AN : Merci encore pour vos gentilles reviews. Merci donc aux fidèles Sandrine, Bones, Emy et Solealuna.

Quant à Sara, elle est juste énorme ta review. C'est énorme parce que c'est exactement ce pour quoi j'ai voulu écrire cette histoire, et exactement pourquoi je l'ai emmenée comme ça. C'est jouissif d'être compris à ce point. Comme je l'ai dit en préambule au premier chapitre j'aime beaucoup, même je suis fan du couple Castle/ Beckett. J'avais lu par hasard comme toi une fic sur ce couple assez improbable (d'où l'univers alternatif où j'invente un côté lesbien refoulé à Kate). Au final l'idée m'intéressait mais je n'ai jamais réussi à trouver une fic complète, une histoire d'un certain point de vue logique et crédible par rapport à la série, développée sur la naissance de leurs sentiments. Je ne trouvais que du cul ou des bluettes où elles où elles se disent « je t'aime » à la fin du premier chapitre ce qui pour moi n'avait ni queue ni tête. Certaines personnes aiment ça, mais moi j'ai du mal alors que je trouve que ce couple pourrait avoir une certaine crédibilité.

C'est pour ça que je me suis décidée à écrire moi-même, pour essayer de donner du sens comme tu l'as écrit, et inciter peut-être des personnes qui passaient là par hasard à suivre. Donc je ne peux que te remercier !


Même soir, même moment, loft des Castle

Ses mains tremblaient encore. Il lui était impossible de savoir ce qui lui était passé par la tête. Entre le moment où elle avait envoyé le premier texto, persuadée que Beckett avait son numéro, et le moment où elle lui avait souhaité bonne nuit, son cerveau était parti en roue libre. Au départ elle voulait juste se montrer concernée, à un niveau différent que l'autre jour où elles s'étaient croisées au commissariat. La discussion avait été presque gênée, mais ce qui l'avait le plus frappée, c'était l'état physique de la jeune femme qui n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle avait fini de s'inquiéter lorsque son père leur parla de l'avenir de son personnage, Nikki Heat. Richard Castle avait toujours été un fin observateur de l'être humain. Pour ses romans il s'inspirait de personnes réelles, allant jusqu'à scruter leurs habitudes et leur quotidien, transperçant leur âme de sa plume. S'il estimait qu'il n'y avait aucune sortie possible pour Nikki Heat mis à part le suicide, il se basait forcément sur ce qu'il avait saisi de Beckett. Alexis avait rapproché tous ces éléments et en était venue à se demander si Beckett ne marchait pas dans les pas de Heat, auquel cas elle était en danger. Elle avait agi instinctivement émue par l'humain, préoccupée par le sort de son prochain. Inutile de chercher à voler son numéro de portable. Son père le lui avait donné depuis longtemps, voyant en Beckett un éventuel ange gardien si sa fille venait à se mettre en danger. Ironique. C'était simple en plus. Un nom sur un répertoire, quelques lettres alignées pour former trois mots. Trois mots, un point d'interrogation. Elle n'avait pas d'attente particulière dans la réponse, si ce n'était quelques mots pour la rassurer et lui prouver qu'elle avait tort de s'inquiéter. Sa seule ambition était que le Lieutenant Beckett la sente sincère et concernée. Ambition amicale et désintéressée d'« adulte responsable » se dit-elle. Elle réitéra même son message, rajoutant un prénom. Un prénom, une virgule, trois mots et la même interrogation. Quatre mots teintés pour elle de la même sincérité.

Cependant le texto qu'elle reçut changea radicalement la donne. Quand elle se rendit compte que Beckett n'avait pas son numéro elle sentit stupide et rougit aussi rapidement que l'adolescente qu'elle avait été aurait pu faire. Une question sèche comme réponse. Une violente interrogation. Du moins c'est ce qu'elle ressentit. Le téléphone lui échappa des doigts et tomba sur le sol de sa chambre qui replongea dans un silence confus. Elle le ramassa aussi tôt et se mit à taper son message, automatiquement, se montrant déterminée. Cette fois, la réponse la laissa sans voix. Au final, Kate Beckett avait accepté de répondre sincèrement à un parfait inconnu. Mal. Elle allait mal. Que faisaient ses amis ? Qu'avait fait son père pour l'aider ? Est-ce qu'il avait compris qu'elle était dans cet état ? Si oui pourquoi n'avait-il rien fait pour lui venir en aide ? C'était à n'y rien comprendre.

