AN : Je répète qu'il s'agit bien d'un Univers TOTALEMENT Alternatif.
La fin du chapitre est un clin d'œil à un bouquin que j'ai particulièrement apprécié dans une période difficile de ma vie pour sa folie et son humour noir et déjanté : « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson.
« _ Alexis… Salut ! Que fais-tu ici ?
_ J'attends ma grand-mère. Elle a été appelée par le Capitaine Gates. D'ailleurs, elles sont encore dans son bureau.
_ Le Capitaine Gates ? Sais-tu pourquoi ?
_ Pas le moins du monde. Comment allez-vous ?
_ Bien, bien. Je vais bien. Et toi ?
_ Très bien. Je continue les cours à Standford et je me prends vraiment de passion pour le droit ! C'est fantastique. »
A nouveau un silence un peu gêné s'installa entre elles. Kate ne s'attendait sûrement pas à une discussion aussi facile avec Alexis. Evidemment il ne s'agissait que d'une discussion de convenance, hors de tout sujet qui pourrait se révéler fâcheux. Néanmoins, c'était inespéré pour la Detective qui pensait que haine et rancœur habitaient la jeune femme. Elle s'interdit toute question plus ou moins directe sur son père et se rapprocha de la fenêtre où se trouvait son interlocutrice. Elle affichait sur son visage une sorte de fausse insouciante enveloppée d'un grand sourire
« _ Tu…
_ Vous…
_ Désolée, vas-y.
_ Hum merci. Je n'ai pas eu la chance de vous parler de ce qui s'est passé entre mon père et vous. Et en fait, je voulais juste vous dire… que j'étais désolée que ça n'ait pas marché. »
Ce n'était pas tout à fait ce qu'elle avait sur le bout de la langue mais son intuition l'empêcha de lui dire ce qu'elle pensait réellement. De plus, le fait que la distance fut réduite entre elles lui laissa apercevoir une femme fatiguée et décharnée. Le tee-shirt qu'elle portait sous sa veste en cuir semblait flotter sur des os très saillants, et son visage était assombri de cernes. « Elle n'en avait jamais eu pourtant », se dit-elle mentalement. Ses pantalons aussi paraissaient trop grands. Quelque chose avait changé en elle qui fit penser à Alexis que tout n'allait pas si bien que ça dans la vie de Kate Beckett.
« _ Oh… C'est gentil. » Mais elle fut interrompue. Martha venait de sortir du bureau de Gates et se dirigea tout sourire vers Alexis et Kate.
« _ Trésor ! Comment allez-vous ?
_ Bien, bien. Je vais bien.
_ Eh bien tant mieux. »
La répétition de la même réponse que le Detective avait déjà fournie tout à l'heure renforça le sentiment de suspicion que nourrissait la fille de Castle. C'était trop mécanique pour sonner juste.
De son côté, Kate n'osa pas assaillir Martha de questions concernant son rendez-vous avec Gates. Son intuition de flic était en alerte. Mais comme il s'agissait de son supérieur hiérarchique direct, et de la mère de son ex, elle devait s'en tenir là. Elle pouvait chercher un autre sujet de conversation, ça oui elle pouvait essayer. Mais dans sa tête chaque tournure de phrase qui lui venait à l'esprit tournait autour de Castle. Elle se détestait et se sentait aculée. Contre toute attente, ce fut Martha qui débloqua la situation d'un ton assez enjoué.
« _ Je vous sens troublée chérie.
_ Je vous avoue que c'est une situation assez compliquée à gérer sur l'instant.
_ Allons, allons. Il ne doit pas y avoir de gêne entre nous. Le Capitaine Gates m'a demandée de venir pour avoir des nouvelles de Richard.
_ Seulement ? » ne put-elle s'empêcher de demander.
« _ Non pas seulement. Elle avait autre chose à me demander concernant Richard et votre équipe. »
Il faut peu de temps à une bombe pour exploser. A fleur de peau, Kate fut envahie par mille pensées plus égoïstes les unes que les autres, fustigeant Gates qui ne lui faisait plus confiance, l'équipe qui la conspuait dans son dos, Castle qui espérait peut être un retour en grâce… Comment est-ce qu'on pouvait encore lui faire ça ? Pourquoi tout semblait se retourner contre elle ? Etait-elle encore légitime ici ? Et puis pourquoi exploser comme ça ?
