AN : Merci à tous pour vos reviews. Un grand et spécial merci à Sara qui en a posté une au chapitre 2 qui m'a fait extrêmement plaisir. J'espère qu'elle suit encore l'histoire.
En dehors de ça, ayant repris mon activité professionnelle, il m'est difficile de pouvoir poster au même rythme que pendant mes congés, même si les idées sont toujours là. Je pense pouvoir poster un, voire deux chapitres au grand maximum par semaine. Merci de votre compréhension.
Les jours qui suivirent changèrent légèrement la donne. Castle revint au precinct où il fut accueilli à bras ouverts. Même Gates se joignit au contentement général. Castle et Beckett en conclurent qu'elle était sur la bonne voie pour obtenir une promotion après la nouvelle élection municipale. Gates était une ancienne des Affaires Internes qui avait su mener sa barque pour parvenir jusqu'à la Criminelle. C'était un bon flic, honnête et droit. Mais c'était aussi une ambitieuse qui n'avait pas l'habitude de rester souvent en poste. De là à penser qu'elle cherchait à devenir chef de la police de New-York il n'y avait qu'un pas. Castle avait eu l'habileté d'amener sa mère à lui révéler son petit arrangement avec Gates. Il en avait été touché et flatté dans son ego. Il manquait au NYPD, le NYPD lui manquait. Il manquait au Maire… et il ne voulait pas causer de soucis à Beckett par son absence.
Malgré ce qu'il avait pu dire à propos de son acceptation des critiques adressées que lui avait adressées Gina, Richard Castle était blessé dans sa fierté d'écrivain. Le Comité Editorial comprendrait bien vite qu'il n'avait plus rien à puiser dans le personnage de Nikki Heat. Il était le créateur de Nikki, il avait décidé que son histoire avait atteint un terme, et le suicide de son héroïne lui permettait de décider lui-même de la fin de son personnage. Gina et le Comité ne lui avaient pas fait tant d'histoires quand il avait voulu arrêter la série de Derrick Storm. Seuls ses lecteurs et quelques amis écrivains l'avaient critiqué. Ce qui le gênait ici, c'est que d'autres personnes semblaient penser comme son Comité éditorial : les deux femmes de sa vie Martha et Alexis. A croire que personne n'était capable de croire en sa capacité de distinction entre la muse et le personnage. Pourtant, il la faisait bien la différence entre Kate et Nikki. Kate était forte, indépendante et déterminée. Nikki était bien plus fragilisée notamment dans sa relation avec Rook. Non, un jour ou l'autre, il leur ferait bien comprendre qu'il avait raison et que la mort était bien la solution logique pour son héroïne. Et puis… Nikki était à lui, c'était sa chose. Lui seul pouvait décider.
Vendredi 26 Octobre
Vendredi matin l'équipe fut appelée pour résoudre un meurtre dans Central Park. L'affaire s'annonçait beaucoup moins simple que celle du fer à repasser. Beckett arriva peu après Ryan et Esposito sur les lieux du crime. Elle ne souriait pas mais se montrait de bonne humeur, très professionnelle. Le périmètre avait été installé et les traditionnelles bandelettes jaunes repoussaient une foule de curieux intriguée par le balai des policiers. Une équipe de cinq hommes en uniformes en profitait pour les interroger pour trouver l'identité de la victime qui avait été retrouvée sans papiers. Aux yeux de ses subalternes, Kate semblait revenir dans le métier, retrouvait ses réflexes, et inspirait un vent d'optimisme autour d'elle.
La victime était un homme, plutôt jeune, un joggeur. Lanie était en train de faire un premier rapport sommaire à Kate, accroupie à côté de la victime lorsque Castle arriva, sourire accroché aux lèvres, rayonnant, deux gobelets de café brûlant dans les mains. Bientôt il fut suivi de Ryan et Esposito qui, marchant dans son pas donnaient l'impression étrange de voir une apparition messianique, objet de désir brûlant flanqué des apôtres de Jésus, version trash et mafieuse avec lunettes de soleil. La vision dérouta Beckett pour le moins. Quelques mois auparavant elle aurait sourit en les voyant tous les trois réunis en bande de potes machos assumée. Mais là, ce n'était pas le cas. Elle se sentait toujours emplie de colère et ça la minait. Devant toute l'équipe elle n'en laissa rien paraître, sourit gentiment à Castle, absorba ses sorties vaseuses et frivoles, sous les regards approbateurs de ses deux adjoints. Seule Lanie n'était pas dupe. Elle recommença son laïus pour Castle principalement, après quoi tout le monde attendit les bons mots du maître des mots, et Beckett donna ses directives en terminant par un habituel « pendant que Castle et moi nous… » qui finit de souder la bonne humeur générale. Elle savait qu'elle était attendue là-dessus. Avant de partir, Lanie attrapa Kate par le bras tandis que les techniciens fermaient le sac en plastique.