Une idée folle fit son chemin dans l'esprit de la jeune femme. Elle ne prit même pas la peine de la mûrir un peu, histoire de réfléchir aux conséquences qu'elle pourrait avoir. En un quart de seconde elle inventa cette histoire d'ange gardien, sachant pertinemment qu'elle avait touché un point sensible. Pourtant, ce ne serait pas facile de tenir le jeu devant un flic, alors elle joua la carte de l'humour tout en se disant : « Mais qui es-tu pour lui dire que tu arrives au bon moment ? Tu n'as pas vécu le quart des choses qu'elle a vécu dans sa vie. » Certes, mais elle avait tenté de ferrer le poisson. Kate tint absolument à savoir qui elle était, c'était le moment de lancer le jeu. Le poisson venait de mordre. Maintenant il lui fallait se protéger, et inventa pour cela quelques règles qu'elle espérait suffisantes pour garder la curiosité de Beckett intacte sans pour autant qu'elle réussisse de suite à deviner. Maintenant il était clair que si elle ne se pliait pas aux règles…

Cette nuit là, Alexis eut énormément de mal à dormir. Elle essayait d'échafauder quelques plans pour ne pas se faire démasquer mais après réflexion ils se révélaient à chaque fois plus maladroits les uns que les autres, et la jeune femme se sentait encore un peu plus stupide. Le sommeil la cueillit finalement lorsqu'elle se persuada qu'elle agissait pour son prochain, sans pour autant savoir quel genre de prochain était Kate Beckett pour elle. Elle ne la connaissait pas assez pour se dire son amie et n'avait pratiquement eu aucun lien avec elle par le passé, si ce n'est d'avoir partagé quelques repas en famille avec elle.

Le lendemain n'arrangerait rien vu que c'était le jour du gala de charité et que Castle avait demandé à Alexis de l'accompagner. Beckett serait là également. Elle n'eut heureusement pas le temps de penser à cela avant de clore les yeux pour le peu de nuit qui lui restait.

Samedi 27 Octobre, 11 heures

Beckett dormit une partie de la matinée, presque dix heures d'affilée, ce qui ne lui était pas arrivé depuis des temps immémoriaux. Un rayon de soleil inonda le salon jusqu'à ce qu'il vienne caresser sa joue. Ses yeux s'ouvrirent lentement. Elle avait peine à se situer, jusqu'à ce qu'elle prenne conscience des courbatures dans son dos et de l'inconfort de sa position. Tout en se dépliant, tout lui revint en mémoire. Sa première action fut de saisir son portable et de relire les textos qu'elle avait échangés la veille avec son inconnu. Elle n'avait pas rêvé. Mille et une pensées flottaient dans son esprit et marquaient bien l'agitation qui régnait dans sa tête. La douche ne les emporta pas. L'excitation était toujours là. Ce fut pire lorsqu'elle entendit sonner son téléphone. Ecartant son bol de café pour s'en saisir, elle soupira en constatant que c'était Lanie qui l'invitait à faire du shopping avec elle pour s'acheter une robe pour la soirée. Typique. Elle n'en avait pas envie, mais elle avait une dette envers son amie, alors elle répondit qu'elle l'accompagnerait avec plaisir. Devant son miroir, Kate se maquilla avec des gestes précis et mécaniques. Ses traits lui paraissaient fatigués et le maquillage qu'elle appliquait ne parvenait plus à atténuer cette impression. La réalité lui échappa en un instant. Le corps de sa mère dans son cercueil lui apparut. Elle se souvint instantanément de l'air paisible qu'affichait son visage, de la mise en valeur faite par le maquillage qu'on lui avait fait. Elle était restée là, un long moment à la regarder. La mort rôdait toujours, et Kate se demanda si elle pouvait lui donner une apparence légère, loin de tous les tourments qui la hantaient. Comment se seraient passé les choses si son téléphone n'avait pas sonné ? Serait-elle allée jusqu'au bout ? Est-ce que ce soir, à l'issue de la soirée, elle se retrouverait sur le même escalier ? Est-ce que l'échéance n'avait été repoussée que d'un jour ?

La sonnerie de son téléphone retentit. Un nouveau message. Encore Lanie qui devait lui parler chiffons. Elle partit lui répondre par pure déférence. Mais lorsqu'elle approcha l'écran pour lire, c'est inconnu qu'elle découvrit comme expéditeur. « Avez-vous passé une bonne nuit Kate ? ». Ses lèvres s'étirèrent pour former un joli sourire. Elle n'avait définitivement pas rêvé la veille, et lui, il ne lui avait pas menti. Il continuerait donc à lui écrire. « Curieusement oui ! » Elle reposa l'instrument sur la table et finit de se préparer pour rejoindre son amie, presque avec enthousiasme. Quand elle ferma la porte de son appartement, elle reçut un autre message : « Tant mieux ! Passez une bonne journée. Je vous recontacte plus tard. » A ce même moment, Alexis souriait. Beckett ne semblait pas avoir changé d'avis à propos de son ange gardien, elle semblait même surprise d'avoir passé une bonne nuit. Peut être que leurs échanges ne dureraient pas. Dès qu'elle irait mieux, Kate Beckett retournerait à sa vie. C'était ce qui pouvait lui arriver de mieux pensa la jeune femme en s'habillant. Cependant, Alexis avait beau se concentrer son activité cérébrale sur ses messages, il n'en restait pas moins que ce soir elle se retrouverait à la même soirée que Beckett. Et vu la difficulté qu'elle avait à masquer ses émotions ou un petit secret à son père, il était clair que Beckett ne tarderait pas à la confondre.

