AN : ce devait être le dernier chapitre… Au final, j'ai décidé de le scinder en deux pour plus de commodité. Le dernier chapitre sera donc l'épilogue et sera plus court.
J'espère que vous l'apprécierez !
29 décembre
Lorsque le matin pointa le bout de son nez, Kate avait déjà les yeux ouverts depuis longtemps. Son regard restait fixé inexorablement sur le plafond. Dans sa chambre parvenaient les bruits de la ville qui se réveillait. Elle ne bougeait pas. Le soleil se levait à peine et il ne devait pas être plus de 7h30. Elle avait passé le reste de la nuit comme ça, éveillée, incapable de trouver le sommeil. En rentrant elle avait pourtant pris une bonne douche froide, luttant de toutes ses forces pour essayer de ne pas penser au baiser qu'elle avait échangé avec Alexis, et aux sensations qu'il avait révélées. Mais ça n'avait pas marché. Elle ne pensait qu'à ça… qu'à ça et à l'envie qu'elle avait de tout le reste. C'était si prégnant et si absolu ! Au plus profond d'elle-même elle avait l'impression d'avoir été marquée au fer rouge par cette fille. La douleur avait été immédiate et tordait toujours autant son estomac quelques heures après, comme si on lui avait instillé un poison. Elle finit par trouver la force de se lever pour se rendre à la salle de bains. Face à la glace elle se trouva un visage déformé par la fatigue et les idées noires. Elle se passa de l'eau sur le visage et continua à se regarder avant de se laisser à nouveau retomber sur son lit.
Hier soir le regard de Martha avait suffit à la convaincre qu'il ne valait mieux pas insister pour le moment mais elle avait du mal à résister à l'envie de lui téléphoner ou de lui envoyer un texto. Elle tendit le bras et attrapa l'appareil qui était sur sa table de nuit. L'écran s'alluma. Après une brève hésitation elle choisit son interlocuteur et porta le téléphone à son oreille.
_ Kate Beckett il est exactement 7h38 du matin et je ne suis pas censée travailler. Que se passe-t-il ?
_ Je ne sais pas quoi faire Lannie.
_ Quoi ?
_ Avec Alexis.
_ Quoi, tu n'as pas concrétisé hier soir ? Pourtant on avait mis le paquet ! se moqua-t-elle.
_ Oui, on s'en est rendu compte… Lanie, aide-moi.
_ Bon, je viens prendre le petit déj'.
Une bonne demi-heure plus tard, Lanie Parish était assise au bar de la cuisine de Kate, devant une grosse boîte de doghnuts ouverte. Kate racontait la soirée par le menu pendant que son amie mordait dans un beignet huileux. Le récit de Kate était celui d'un flic : précis et factuel. Elle n'avait relevé que les détails d'importance ceux qui dépeignaient au mieux le caractère d'Alexis et les réactions qu'elle avait eues tout au long de la soirée.
_ Au final, c'est un tout qui fait Alexis. Et j'aime ses contradictions. Tu le crois ?
_ Oui, bien sûr. Mais tu ne vas pas en rester là j'espère ?
_ Si, sans doute.
_ Bullshit ! Tu te dégonfles encore une fois Kate.
_ Quoi ?
_ Tu te dégonfles. Tu sais très bien que si elle a eu peur hier soir c'est à cause de cette fille qui l'attend en Californie. Et ça ne veut pas dire qu'elle ne ressent rien ou qu'elle ne la larguera pas très vite. Des fois Kate Beckett, je me dis que tu as beau être la plus brillante Detective du NYPD, tu es absolument incapable de voir ce que tu as sous les yeux. Jamais la véritable Kate Beckett ne se laisserait faire à ce point. Jamais elle ne baisserait les bras aussi vite.
Un sursaut d'orgueil l'emporta chez Kate.
_ Elle ne t'a pas repoussée.
_ Non !
_ Alors à toi de jouer. Finis le travail fille !
_ Lanie… des fois tu es vraiment terrifiante… finit Kate avec une grimace.
Après quoi elle disparut dans la salle de bains. Lanie mordit à nouveau dans un beignet huileux et perdit son regard dans la cuisine en pensant à Kate et Alexis. Leurs sentiments étaient tellement évidents que cette affaire devenait réellement ridicule. Jamais de sa vie elle n'avait connu une pareille alchimie avec quelqu'un. Elle secoua la tête négativement, préparant mentalement les prochaines phrases qui pourraient motiver Kate à rejoindre de ce pas le loft des Castle, à en faire le siège, prête à combattre le maître des Lieux… What ? Castle… Quelle serait sa position s'il venait à se trouver entre elles ? Un scénario commença à émerger dans les pensées de la légiste. Le seul qui n'avait pas été consulté dans cette affaire était Castle. Il n'y avait aucun moyen de savoir quelle serait sa réaction et s'il donnerait sa bénédiction ou s'il compliquerait les choses. Et Alexis ne prisait rien de plus que l'avis de son père…
Kate réapparut rayonnante. Elle se déplaçait comme un chat entre la salle de bains et sa chambre, sourire aux lèvres. Lanie ne savait pas quoi faire face à ce dilemme. Son amie revint vers elle dans un état quasi euphorique.
