Il était tard. Il était très tard cette nuit là lorsque Kate se décida à replier le papier. Elle saisit son téléphone et composa un message. Pour toute réponse son téléphone sonna.

As-tu la moindre idée de l'heure qu'il est Kate Beckett ? demanda une Lanie furieuse.

Oui. Je pensais que tu dormais, d'où le texto… Hummm désolée.

Mon téléphone dort lui aussi dans ma chambre figure-toi. Alors que se passe-t-il ?

J'ai reçu une lettre d'Alexis Castle.

Pourquoi je ne suis pas surprise ?

Hein ?

Rien… Vas-y raconte-moi.

Alexis était mon ange-gardien, la personne derrière les textos. Tu sais bien. Ce dont je t'ai parlé la dernière fois. Elle m'a écrit une lettre.

Pourquoi je ne suis encore pas surprise ?

Tu vas arrêter avec ça ? Explique-toi !

A trois heures du matin, comme à n'importe quelle heure de la journée Lieutenant, je n'ai pas à prendre d'ordres de votre part. Néanmoins, c'est une longue histoire.

Lanie…


Stacy finissait de se préparer pour son premier cours de la matinée tandis qu'Alexis paressait dans son lit. Les premiers rayons de soleil caressaient sa peau laiteuse d'une douce chaleur automnale. La Californie avait ceci de bon par rapport à ce qu'elle connaissait à New-York. Dans sa tête dansaient toujours mille et une pensées comme devaient valser les feuilles mortes chez elle, si loin. L'absence de réponse de Kate à sa lettre l'avait soulagée d'un poids, et libéré sa réflexion. Grâce lui en serait rendue. Alexis était persuadée d'avoir fait ce qu'il fallait et elle pouvait retourner à une vie normale, loin des turpitudes de ces derniers temps.

Depuis un mois, elle s'était recentrée sur elle, sur les réactions qu'elle eues et ce qu'elle avait pu ressentir lors de cette histoire. Certaines choses avaient changé, notamment le regard qu'elle posait sur la gent féminine. Il y avait de la méthode dans son observation. Elle scrutait les tours, les détours et les méandres de cette espèce féminine à laquelle elle appartenait, mais qui lui apparaissait subitement inconnue dans ses codes. Elle s'interrogeait sur les personnes qu'elle croisait, cherchant à intuiter sur leur orientation. C'était comme si elle découvrait un nouveau monde dans lequel elle évoluait pourtant au quotidien, apprenant à disséquer des physiques, des formes, des mimiques, un look. Elle découvrit également qu'il y avait des codes à assimiler, en guise de reconnaissance. Effarée par cette nouveauté qui s'ouvrait à elle et déterminée dans sa nouvelle étude comme toujours, elle complétait son expérience par des recherches sur internet concernant la communauté.

Dans sa tête, elle cherchait à ranger Beckett dans une case mais elle n'y parvenait pas, même si elle commençait à connaître les différentes catégories qui composaient la part « lesbienne » de la société. Etait-ce parce qu'elle se considérait comme bisexuelle ? Elle n'était pas reconnaissable par son apparence. Alors ? Andro, butch, fem, lipstick, gouitch, flutch, switch, Gosh ? Elle n'y comprenait plus rien et se demandait si le relevé identitaire conçu par le groupe pour le groupe n'était pas simplement de la branlette intellectuelle à un dollar. Et si au final ces différents genres n'auraient pas été créés pour construire une carte identitaire du « i know you are », fatal pour tout élément exogène au groupe ? Au final fallait-il vraiment faire partie du groupe pour exister ? Ce paradoxe entre voyance, fierté et banalité d'une vie commune l'intéressait. Elle ne savait pas et ne savait surtout pas si un jour elle trouverait une réponse.

En revanche, l'image d'une Beckett amoureuse de femmes lui apparaissait avec naturel. Elle l'imaginait bien sur ce même campus, quelques années plus tôt, franche et directe, s'attaquer à une fille comme Stacy. Ces derniers temps elle-même avait même pris Stacy comme sujet d'étude. Blonde, Californienne, du même âge qu'elle et aux mensurations honnêtes, Stacy avait pour Alexis l'avantage de l'inconscience. Elle était le stéréotype parfait de l'étudiante lambda, certaine de son état d'apprentie adulte endettée et doublée de l'insouciance de la spring-breakeuse fortunée. Autrement dit, elle ne se posait pas de question existentielle sur sa vie et ne s'en poserait certainement jamais, préférant la brûler par les deux bouts. C'est pour cette raison que leur partage de chambre sur le campus fonctionnait bien : elles se complétaient dans leur différence. Alexis se disait que Kate aurait très bien pu approcher ce genre de fille qui ne doutait jamais.