Alexis passa l'après-midi à faire les boutiques avec sa grand-mère pour trouver une robe parfaite pour le soir. Sur les conseils de sa grand-mère elle fixa son choix sur une robe noire très classique, taille empire qui mettait autant en valeur ses formes que sa chevelure de feu. Dans cette tenue il ne restait rien de la petite fille qu'elle avait été autrefois. Martha Rodgers s'en rendit vite compte ressentit beaucoup de fierté. Son père et elle avaient réussi à lui donner assez pour compenser l'absence de sa mère, et elle était devenue une adulte à présent, qui plus est une adulte réfléchie et responsable. Quelque part, elle considéra qu'ils avaient fait du bon travail.

Martha était au courant de l'action entreprise par Alexis auprès du Lieutenant Beckett. Elle ne comprenait pas pourquoi Alexis n'avait pas révélé son identité à Kate. Les explications que lui livra sa petite-fille étaient loin d'être claires. A tel point qu'elle lui suggéra de tout lui avouer parce que Kate Beckett était quelqu'un d'intuitif et de compréhensif, qu'il valait mieux qu'elle sache qu'elle devine. Mais Alexis se braqua et refusa, arguant du fait que Kate ne pourrait pas comprendre.

« _ Comprendre quoi Alexis ? Que tu es une personne bienveillante ? La crois-tu bête à ce point ?

_ Mais non…

_ Si tu penses qu'elle va aussi mal, pourquoi se lancer dans un tel jeu ? Elle risque de croire que tu joues avec elle.

_ Je ne sais pas comment t'expliquer mais au final, il me semble qu'un challenge ne peut que piquer sa curiosité, peut-être l'amuser. Je ne sais pas. Tant pis si je me brûle les ailes, je sens que c'est comme ça que je dois faire.

Même jour, Hôtel de Ville, 18H30

Beckett fit son entrée dans la grande salle, toute seule. Elle était vêtue d'une robe noire vaporeuse. Son décolleté ultra plongeant était bordé de dentelle noire qui remontait sur les épaules en de fines bretelles, tandis qu'une fine ceinture de strass pendait sur ses hanches. Un petit sac de perles. Elle devait être l'icône de la soirée. Le Maire l'avait envisagée ainsi. Sa tenue était sublime et elle était belle à couper le souffle, du moins au premier regard. C'est ce que constata Alexis qui la détailla du regard pendant quelques longues minutes. Le policière était le centre d'attention et semblait perdue au milieu de toutes les présentations officielles dont elle faisait l'objet. Une nuée de mains se tendaient vers elle pour qu'elle les serre. Elle fut presque submergée par cette marée humaine. Le Maire était arrivé près d'elle et fit les photos d'usage. Bientôt Castle rejoignit le tableau. Les flashes ne s'arrêtaient plus de crépiter, et au fur et à mesure, Kate cherchait une bouée de sauvetage dans l'assistance. Son regard était apeuré et fatigué. Personne ne semblait le remarquer pourtant. Il lui fallait une excuse pour s'échapper. Un prétexte pour se retrouver seule. Dans son coin, Alexis observait la scène. Elle regarda autour d'elle. Personne ne lui prêtait la moindre attention. Elle se trouvait cachée des regards et de la curiosité. L'écran de son téléphone s'éclaira et elle se dirigea vers la sortie.

Au milieu de l'effervescence médiatique, Kate sentit vibrer son sac. Prise d'un fol espoir elle se détacha de l'étreinte du Maire, en s'excusant à peine de quelques mots et d'un battement de cils. « Profitez de l'occasion. » C'était bien lui. « J'étouffe. » Inutile de dire qu'elle avait deviné que l'inconnu était présent à la soirée. « Vous n'êtes pas obligée de rester là toute la soirée. Vous êtes libre. » C'était un don du ciel. Elle poussa trois portes, reprit sa veste au vestiaire et se dirigea automatiquement vers l'ascenseur. Allez, il ne lui restait plus longtemps à attendre avant de pouvoir respirer… Elle avait l'impression que l'air n'emplissait pas correctement ses poumons… Elle sortit sur le toit de l'immeuble et s'assit sur un cube de béton. Enfin. Il était temps. Mais elle n'était pas seule. Une frêle silhouette occupait une partie de l'espace.