_ Lanie, tu claqueras la porte en partant. Je vais chercher Alexis.
Le silence revint dans l'appartement. Abasourdie par le changement radical d'attitude de Kate finit de la stresser. Elle se rua sur son téléphone.
_ Martha ? C'est Lanie.
Kate se précipita chez les Castle accompagnée par une pluie glacée qui ne tarderait pas à se transformer en neige. Plongée dans un état second elle avala la distance en un temps record malgré les conditions. Dans sa tête tournait en boucle des ébauches de discours et de déclarations qu'elle pourrait servir à Alexis. Mais aucune phrase ne s'enchaînait en cohérence avec celle d'après. Elle n'arrivait pas à poser les bons mots sur ce qu'elle ressentait. Lorsqu'elle arriva à la porte de l'appartement elle n'avait qu'Alexis à l'esprit. La porte découvrit Martha Rodgers. Dans ses yeux flottait une lueur de panique mais Kate n'en fut pas déstabilisée pour autant.
_ Bonjour Martha. Il faut que je voie Alexis.
_ J'ai peur que cela ne soit pas possible chérie. Et si j'étais vous, je partirais au plus vite.
_ Pourquoi ? Que se passe-t-il Martha ?
Martha regarda derrière elle et poussa Kate dans le couloir, s'obstinant ainsi à tenir la flic hors du loft. Kate fronça les sourcils.
_ Martha, je veux entrer, je veux voir Alexis.
_ Alexis est partie et vous devriez en faire autant.
_ Quoi ?
_ Quand vous êtes partie hier soir nous avons discuté, beaucoup discuté. Je crois qu'elle est un peu perdue. Elle a décidé de partir très tôt ce matin. Son père a entendu notre discussion. C'est la première fois que je les entendais se disputer comme ça. C'était terrible. Tous deux ont employés des mots très durs envers l'autre.
_ Quoi ? A ce point ? Elle ne passera même pas le premier de l'an en famille ?
_ Je suis désolée Kate. Il faut que vous partiez et vite.
_ Elle est partie retrouver cette fille…Mais je ne crois pas que ce soit perdu…
_ Elle n'a pas de sentiments pour elle. Mais Alexis est une personne de parole. Alors elle doit la retrouver pour tout lui dire avant de faire quoi que ce soit.
_ Exactement. Alors il ne vous reste plus qu'à l'attendre. C'est la première fois que je les voyais comme ça. dit à nouveau Martha en mettant une main bienveillante sur l'épaule de Kate.
La porte du loft s'ouvrit entièrement, faisant sursauter Martha. Une ombre de panique traversa son regard avant que Castle vienne se mettre entre elles.
_ Alors c'était pour ça ? lança-t-il avec un profond mépris.
Tout dans sa posture et les traits déformés de son visage marquait la fureur qui l'animait. Elle savait parfaitement le sentiment qui l'animait. Combien de fois l'avait-elle vu avant ? Deux ? Trois ? A chaque fois que quelque chose arrivait à Alexis, ou était sur le point de lui arriver, l'instinct paternel de protection reprenait le dessus.
_ Quoi donc ? répondit-elle avec froideur.
_ Que tu m'as laissé ? Tu avais des vues sur ma fille ? Ou as-tu commencé avec le père pour approcher la fille ? Et moi qui te plaçais au-dessus de tout…
_ Le monde ne tourne pas autour de toi Castle. Ce serait bien que tu t'en rendes compte pour une fois.
_ Il ne s'agit pas de moi ? Mais tu as perverti ma fille, toi et ta cohorte de comploteuses.
_ Pervertie ? Ta fille ? Tu crois que j'ai perverti ta fille ? Tu lui donnes bien peu de crédit à ta fille.
_ Elle n'avait jamais manifesté le moindre penchant de ce côté avant de commencer à te fréquenter ! Alors quoi Kate ? Tu cherches à te venger de moi ?
_ Castle…
_ J'aurais dû tuer Nikki et en finir pour de bon. J'aurais dû la laisser se suicider, c'était logique ! Je t'aurais sortie de ma vie et Alexis n'aurait plus ces choses en tête.