« _ Kate, fais comme si, et encaisse. Ça finira par passer et vous retrouverez vos relations comme avant.
_ Je ne sais pas Lanie, il n'y a pas que ça.
_ Je sais bien. Mais prends ton mal en patience, je suis sûre que dans quelques jours tu y verras plus clair. Et puis, tu as déjà fait un grand pas en avant.
_ Si ça pouvait être vrai… »
La journée passa, tout comme les précédentes, emplie d'indices, de preuves, de témoignages. La ronde des habitudes avait repris son cours. Elle ne répandait pas seulement de l'ennui, elle lui évoquait la répétition de journées mornes et sa vie qui se dérobait un peu plus chaque jour. Son malaise était si profond qu'elle ne se rendait plus compte des réalités. Elle n'avait plus de sens commun et s'était enfermée dans une vision tronquée des choses où le monde tournait autour d'elle et ses proches aussi. Aussi, la confrontation avec le quotidien lui devenait pénible. Elle avait écarté les autres et maintenant elle leur reprochait de ne pas revenir assez vite, ou ne pas revenir du tout.
En sortant du boulot, seule dans la nuit, elle était allée sur les quais de l'Hudson, retardant d'autant l'échéance du retour à la maison. L'eau noire lui paraissait apaisante, les ondes en surface hypnotiques, engloutissant toute pensée, annihilant le moindre mouvement de résistance, inexorable dans son cours. Elle y passa plus d'une heure dans une relative quiétude, seul témoin du balai de quelques mouettes rieuses.
Kate finit par regagner son appartement sans hâte. Elle redoutait l'ennuyeuse conversation de ses meubles. Chaque soir, dès qu'elle passait la porte d'entrée, elle fuyait ce silence assourdissant en passant invariablement une bonne heure réfugiée sur l'escalier de secours, à se faire bercer par le ronronnement de la ville qui devenait son seul réconfort. Devant elle défilaient des morceaux de sa vie, heureux ou noirs. Elle en était la spectatrice, souvent dure. Ce qu'elle ressentait variait de l'impuissance au dégoût de sa propre personne. Ils étaient trop nombreux ces moments où elle avait laissé la vie glisser sans être capable de prendre une décision pour essayer d'influer, laissant aux autres le soin de lui montrer la voie à suivre. Pourtant elle ne croyait pas au destin. Le destin n'était pour elle qu'un aveu de faiblesse, une réponse facile quand on se laissait volontiers dépasser et qu'on refusait toute idée de choix et de décision. On a toujours le choix. Elle les avait, comme tout le monde, mais elle refusait toujours de les faire. Kate Beckett devenait dépressive et refusait de l'admettre. Seule Lanie était sur la voie, mais elle ne se doutait pas de l'étendue de la fissure qui blessait son âme.
Depuis une semaine elle rêvait sans cesse de sa mère. Plus précisément de son corps étendu, sans vie. Il lui apparaissait quand son regard se perdait dans le vague. Elle avait l'impression d'avoir réalisé le grand œuvre de sa vie en résolvant son meurtre et maintenant sa vie se dérobait sous ses pieds, et elle se sentait incapable de prendre la moindre décision pour le combler. Ce fut la première fois qu'elle accepta cette réalité complètement, et la première fois qu'elle réalisa l'étendue de ce vide qui la caractérisait. Mais elle refusait toujours de voir plus général son triste état. Elle se trouvait debout sur l'escalier, une main sur la rambarde, l'autre sur sa tête. Et si elle se laissait glisser vers l'inexorable ? Kate Beckett n'était pas du genre à se montrer faible, ou en situation de faiblesse. Alors, disparaître devenait de plus en plus une solution. La mort devenait proche et attirante, intrigante et séduisante. Dans son métier elle n'en avait perçu que la violence et la brutalité, parfois un côté animal.
C'est à ce moment que son téléphone sonna. C'était un texto. Elle n'y prêta tout d'abord aucune attention, retranchée derrière sa nouvelle lubie. Elle se penchait de plus en plus au-dessus de la rambarde. Trois étages, une seconde ou deux de chute, et la fin. Il ne fallait pas beaucoup de temps pour trouver une issue à tout.