Du fond de son lit, elle observait Stacy qui se débattait avec peigne et brosse pour mater sa chevelure rebelle (il n'y avait guère que ça de rebelle chez elle). C'était tellement simple de lire en elle qu'il y avait cinquante façons de l'aborder. Pour sa première approche, Kate aurait fait du jogging sur le campus. Stacy prenait toujours le même chemin et s'arrêtait à côté des bancs près du grand chêne pour faire ses étirements. C'était l'endroit idéal pour engager la conversation, ce qu'elle aurait fait en flattant Stacy sur sa condition physique, ce qui rejoignait aussi son physique… Elle aurait conclu la rencontre en lui donnant son numéro et lui faisant promettre de se revoir pour partager quelques foulées avec elle. Elle aurait sûrement fait comme ça. C'était tellement son style !

Hey Castle, t'as fini de me reluquer ?

Hein, quoi ?

Arrête de rougir.

Mais non, arrête-toi d'abord. T'es loin d'être Miss Univers.

Peut-être. Mais heureusement que des yeux ne peuvent pas déshabiller.

Je pensais….

Oui, à elle, comme chaque matin en me regardant… Oh, et chaque journée et chaque nuit aussi.

Ce n'est pas vrai.

Arrête Alexis. Tu l'as dans la peau cette nana. Le seul truc c'est que tu ne veux pas te l'avouer. Alexis, ça fait un mois que tu n'arrêtes pas de chercher, de lire, d'apprendre sur la communauté Gay et lesbienne. Ton regard sur les femmes a changé grâce à elle.

Et alors ? Qu'est-ce que ça change Stacy ?

Tout. Ça change tout. Ferme les yeux Castle parce que ça change tout.

Alexis s'exécuta en soupirant pendant que Stacy continuait à parler. Mais à mesure que les mots sortaient de sa bouche, sa voix se rapprochait. Elle se faisait douce et aussi caressante que le soleil. Elle se mit à trembler lorsqu'elle entendit sa voix à son oreille.

Ce qui change, c'est qu'à partir de maintenant, maintenant où tu n'as pas nié, t'es en train de t'accepter…

Les yeux toujours clos, Alexis avait maintenant la chair de poule. Toute pensée était annihilée par l'instant dans l'esprit d'Alexis. Elle n'essayait même pas, totalement abandonnée aux émotions que lui procuraient la scène et l'attente générée par cette voix sensuelle. Car elle se doutait de ce qui allait se passer et elle l'attendait.

… Et que je peux tenter ma chance.

Les lèvres de Stacy se posèrent sur celles d'Alexis tout en douceur, demandant une sorte d'autorisation. Celle-ci patienta quelques instants, attendant la réponse d'Alexis. Une main encourageante se posa sur sa joue et l'attira vers elle une seconde fois en guise d'invitation. Cette fois le contact se prolongea pour leur plus grand plaisir. C'était doux. Pourtant leurs lèvres n'étaient que pressées. Il n'y avait pas plus d'intimité dans ce contact, mais c'était sensuel. Elles le réitérèrent jusqu'à ce que Stacy ne le brise définitivement pour rejoindre ses cours. De ce moment, Alexis ne conserva en mémoire que le sourire qu'elle lui donna avant de claquer la porte en lançant un vif « A toute ».

Dans le silence de la chambre, le cerveau d'Alexis se remit doucement en marche pendant qu'elle se releva et s'assit sur le lit. Ce n'était pas si différent. Techniquement parlant du moins. Il n'y avait pas grande différence. En fermant les yeux, les sensations sont les mêmes. C'était doux et agréable, plutôt chaste. Tout dépendait sans doute de la personne avec qui on échangeait le baiser. Exactement comme avec un garçon se dit Alexis. Mais malgré tout elle en avait tremblé. C'était l'aboutissement de ce mois de transition. Alexis ferma à nouveau les yeux et repensa à ce moment. Son cœur battait encore plus vite que d'habitude, ce qui la conduit à penser que sa bimbo de colocataire ne la laissait pas si indifférente que ça. Un long soupir envahit la chambre.

Stacy n'avait pas tort tout à l'heure quand elle disait qu'Alexis n'avait que Kate dans la tête, car le peu de temps qu'avait duré leur baiser, Alexis n'avait eu de cesse d'imaginer Kate penchée sur elle, et non Stacy. Kate l'accompagnait partout, dès qu'elle fermait les yeux, elle était là. Depuis un mois elle ne pensait qu'à elle. C'était pire lorsqu'elle avait réalisé qu'elle n'aurait aucune réponse à sa lettre. Elle s'était autorisé toutes sortes de pensées à l'égard de Kate, dont certaines l'auraient faite rougir peu de temps auparavant. Alors que faire ?


Ce même matin Kate ouvrit les yeux et découvrit son bras enroulé sur des hanches dénudées. La prise de conscience de ce contact la fit frissonner et la replongea dans une vague de réminiscences embrumées de vapeurs d'alcool. La veille elle était sortie dans Manhattan avec Lanie, reprenant ainsi un rythme de vie trépidant. Elle l'avait fait comme la veille, le jour d'avant, et encore celui qui le précédait. Cela faisait quatre nuits qu'elle ramenait une femme différente chaque soir. Celle-ci était brune à la peau claire, un teint diaphane qui la mettait en valeur dans les draps chocolat de Kate. Pour être honnête, elle ne se souvenait de pas grand-chose d'autres à part de leurs ébats.

