Bonjour à toutes et à tous!

Me revoilà pour ma publication hebdomadaire sur ce reccueil de drabbles. Et en plus, je suis officiellement en vacances, autant dire que je publie avec un grand bonheur ce nouvel écrit. D'autant plus qu' après avoir passées deux semaines à souffrir des couples dont je me suis servie, j'ai vraiment soufflée, ces deux-là étant clairement mon pairing favori. Cela se voit sans doute un peu dans mon écriture, mais je ne peux pas résister. Retour au pays de l'amour donc, après la difficile introspection de la semaine dernière pour Seiya. Ce One shot, je dois avouer, je le vois un peu comme mon petit bébé, je m'y attachée, pour une raison obscure. Mais voilà, j'espère que vous l'aimerez!

Je vous remercie sincèrement pour votre soutien, vos reviews! Shion du Bélier,je te remercie pour ta review, comme tu n'as pas de compte ffnet, je te réponds ici. Merci pour tes encouragements, j'espère te retrouver pour cet écrit-ci!

Disclaimer : Les personnages présents et cités sont la propriété de Masami Kurumada.

Couple : Camus & Milo.

Je remercie Talim pour m'avoir trouvée cette image parfaite et pour son soutien sans failles. Rose, toi aussi, merci pour ton aide du fond du coeur. La dédicace spéciale que tu craignais tant se trouve ici. Rien de bien méchant comme tu peux le voir... :) Vous êtes parfaites mesdemoiselles.

Sur ce, bonne lecture!


« Ô quels baisers, quels enlacements fous!

J'en riais moi-même à travers mes pleurs.

Certes, ces instants seront, entre tous,

Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs. »

Romances sans paroles, P. Verlaine.

Appuyé contre le chambranle de la porte, il se tient immobile devant l'entrée de la pièce baignée par les rayons de soleil. Il observe une silhouette qui ne bouge pas, et qui demeure devant le grille-pain tout en choisissant les confitures. Les mèches vert d'eau glissent en cascade, recouvrant les omoplates et le dos de son amant qui ne l'a pas entendu. Enfin, pour être tout à fait exact, il ne l'a pas entendu mais il sait qu'il est là. Toutefois, il n'a tout simplement pas besoin de se retourner. Il ressent la présence du Scorpion dans son dos. Il a senti l'odeur de son gel douche. Il perçoit le rythme de sa respiration. Et il se retient de frémir sous le regard que porte le huitième gardien sur lui, savant mélange d'adoration profonde et de passion dévorante. Les choses sont ainsi entre eux. De la même façon que le Scorpion sait pertinemment à quel moment le Verseau, malgré sa réputation d'enfant sage, vient ouvrir la porte de la salle de bain pour l'y rejoindre silencieusement. Lui non plus n'a jamais besoin de se retourner pour le savoir. Contrairement à ce que bien des personnes pensent, de nombreuses initiatives dans leur sexualité ne sont pas du fait du huitième gardien. Et ce dernier est loin de s'en plaindre. L'isolement en Sibérie a visiblement rendu Camus très imaginatif, pour le plus grand bonheur du Scorpion qui en profite allègrement.

Milo sourit. Il a repérée une faille dans la barrière formée par la chevelure de son amant. Un tout petit espace, juste là, entre l'oreille et l'épaule, à peine plus bas que la naissance de la mâchoire, en dessous d'une marque qu'il a consciencieusement laissée la veille. Une partie de cette peau blanche est à découvert, et n'attend plus que lui. Il pourrait presque croire que Camus lui a laissée cette petite zone exprès pour lui, parce qu'il sait qu'il adore lui dire bonjour de cette manière. Il s'avance doucement, pour ne pas briser la quiétude du moment. Ses mains viennent naturellement trouver leur place autour des hanches fines de son compagnon qui n'a pas cillé. Elles glissent délicatement sous le tee-shirt, à la base de son pantalon de lin blanc, et se contentent d'apposer une caresse délicate sur l'épiderme. Tout doucement, comme cela. Pas plus vite, surtout pas. Il ne faut pas jamais aller trop vite avec son Camus. C'est important. Pas qu'il soit prude, bien sûr que non. Mais le Verseau apprécie les choses faites élégamment. Oh, bien évidemment, il arrive qu'ils envoient tous deux leurs principes aux orties quand la passion se fait trop dévorante, quand ils se consument véritablement dans les bras l'un de l'autre. Mais dans cette matinée douce, non, il faut que les choses soient faites avec une délicatesse raffinée. Ses lèvres viennent se poser sur la peau fine, tout près de son épaule, sur cette zone qu'il a repérée quelques secondes plus tôt. Il chuchote, tout bas, comme un secret, un « Bonjour mon amour » voilé.

