Bonjour à toutes et à tous,
Veuillez m'excuser pour ce retard. Il m'a fallu un peu plus de temps pour réfléchir sur ce couple, et pour savoir comment j'allais l'agencer. Je ne voulais pas faire quelque chose de trop romantique, parce qu'il y a une grosse complexité pour ces deux personnages. J'espère que cela vous plaira.
Merci de me lire et de me laisser des reviews, cela me touche beaucoup, sincèrement.
Disclaimer : les personnages présents et cités appartiennent tous à Masami Kurumada.
Couple : Saga & Mû
Talim76 et Roseredhoney,je vous dédie ce drabble. J'aurais voulu écrire quelque chose d'un peu plus joyeux, parce que j'aimerais vous faire sourire. Mais je ne suis pas sûre d'y être parvenue. En tout cas, je pense à vous. A très bientôt, courage.
Bonne lecture, à bientôt.
« Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante,
c'est la nôtre n'est-ce pas? »
Paul Verlaine, Ariettes Oubliées
Appuyé sur le rebord de la fenêtre, ses cheveux négligemment relevés en un chignon compliqué, Mû boit son thé par petites gorgées, tout en se laissant aller à ses réflexions matinales. Il est encore tôt, les rayons du soleil commencent à peine à s'étirer paresseusement sur le sanctuaire endormi. Il se frotte un peu les yeux et contemple les alentours, fasciné par la beauté simple de ce paysage du Sud, si différent de son Tibet natal et de son temple à Jamir. Il s'étire. Il a des courbatures. L'oeuvre de Saga. Et mal à la nuque. Résultat de ses heures passées à réparer les armures. Il est fatigué. Vraiment. Il se sent bien. Encore plus. La boisson chaude le réconforte. La paix a du bon. Enormément même. Il adore cette ambiance conviviale et calme qui s'est emparée de leur domaine sacré depuis quelques années. Ces discussions qu'il peut avoir avec les autres chevaliers. Le fait de pouvoir considérer tous les Ors comme des amis, et non plus uniquement Aldébaran. Le fait d'avoir retrouvé ses camarades d'enfance en quelque sorte.
Il entend du bruit derrière lui. Des grognements et des cris, ainsi qu'un fracas assourdissant de métal renversé. L'écho bruyant résonne dans tout le temple, faisant vibrer les murs, tandis que Mû grimace. Son amant va de nouveau être réveillé de manière un peu trop violente à son goût. Il soupire, mais ne se retourne pas. Il sait bien ce qu'il s'est passé. Il a l'habitude. Dans quelques secondes, son élève va arriver dans la cuisine, son air mi espiègle, mi désolé sur le visage en lui disant qu'il doit y aller car il a quelque chose de très important à faire, qu'il a bien rangé ce qu'il avait renversé mais que vraiment, la salle de travail est trop mal rangé. Son élève a grandi, enfin physiquement s'entend. Il a douze ans maintenant... Le premier gardien a encore du mal à réaliser. Est-ce vraiment possible? Tant de temps a passé, mais son élève est resté le même. Toujours souriant, toujours plaisantant, toujours lui. Comme pour rappeler à Mû que malgré les douleurs passées, de bonnes choses sont nées de leur histoire.
Des pas dans le couloir. Tap, tap, tap. Les pieds légers de Kiki qui tracent leur route sur les dalles de marbre. Mû sent la présence de son pupille derrière lui.
«Bonjour Maître Mû. Désolé, j'ai pas fait exprès. Mais vous avouerez que votre atelier est quand même super mal rangé! Ca dépasse dans le couloir! Je ne reste pas petit-déjeuner, j'ai promis aux autres apprentis de superviser leur entraînement! Vous saviez qu'Athéna prévoit même de m'en confier un? Déjà! C'est génial non? Bon, j'y vais! A ce soir Maître, bonne journée! »
Le Bélier tourne à demi son visage et sourit doucement à son élève qui disparaît par l'encadrement de la porte. Son élève a le même débit de parole que Milo dans ses grands jours, et ce n'est pas peu dire. En comparaison, même le Scorpion a l'air de manquer de verve. D'où lui vient tout ce babillage verbal? Il l'ignore, mais c'est agréable bien que parfois extrêmement fatiguant. Dans ces moments-là, il comprend pourquoi il faut des êtres calmes comme Camus et lui pour supporter tout ça. En posant les yeux sur la table, il remarque que le garnement a tout de même trouvé le temps de piquer les tartines initialement prévues pour son amant.