Lorsque le rappel sonna, elle se détourna du pallier pour aller voir. L'instinct de flic avait soudainement pris le dessus. Curiosité liée à l'enquête en cours ou lâcheté devant l'irréparable qu'elle s'apprêtait à commettre ? Impossible à dire. C'était tellement soudain qu'elle décida de prendre un peu de recul et remit son action à demain. Elle rentra et prit son téléphone.
Le numéro de l'expéditeur était inconnu.
« Comment allez-vous ? »
L'écran du portable illumina son visage. C'était sans doute une erreur et elle le regretta. Pour une fois que quelqu'un lui posait simplement la question, semblait concerné. Elle aurait aimé répondre. La tergiversation n'était habituellement pas son fort, mais la curiosité était de plus en plus forte. Elle jeta le téléphone sur son canapé et alla se changer pour dormir, remettant à plus tard le geste qu'elle avait failli faire et dénigrant ainsi son importance. Lorsqu'elle repassa dans son salon pour aller se coucher, le portable sonna à nouveau.
« Kate, comment allez-vous ? »
Cette fois-ci elle n'hésita pas et répondit dans la foulée, redoutant qu'un déséquilibré ne s'en prenne à nouveau à elle.
« Qui êtes-vous ? » La réponse fut immédiate.
« Je vous ai posé une question et vous m'avez répondu par une autre. Je tiens à votre réponse. »
« Mal. »
« J'arrive donc au bon moment. »
La répartie lui arracha un sourire. Le premier sincère depuis très longtemps. Malheureusement, personne ne put le voir. Mais un flic reste toujours un flic. « Qui êtes-vous ? »
« Définitivement votre ange gardien. Bonne soirée Kate »
Elle se contenta de la réponse et se hâta de réagir avant que cet inconnu ne disparaisse. « M'écrirez-vous à nouveau ? »
« Que croyez-vous ? On ne se débarrasse pas d'un ange comme d'un criminel Kate. » Certes, non. Mais on ne baisse pas les bras aussi facilement devant un mystère. L'inconnu répondit à ses pensées comme par magie. « Je sais que vous voulez savoir. Aussi je vous propose un marché : je vous recontacte uniquement si vous vous abstenez de tout moyen policier pour savoir qui je suis. » Kate écarquilla les yeux. Un instant elle avait imaginé que Castle était derrière tout ça. Mais si le côté joueur lui ressemblait, il manquait sa dose habituelle d'immaturité, sans compter son côté cassant. Il ne se serait jamais privé de la railler s'il en avait eu l'occasion. Et puis, il n'aurait pas utilisé un nouveau numéro. Il aurait simplement masqué son numéro, c'était plus simple. L'idée du défi était plaisante et stimulante. « Alors ? ». Alors… « J'accepte. Mais quels sont les coups autorisés ? » Assise à présent dans son fauteuil, Kate attendait avec impatience la réponse de l'inconnu, le regard fixé sur son portable. « La logique, la déduction. Un travail de flic je suppose ? ». Kate sourit tout en tapant son message. « Je suis donc autorisée à poser des questions ? ». La réponse fusa : « Oui, dans la limite de trois par jour. Je répondrai en une phrase et vous devrez vous en contenter. Mais que les choses soient claires : je vous écris pour vous, pour vous aider. Bonne nuit Kate. » C'était fini. Elle comprit que ce n'était pas la peine d'insister pour ce soir. Kate enregistra le numéro sous le nom inconnu tout en réfléchissant.
« Bonne nuit. » lança-t-elle dans le vide. Curieusement elle n'avait pas l'impression que ces textos étaient l'œuvre d'un déséquilibré. Sur un cahier elle traça quelques lignes qui formèrent rapidement un tableau. La première colonne était dédiée aux questions, la seconde aux hypothèses, la troisième aux certitudes.
« Comment a-t-il eu mon numéro ? » C'était la première question qui lui était venue à l'esprit, celle qui orienterait ses recherches. L'hypothèse la plus vraisemblable était que l'inconnu avait déjà son numéro ou qu'il connaissait quelqu'un qui l'avait, auquel cas il s'agissait d'une personne du premier cercle de ses relations, voire du second. Le premier cercle était constitué des personnes avec qui elle avait un rapport direct quotidien : collègues, commerçants, amis, famille. Il était évident qu'il ne pouvait pas s'agir d'une personne du premier cercle… Mais elle s'arrêta vite d'écrire. Si cette personne lui avait écrit dans une bonne intention, peut-être qu'il ne fallait pas chercher à savoir de qui il s'agissait. Kate serra son cahier contre elle et ferma les yeux. Cette nuit là elle s'endormit paisiblement sur son fauteuil.
