22 Octobre toujours, Propriété Castle aux Hamptons
Alexis et Martha avaient fait bonne route. La circulation était fluide et leur permit de rapidement rejoindre leur propriété dans la luxueuse lande maritime des Hamptons. Pendant tout le trajet Alexis demeura silencieuse, repensant à Kate Beckett. Elle avait été choquée de voir cette femme qu'elle admirait tant pour sa force dans cet état. Comme leur rencontre avait été impromptue, il était certain qu'elle n'avait pu tricher dans l'image qu'elle leur avait renvoyée. Elle y avait vu quelqu'un proche de la rupture, surtout dans la manière dont elle les avait quittées. Jamais elle ne l'avait vue comme ça auparavant.
« _ Tu crois que le Detective Beckett va mal à cause…
_ Non, la coupa-t-elle. Je pense que le mal dont elle souffre est plus profond. Cette courte histoire avec ton père n'aura été qu'un révélateur. Mais je ne sais pas exactement ce qui la trouble à ce point.
_ Qu'est-ce que tu manigances avec le Capitaine Gates ?
_ Je t'ai dit que cela resterait entre elle et moi. Pas la peine d'insister.
_ Je ne sais pas pourquoi mais je sens que c'est une mauvaise idée.
_ Parce que tu sens mieux ces choses là que moi maintenant ? s'indigna-t-elle faussement.
_ J'ai de qui tenir ! s'exclama-t-elle en riant. Est-ce que tu crois que je pourrais aller voir Beckett un de ces jours avant de repartir pour l'Université ?
_ Pour quoi faire ?
_ Pour m'assurer que tout va bien…
_ Pourquoi diable ?
_ Je ne sais pas. Je me sens une certaine responsabilité envers elle.
_ Chérie… Tu n'es pas responsable de ce qui s'est passé…
_ Je sais. La coupa-t-elle avec autorité. Et je n'étais pas là durant leur brève relation. Mais quand j'ai fait mon stage au NYPD et puis à l'Institut médico-légal… J'avais beaucoup d'admiration pour elle. Le peu que j'ai pu la voir à la maison a confirmé ce sentiment. Ça m'a fait drôle de la voir comme ça tout à l'heure. Je me sens redevable malgré tout.
_ J'ai eu de la peine également. Mais tout le monde doit aller de l'avant dans cette histoire, toi à Stanford, Kate au NYPD, ton père… dans son écriture, et moi sur les planches chérie. Les choses rentreront dans leur ordre naturel. »
La famille fut réunie une heure plus tard autour d'un bon feu. Le vent marin soufflait aux Hamptons, et apportait une humidité pénétrante accentuant une désagréable impression de froid en cette fin Octobre. Mais le temps n'enlevait rien au charme cossu que reflétait cette banlieue New-Yorkaise prisée de la haute société. Richard Castle était enfermé ici depuis un mois et travaillait à l'achèvement de son dernier livre. La décision d'isolement avait été la bonne car il avait terminé ses travaux. Le titre avait même jailli dans son esprit alors que d'habitude c'était plutôt son ex-femme et éditrice qui s'en chargeait avec son comité éditorial. Plus que la joie et la satisfaction du travail bien fait, il était aux anges que sa mère ait décidé de transgresser les règles pour venir le rejoindre. Cela faisait trop de temps qu'il n'avait pas profité de sa famille. Après tout, Alexis n'était plus des leurs que pour quelques jours avant de repartir dans cette terre californienne de décadence, du c'était ce qu'en pensait son père qui déplorait de ne rien savoir de ce que faisait sa fille là-bas. A New-York Alexis n'avait aucun secret pour son père. A Stanford, la complicité était plus complexe à gérer, et au final, la rupture de sa fille avec Ashley au début de son cursus universitaire l'année précédente le peina plus qu'il ne le réjouit comme il le pensait.