Il secoue la tête, faisant ainsi glisser quelques mèches hors de son chignon explosé, dépose sa tasse vide dans l'évier et met de nouveau deux morceaux de pain à griller, avant de se diriger vers l'arrière du temple, marchant à pas lents dans le couloir blanc. Il entrouvre délicatement la porte. Le lit est vide. Saga est déjà levé, probablement réveillé par le bruit tonitruant qu'a provoqué Kiki. Il entre dans la pièce qui baigne dans un soleil d'Avril, et cherche le Gémeaux des yeux. Ce dernier se tient debout, vêtu d'un tee-shirt un peu large, et d'un caleçon noir. Planté devant le miroir, il observe son reflet, l'air concentré. Mû ne dit rien, et laisse à son amant le temps de prendre ses marques : il s'est rendu compte très rapidement que Saga avait besoin de faire cela chaque matin. De se regarder en face. De regarder ses défauts en face. De les affronter. Mais également de réaliser que son double maléfique a disparu. Qu'il n'y a plus que lui dans ce reflet. Que l'homme qui se tient en face de lui n'est personne d'autre que Saga. Pas l'autre. Plus l'autre. Jamais plus. Les doigts de l'ex-Grand-Pope glissent sur la surface lisse, comme pour caresser ses traits qui lui sont aussi étrangers que familiers. Il n'est pas ce meurtrier. Il ne le sera plus jamais, de toute sa vie. Il soupire de soulagement.
Mû reste là, silencieux. Respectueux. Il laisse son regard couler sur l'homme qu'il aime et qui l'aime. Il savoure la cascade de cheveux bleus qui glissent sur le tee-shirt blanc, tel une mer magnifique et sans fin. Il apprécie plus qu'il ne l'avouera jamais le fessier musclé de son aîné, et se mordille la lèvre inférieure en le détaillant. Ses prunelles vertes finissent par s'échouer sur les longues jambes dont il peut voir les muscles saillir. Il n'y a vraiment rien à dire. Saga est beau. Vraiment. C'est même au-delà de tout mot. Physiquement, Saga était exactement ce que Mû recherchait. Mais psychologiquement... C'était beaucoup plus compliqué. Saga était un homme fort, puissant, qui dégageait une aura parfois bestiale, parfois non. Quelque chose d'indomptable, tout en étant parfaitement respectueux. Ecrasant de prestance, fabuleusement supérieur. Et en même temps, extrêmement fragile. Leur histoire était compliquée. Elle l'avait toujours été. Voilà pourquoi il était surprenant qu'ils se soient aimés. Et en même temps, c'était parfaitement évident. Enfin, peut-être. De toute façon, peu d'histoires au sein du sanctuaire sont nées sur des bases saines en y repensant. A commencer par le propre jumeau de Saga, profondément amoureux de l'ennemi avec lequel il s'est suicidé. Passons là-dessus.
Une main glisse contre sa joue. Il sursaute. Saga est devant lui, et le regarde un peu inquiet. Le Bélier sourit doucement, et ferme les yeux pour savourer la caresse.
« Tout va bien? Murmure-t-il.
-Oui. Tu es beau tu sais, répond le Bélier dans une demi-conscience.
-Il paraît oui. Mais j'aime bien quand c'est toi qui me le dis. Ça a l'air encore plus vrai »
Mû sourit devant le manque d'humilité du Gémeaux qui sait qu'il a parfaitement raison. Il sent les lèvres de son amant qui se collent aux siennes, dans un toucher de plume qui lui fait toujours tourner la tête. Il passe ses bras autour des épaules larges et musclées, et se laisse porter par le rythme délicat que lui impose l'homme qu'il aime. Sur son visage, les pouces de Saga trace de petits cercles, tandis que ses dents mordillent délicatement sa lèvre supérieure, lui demandant implicitement l'accès, ce qu'il lui accorde volontiers. La langue de son compagnon glisse et vient rencontrer la sienne, et immédiatement, Mû gémit doucement. La caresse buccale se fait tendre et possessive à la fois, joueuse et parfaitement sûre d'elle en même temps. Il perd pied. L'amour que Saga lui porte le fait trembler, comme toujours : chaque matin, depuis quatre ans, le Bélier se trouve incroyablement faible face à ce baiser matinal qu'il lui offre inlassablement. Les doigts de Saga glissent dans ses cheveux, et défont son chignon, libérant les longues mèches parme qui s'écoulent en cascade dans le dos du premier gardien. Il s'en moque, il réclame plus de baisers encore. Il est désespérément accro à la drogue de ces lèvres gémellaires. Il perd son souffle. Tant pis. Il en veut encore. Encore, encore, encore. Pour oublier cette étrange mélancolie qui lui étreint la gorge depuis ce matin.
