AN : Je répète encore une fois ceci est un univers totalement alternatif. Pour plus d'informations, reportez-vous au paragraphe avant le prologue. Je pense qu'il est assez explicite, le sommaire aussi. Merci -)
23 Octobre, NYPD, dans la matinée
Ses yeux étaient pleins de sommeil. Deux cernes d'une longueur infinie s'étendaient en dessous accentuaient l'impression d'extrême fatigue qui émanait d'elle. L'allure de la jeune femme ne reflétait rien de la superbe qu'elle avait un mois auparavant. Elle était fantomatique. Kate ne rêvait pas de dormir, pas plus de se reposer. C'était à peine si elle avait conscience de son état de lassitude. Hier soir, la conversation avec Lanie avait fini de l'épuiser moralement. Elle s'était écroulée mais s'était pourtant réveillée à trois heures du matin. Impossible de se rendormir par la suite. La présence de son amie à l'appartement l'avait certes apaisée, mais elle l'avait replongée dans ses interrogations et tourments, notamment à cause de ce qu'elle avait promis à son amie. Elle s'était engagée à joindre Castle et à faire la paix, mais il lui faudrait du courage pour ça. Elle le savait, mais elle ne se sentait pas prête à le faire. Ce sentiment s'était accentué lorsqu'elle se servit un second café à la machine. Cette superbe machine, italienne, « espresso intenso ». Celle-là même qui faisait des jaloux dans tout l'immeuble et que Castle leur avait offerte. Il y avait du Castle un peu partout ici, et elle se sentait toujours aussi lâche face à la situation. Beckett était perdue au milieu du tumulte du commissariat.
C'est Ryan qui sortit son supérieur de ses pensées en venant se servir un café lui aussi.
« _ Salut.
_ Salut Ryan.
_ Mauvaise nuit ?
_ Comme depuis un bout de temps.
_ C'est… commença-t-il, mais il n'eut pas le temps de finir.
_ Ryan, j'ai appris pour Jenny et toi… » Malgré son élan, elle eut du mal à continuer correctement, ne sachant pas trop quels termes employer pour se montrer présente mais non intrusive, sympathique mais non apitoyée. C'était étrange car pour la première fois depuis un mois elle comprit ce que les autres avaient essayé de faire pour elle. « Enfin, je me suis rendue compte de ce que tu traversais hier soir. Je sais que je n'ai pas été facile à vivre ces derniers temps. Et…
_ C'est bon, on a tous nos mauvais moments. déclara-t-il sans oser aller plus loin. Les mots étaient secs. Ils la frappèrent de plein fouet.
« _ Non, écoute-moi. J'ai été exécrable et je veux te dire que je suis désolée. Si tu as besoin de quoi que ce soit… Je peux être là si tu ne m'en veux pas trop.
_ J'apprécie, mais il me faudra un peu de temps pour tout digérer.
_ Je comprends.
_ En tous cas, c'est bon de te savoir en train de revenir à nous. »
C'était fait. Les deux collègues terminèrent leur conversation en se serrant la main. C'était le maximum que pouvait faire Ryan pour le moment, guindé dans toute la pudeur qui était la sienne. La douleur ne s'affichait jamais sur son visage, ses sentiments personnels non plus. Il avait été déçu. La déception fait mal, elle s'insinue dans tous les pores de la peau, déchire les entrailles et remonte jusqu'au cœur. Par fois elle peut le faire exploser, surtout quand elle est liée à une trahison. Elle le savait pour l'avoir vécu, mais elle ne pouvait déterminer s'il le ressentait comme tel. Il y avait une sorte de code d'honneur entre membres d'une équipe. L'avait-elle transgressé ? L'acide des paroles de Ryan tendait à le lui faire penser. Mais une part d'elle-même pensait intuitivement qu'il y avait une part de solidarité masculine derrière tout ça. Elle se contenta d'accepter d'avoir merdé. Il faudrait aller le chercher et gagner sa confiance à nouveau pour qu'il s'ouvre et qu'ils retrouvent un jour les rapports qu'ils avaient avant.