L'accès de violence qui sévissait dans la bouche de Castle effraya Martha qui essaya de le raisonner en vain. Sa rage était telle qu'il se retint in extremis de la bousculer. Interdit, sous le choc de sa propre violence, Richard fit un pas en arrière.
_ Il a suffi que tu dises à Alexis que Nikki se suicidait dans son dernier roman et que tu ne comprenais pas comment il pourrait en être autrement pour que ta fille comprenne que c'était ce qui était en train de se passer. Alexis m'a sorti la tête de l'eau. J'étais au trente-sixième dessous après notre rupture.
_ Et c'est sans doute de ma faute, c'est ce que tu vas sans doute dire, c'est ça ?
_ Non Castle. Pas du tout. Tout venait de moi. Je n'arrivais pas à accepter qui j'étais vraiment. Seule Lanie le savait. Elle avait fait partie de ceux qui m'avaient poussée vers toi tout en sachant ma propre vérité, pensant que nous deux ça collerait. Moi aussi j'y ai cru Richard, au début.
_ Alors quoi ? Je t'ai dégoûtée des hommes ? Et Alexis est la chair fraiche qui t'a tournée vers les femmes.
_ Ce n'est pas comme ça que ça marche Castle. J'aimerais t'expliquer, mais ce n'est pas le bon moment. La seule chose que je veux te dire c'est que j'aime ta fille, sincèrement, et plus que je n'aurais jamais pu t'aimer.
_ Je t'interdis, tu m'entends, je t'interdis de la revoir. Je t'interdis de…
_ Tu n'es personne pour m'interdire quoi que ce soit, et surtout pas d'aimer. Finit-elle en tournant les talons alors que Castle continua à s'en prendre à elle.
_ Je ne te laisserai pas faire ! Je serai là. Si tu vas là-bas, je serai là ! Jamais je ne te laisserai lui faire du mal ! Tu m'entends Kate Beckett ? Tu ne vaux pas mieux que toutes les putes que j'ai pu baiser jusqu'à présent.
Le flot d'injures continuait. C'était dur. Et si ça l'avait été pour elle dans quel état devait être Alexis ? Elle dévala les escaliers les yeux pleins de larmes. Attendre l'ascenseur aurait été insupportable sous le poids des injures lancées par Castle. Jamais elle ne lui aurait fait le plaisir de se montrer à lui dans cet état. Jamais elle ne l'aurait cru comme ça… Pourtant avec son métier elle savait que certaines personnes acceptaient mieux certaines situations tant qu'elles n'y étaient pas confrontées. Tant que ce sont les autres qui sont touchés, on ne se sent jamais assez concerné.
Kate passa en coup de vent chez elle. Elle en sortit avec un sac et partit pour le Precinct. Gates l'y retrouva et les deux femmes s'enfermèrent dans son bureau pendant une bonne demi-heure. Derrière les vitres la conversation paraissait calme et posée. Le visage de Kate était sérieux devant sa supérieure hiérarchique. Cependant à certains moments les expressions affichées par Kate étaient beaucoup moins neutres, et celles de Gates non plus. Les deux femmes avaient franchi un cap dans leur relation de travail. Sans devenir intimes dans d'éventuelles révélations, Gates comprenait mieux l'état d'esprit de Kate depuis ses intrigues avec Martha. Elle avait plus de compassion envers Kate, et ses exigences envers elle en tant qu'élément moteur de son équipe s'en trouvaient revues à la normale. Depuis quelques jours Gates s'était rendu compte qu'elle mettait toujours plus de pression à sa jeune Detective, et que c'était peut-être aussi pour ça que Kate s'était peu à peu noyée dans sa vie. Bref, pour l'une des rares fois de sa vie, le Capitaine Gates ressentait une pointe de culpabilité envers un de ses subordonnés. La discussion s'acheva par une poignée de mains sincère. Kate sortit du bureau tandis que Gates regarda son calendrier et y fit quelques annotations.
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« Lanie, je pars pour la Californie. Je ne peux pas dire pour combien de temps. »
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« Bonne chance ! »
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« Merci, j'en aurai besoin. Castle est au courant de ce qui s'est passé. Il était furieux. »
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« Je sais, Martha m'a appelée. Ne te soucies pas de lui mais d'elle. »
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Kate prit la route immédiatement après son échange de textos avec Lanie. Pour la première fois de sa vie elle avait l'impression d'être en accord avec elle-même. L'air qu'elle inspirait dans ses poumons lui insufflait un élan de vie et non plus de survie. De temps en temps quand son esprit s'égarait au fil des kilomètres, il l'emmenait dans le futur, un futur où elle n'avait plus peur d'aller. La voiture lui parut le meilleur moyen de rejoindre Alexis. Certes de New-York il lui faudrait 5 jours de trajet, au mieux. Une progression lente mais salvatrice, la même qu'il lui avait fallu pour prendre conscience de ce qui lui était arrivé, le temps de grandir et d'être elle, le temps pour Alexis de parler à sa colloc, le temps de voir.
