Un petit mot particulier pour une personne qui m'a écrit en PM : Si tu as vraiment envie d'écrire, lance-toi ! C'est la clé. Ne laisse personne décider à ta place. Et pour te rassurer, tu peux toujours demander à un beta reader de t'aider.

En dehors de ça pour tous ceux qui m'ont fait le plaisir de lire cette fic jusqu'ici : il s'agit là de l'avant-dernier chapitre. J'ai deux autres projets de fics derrière. J'espère que vous me ferez le plaisir de les suivre même si elles ne concernent pas forcément Castle.

_ Peut-on retourner à notre table ?

Kate recula, surprise par la demande, mais approuva d'un signe de tête. Quelque chose n'allait pas. Elle n'était pas suffisamment prétentieuse pour affirmer qu'Alexis ne pouvait pas lui résister, mais elle pensait sincèrement qu'elle avait quand même une bonne chance avec elle. De fait, elle se retrouva blessée dans son orgueil. La jeune femme avait peut-être visé juste la dernière fois. Peut-être qu'il y avait trop d'arrogance en elle, que malgré ce qui la vie lui avait imposé, elle avait développé un comportement d'enfant gâté à qui il ne faut pas résister. Cette attitude la déstabilisa. Etait-elle allée trop loin ? Tout avait pourtant bien commencé. Alexis avait eu l'air de multiplier les signaux favorables… Tout ce qu'elle pouvait faire était d'essayer de savoir ce qui ne tournait pas rond dans sa tête et d'attendre patiemment. Car elle n'était pas décidée pour autant à abandonner maintenant qu'elle était décidée. Il n'y avait qu'une chose à faire, laisser Alexis aller jusqu'au bout de ses limites et attendre encore. Car Kate savait ce qu'elle voulait. C'était devenu l'évidence qu'elle refusait de laisser venir à elle depuis octobre. Alexis n'était pas qu'une attraction. Une interrogation non plus. Encore moins une passade. Alexis représentait l'amour.

Depuis le baiser dans le cou qu'elle lui avait volé, la respiration de Kate était erratique comme les battements de son cœur. Elle avait l'impression qu'ils résonnaient plus fort que la batterie des morceaux qui se succédaient. A chaque fois qu'Alexis fuyait son regard, se triturait les mains ou se concentrait sur son verre, la sensation était multipliée. Les regards qui les accompagnaient dans leur duo lascif tout à l'heure semblaient moqueurs à présent… Comme si elle était victime des chœurs d'une antique comédie, pointée du doigt. Leurs voix brouillaient son esprit et sa compréhension des choses. Revenait-elle en arrière, écrasée par le poids de ses propres turpitudes ?

Non. Pas cette fois, elle était catégorique à ce propos. Elle observa Alexis boire une gorgée du précieux alcool. La manière dont ses lèvres appuyaient sur le rebord du verre, dont sa bouche accueillit le liquide, dont elle l'avala… Une infime trace de rouge à lèvres resta marquée. Ce spectacle dont elle se délectait semait quantité d'images dans son esprit.

Quelques fois on émet des signes qui laissent entendre le contraire de ce que l'on veut. A moins qu'ils n'expriment qu'un profond désir qui n'ose dire avec des mots. Love. One love. True love. Big love. Love of a lifetime. Love qui laisse un goût amer quand on le laisse passer. Love qui brûle quand on l'approche et qu'il fuit. Love qui dévaste tout jusqu'à consumer la raison même. C'était ce qu'elle ressentait. Parce que les mots sont un puissant catalyseur de sentiments qui peuvent paralyser. Kate ne savait quoi penser de l'attitude d'Alexis à ce moment précis. Elle voulait bien attendre. Mais le fallait-il s'il n'y avait pas d'espoir ? Le silence accompagna tous ses doutes. La certitude soudaine de ses sentiments ne suffisait pas à la guider dans sa quête. Contre toute attente, c'est Alexis qui brisa le silence.

_ Dans quel état d'esprit étais-tu quand tu as reçu ma lettre ? La colère, le ressentiment, le mépris peut-être ?

_ La déception.