« _ Alexis ?

_ Bonsoir Kate.

_ Que fais-tu là ?

_ Oh… Je ne suis pas très fan de ce genre de soirées. J'ai accompagné mon père à sa demande, mais j'ai bien compris qu'il était occupé pour une bonne partie de la soirée. Alors comme je suis vouée à l'attendre, j'ai décidé de prendre un peu l'air. Et vous ?

_ Moi aussi dans un sens. Cette soirée est…

_ Une obligation professionnelle. » finit Alexis en souriant. Elle emporta Beckett avec elle dans son élan de perspicacité.

« _ C'est cela. Mais pourquoi tu as dit ça ? Je veux dire, ça tombe sous le sens que c'est une obligation professionnelle, quoi que...

_ Bah c'est évident mon cher Lieutenant. On vous imagine plus à apprécier une soirée sympa dans un bar à siroter une bière que dans des mondanités pareilles.

_ C'est tout à fait vrai. » soupira Kate en serrant sa veste sur ses épaules.

Alexis s'assit à côté d'elle et leva les yeux dans le ciel. Les lumières orangées artificielles projetées sur un plafond nuageux bas annihilaient toute chance de pouvoir observer le ciel. La jeune fille le regretta. C'était relaxant de regarder les étoiles, elle s'y adonnait souvent dans les Hamptons. Et puis ça leur aurait fait un sujet de discussion. Alexis pouvait se montrer intarissable sur le sujet. Elle aussi soupira.

Il ne faisait pas spécialement chaud. Il ne faisait pas spécialement froid. Entre les deux femmes un nouveau moment de gêne s'installa. Alexis avait su intriguer Kate en tant qu'inconnu dans ses textos pour tenter de lui venir en aide, et voilà qu'à présent elle se montrait incapable de soutenir une conversation avec elle ou même d'orienter une discussion vers un sujet qu'elle maîtrisait. Elle se sentit rougir, honteuse de son manque d'assurance, et garda définitivement son attention dans cette mer de nuages. Il fallait qu'elle se reprenne sinon elle passerait pour quelqu'un de totalement inintéressant.

« _ Pourquoi perds-tu tes yeux dans les nuages ?

_ J'aime le ciel. J'aime regarder les étoiles, savourer les histoires derrière les constellations. Parfois je peux y passer des heures.

_ Je n'ai jamais connu ça.

_ L'astronomie est fascinante. Elle mêle beaucoup de choses la mythologie, l'histoire, la physique… Quand on pense que nous regardons des étoiles qui n'existent peut-être plus, c'est fou. Je trouve ça dingue.

_ Comment ça ?

_ Les étoiles sont à des années lumières de nous. Certaines même à des centaines d'années lumière. Une année lumière est…

_ La distance que la lumière parcourt en un an.

_ Exact. Donc la lumière qui provient d'une étoile peut-être encore en train de voyager alors que cette étoile s'est déjà éteinte. Je trouve que c'est quelque chose qui rend humble. C'est comme de penser que chaque étoile qu'on voit est en fait un soleil. Certaines personnes croient à tort que les étoiles sont des planètes mais c'est faux. Une planète est un astre froid qui ne fait que renvoyer la lumière d'un soleil au mieux. Une étoile produit de la lumière. Donc chaque étoile que nous voyons est en fait au centre d'un système solaire. Ça nous rend petit, très petit à l'échelle de l'univers.

_ Et ce que tu aimes là-dedans…

_ C'est tout. Cette immensité qui rend notre égoïsme ridicule. Cette immensité qui apaise. Cette immensité qui absorbe nos doutes. L'homme a toujours essayé de dompter l'espace, de le rendre esclave en prétendant d'abord que la terre ne pouvait qu'être plate. Puis de dire que de toute façon le soleil ne pouvait que tourner autour de la terre. L'homme a essayé de convaincre la science ou de la violer pour justifier ses petites croyances.

_ Mais la science a toujours pris le dessus grâce à des précurseurs.

_ Exactement, des gens qui.

C'est pour ça que j'aime le ciel. Le jour il abrite la comédie humaine dans ses pires travers, ses exagérations, ses idées folles. La nuit il ramène à la vérité du monde, à la simplicité. Pour moi il faut toujours regarder vers le haut avant de pouvoir regarder devant. »

Alexis se leva et tira légèrement sur sa robe avant de sourire à Kate.

« _ C'est un plaisir de discuter avec vous Kate, mais je dois quand même descendre essayer de retrouver mon père. J'espère qu'il ne va pas vouloir passer toute la soirée ici. Vous restez là ?

_ Un peu oui. Merci Alexis. »