Le premier jour de route elle le passa en constant excès de vitesse. L'envie de rallier la Californie au plus vite était devenu une obsession malgré toutes les intentions dont elle s'était parée. Dans sa tête tournait en boucle le discours de Castle. Il n'avait fait que la déterminer dans son choix, la conforter. Tout le fiel qu'il avait pu déverser sur elle n'avait fait que glisser et il était resté, lui, les pieds dedans. Elle ne faisait attention à rien de ce qui l'entourait, continuant sans relâche jusqu'à épuisement. Elle ne s'arrêta finalement que dans un motel à une heure du matin, épuisée. A peine se mit-elle au lit qu'elle s'écroula dans un profond sommeil. Elle ne se réveilla qu'à 11 heures le lendemain. Elle n'était plus pressée. Ce qui devrait arriver arriverait. Si elle voulait en savoir plus elle n'avait qu'à appeler Alexis. Mais ne pas l'appeler était un luxe qu'elle s'octroyait. La part de risque qui résidait dans cette zone d'ombre la forçait à regarder autour d'elle, à relativiser beaucoup de choses.
La route s'ouvrit à nouveau devant elle. L'hiver ne décourageait pas la circulation, et ce dans les deux sens. Partout des voitures étaient engagées dans une paisible course. Les visages qui apparaissaient à travers les vitres étaient tous teintés d'expressions ouvertes. Une grande majorité semblait joyeuse ou heureuse d'être là, tout simplement. Pour ces personnes la route n'était qu'une promesse ou un simple moyen de s'approcher d'un bonheur certain. On était le 30 décembre et Kate ne s'en était pas souvenue avant. Il lui restait trois jours de route avant de rallier Stanford… Elle passerait donc la fin et le début de la nouvelle année seule. Etrangement l'idée ne la dérangea pas.
Le lendemain elle s'arrêta à nouveau en fin de journée dans un motel en bordure d'autoroute. La nuit avait enveloppé le paysage. Les propriétaires avaient dégagé le parking de la neige qui le recouvrait. Lorsqu'elle sortit du véhicule, des courbatures de fatigue virent le jour. La lumière émanant de l'établissement lui procura un peu de réconfort. Près de la porte des bribes de conversations s'échappaient dans l'air sec de la nuit. Plus la porte se rapprochait plus la tonalité de la conversation apparaissait claire. Kate pénétra dans ces lieux assez sereine. La banque d'accueil était recouverte de plats. Une grande table était placée au centre de ce hall d'accueil. Autour, une dizaine de convives s'agitait. La jeune femme fut accueillie par une vague de sourires et de regards bienveillants.
Un homme barbu, brun, d'apparence gigantesque se leva et vint vers elle. Pommettes hautes, regard saillant, il affichait une bonhomie qui contrastait avec le dernier contact qu'elle avait eu avec Castle.
_ Bonsoir…
_ Bonsoir jeune fille. Ne cherchez pas vous êtes au bon endroit.
_ Je vous demande pardon ?
_ Le Motel High River, spécialisé depuis quinze ans dans l'accueil des naufragés de la route et de la vie pour le 31 décembre.
Kate lui répondit par un sourire. Très vite une place lui fut faite. A table il y avait le gérant du motel, sa femme, et huit voyageurs faisant une étape dans leur périple en ce soir spécial. Le repas et la chambre étaient offerts à chaque voyageur. Le couple de gérants considérait qu'il était de leur devoir d'accueillir les automobilistes ou autostoppeurs échoués dans leur établissement par un bon repas et une chambre gratuits. La seule obligation pour les bénéficiaires était de raconter comment ils avaient échoué là. Et comme Kate Beckett était la dernière arrivée, elle se retrouva obligée de raconter son histoire devant tous les autres, gratifiée de l'attention et de la curiosité de chacun. L'idée la traversa de s'inventer une toute autre vie et une autre histoire d'amour. Mais le fait de se retrouver invitée par ces inconnus l'empêcha tout net de le faire. Elle devait leur dire la vérité. Il ne lui fallut pas longtemps pour se décider. Le plus dur fut de commencer. Après, tout allait de soi. Ce n'était pas la première fois qu'elle ressentait cette facilité et cette logique dans ce qu'elle ressentait pour Alexis. C'était naturel. Son monologue dura.
