Désolée pour le temps d'attente. Je ne pouvais pas faire mieux.
Merci pour vos reviews. J'espère que celles et ceux qui me suivent vont continuer leurs propres histoires car je les suis avec intérêt.
Le lendemain matin Alexis était au radar. A huit heures elle fut debout et avala un café sans même l'apprécier. Elle zona là, affalée sur la table. Au bout d'un moment, la caféine s'instilla petit à petit dans son corps sans parvenir à atténuer le sentiment de fatigue qui l'empêchait de penser clair. L'alcool n'était pour rien dans son état. Elle avait bu mais sans que cela ne lui laisse une gueule de bois. Sur la table à côté de sa tasse se trouvait son téléphone, toujours allumé et sur vibreur. Son regard était fixé dessus. Dans un coin de la pièce Martha l'observait.
« _ ça va chérie ?
_ Oui.
_ C'est un oui contrarié ça. Tu n'es pas rentrée avec ton père hier soir. Et pourtant il n'est rentré ni tôt, ni accompagné…
_ Je croyais avoir passé l'âge des interrogatoires.
_ Ouh là, mademoiselle est de mauvais poil. Ce n'est pas bon signe.
_ Excuse-moi. Je n'aurais pas dû te parler comme ça.
_ Qu'est-ce qui se passe chérie ?
_ C'est le Lieutenant Beckett. » 'Kate' dit une petite voix dans sa tête. Ce faisant elle baissa les yeux.
« _ Que s'est-il passé ?
_ Pfff… c'est compliqué. »
Alexis raconta à Martha tout ce qui s'était passé la veille, en n'omettant aucun détail. Au cours de la narration elle fut prise de frissons. A la fin elle se mit à pleurer, réveillant l'adolescente qu'elle avait piétinée la nuit dernière. Elle se haïssait. Tout cela parce que la veille elle avait agi sans réfléchir, ce qui ne lui ressemblait pas. Le pire était qu'elle ne savait pas pourquoi elle avait agi comme elle l'avait fait. Martha la prit dans ses bras.
« _ Mais enfin chérie, qu'est-ce qui se passe ?
_ Honnêtement je ne sais pas.
_ Tu es sûre ?
_ Ben oui. Tu avais raison pour cette histoire de textos. Mais maintenant, je suis persuadée qu'elle apprécie ces échanges.
_ Et tu as peur de lui dire que c'est toi, maintenant que tu as passé une bonne soirée avec elle.
_ J'ai peur qu'elle s'imagine que je joue avec elle. Et ce n'est pas vrai. On a passé une super soirée hier. Je ne la connaissais pas comme ça. Elle était si… différente. J'ai découvert un côté fragile que je n'aurais jamais soupçonné chez elle. Et puis elle m'a appris des choses sur elle…
_ Dis-le lui comme ça, je suis sûre qu'elle comprendra.
_ Non, je ne crois pas. Grand-mère, qu'est-ce que je vais faire ? J'ai été si naïve…
_ Dis-le lui, et de toute façon si elle ne veut pas l'accepter ce n'est pas grave. Dis-toi que tu repars à Stanford ce soir et que tu seras loin d'elle.
_ J'avais oublié… »
« Lanie, j'ai besoin d'aide. »
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« Je parie qu'il y a un rapport avec Kate. »
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« Comment tu sais ? »
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« On se voit pour déjeuner à l'institut comme on faisait avant? »
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« OK ».
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« _ Mère ?
_ Richard ! Tu es rentré tard hier soir.
_ Moins qu'Alexis, elle n'était pas dans son lit quand je suis rentré. J'ai entendu que vous parliez tout à l'heure.
_ Oui, oui. Une discussion de femmes.
_ Il ne vaut mieux pas que je m'emmêle.
_ Non Richard, effectivement.
_ Mère, que se passe-t-il ? Alexis a un problème ?
_ Si l'amour est un problème alors oui. »
Castle roula des yeux et retourna se coucher pendant que Martha sourit en retournant à son yoga matinal. Depuis quelques jours elle voyait bien qu'Alexis développait un certain intérêt pour le Lieutenant Beckett. Et celle-ci le faisait de la manière la plus innocente possible, en essayant de gratter et de découvrir les moindres recoins de l'âme de Kate Beckett. Martha connaissait suffisamment sa petite-fille pour savoir qu'elle était une personne passionnée et déterminée, capable de transformer une simple décision en croisade à cause d'une intuition. La fougue de sa jeunesse et sa bonne âme l'avaient aveuglée. Elle ne s'était même pas aperçue que son échange de textos avec le Lieutenant ressemblait furieusement à un jeu de séduction. Alexis l'ignorait mais Kate Beckett ne l'ignorait sûrement pas. Qui savait ce qui pourrait se passer après ? Alexis noyée dans un chagrin d'amour, rejetée par une Beckett offusquée de cet amour saphique ? Car Martha ne pouvait imaginer une seconde que Beckett puisse accepter une telle relation.