« Saga... »
Le prénom est murmuré dans un soupir à peine voilé. Mû sent quelque chose derrière ses genoux. Il tombe, comme au ralenti. Mais ce n'est pas grave, puisque Saga est au-dessus de lui. Puisque Saga le regarde. Puisque Saga l'aime. C'est bizarre de penser ainsi. Lui-même trouve ça étrange. Parce que Saga a menti, parce que Saga a trahi. Parce qu'il l'a blessé en tuant son maître, cet homme qui était comme un père aux yeux du Bélier. Parce que Mû a vomi le jour où il a compris ce qui s'était passé au sanctuaire. Il avait craché son mal-être et son impuissance, face au comportement dont le jeune homme qu'il admirait tant à l'époque avait fait preuve. Parce que Saga avait fait souffrir leurs compagnons, leurs amis.
Il secoue la tête, et s'accroche plus fermement au corps qui le surplombe, venant embrasser plus violemment le Gémeaux qui grogne de satisfaction et se colle à lui. Mû gémit. Ce n'était pas Saga. C'était l'autre. C'est différent, complètement différent. Et pas assez en même temps. Il voudrait oublier, vraiment. Mais ce n'est pas évident, ça ne l'a jamais été.
Saga lui mord le cou, et Mû laisse échapper un cri. C'est plutôt rare qu'il soit aussi expressif alors qu'ils n'en sont qu'à s'embrasser. Mais aujourd'hui... C'est un peu différent. Enfin, il a l'impression. Il ne sait pas. Son amant se redresse, et le regarde avant de venir coller son front contre le sien. Il a compris à quoi pense Mû. Parce que cela les hante tous les deux depuis quatre ans maintenant. Ce n'est pas aussi facile de faire abstraction de ce qu'il s'est passé. Des combats qui ont été menés. Du retour des chevaliers sous forme de spectres. Le deuxième coup de poignard porté au coeur de Mû en peu de temps. Et puis il avait vu les larmes. Les larmes de sang qui coulaient sur le visage de ses amis. Ça aussi, ça lui avait retourné l'estomac.
« Mon amour, tu es sûr que ça va? »
Saga s'inquiète. Ses yeux brillent, et cherchent à la déchiffrer. Comme toujours. Il y a beaucoup de choses qui n'ont pas changées : le tempérament extrêmement protecteur du troisième gardien par exemple. Ça lui fait du bien. Il sent les bras musclés qui le serrent contre lui, qui le protègent. Ironique quand on sait que Saga fut par deux fois l'une des plus grandes menaces du sanctuaire. Et pourtant, Mû ne voudrait être nul part ailleurs. Parce que Saga le fascine, parce qu'il l'aime tout simplement. Cette attirance folle est parfaitement inexplicable. Ils n'ont pas de réponse.
Ses mains glissent sur le visage grec et l'attirent pour qu'il l'embrasse de nouveau. Pour s'oublier dans un baiser tendre. Pour sentir encore plus le corps musclé au-dessus de lui. Contre lui. Se fondre avec cette âme torturée dont il a pansé les plaies.
Même s'il souffre parfois, même si ça peut faire mal, il veut l'aimer encore. L'aimer toujours. Cette attirance irrationnelle, il est prêt à l'assumer jusqu'en Enfer, de nouveau. Il ne renoncera pas à Saga. Jamais. C'est pour cela qu'il est heureux que Shion ait béni leur relation. Parce qu'il ignore s'il aurait été capable de faire un choix entre eux. Son maître est un homme essentiel à sa vie, mais son amant l'est tout autant. C'est compliqué. Mais pour ce qui est de l'avenir, à présent il est sûr d'une chose: il peut arriver n'importe quoi, cette fois-ci, ils seront tous là, ensemble, dans le même camp. Avec les Marinas et les Spectres. Tous les chevaliers, quel que soit leur rang. C'est beau, c'est vraiment beau. Pourquoi a-t-il fallu que tant de temps et de sang ne s'écoulent pour y parvenir? C'est une question sans fin.