Au cours de la matinée, elle tenta également d'approcher Esposito pour lui présenter ses excuses. Mais celui-ci évita soigneusement de se retrouver seul avec elle, se concentrant sur les plus mineures tâches de son métier de flic. C'était le jeu du chat et de la souris. A chaque fois qu'elle essaya il se trouva soit occupé avec quelqu'un, soit absent. Et quand il la regarda dans les yeux, ce fut en salle de réunion, fondu au milieu des autres. Ryan lui avait certainement parlé, du moins c'était ce qu'elle se disait. Cette idée la fragilisa un peu plus. Pendant les heures qui suivirent elle se replia sur une attitude purement hiérarchique avec ses deux hommes, quitte à paraître plus froide et hautaine que jamais, quitte à paraître encore plus contradictoire aussi. Une boule d'angoisse lui taraudait les entrailles. Petit à petit elle réalisait que plus rien ne serait comme avant à la Criminelle, et qu'elle avait peut-être perdu le respect de ses collègues.
Lorsque Gates la convoqua avec les autres chefs de division, elle était persuadée qu'elle allait se voir passer un savon inoubliable pour son incapacité à gérer son équipe, voire pour les complications politiques qui risquaient de venir du fait que Castle ne faisait plus partie de l'équipe. Pourtant, Gates lança la réunion comme d'habitude, se lançant dans l'analyse des statistiques mensuelles et exhortant chaque responsable à faire le point sur son service et les affaires en cours, Kate comme les autres. Les débats durèrent une heure et demi. Quand la réunion se termina, Gates l'interpella.
« _ Beckett.
_ Oui ?
_ Samedi soir, je compte sur vous pour être présente au gala. Vous ne comptez pas l'esquiver j'espère ? »
« Euh… » était à peu près la seule réponse cohérente qu'elle faillit prononcer, traduisant une sorte de mi-chemin entre un « si » franc et massif, et un « En fait je n'aurais pas cru que vous me parleriez de ce sujet que je n'aurais jamais abordé à part sous la torture mais tant que vous ne me forcez pas à y aller avec Castle pour faire plaisir au Maire… » Mais elle n'eut pas le temps de prononcer cette malheureuse syllabe.
« _ Le gala de bienfaisance est important, vous le savez.
_ Et les élections aussi…
_ Enfin quelqu'un qui a la tête sur les épaules. Bien. Vous comprenez donc que le Maire compte énormément dessus.
_ Et notre devoir de réserve, chef ? demanda-t-elle sarcastique.
_ Je ne suis pas Chef du département de Police de cette ville Beckett, et avec ce que vous montrez en ce moment, je vous conseille d'être modérée dans vos propos. » La menace à peine voilée replongea Beckett dans son début de paranoïa. Elle baissa automatiquement le regard, ce que ne manqua pas de relever le Capitaine Gates. Elle poursuivie de manière toujours aussi froide et posée : « Le Maire veut voir l'auteur et sa muse réunis pour faire un coup médiatique. Je ne vous demande pas d'aller au gala avec Castle, mais juste d'y être. Et faites donc bonne figure ! Vous pouvez disposer. »
Ce qui l'amenait au point suivant : ravaler ses incertitudes, ses doutes, et parler à Castle.
Même jour, pause-déjeuner
Beckett et Esposito s'étaient parlé. Contrairement à ce que pensait Beckett, Espo était celui qui lui en voulait le moins pour sa conduite. A demi-mot il lui avait avoué qu'il se doutait que son histoire avec Castle ne durerait pas. Encore plus surprenant pour elle, il affirma qu'il se sentait en partie responsable de ne pas avoir été présent pour elle. Castle lui manquait dans le boulot et il le lui avait fait payer. Il venait même de l'avouer. Un silence flotta entre eux, les rapprochant au gré de tous les non-dits de ces derniers temps, et de ceux qu'ils conservaient dans leur estime encore pour l'instant. Kate ressentit avec bienveillance le regard qu'Espo lui lançait. Elle se sentait aimée à nouveau. L'image était forte et fragile à la fois, mais elle était à la mesure des vagues de sentiments contradictoires qui la submergeaient d'un moment à l'autre. Esposito ressentit cette violence et ressentit le besoin de la prendre dans ses bras. C'était peut-être son chef, mais à ce moment là, elle était plus femme que jamais. Une femme brisée qui faisait de son mieux pour retenir ses émotions et éviter de craquer devant son subordonné.