« _ Alors Alexis, qu'est-ce qui se passe ? demanda la légiste en mordant un hamburger dégoulinant de graisse.
_ Je crois que j'ai fait une erreur et je ne sais pas comment la rattraper.
_ Sans blague… Qu'est-ce que c'est cette histoire de textos ? Et comment ça se fait que Kate ne sache pas que c'est toi ? »
Alexis écarquilla les yeux et piqua un fard. Si Lanie était au courant, l'histoire sentait mauvais, et la Californie une belle terre d'exil, du moins c'était ce qu'elle pensait.
« _ Comment sais-tu ? demanda Alexis l'air effaré.
_ Hier soir j'ai surpris Kate à pianoter sur son i-phone en sortant de l'ascenseur. Son visage irradiait et je ne l'avais pas vue comme ça depuis tellement longtemps. A tel point que je n'ai pas résisté à l'envie de lui poser des questions.
_ Et alors, que t'as-t-elle dit ?
_ Qu'il ne s'agissait que d'un divertissement. Elle a refusé de m'en dire plus et m'a donné ton numéro pour que je te botte les fesses – ce sont ses termes je précise- en cas de déception pour elle. Quand j'ai voulu entrer ce numéro il était déjà présent dans mon répertoire accolé à ton nom. J'en ai conclu que Kate ne savait pas que tu étais à l'origine de tout ça.
_ Tu lui en as parlé ? demanda la jeune fille précipitamment en devant diaphane.
_ Bien sûr que non mais tu as intérêt à tout m'expliquer tout de suite jeune Castle ! »
Et Alexis s'exécuta en n'omettant aucun détail, expliquant le fait que son père ne voyait que le suicide comme issue à son personnage inspiré de Kate, à la maigreur extrême de ladite Kate qui venait appuyer l'hypothèse de dépression que son père avait émise, et qu'elle avait vu cette ombre de douleur dans son regard qui l'avait inquiétée.
_ … Je me sentais un devoir envers elle. Je voulais juste savoir comment elle allait, sans même savoir si je pourrais l'aider. J'étais persuadée qu'elle avait mon numéro en mémoire en plus ! Et puis elle s'est prise dans les textos et m'a avoué tout de go qu'elle se sentait mal. Mais après elle a pris ça comme un jeu. J'ai fait mon maximum pour l'inciter à ne pas utiliser de moyens policiers pour savoir à qui appartenait le numéro, mais… bon. Après ça on a institué une règle des questions à poser si elle voulait deviner qui est son mystérieux correspondant. Moi je ne voulais pas qu'elle le sache.
_ Et qu'est-ce que te fait paniquer comme ça maintenant ?
_ Ce qui s'est passé hier soir.
_ Que s'est-il passé ?
_ Quand je l'ai vue oppressée au milieu de cette nuée d'appareils et de caméras, je lui ai envoyé un message. Elle l'a ensuite habilement utilisé comme prétexte pour s'échapper. Je ne savais pas où elle était. Moi je m'ennuyais fermement et j'ai voulu prendre l'air sur le toit, et je l'ai trouvée là. On aurait dit un animal traqué.
_ Et ?
_ Et je me suis sentie prise au piège. Je ne savais pas quoi faire ou dire. Elle a voulu que je reste et qu'on discute, mais je ne savais pas de quoi lui parler. C'est vrai ! Alors on s'est mises à parler des étoiles et de la vie. C'était très… » Elle s'arrêta quelques instants pour chercher le bon mot. « …Poétique pour le moins. Puis on est redescendues et voilà. »
Elle tendit le téléphone à son amie pour qu'elle lise la conversation.
_ L'enquête est en marche…
_ Oui et j'ai paniqué. Surtout qu'après elle s'est proposée pour me raccompagner et qu'elle m'a invitée à boire un verre.
_ Ah ! Vu comme ça… Et comment ça s'est passé ?
_ C'était pire que tout : c'était génial. Elle m'a emmenée dans un bar assez chic de Manhattan pour boire une bière, ce qui était assez étrange. On s'est installées et elle est partie de suite commander. Si tu avais vu à quel point tous les regards se braquaient sur elle ! Je n'avais jamais vu une chose pareille. A côté, j'étais jalousée, enviée. Quelque part, j'ai réalisé après que c'était flatteur. Et puis ce mec est arrivé.