D'ordinaire la seule règle de vie que tout le monde respectait dans la famille était de ne pas troubler la retraite de l'écrivain. Ça lui arrivait souvent de venir s'isoler ici pour écrire. C'était son refuge. Mais là, il fut bien content de pouvoir prendre sa fille et sa mère dans ses bras. Il oublia toutes ses manières. Il oublia de leur proposer une boisson chaude par exemple. Il oublia de demander à Alexis comment s'était passée sa rentrée. L'excitation de la révélation l'emportait sur tout autre chose.
« _ Comment vas-tu chéri ? » demanda Martha. Visiblement, il n'avait pas l'air aussi dévasté que Kate.
« _ Très bien ! Merveilleusement bien même. Je pense finir mon livre demain. J'ai déjà appelé Gina pour qu'elle vienne me faire son rapport de lecture demain. Je lui envoyé le manuscrit tout à l'heure, j'aurai son avis ce soir sans doute. Sans vouloir porter atteinte à la modestie qui me caractérise, je pense que c'est de loin le meilleur bouquin que j'ai écrit ! » Avant que les autres puissent réagir. Castle arborait ce sourire malicieux qui collait toujours à son âme de grand enfant. Un regard suffit à Martha et à Alexis pour agréer sur le fait qu'elles allaient avoir droit à un long monologue teinté d'autosatisfaction. « Ce livre constituera une sortie en beauté pour Nikki Heat. Un long affrontement avec un copy cat sur huit crimes qui reflèteront dix années de vide dans la vie de Nikki. Minée par l'échec perpétuel de sa vie privée, elle termine face au meurtrier sur le toit d'un immeuble. » Le sourire de Castle s'agrandit pour le coup de théâtre final. « C'est là que j'ai décidé de la tuer !
_ Quoi ? crièrent-elles à l'unisson.
_ Nikki Heat devait mourir. C'était la logique même de son histoire. J'ai hésité longtemps, mais c'est ma rupture avec Kate qui m'a ouvert les yeux. La seule porte de sortie pour elle était le suicide. C'est pourquoi dans un long épilogue, elle se tue avec le meurtrier en l'entraînant avec elle dans une chute mortelle. Dernier coup d'éclat et rideau ! Il y a toujours eu cette lueur, non, cette ombre de tristesse dans le regard de Nikki qui laissait présager de sa fin future.
_ Mais tu ne peux pas faire ça ! Intervint Martha dont la tâche allait être plus compliquée que ce qu'elle avait cru.
_ Il n'y a pas d'autre issue. J'ai tourné ça dans tous les sens Mère. Le suicide est la solution la plus logique. Et puis… Ce n'est qu'un personnage.
_ Ce n'est qu'un personnage. » Reprit Alexis presque pour elle-même. Elle avait l'intime conviction que c'était le seul moyen que son père avait trouvé pour digérer son histoire avec Kate, mais qu'encore une fois, il y avait autre chose. Face à son père, elle se sentit obligée de garder le silence. Elle laissa donc à sa grand-mère le soin de lui donner le fond de sa pensée, car Martha Rodgers allait toujours jusqu'au bout de sa pensée. Sa réaction ne tarda pas et Alexis en fut curieuse car elle se doutait qu'elle allait entrapercevoir les visées que sa grand-mère avait eues avec le Capitaine Gates.
« _ Chéri, tu es conscient que si tu fais ça, tu ne reviendras pas dans la division de Kate ?
_ Je sais. Mais je pense que c'est mieux pour elle. Je crois qu'elle a passé un cycle dans sa vie. Notre relation l'a définitivement aidée à le passer. Ne plus être dans ses pattes me semble salutaire pour qu'elle puisse passer à autre chose. C'est sûr que passer à autre chose après moi n'est pas le plus facile… Pauvre petite chose… » Il avait voulu faire de l'humour, mais sa remarque tomba à l'eau devant le regard mauvais que lui lança sa mère. Son erreur était manifeste et il s'en voulait.
« _ Je pensais t'avoir mieux élevé que ça. Mais bon, je vois que tu sembles avoir bien mûri ta décision. Et ses collègues Ryan et Spoquito ?
_ Esposito, Mère. Je t'avoue que ces deux là me manquent autant que les crimes sur lesquels on travaillait.
_ Et c'est pourtant insuffisant pour que tu retournes là-bas.