Il sent l'odeur de Camus. Il s'enivre. Si tôt le matin, ce n'est guère raisonnable. Mais il s'en moque. La fragrance du Verseau est son plus bel alcool. Sa bouche entame une caresse lente : ses lèvres glissent délicatement sur l'épiderme pâle. Il perçoit des frissons, et sourit, heureux. Il l'embrasse cette peau de neige, et la pointe de sa langue ose y goûter, dans un élan d'amour qui se refuse à être contrôlé. Un soupir de bien être qui s'échappe des lèvres de son amant, et ses mains quittent les hanches de Camus pour venir enrouler ses bras autour de sa taille, dans une étreinte plus possessive, tandis que sa caresse buccale se fait plus appuyée sur son épaule. Camus peut sentir les muscles de Milo collés à son dos, et il ferme les yeux, se mordant la lèvre sous la chaleur de ce corps contre le sien. Il n'y a aucune violence : Milo ne l'a pas plaqué contre le plan de travail, non. Mais Milo est passion, Milo est désir. Chaque fibre du Scorpion appelle une de celles du Verseau. Il y quelque chose de chimique entre, quelque chose d'inexplicable, et de parfaitement naturel à la fois. Il s'oublie entre ses bras, toujours. Au point que c'en est effrayant par moments.

Milo pose de légers baisers, très doux, délicats sur ce grain délicat. Ses lèvres se font soie sur un épiderme de velours. Puis, lentement, il érafle la peau du bout des dents, avant d'y glisser sa langue de nouveau. Le Verseau gémit. Il connaît Milo. Il le connaît par cœur. Il reconnaît cette façon de lui dire bonjour. Promesse de nombreux délices, mais fortement déplacée étant données les circonstances. Il doit l'arrêter.

Même s'il en a envie lui aussi. Surtout parce qu'il en a envie. Car bien sûr qu'il en a envie, comment pourrait-il en être autrement? Il ferme les yeux, soupire, et pose ses mains sur celles de son compagnon, lui demandant implicitement de défaire son étreinte. Leurs invités commencent à s'installer sur la terrasse. Il le sait, il a perçu leur cosmos. Milo aussi, s'il en juge avec quelle docilité il accepte de relâcher son amant. Il se mord la lèvre. Voilà, le Scorpion a réussi à le frustrer. En lui embrassant l'épaule, oui. Et d'après le sourire qu'il perçoit contre sa peau, son arachnide en a parfaitement conscience, et il en est extrêmement fier.

Un bruit métallique. Le pain grillé qui a fini de cuire. L'odeur leur emplit les narines. Il lui faut revenir à ses priorités. Se reprendre, absolument. Souffler. Se concentrer sur quelque chose de purement matériel, pour oublier à quel point il a envie de l'homme derrière lui. Pour oublier à quel point il aimerait se retourner et l'embrasser comme un damné en le laissant le renverser sur la table sans réfléchir à quoi que ce soit d'autre. Il s'éclaircit la gorge, et tourne légèrement la tête vers son vis à vis. Il voit du bleu : un bleu profond, magnifique. Il se perd, un peu. Il déglutit discrètement, et pose une question d'une simplicité monstre avec une voix qu'il espère assurée :

« Milo, tu peux t'occuper des boissons s'il te plait?

Déesse. A qui appartient cette tonalité trop grave? Ces octaves éraillées? Elles ne sont pas à lui, c'est certain. Elles appartiennent au désir que fait naître le huitième gardien dès qu'il s'approche du onzième. Comme chaque fois, chaque jour, chaque instant, dès lors que le Scorpion en décide ainsi. Ou même sans qu'il en ait conscience. C'est terrible. Affligeant. Mais peu importe. La tête légèrement penchée, en appui sur son épaule, Milo lui sourit. Toujours. Bien évidemment. De ce sourire éblouissant qui provoque des soubresauts dans l'estomac du français.