_ Je ne sais pas si ce n'est pas pire que la colère au final. Souffla Alexis en baissant le regard.

_ J'étais déçue car je savais ce que tu ressentais mais que tu ne savais pas ce que j'éprouvais. Et en plus, tu fermais la porte à toute explication.

_ Quoi ?

_ J'étais en colère parce que je ne pouvais pas te dire ce que je ressentais. Je ne pouvais pas te dire… ce que je t'ai dit tout à l'heure. Je ne pouvais pas te dire que sans toi je me serais jetée dans l'Hudson ou du haut de mon escalier de secours. J'étais en colère contre toi. Aussi en colère que surprise que ce soit toi et que tu te défiles comme ça. Tu disais de moi que j'agissais comme une enfant gâtée mais toi tu as fui tes responsabilités. Tu as été lâche. Je ne te croyais pas comme ça.

_ Au moins c'est direct.

_ Et honnête.

_ Je ne mérite pas mieux… Murmura-t-elle toujours la tête baissée.

A mesure que la conversation s'était avancée, Alexis avait perdu de sa superbe et de son magnétisme. Ses épaules tombaient, son dos courbé. Le tout accentuait contre son gré et sans qu'elle s'en aperçoive son décolleté et la sensualité qu'elle dégageait.

_ Mais je n'ai jamais cessé de penser à toi.

Tous les sentiments que Kate pouvait ressentir se muèrent instantanément en un désir physique irrépressible. Une violente envie de la sentir sous ses doigts, de provoquer le moindre de ses soupirs, d'étouffer de ses lèvres les gémissements qu'elle saurait provoquer… Il fallait partir, quitter cet endroit pour se découvrir à elle. Elle se sentait prise de vertiges, comme si elle asphyxiait seule avec les sentiments et les pulsions érotiques qui se battaient dans sa tête.

_ Moi non plus. Se contenta-t-elle de répliquer.

_ J'avais toujours cette peur qu'il t'arrive quelque chose et pourtant j'ai fui. J'ai simplement gardé contact avec Lanie pour prendre de tes nouvelles.

Ses doigts courraient le long de sa flûte de champagne, jouant nerveusement avec elle et provoquant des remontées de fines bulles à la surface. Le rouge qui s'était emparé de ses joues faisait ressortir l'azur de ses yeux d'une manière presque irréelle. Elle ne prenait toujours pas la parole. Kate voyait bien que la conversation avait pris une tournure qu'elle maîtrisait mais qui mettait Alexis au supplice. Elle ne savait plus que faire. Dans sa tête elle priait pour qu'un importun s'approche de la table et vienne les chauffer comme la dernière fois… Si c'était le cas elle pourrait rappeler Alexis à ses paroles de l'automne dernier.

_ J'ai rencontré quelqu'un.

Kate fut prise de court. Cependant elle refusa d'aller là où on l'attendait.

_ Je sais.

_ Elle s'appelle Stacy.

_ Je sais.

_ Et que sais-tu d'autre ?

_ Rien. A partir de ces faits, je ne peux plus que supposer et faire des hypothèses.

_ Et toi ?

_ Je suis plus ou moins avec quelqu'un.

_ Comment peut-on être plus ou moins avec quelqu'un ?

Il y avait beaucoup d'acide dans ces paroles. Kate se laissait brûler sans broncher et laissa Alexis vider son sac, considérant qu'elle ne pourrait pas éviter la question éternellement. Et puis elle connaissait le goût de la jeune femme pour la vérité, doublé d'une réelle incapacité à mentir.

_ Comment peux-tu être en couple et te conduire comme ça avec moi, flirter ouvertement, me faire trembler avec un simple effleurement ? Pourquoi tu fais ça Kate ? Pourquoi ?

_ Est-ce que tu l'aimes ?

_ Je veux rentrer.