_ Et elle est où cette Université Kate ? demanda une prénommée Jackie qui voyageait elle vers Washington.
_ En Californie. C'est celle où j'ai moi-même fait mon cursus. C'est drôle, non ?
_ Un clin d'œil du destin sans doute. Et elle sait que tu viens ? s'enquit Big B. le propriétaire du motel.
_ Non… Je ne l'ai pas appelée depuis ma dispute avec son père.
_ Tu veux dire depuis qu'il s'est comporté comme un con ! réagit l'un.
_ Non, comme le père qu'il a toujours été : protecteur. Alexis est sa vie. Je comprends dans le fond sa réaction même si je ne l'approuve pas, évidemment.
_ Quel idiot ! Et il ose te comparer à une pute ! Non mais je vous jure… Être parent c'est accepter de voir ses enfant partir, et accepter les adultes qu'ils sont devenus.
Après cette phrase Jackie se fit enlacer par son mari, un petit homme roux trapu. Ces mots avaient éveillé l'esprit de la flic qui sommeillait en Kate malgré sa fatigue. Elle aurait juré que le voyage dans lequel ils étaient embarqués était en rapport avec une histoire similaire. Entre eux il y avait beaucoup de tendresse gestuelle et peu de mots. Kate leur sourit sans même s'en rendre compte. C'était la deuxième fois de la soirée.
_ Et qu'est-ce que tu attends pour l'appeler ?
_ Pardon ?
_ Appelle-la ! s'exclama Daisy la femme de Big B. C'est presque minuit. C'est un scandale de la laisser seule sans qu'elle sache où t'es ma grande !
_ Et comment ! Appelle-la de suite sinon je te fais payer la chambre cette nuit. Allez, et que ça saute !
L'injonction était douce. Elle s'y plia sans aucune véritable contrainte, sans mauvais pressentiment comme elle l'avait ressenti quelques mois auparavant quand il s'agissait de Castle. Elle se leva et rejoignit un petit salon qui lui offrit toute la privacité nécessaire. Elle sortit son smartphone et le garda serré dans sa main. Elle le fit tourner sans cesse en se rapprochant de la fenêtre. Dehors la neige tombait à gros flocons. Elle soupira. Il lui fallut deux longues minutes pour réussir à avaler la lâcheté dont elle avait fait preuve en refusant de contacter Alexis avant. Elle lança l'appel.
_ Kate…
_ Alexis…
_ Où étais-tu ? Où étais-tu quand j'avais besoin de toi ! Kate ! Papa est venu sur le campus. Il m'a tout raconté. Kate…
Alexis se mit à pleurer. Kate la devina sanglotant sur son lit…
_ Allô ? Miss Beckett ?
_ Oui ? Qui est à l'appareil ?
_ C'est Stacy. Hummm, je ne sais pas où vous êtes mais il faut que vous vous dépêchiez. Le père d'Alexis a été très dur l'autre jour.
_ Pourquoi est-il venu ?
_ Il pensait que vous sauteriez dans le premier avion pour venir retrouver Alexis. Il est reparti à New-York. Il a demandé à Alexis de venir avec lui mais elle a refusé. Il est reparti parce qu'il était persuadé que vous ne viendriez pas. Et d'ailleurs vous êtes où ? Qu'est-ce que vous foutez ? Elle vous attend ! Je fais de mon mieux mais je ne suis pas vous.
_ Je suis partie en voiture. Je pense être là dans deux jours. J'ai pensé que les avions étaient pleins et puis… j'avais besoin de ce temps pour… finir de comprendre et être seule avec mes idées. Passe-moi Alexis s'il te plaît…
_ OK.
_ Et Stacy ?
_ Oui ?
_ Merci pour ce que tu fais.
_ Je le fais pour elle, mais surtout pour vous deux.
_ Merci Stacy.
_ Allô, Kate ?
_ Hey, ça va mieux ?
_ T'entendre me fait du bien. Il a été odieux Kate. Il m'a dit ce qu'il t'avait dit. Il m'a interdit de te revoir.
_ Et ?
_ Et je lui ai dit que j'aimais qui j'aimais, et qu'il n'avait pas à se mêler de ma vie.
_ Tu … ?
_ Je …
« BONNE ANNEE ! » crièrent les compagnons de fortune de Kate autour de la table.
_ Je t'aime Alexis.
_ Je t'aime aussi. Raconte-moi où tu es. Ne me laisse pas seule maintenant.