-Tout de suite mon Camus. »

Vêtu d'un simple pantalon de toile bleue et d'un tee-shirt blanc élimé, le Scorpion s'écarte pour de bon, non sans avoir déposé un dernier baiser sur la peau pâle face à lui. Il laisse Camus se dégager de son étreinte afin d'apporter les toasts et les pots de confiture. Il le regarde quitter la pièce d'un pas qu'il espère assuré. Enfin, suffisamment du moins pour que leurs invités ne se doutent pas du trouble qui s'est emparé du Verseau. Milo a de nouveau un sourire rayonnant, et, chantonnant un air populaire français, il s'affaire dans la cuisine. Camus compte sur lui. Il sait ce dont leurs invités matinaux ont besoin, et ce que son amant souhaite boire également. Faire chauffer de l'eau d'abord. Voilà. Ensuite sortir deux bouteilles de jus de fruit. L'orange, c'est pour Isaac et Hyôga. La pomme, pour Shun. Un demi-verre chacun, pas plus, il s'agit juste de s'humecter la gorge avant de commencer à déguster le petit-déjeuner. Après, ils prendront leur boisson chaude. Qui est presque prête d'ailleurs. Café serré pour l'un, capuccino tout doux pour le second. Sortir le thé de son amant aussi. Ce thé russe a une senteur particulière, qui ne va plus le quitter de toute la journée, et Milo viendra s'en gorger à n'importe quel moment, en enfouissant son nez dans le cou de celui qu'il aime. Il secoue la tête, ce n'est pas le moment de penser à cela. Trois cuillérées dans la théière. Ils sont deux à en boire après tout. Hyôga ressemble à son maître sur bien des plans, et est différent sur beaucoup d'autres. Mais pas sur la boisson chaude visiblement. Ce n'est pas grave. Milo trouve cela amusant, attendrissant. Il a encore tout du poussin qui suit sa maman parfois... Non, mauvais exemple en fait. Trèèès mauvais exemple.

« Ah, le lait. Ne pas oublier le lait. »

Il verse doucement l'eau bouillante dans la théière japonaise, rapportée du pays du soleil levant par Shun et Hyôga. Un cadeau de Noël s'il se souvient bien. Elle est jolie. Et ça a fait très plaisir à son Camus, même si c'est ce dernier ne s'est pas confondu en remerciements chaleureux. Ce n'était pas nécessaire, après tout, le Cygne connaît les expressions de son maître par cœur, il savait donc parfaitement que cela lui avait fait extrêmement plaisir.

Sur un plateau en argent, il dépose deux tasses vides, puis le cappuccino et le café serré. La théière également. Le sucre doit déjà être à table, Camus s'en ait déjà occupé, il le sait. Ah oui. Il attrape un citron dans le frigo et le presse au-dessus de la tasse de Camus, afin d'y verser quelques gouttes qui donneront l'arrière-goût que son amant affectionne tant à sa boisson. Enfin, il s'occupe de son chocolat chaud, rapidement. Camus avait déjà préparé sa tasse, il n'avait plus qu'à s'occuper de l'eau chaude. Il sourit, de nouveau. Ça lui fait plaisir. Il s'empare du plateau et quitte la pièce, pour se diriger vers la terrasse où il grimace légèrement face aux rayons du soleil qui brillent déjà de toute leur force de bon matin. Il entend des rires : celui très doux de Shun, accompagné par la voix étonnamment grave de Hyôga. Il perçoit le sourire amusé de son amant, preuve que ce dernier s'amuse beaucoup. Il se demande bien ce qui peut les faire rire comme ça. Il sait qui, bien sûr. Il avait découvert avec plaisir qu'Isaac, bien qu'étant un ancien apprenti chevalier des glaces, n'avait visiblement rien perdu de sa répartie et de sa verve pour autant. Il faisait preuve de beaucoup d'humour, racontant bien souvent des anecdotes sur le sanctuaire sous-marin qui aurait probablement rendu fou Poséidon s'il les avait entendues. Ou bien cela l'aurait encouragé à surenchérir. Au choix. La personnalité du Dieu des Océans est relativement particulière, ils l'avaient appris à leurs dépens, et à travers les histoires du marina qui parle présentement. Et en entendant les propos du jeune homme, ses pensées sont parfaitement confirmées. Il salue avec un grand sourire les trois jeunes gens qui vont prendre le petit-déjeuner avec eux, assis autour de la table en fer. Ils tournent la tête vers lui, lui adressent un grand sourire, tandis que Camus laisse apparaître sur son visage une expression de plénitude. En les voyant ainsi, Milo sent son ventre se retourner. Ils sont... parfaits comme ça. Vraiment. Il inspire fortement. Il ne va tout de même pleurer, non?

« Salut les gosses. Alors Isaac, encore en train de médire de ton propre dieu? Ce n'est pas bien ça, vilain garçon.

-D'abord, je ne médie pas, rétorque le jeune homme avec un sourire. Je rapporte les propos qui ont été tenus en ma présence, nuance. Ensuite, au vu de ce que toi-même et Kanon des Gémeaux pouvez déblatérer lors des soirées inter-Sanctuaires, je te prierai de ne pas trop faire le fier.