Alexis se leva précipitamment, prit ses affaires et partit sans un regard en arrière. Elle étouffait, ne savait plus comment réagir. La fuite était une nouvelle fois la seule solution envisageable, la seule action qui emplirait ses poumons d'air et qui mettrait suffisamment de distance avec Kate pour qu'elle puisse reprendre ses esprits. Loin de toute contradiction elle pourrait oublier les dernières paroles de Stacy à l'aéroport. Elle pourrait repenser à la fac. A ces milliers de kilomètres qui la mettraient bientôt en sécurité. En une fraction de seconde Alexis avait abandonné ses sentiments. Toute la chaleur qu'elle ressentait en étant près de Kate fut engloutie dans une curieuse bouffée d'honneur. Plus les mètres s'accumulaient, plus elle essayait de noyer la représentation de Kate dans les larmes qui coulaient. L'amour se débattait et essayait bien de revenir à la surface, le sens de l'honneur dont était faite la jeune femme lui interdisait de perdre le contrôle. She didn't know she was allowed to loose… a little bit of control*. Penser à elle n'était jamais une option. Elle devait faire ce qu'on attendait qu'elle fasse, ce qui était bien, ce qui était moral. En l'occurrence, l'idée même de pouvoir tromper Stacy malgré le caractère bancal de leur relation était insupportable même si elle transpirait Kate par tous les pores de sa peau… Le pire était la conscience de ses actes au moment où elle les commettait. Cette idée la rendait folle. Dans la voiture elle sanglotait, la tête entre les mains, genoux remontés contre sa poitrine.

Kate la suivit comme elle put. Elle s'engouffra dans un taxi qui prit une direction opposée à la limousine qu'avait gardée Alexis. Moins d'un quart d'heure plus tard elle était devant l'immeuble qui abritait le loft Castle. Elle sortit escortée par le seul cliquetis de ses talons sur le bitume. Dans ces pas il y avait de la détermination. C'était la même que celle qui habitait et dirigeait la moindre de ses actions professionnelles. Le bruit la précéda en résonnant dans les couloirs de l'immeuble. Elle s'était fait ouvrir sans difficulté malgré l'heure. Elle atteignit le troisième étage sans aucune certitude. Elle passa la tête dans le couloir et tendit l'oreille. Résignée elle s'approcha de la porte d'entrée et s'appuya contre le mur. Elle n'avait aucune certitude quant à la location d'Alexis. Le chemin qu'avait emprunté son taxi était plus court et n'avait pas rencontré de difficulté de parcours... Mais peut-être Alexis était déjà arrivée. Si c'était le cas, tout cela n'aurait servi à rien. Décidée à s'en tenir à son idée, elle patienta. La lumière s'éteignit.

Elle avait le souffle court. Sous le rideau épaisde ses cheveux roux, Alexis avait du mal à réaliser ce qui s'était passé au long de la soirée. Elle repassa les heures une à une dans sa tête. Chaque émotion revint intacte à sa mémoire et elle ne se comprenait plus. Comment était-il possible de se délecter autant de la compagnie de Kate ? Pourquoi se sentir sublimée par son regard et aussi en colère contre elle ? Pourquoi la placer sur un piédestal et vénérer autant chaque marque d'affection pour mieux la repousser après ? Il y a deux mois elle aurait fait n'importe quoi pour lire un mot en ce sens sur son écran tactile, et là un seul baiser aurait suffi à mettre le feu aux poudres. C'était une évidence quand elle pensait à ce qu'elle avait ressenti… La douceur de son souffle sur sa peau et la légèreté de ses lèvres dans son cou. Elle avait tremblé d'envie à ce moment là, rêvé d'accrocher son cou et de se pendre à ses lèvres, les mordre pour savoir leur goût. Elle aurait plongé dans ses yeux jusqu'à rejoindre son âme, offert son corps pour se mêler au sien et goûter au plaisir qu'elle supposait. Jamais elle n'avait ressenti un désir aussi puissant pour quelqu'un. Kate était honnête. Sincère. Kate était intoxicante. Dangereuse. Kate n'était pas Stacy, et Stacy n'était pas Kate. Malgré Stacy elle portait encore sur elle des marques d'excitation dont avait été empreinte sa soirée. Elle soupira.

Dans l'obscurité, Kate était toujours adossée à la porte d'entrée du loft. Elle commençait à hésiter quant à cette attente. Ses doigts jouaient avec son téléphone mais elle n'osait pas s'en servir. Persuadée d'avoir joui d'un mauvais timing, Kate décida de partir.