Elle se décolla de ce corps pour s'étirer, réveillant par la même la personne couchée à côté d'elle. Avec un petit effort elle parvint à se souvenir de sa soirée de la veille, ce malgré les vapeurs d'alcool qui ne se dissipaient pas. Elle mit du temps à véritablement émerger et finit par sourire en regardant la trainée de vêtements qui menait jusqu'à son lit.

Déjà réveillée ?

Je ne t'avais pas menti hier soir en te disant que je bossais tôt.

Mais je n'ai pas entendu le réveil sonner.

Je me suis réveillée avant.

Et il est censé sonner dans combien de temps ?

Juste assez pour avoir le choix : prendre le petit déjeuner ou se réveiller correctement…

… pour prolonger hier soir avec l'alcool en moins ?

Tu me l'enlèves de la bouche.

Kate roula sur le côté et se positionna au-dessus de la créature qu'elle avait ramené hier soir. Elle avait l'impression de la découvrir pour la première fois. Elle était jolie. Plus que ce qu'elle avait pensé hier soir. De sombres yeux gris la fixaient, remplis de désir. Il n'en fallut pas plus pour que les deux femmes se perdent dans l'écume d'un plaisir savamment distillé. Forme contre forme, peau contre peau, chaque mouvement prouvait à quel point leurs corps s'épousaient. Elles s'en rendirent compte chacune au bout du dernier râle, de la dernière caresse.

Est-ce qu'on pouvait commencer une histoire sur une relation physique ? C'était ce que Kate se demanda en rejoignant son équipe sur les lieux de leur nouvelle affaire. Un cordon de sécurité avait été installé, tout comme la routine de son équipe. Les actions s'enchaînaient rapidement, tout comme les hypothèses loufoques de Castle. Lanie attendait le duo de choc près du corps. La victime était une fillette d'une dizaine d'année. Castle redevint subitement sérieux. La proximité du corps d'un enfant le rendait toujours sérieux. Tout le monde connaissait l'étroitesse des liens qu'il avait avec sa fille, Lanie la première. Elle qui avait pris la jeune fille comme stagiaire avant d'en devenir confidente savait à quel point leur relation était fusionnelle, et que la pire crainte du père était qu'il arrive quelque chose de semblable à sa fille adorée. Elle fit état de ses premières constations, tout en réservant ses conclusions définitives après la réalisation de l'autopsie.

Après quoi Lanie essaya de détendre l'atmosphère en s'enquérant de la suite de la soirée de Kate. Espo et Ryan étaient partis sur les ordres de Kate. Castle fut donc témoin d'une conversation qui le laissa pantois, chose rarissime.

Alors qu'est-ce qui s'est passé après ? Tu l'as ramenée chez toi ?

Devine.

Quatre en quatre soirs, c'est peut-être beaucoup non ?

Lanie on n'est pas obligée de parler de ça ici…

Ça va, c'est pas comme si Castle ne te connaissait pas. Bon et alors ?

Alors c'était très bien.

Castle écouta la conversation, intéressé par le tournant qu'elle prenait. Mais avant qu'il n'y ait d'autre phrase prononcée, Castle surprit un regard entre les deux femmes, un moment d'hésitation de la part de Kate. Apparemment, les mots s'étaient arrêtés dans sa gorge. Castle finit de se tourner complètement vers les deux femmes. Lanie semblait encourager Kate, mais Kate était déstabilisée, presque paralysée.

Kate ? Que se passe-t-il ? demanda Castle intrigué par ces deux comportements.

Je…

Elle n'est pas tout à fait prête pour ça Castle.

Mais pour quoi ? Je ne comprends rien.

Lanie, je n'apprécie pas du tout ça.

Kate, tu dois y arriver ! Tu l'as déjà fait. Pourquoi pas à Castle ? Parce que c'est ton ex ?

Non, ça ne le regarde pas, c'est tout !

Mais qu'est-ce qui ne me regarde pas Kate ? Je ne comprends rien à ce que vous dites.

Kate, je croyais que tu avais confiance en lui. Répliqua Lanie ignorant la question de Castle.

Kate tourna les talons en pestant et s'apprêtait à partir lorsque Lanie termina avec une dernière question.

Kate, j'arrête, ok. Je veux simplement te demander si vous vous voyez ce soir ou si on va prendre un verre toutes les deux.

On se voit et tu ne viens pas.

Castle resta dubitatif. Il regarda Kate s'éloigner, restant seul avec la légiste.

Elle a rencontré quelqu'un ?

En quelques sortes.

Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça. Je suis un grand garçon et elle fait ce qu'elle veut. Elle n'a pas besoin de se cacher…

Elle ne fonctionne pas comme ça Castle. Kate est quelqu'un de secret.

Oui, ça je sais.

Quand elle sera prête on en reparlera Castle.


Ceci est un chapitre de transition. J'espère qu'il vous plaira.

Les reviews sont bienvenues !