_ Mère, est-ce pour cela que vous êtes venues en force toutes les deux.
_ Pas du tout, même s'il est vrai que je suis porteuse d'un message.
_ Je me disais aussi… Je t'écoute.
_ Le Maire a appelé. Le Cabinet du Maire a appelé. Ils ont laissé des messages, rappelé… Le Capitaine Gates a appelé de la part du Maire, puis en son nom propre. Tous ont déploré que tu ne répondes ni au téléphone, ni à leurs mail.
_ J'avais laissé un message sur mon répondeur…
_ Les élections se foutent de ton message. Le gala de charité de la police aussi. Le Maire est furieux, il pense que tu le laisses tomber. Sans ton soutien il craint que son adversaire Républicain ne le batte. Il faut que tu ailles au gala pour te montrer en public avec lui et avec l'équipe avec laquelle tu travailles. Tu le lui dois Richard. Le succès de tes 'Nikki Heat', tu les lui dois. Tu le dois aussi à Kate et à son équipe.
_ Ce n'est pas faux. Je vais y penser. Murmura-t-il à voix basse en se demandant comment il avait pu oublier les élections qui étaient dans deux mois.
_ Richard, je n'ai pas à t'apprendre l'importance des relations dans le business. Par contre, je peux te rappeler l'importance de l'amitié. Et je pense que malgré ce que vous avez vécu avec Kate, elle a besoin de toi.
_ Penses-tu. Elle doit se targuer de pouvoir tout aussi bien résoudre tous les meurtres qui se présentent à elle sans traîner un boulet derrière elle.
_ Appelle-la, tu verras bien. »
La discussion se poursuivit en toute cordialité entre les membres de la famille. Peu à peu elle dériva sur la vie d'Alexis et ses études. En dépit des apparences, Castle était touché et intrigué par ce que lui avait dit sa mère. Petit à petit quelques idées germaient dans son esprit. Il attendrait ce soir pour passer quelques coups de fils, après le diner qu'il espérait partager avec ses femmes. L'après-midi passa dans la plus grande quiétude. Alexis et son père partagèrent quelques-uns de leurs anciens jeux laissant Martha seule s'occuper avec le voisinage avec qui elle entretenait d'excellentes relations. Mais avant de les rejoindre, elle profita d'être à l'écart pour passer un coup de fil particulier. Lorsqu'elle raccrocha, un petit sourire de satisfaction orna son visage.
Vers 18 heures, alors que la petite famille allait passer à table, la sonnerie du téléphone fixe résonna dans la maison. Castle se précipita. Certain de sa provenance et des mots qu'il allait recevoir, il mit l'appareil sur haut-parleur pour que sa mère et sa fille puissent tout entendre. C'était bien la personne qu'il espérait…
« _ Richard Castle ! hurla Gina Cowel dont la voix hystérique résonna dans la salle à manger.
_ Bonsoir Gina, tu as...
_ Richard Castle tu es l'écrivain le plus stupide, le plus inconséquent, le plus immature et le plus naïf qui soit. Mais qu'est-ce que tu as dans le crâne ? Tu te prends pour Elroy ? Kissinger peut-être ? Tu crois sincèrement que tu peux tuer ton héroïne alors que tu as un contrat pour deux autres bouquins de la série ? Richard Castle ta maison d'édition refuse de publier ce livre tel quel. Alors tu te débrouilles comme tu veux, mais je ne veux plus entendre parler de suicide, de meurtre, d'accident, ou même d'un simple furoncle concernant Nikki Heat. C'est bien clair ?
_ fini de lire … mais…
_ Pas de mais Richard. Je me fous de ce que tu as bien pu faire avec ta Detective, de savoir si tu l'as trompée ou si c'est elle qui toi qui l'a laissée tomber. Mais tu vas me faire le plaisir d'arranger la merde dans laquelle tu t'es mis et dans laquelle tu comptes apparemment plonger ton éditeur. Et tu vas te remettre au travail ! »
Elle raccrocha. Il fallut quelques secondes avant qu'Alexis n'ose intervenir.
« _ C'est certainement que meilleur de tes livres papa… »