Dans le taxi Alexis se sentait protégée. La sensation s'accentua à mesure qu'elle vit se dessiner des immeubles familiers au fil des rues. Sa respiration se fit régulière : elle allait retrouver les siens, la normalité de ses vacances en famille, la tranquillité du loft, la bonne humeur de son père. Est-ce que Martha était encore debout ? Qu'allait-elle penser de ce départ précipité ?

La limousine s'arrêta devant l'immeuble. La place était déserte et subissait un fort courant d'air glacé. Ici où les immeubles étaient moins hauts, le vent pouvait jouer à l'envie avec le mobilier urbain et les pauvres habitants qui s'aventuraient dehors à cette heure… Alexis resserra son col, plissa les yeux et remercia le chauffeur avant de partir d'un pas pressé vers le hall de son immeuble. L'ascenseur l'accueillit à portes ouvertes. Appuyée dans le fond, elle soupira une fois de plus en attendant que les portes s'ouvrent.

L'ascenseur était là, la lumière du couloir revint immédiatement. Elle n'avait pas eu le temps de l'appeler que les portes coulissaient déjà. Les deux femmes se dévisagèrent sans faux-semblant. Le regard de Kate paralysa Alexis. Elle n'eut même pas la présence d'esprit d'ouvrir la bouche pour lui demander comment elle avait fait pour être là avant elle…

Kate avança droit vers elle sans ciller.

_ C'est la troisième fois que tu fuis. Ne te fuis pas Alexis.

_ Je ne me fuis pas.

_ Non c'est vrai. Tu m'as fuie.

_ Je ne peux pas faire ça.

_ Un jour quelqu'un m'a écrit : « Vis ta vie comme tu l'entends. »

_ Je ne peux pas lui faire ça. implora-t-elle comme ultime recours.

Kate plaqua ses deux mains sur la paroi, autour de la taille d'Alexis, sans la toucher, et resta là, contemplant sa proie. Les secondes défilaient. Alexis était au supplice et ne savait que faire. Les battements de son cœur restèrent réguliers malgré le désir que lui inspirait la situation. Elle savait ce qui allait se passer même si elle n'était plus état de savoir si c'était bien ou mal. Tout ce qu'elle sentait, c'était qu'elle en avait envie. Elle ferma les yeux et ses bras serpentèrent dans le dos de Kate jusqu'à se nouer autour de son cou. Kate se pencha sur elle. Elles restèrent front appuyé contre front. Les portes de l'ascenseur se refermèrent derrière elles et la machine les emporta au bas de l'immeuble. Alexis se décida enfin à céder et s'empara des lèvres de Kate, les mordant presque. Il n'y avait rien de sage dans ce baiser. Toute la passion accumulée pendant ces mois se libéra dans leur étreinte. Les initiatives se succédaient. Les découvertes de l'autre aussi. Chaque frôlement embrasait les sens. Les baiser s'épuisaient avec l'oxygène et laissaient la place à un concert de respirations irrégulières, de râles. De soupirs… Ils se décuplèrent lorsque les mains de Kate remontèrent le long des cuisses d'Alexis en remontant le bas de sa robe.

L'ascenseur s'immobilisa et les portes coulissèrent après qu'un tintement retentit. Les deux jeunes femmes se retrouvèrent nez à nez avec Martha Rodgers qui afficha un large sourire. Kate le lui rendit.

_ C'est une excellente idée d'aller finir la nuit chez Kate et non au loft. Imagine la tête de ton père en voyant Kate sortir de ta chambre. Nous n'en sommes pas encore là ! Allez, allez ! Filez !

Kate prit Alexis par la main pour filer, mais celle-ci refusa de bouger. Encore sous le choc de ce qui venait de se passer et de la présence inattendue de sa grand-mère, elle refusa de se laisser faire.

_ Ce n'est pas une bonne idée Kate. Je préfère rester là.

*Dédicace au dernier épisode de la 9ème saison d'une série que j'aime bien.

J'attends vos reviews avec impatience. Sara, j'espère que tu suis encore car tu constitues une sorte de point de repère pour moi lol -)