_ Quel mec ?
_ Un client qui a voulu s'incruster avec nous et faire venir un ami à lui.
_ Et alors ?
_ On l'a remballé en jouant au couple profitant de sa soirée.
_ Ah.
_ Quoi, ah ?
_ Kate t'a parlé ?
_ De son côté bisexuel, oui.
_ Et alors ?
_ Que veux-tu que je te dise ? Je n'ai jamais jugé les gens sur ce genre de choses. Maintenant c'est vrai que quand on voit Kate, on a du mal à imaginer une telle chose. Pourtant… Elle l'a mis en avant pour repousser cet homme.
_ Elle a fait ça ?
_ Oui. Et moi j'en ai rajouté une couche parce que je trouvais ça marrant. »
Lanie était de plus en plus surprise par le contenu de ces révélations. Est-ce que Kate était en fin décidée à assumer ce penchant là de sa personnalité ? L'irruption d'Alexis dans sa vie en dehors de son lien de parenté avec Castle se révélait intéressant. Apparemment en quelques jours, elle avait réussi à faire plus qu'elle en un mois.
« _ C'est tout ? C'est pour ça que tu paniques ?
_ Non…
_ Alexis ! »
Alexis prit une grande inspiration et fit durer le suspense plus qu'elle ne l'avait voulu. On aurait dit qu'elle n'avait pas conscience de l'attente qu'elle avait suscitée.
_ Elle m'a demandé ce que j'aurais fait si le mec avait insisté et n'avait pas voulu partir.
_ Et que lui as-tu répondu ? demanda Lanie avec le plus grand intérêt.
_ J'ai essayé de détourner le sujet ! Mais elle n'est pas flic pour rien. Alors je lui ai dit que je préférais la laisser imaginer.
_ Tu l'as provoquée ! Tu t'en rends compte au moins ?
_ Oui, oui, je sais ! Mais ce n'était pas ma première idée pourtant. C'était juste plus facile.
_ Dans ce cas il suffisait de répondre que tu ne serais pas allée plus loin. Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?
_ Je ne sais pas Lanie. Je n'en sais rien. Le fait de prétendre être en couple avec elle et d'apparaître comme telle aux yeux des clients du bar était grisant pour moi. J'avais l'impression d'avoir flatté mon ego. C'est tellement bizarre… C'était tellement agréable hier soir que depuis, je sais que je dois lui avouer pour les textos. Et en même temps, je suis sûre qu'elle ne me parlera plus après.
_ Si tu ne le fais pas, tu ne le sauras jamais.
_ Mais comment le lui avouer ? « Salut Kate, au fait les textos c'était moi. Mais j'ai adoré la soirée d'hier. On pourrait remettre ça, non ? »
_ Il n'y a que toi qui peux le savoir trésor.
Alexis passa la journée à réfléchir. Alexis réfléchit en rentrant au loft. Alexis réfléchit en préparant sa valise. Alexis réfléchit lorsque sa grand-mère vint lui exposer sa dernière folie. Alexis réfléchit lorsque son père vint la chercher pour l'emmener à l'aéroport. Alexis réfléchit et son téléphone tourna dans ses mains, passant de l'une à l'autre, allumant son écran, l'éteignant en contradiction. Assise dans l'avion elle ne savait toujours pas comment s'y prendre. Il lui fallut rejoindre sa chambre et sa colocataire, Stacy, pour prendre une décision. Sur les conseils de celle-ci elle se décida pour une lettre. C'était élégant, classique et sobre. C'était surtout moins rapide que le texto, et elle aurait quelques jours avant de recevoir une réponse, juste le temps qu'il fallait pour se préparer psychologiquement à cette réponse. La jeune fille ne se reconnaissait pas en ce moment. Lorsqu'elle se regarda dans la glace de sa salle de bains elle se demandait ce qui lui arrivait.