Tout se mélangeait en elle, abreuvée par la rage qui ne la quittait toujours pas et qui éveillait une attitude quasiment paranoïaque, à la limite de la politesse. Devant les deux femmes, son visage se ferma et sa mâchoire se crispa. Le peu de décence qui lui restait lui permit de bredouiller quelques mots d'excuse avant de se retirer sous le regard satisfait de Gates. Martha se retourna vers sa complice. La première phase du plan était en marche. Alexis quant à elle avait l'impression de voir une mauvaise pièce de théâtre se jouer devant elle sans comprendre quels étaient les tenants et aboutissants. Lorsqu'elle demanda des explications à sa grand-mère, celle-ci lui refusa de lui donner la moindre explication. Mais elle resta néanmoins résolue à obtenir certaines réponses et garda quelques atouts en poche.
Même jour, 14h30, Institut médicolégal
Ça ne lui était jamais arrivé avant. Elle-même n'en revenait pas en franchissant les portes de l'Institut. Elle n'avait pris les appels de ses deux adjoints que pour leur donner de nouvelles directives et elle était allée vider un chargeur, puis deux, puis trois, et de nombreux autres au stand de tir. Elle y passa l'essentiel de sa pause déjeuner. Il ne s'agissait pas de réfléchir ici, mais de se concentrer pour laisser aller toute la violence qui la composait. Cette attitude n'était pas saine et elle avait encore assez de sens commun pour s'en rendre compte. Cependant c'était le seul exutoire qu'elle avait trouvé pour s'échapper en toute tranquillité, et assumer ainsi son accès de rage. Avant de partir vers l'institut voir Lanie pour le débrief, elle était restée un moment assise dans la rue, sur un banc public pour souffler et repenser plus calmement à son entrevue avec Martha, Alexis, et de manière plus générale son attitude envers les gens. Et Lanie. Lanie sa meilleure amie. Lanie sa seule amie.
Elle avait été odieuse avec Lanie, mais ça ne datait pas seulement d'aujourd'hui. Depuis un mois elle ne cessait d'être exécrable, hautaine et distante, et ce avec tout le monde. Pourquoi une si courte relation avait bien pu mettre la pagaille dans sa vie, et surtout à ce point ? Elle n'avait aucune réponse à donner à la question. Impossible de savoir également pourquoi elle était devenue si acide. Un acide qui coulait dans ses veines et brûlait tout en elle à commencer par son humanité.
Lorsqu'elle poussa la porte de la salle d'examen, elle fut accueillie comme elle l'avait mérité. Ce n'était pas la victime allongée sur la table qui dirait le contraire vu que c'était le seul dans la pièce à être plus froid que la conversation que tinrent les deux femmes. Lanie effectua son rapport en restant très professionnelle sur les faits. Ce ne fut qu'à la fin qu'elle se permit d'insister sur le fait que c'était la première fois en quinze ans de carrière qu'elle avait découvert une nouvelle utilité à un fer à repasser. Le mort, lui, aurait bien objecté qu'il se serait bien passé d'être un cas d'étude pour la jeune femme, mais il ne pouvait plus objecter quoi que ce soit. Kate profita de l'humour de sa collègue pour lâcher un peu prise. Elle soupira.
« _ Merci Lanie. Excellent travail.
_ Ah ! Quand même Detective Beckett. C'est sans doute la parole la plus aimable que tu as prononcée à mon propos depuis quoi… un mois ?
_ Je vais envoyer Ryan et Espo chez sa femme pour aller chercher son fer à repasser…
_ D'accord. Je vais me dire que c'est un début pour retrouver la vraie Kate Beckett.
_ Lannie…
_ Kate.
_ Qu'est-ce qui m'arrive Lanie ? Qu'est-ce qui m'arrive ? » fit-elle en s'asseyant sur le tabouret de la légiste. « Je ne comprends rien Lanie. Je m'en veux de m'être conduite envers toi comme je l'ai fait. Je ne sais pas pourquoi. Je suis désolée, Lanie. Vraiment… Je ne sais plus qui je suis. Je réagis comme…
_ Un animal blessé.
La jeune femme mit ses mains sur sa tête et continua à vider son sac. A côté d'elle le mort ne connaissait pas sa chance de ne plus rien entendre. Lanie était une personne patiente, qualité essentielle dans sa profession car il n'était pas facile de faire parler certains corps. Elle se rapprocha de son amie qui venait enfin d'ouvrir les yeux et la prit dans ses bras.
_ Maintenant tu vas me laisser t'aider, d'accord ? Ce soir je viens chez toi et on en parle.
Kate opina du chef. Elle n'allait pas être déçue car Lanie avait une haute idée de la notion d'amitié, ce qui impliquait la plus grande honnêteté dans les propos qu'elle pouvait échanger. Ajouté au fait qu'elle les ruminait depuis un moment, Kate Beckett se doutait qu'elle allait affronter à travers ses questions un véritable Léviathan.