A la fin de la journée, lorsqu'elle rentra chez elle, elle se retrouva seule. Les lumières de la ville l'accompagnaient dans cette soirée moite. Elle sortit sur l'escalier de secours et resta un long moment sans bouger, calée sur une marche en ferraille, appuyée contre la rampe. Le murmure de la circulation suffisait à faire fuir un silence oppressant. Elle repensa à sa journée et aux différentes discussions qu'elle avait eues avec ses collègues. Elle repensa également à ce que lui avait dit Lanie. C'est à ce moment que son téléphone sonna. Elle décrocha après quelques secondes, surprise par le nom qui s'afficha, et fut incapable de prononcer un mot.
« _ Kate ?
_ Rick.
_ Je ne te dérange pas ?
_ Non.
_ Comment ça va ?
_ Bien.
_ Tu pourrais prononcer plus d'un mot pour répondre, tu sais.
_ Oui… Euh… Mais, c'est-à-dire que…
_ Finir tes phrases aussi.
_ Je ne m'attendais pas à ce que tu m'appelles. Tu dois m'en vouloir depuis la dernière fois.
_ Non.
_ J'aurais dû essayer de t'expliquer une autre fois.
_ Non.
_ Je n'aurais pas dû partir comme ça.
_ Si.
_ Castle… tu pourrais prononcer plus d'un mot pour répondre tu sais…
_ Kate je ne t'en veux pas. Je veux qu'on parle. J'aimerais aller au gala avec toi samedi.
_ Castle…
_ En tout bien tout honneur, tu as ma parole. C'est pour faire plaisir au Maire, rien de plus.
_ Et faire plaisir à Gates.
_ Et à ma mère…
_ Ta mère et Gates. Voilà pourquoi elles étaient fourrées ensemble dans son bureau. Gates a dû avoir la pression du Maire et a trouvé le moyen d'embobiner ta mère…
_ Si ce n'est pas le contraire.
_ Castle…
_ Tu manques à ma mère.
_ J'aime bien ta mère.
_ C'est effectivement un complot. » termina-t-il en feignant un soupir.
Ils se mirent à rire de concert, laissant filer les secondes dans une complicité retrouvée.
« _ Comment avance ton livre ?
_ Je l'ai terminé.
_ Bravo. Et pour quand est la publication ?
_ Il a été refusé.
_ Pourquoi ? Je veux dire, comment on peut te refuser une publication ?
_ Il paraît que je manque d'inspiration. » se contenta-t-il te répondre avant d'enchaîner pour ne pas laisser le tempérament de flic de Beckett ressortir. « Kate, il faut que je te demande quelque chose. Est-ce que je peux revenir vous suivre les gars et toi à la division ?
_ Je ne sais pas Rick.
_ Je serai réglo. Je te le promets. J'en ai besoin. Je dois retrouver des idées.
_ Castle, avec le nombre d'enquêtes…
_ S'il te plaît.
_ Tout est fini entre nous Castle, tu le sais.
_ Oui, et je n'ai pas envie d'essayer quoi que ce soit. Je crois que j'ai fini par admettre que tu avais raison. Ça ne pouvait pas marcher entre nous et ça n'aurait pas pu marcher. J'ai compris tes raisons et je suis désolé.
_ Non, c'est moi qui suis désolée. J'aurais dû m'en apercevoir avant. Je le sentais depuis le début, j'ai voulu y croire mais je savais dans un coin de ma tête que ce n'était que pure folie.
_ Amis ?
_ Amis, mais je ne sais pas si je le mérite vraiment.
_ On en reparle demain ?
_ Bonne nuit Castle.
_ Bonne nuit Beckett. »
Cette nuit là, Beckett resta prostrée un long moment sur son escalier. La chose s'était faite si naturellement. Lui non plus ne lui en voulait pas. Elle l'avait laissé tomber comme une vieille chaussette, et lui, il la comprenait. Alors pourquoi ne pouvait-elle se pardonner, elle ? Pourquoi est-ce qu'elle ressentait toujours de colère envers elle-même ? Il y avait toujours cette boule qui logeait au creux de son ventre et qui ne partait pas. Malgré la tournure d'apaisement que prenait la situation, elle était toujours ivre de rage et doutait de tout. Lorsqu'elle se coucha, le sommeil la ravit avant qu'elle ne puisse continuer à ruminer. Pour la première fois depuis un mois elle fut éveillée par le son de la radio. Elle avait peu dormi mais profondément.
