout que ce Castle dans son département était une très mauvaise idée. Elle l'avait toujours pensé… même s'il était quand même utile par certains côtés. Les qualités de Beckett lui permettaient de résoudre n'importe quelle énigme avec brio, mais c'était le challenge et la nouveauté que représentait Castle à ses côtés qui avaient fait exploser tous les résultats jusqu'à rendre cette équipe indispensable. Voir Beckett dans cet état revenait à voir inexorablement plonger ses statistiques et son budget. Il fallait qu'elle trouve un moyen d'intervenir, d'autant plus qu'elle n'était pas tout à fait blanche dans ce qui se passait. Lorsqu'elle avait appris pour la relation entre ses deux têtes d'affiche, elle n'avait rien fait pour les en dissuader, persuadée que tout serait pour le mieux, et surtout qu'ils n'étaient pas réellement collègues. Iron Gates comme ils l'appelaient n'était pas infaillible, et elle se sentait responsable de ce qui se passait. Aussi décida-t-elle qu'elle était investie d'une mission et décrocha son téléphone.

Même jour, 11 heures

« _ Heure de la mort ? demanda le Detective à son amie.

_ Je dirai entre 4 heures et 6 heures du matin. Cause de la mort plutôt évidente. Il s'est fait défoncer le crâne avec un objet contondant… Je t'en dirai plus quand je l'aurai examiné, même si j'ai ma petite idée. Lança Lanie en rangeant ses affaires. Et toi, comment ça va ? Depuis ta rupture avec Castle nous n'avons pas trop eu l'occasion de parler…

_ Tu peux le dire franchement.

_ D'accord, puisque tu insistes. » Il y avait de m'amertume dans sa voix tant la phrase de Kate l'avait touchée. « OK. Je reformule : pourquoi n'as-tu pris aucun de mes appels ? Pourquoi tu ne m'as pas laissé une chance de t'aider ?

_ Tu crois que j'avais envie de t'entendre chanter les louanges de Castle ? Ou encore que j'étais stupide de le laisser tomber après le temps qu'on avait passé à se courir après ?

_ Tu as une bien piètre opinion de moi Kate Beckett. Est-ce là l'idée que tu te fais de l'amitié ?

_ Oh s'il te plaît. Arrêtons là veux-tu ? On se voit quand tu auras les résultats.

_ Ce sera largement suffisant Detective. Finit la légiste en détachant chaque syllabe du dernier mot de sa phrase.

Même moment au NYPD, Bureau du Capitaine Gates

Gates avait un plan. Et pour le mener à bien elle avait l'allié absolu. Quand son équipe se rendit sur le lieu d'un crime ce matin là, Gates avait décroché son téléphone. Une demi-heure plus tard, elle sondait les intentions de la partie adverse en commençant par la toiser du regard. Elle, c'était Martha Rodgers, et elle était rousse. Dans l'open space dédié à l'unité de Becket se trouvait un mini format de cette femme : Alexis Beckett, qui n'avait absolument aucune idée de la raison pour laquelle Gates avait provoqué de rendez-vous au sommet. Elle était assise au bureau de Beckett et faisait de son mieux pour s'occuper. Un détail lui semblait crucial dans la partie de carte qu'elle observait de loin : le Capitaine Gates avait convoqué sa grand-mère à un moment où elle savait que sa visite avait toutes les chances de garder un caractère confidentiel. Sa curiosité était piquée. Alexis se leva et chercha le meilleur angle de vue pour observer la scène sans trop attirer l'attention. Pour l'instant, elle ne savait pas trop quoi penser de ce qu'elle avait pu entrapercevoir.

« _ Mrs. Rogers, merci d'être venue.

_ A votre ton je n'ai pas eu l'impression d'avoir le choix.

_ Je ne donne pas d'ordre aux civils Madame… mais il est vrai que j'ai dû omettre le fait que les actrices ne doivent pas forcément avoir l'habitude de se voir commander.

_ Je ne pensais pas qu'un flic se fiait à des clichés.

_ Si c'était un cliché vous n'auriez pas forcément réagi.

_ Si le mot flic vous dérange il fallait vous trouver un autre job.

_ Être franche est une qualité pour moi.

Un moment de silence flotta entre les deux femmes.

_ Pour moi aussi. Je pense que nous allons nous entendre ! Alors Capitaine, pourquoi vouliez-vous me voir ? » demanda Martha en rapprochant sa chaise du bureau.

Un sentiment mutuel de reconnaissance se dégagea sans qu'il n'y ait besoin de plus de mots entre les deux femmes. La vie réservait parfois des surprises dont il valait mieux profiter en silence. Il n'y avait que l'intérêt commun qui les liait en l'instant. Il y avait aussi l'idée de voir sa propre image se refléter dans l'autre. Elles poursuivirent leur conversation de la façon la plus courtoise qu'il soit, le tout dans la remarquable économie de mots, ce qui plut à Gates qui regrettait que ce trait de caractère n'ait pas été transmis à la génération suivante chez les Castle. Quoi qu'il en soit, l'affaire était entendue et chaque allié trouva son intérêt en l'affaire. Les pions allaient se mettre en place et tout cela réveilla en Gates ses meilleurs sens en matière de stratégie.

Dans l'open space Alexis commençait à s'ennuyer. D'après ce qu'elle avait pu comprendre des gestes et postures des eux femmes dans le bureau vitré, quelque chose se préparait manifestement. Manigançait était peut-être le verbe juste pour ça, et Alexis laissa échapper un soupir en regardant l'heure. Il lui tardait de partir craignant que sa grand-mère tienne à jouer les entremetteuses pour rabibocher son père et le Detective Beckett. Elle le craignait tout simplement car si elle avait pu croire à leur histoire un moment, elle s'était aperçue depuis qu'à l'échelle du temps, ce n'était qu'une fraction de seconde tant les deux étaient différents. Jamais elle ne s'était mêlée des affaires de son père, ça n'allait pas commencer aujourd'hui, surtout pour une cause perdue.

Alexis appréciait Beckett. Elle représentait une sorte d'idéal référent pour son assurance, l'implication qu'elle avait dans son métier, et sa façon de diriger. L'indépendance, voilà ce qui plaisait tant à Alexis, jeune femme qui avait tant eu de mal à quitter le cocon familial pour rejoindre l'Université deux ans auparavant… Elle était perdue dans ses pensées, rêvant d'avenir, de magistrature ou autre métier juridique trépidant, les yeux fixés sur un arbre qui perdait ses feuilles dans la rue. En fait elle se demandait, le front collé à la fenêtre, si elle aurait un jour la même autorité que Beckett pouvait dégager en tant que flic.

C'est à ce moment que Beckett fit son entrée dans la pièce. L'irruption fit sursauter Alexis qui s'attendait plus à voir débarquer sa grand-mère flanquée d'un grand sourire, qu'une Beckett plus que surprise, au regard balayant plus la pièce et le sol qu'honorant la personne dont elle était en présence. Prise au dépourvu, Alexis mit un moment à réagir, et ce fut Beckett, reprenant contenance, qui parla en premier, rompant ainsi un silence qui devenait gênant.