Il rassure Saga, gentiment. Il lui sourit. Bien sûr que tout va bien. C'est juste qu'aujourd'hui c'est l'anniversaire de leur résurrection, alors il a un peu de vague à l'âme. Mais ce n'est pas grave. Ça passera. Parce qu'il est là, à ses côtés. Il le pousse gentiment, se lève et lui tend la main. Son amant lui sourit et entrelace leurs doigts avant de le suivre à la cuisine, où il découvre le petit déjeuner soigneusement préparé par Mû. Il lui embrasse la joue et s'installe à table, tandis que le Bélier se verse une nouvelle tasse de thé. Il reprend sa place sur le rebord de la fenêtre : ça lui plaît d'observer le sanctuaire se réveiller. Une odeur de café lui emplit les narines, alors qu'il sent Saga se coller contre son dos, passant ses bras autour de sa taille, le serrant gentiment contre lui.
« Je suis désolé pour le réveil un peu brutal. Tu connais Kiki...
-Si cela me gênait vraiment, tu crois sincèrement que j'aurais accepté de venir vivre avec toi dans ton temple?
-Tu ne pouvais surtout pas supporter de voir ton frère batifoler avec Rhadamanthe dans le tien, répond doucement le Bélier.
-Aaah ne m'en parle pas. Saleté de spectre. Vraiment, je ne comprends pas Kanon sur ce coup-là! Grogne Saga en plongeant le nez dans les mèches parme.
-Parce que tu le comprends d'habitude? Demande Mû du tac-au-tac.
-Touché, mon amour. Il faut que tu arrêtes de fréquenter Camus, ton humour devient terriblement mesquin.
-Je trouve ça amusant moi.
-C'est ce que je vois. Et ce qui m'inquiète aussi, chuchote le Gémeaux en posant de petits baisers sur l'épaule droite dévoilée. Dis-moi, à quoi penses-tu depuis ce matin?
-A nous.
-Ah... Je pourrais me vexer, vu l'expression que tu as.
- Détrompe-toi. Je me rappelais pourquoi j'avais fait mes choix. Et je me suis conforté dans l'idée que j'avais eu raison. »
Il sent le sourire de Saga contre son épaule. Ça lui réchauffe le cœur. Voilà, maintenant, il sait ce qu'il lui manquait pour être parfaitement bien tout à l'heure. Il lui manquait le corps de Saga contre le sien, ses lèvres contre sa peau, ses mains qui tracent de petits cercles sur son ventre, et son odeur marine mêlée à celle du café. En cet instant, alors qu'il sent la bouche du Gémeaux glisser contre sa tempe et déposer de tous petits baisers, Mû ressent le bonheur simple d'être en vie auprès de l'homme qu'il aime. Et il est prêt à oublier, non pas leur passé, mais la trop grande puissance de la douleur qu'il a un jour ressenti. Parce qu'aujourd'hui, tout ce qui compte, c'est cette famille qu'ils forment avec Kiki. Rien d'autre n'a d'importance. Il pourrait sacrifier bien des choses pour les protéger tous les deux. Cela lui fait peur parfois. Il comprend mieux ce que Camus lui avait expliqué un jour, sur le fait d'accepter ou non de dévoiler ses sentiments au Scorpion, et sur la crainte qu'il avait de ne plus parvenir à être objectif par la suite. Ce n'est pas facile de conjuguer son devoir et ses sentiments.
Mais tant pis. Il prend le risque. Parce qu'il n'abandonnera rien derrière lui. Et c'est la même chose pour chacun des chevaliers d'Athéna. Ils le savent tous parfaitement à présent. Il soupire de bien-être et se laisse contre le torse musclé derrière lui. Ils ont bien le droit de profiter un peu de cette nouvelle vie après tout.
En sentant la main de Saga s'égarer légèrement trop bas, il comprend que son amant a visiblement la même opinion que lui. Il gémit doucement et se laisse faire avec un plaisir non dissimulé. Oui, tout ira bien à présent. Mais il faut vraiment qu'ils s'enlèvent de la fenêtre. Mû n'a pas la moindre tendance exhibitionniste, contrairement à son maître qui semble se découvrir de nouvelles idées. Il se retourne, embrasse son amant et le repousse à l'intérieur, pour commencer correctement cette belle matinée.