Physiquement elle était toujours là, toujours la même… Mais qu'est-ce qu'elle avait dans la tête ? Pourquoi se sentait-elle radicalement si différente depuis une semaine ? Pourquoi craindre la réaction d'une personne qu'elle ne recroiserait peut-être que dans six mois ou un an ? Cela n'avait aucun sens. Elle sortit de la salle de bains pour se poser calmement devant un bloc-notes. Il lui fallut faire preuve d'une concentration maximale pour arriver à réfléchir à sa lettre et répondre en même temps aux questions de sa pie de colocataire. Ce n'est que vers minuit heure locale qu'Alexis plia soigneusement le papier pour le glisser dans l'enveloppe qu'elle posterait le lendemain. Pendant tout le temps qu'elle avait passé derrière son bureau, elle ne s'était guère souciée de son téléphone. Sa surprise fut grande lorsqu'elle se glissa dans son lit. Elle pensait à son père et pensait l'appeler malgré l'heure... Mais lorsque l'écran s'alluma, elle remarqua qu'elle avait un message reçu déjà quelques heures plus tôt.
[text]
« Alors cher ange, on m'a déjà oubliée ? »
[text]
« Croyez-le ou non je n'ai jamais autant pensé à vous. Vous aurez bientôt de mes nouvelles. »
Quatre jours plus tard à New-York, 20 heures.
La vie reprenait lentement son cours pour Kate Beckett. Le travail avait retrouvé un certain attrait du fait de l'amélioration notable des relations qu'elle entretenait avec ses collègues, et notamment avec Castle. Les anciens amants avaient conclu de s'engager dans une relation amicale dont ils posaient chacun les jalons. Ils savaient que la chose prendrait du temps. Cependant, tout le monde se félicitait que leur complicité en termes d'investigation soit de retour. Depuis la fameuse soirée caritative, Gates était aux petits soins pour ses deux stars, et par ricochet, Ryan et Espo en profitaient aussi. Actuellement ils enquêtaient sur le meurtre d'un dealer qui n'avançait pas beaucoup. Kate pensait que le cartel mexicain était impliquait pendant que Castle s'évertuait à échafauder une théorie fumeuse impliquant le FBI.
Le soir, en rentrant chez elle, Kate releva son courrier. Au milieu de publicités et de quelques factures, elle découvrit une lettre qui attira son attention. L'enveloppe était classique et l'adresse écrite à la main d'une écriture ronde et soignée, très féminine. Au verso le nom d'Alexis Castle était inscrit en tant qu'expéditeur. La curiosité l'emporta et elle ne résista pas à l'envie de l'ouvrir sur le champ.
-.-.-
Kate,
Peut-être que tu penses que je suis bien lâche de ne pas t'appeler. Tu le peux car je me suis moi-même posé la question. Mais j'en suis arrivée à la conclusion que ces jours d'attente sont sans doute pire que l'exécution rapide que tu vas me donner par texto quand tu auras lu ma lettre. Et puis, il me semble qu'écrire une lettre est un peu plus personnel que d'envoyer un texto. En prenant la plume on s'astreint à une réflexion, notamment sur soi, ce qui n'est pas forcément agréable.
Je suis bien l'idiote qui a cru intelligent de se proclamer ton ange gardien. C'était stupide. Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai fait ça. Je me posais des questions sur ton état depuis notre rencontre au precinct. Tu semblais si fatiguée, au bord du gouffre, squelettique. Je voulais t'aider…
J'étais persuadée que tu avais mon numéro, et que tu saurais de suite que c'était moi. Et puis quand j'ai compris que tu ne savais pas qui t'écrivais, j'ai craint ta réaction. Qu'allais-tu penser ? De quel droit est-ce que je m'immisçais dans ta vie, surtout dans cette période ? L'autre soir quand je t'ai vue noyée au milieu de cette foule qui t'entourait et te demandait à corps et à cris pour une photo ou un petit mot, quémandant un sourire comme on demande à un chien de faire le beau… j'ai eu mal pour toi. J'ai voulu t'aider…
Mais qui suis-je pour prétendre vouloir t'aider ?
Je t'ai regardée partir, satisfaite, mais je ne savais pas du tout où tu étais. Je ne savais pas qu'en allant prendre l'air je te trouverais sur le toit. Je ne savais pas qu'en cherchant mon père pour rentrer tu me proposerais de sortir. Et cette soirée… C'était génial. Jamais je n'aurais cru ça possible. Je n'avais pas passé une telle soirée depuis longtemps. J'ai même été flattée pour les confidences que tu m'as faites. Je te jure que personne n'en saura rien.
Voilà, maintenant que tu sais tout, je pense que tu dois être furieuse après moi. Sans doute as-tu raison. Le moment est donc venu pour moi de te demander pardon. La seule promesse que je peux faire aujourd'hui c'est de disparaître de ta vie.
Prends soin de toi et vis ta vie comme tu l'entends.
Alexis
Il était tard. Il était très tard cette nuit là lorsque Kate se décida à replier le papier. Elle saisit son téléphone et composa un message.