Le Scorpion prend un faux air vexé, acceptant toutefois la remarque avec malice. Tout en déposant les tasses et les verres devant les personnes auxquels ils sont destinés, obtenant ainsi les remerciements des concernés, il répond à l'aîné des deux disciples.

-Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Je suis un modèle de vertu et de courtoisie. Oui monsieur.

Un toussotement amusé à l'autre bout de la table. Il se tourne, croise deux aigues-marines glacées, échangeant ainsi un regard qui en dit long avec son amant. Milo est prêt à parier que c'est plus le concept de vertu que de courtoisie qui l'a fait rire. Il reconnaît l'expression du désir chez son amant, qui ne s'est visiblement pas encore remis du bonjour matinal du Scorpion. Il soupire, sentant poindre les prémices d'un frisson d'excitation. On va encore dire que c'est lui qui fait la cour à Camus, mais le Verseau est le pire allumeur qu'il connaisse. Et le seul qu'il désire de toute façon. Le sien donc. Il lui tend sa tasse dans laquelle il a versé le thé brûlant qui dégage un parfum d'agrumes prononcé. Les doigts de Camus frôlent les siens, discrètement. De nouveau, leurs regards se croisent. De nouveau, Milo doit se contenir. Ce n'est pas possible, à ce rythme, il est plus que probable que Camus va le rendre fou. Ce qui est probablement son but : les Verseaux peuvent être particulièrement rancuniers semble-t-il. Il demandera à Shun s'il en est de même pour Hyôga.

Souhaitant se donner une contenance, il vient frotter les cheveux du chevalier d'Andromède, le décoiffant allégrement sous la fausse plainte de ce dernier. Puis, il tire sa chaise, celle juste à côté de Camus, et s'assoit tranquillement, portant à ses lèvres son chocolat chaud. C'est délicieux. Il n'y a pas de doute, des années à être le maître de deux gamins dans l'isba ont transformé Camus en un champion de la boisson au cacao. Passant un bras derrière le dossier de son fauteuil dans une pause quelque peu nonchalante, il reporte son attention sur Hyôga. Le plus jeune des deux disciples couve du regard, consciemment ou non, son amant assis à ses côtés, en train de rire à une nouvelle plaisanterie d'Isaac. Ils sont mignons ces deux-là. Vraiment. Tout en buvant son chocolat à petites gorgées, il observe la façon qu'ils ont de se toucher l'épaule, discrètement. C'est très fugace. Un geste à peine visible si on n'y prête pas spécialement attention. Il se souvient qu'à l'époque, il avait vraiment peur pour ces deux gamins. Il n'était pas sûr qu'ils s'en sortent avec leurs sentiments, avec leurs souffrances. Les deux n'étaient pas franchement dégourdis, et il s'était même demandé s'il ne devrait pas intervenir pour qu'ils prennent conscience qu'ils éprouvaient mutuellement la même chose. Mais finalement, ils s'étaient très bien débrouillé tous seuls. Et le résultat est remarquable.

« Si, si, je t'assure, reprend Isaac. Il en prend plein la tête ce pauvre Sorrento. Tu n'as pas idée du nombre de jeux de mots graveleux que Poséidon et Baian arrivent à trouver avec une histoire de flûte... Regarde, Milo sourit rien que d'y penser! »

L'assistance se tourne vers le Scorpion qui affiche effectivement un sourire amusé, mal dissimulé derrière sa tasse de chocolat chaud. Il est en effet assez facile d'imaginer toutes les plaisanteries portées en dessous de la ceinture qui doivent défiler dans les Océans sur le pauvre garçon qui joue de la flûte. Après tout, Poséidon est sans nul doute le plus bon enfant des trois dieux, plaisantant extrêmement facilement avec ses gardes. L'ambiance a l'air bonne au Sanctuaire sous-marin : il n'y a qu'à voir avec quelle facilité Isaac sourit et rit, sans aucune ombre. Sa cicatrice disparaît dans ces moments-là : la balafre qui lui mange le visage n'a plus aucune importance. Il devient chaleureux. C'est bien. Il sait que cela fait plaisir à Camus, bien qu'il ne dise rien là-dessus. Et cela soulage également Hyôga, qui n'a cessé que très récemment de se sentir coupable à tout bout de champ. Il a eu beaucoup de mal à intégrer que ce qui avait été fait appartenait au passé, et qu'à l'époque, ils avaient tous de bonnes raisons de se battre.

« Et là, je te jure que je ne te mens pas Hyôga, dit Isaac en agitant les bras. Sorrento a pris sa flûte et il l'a balancé sur la tête de Baian! Tu aurais vu sa tête au demi-poney! Il a rien vu venir! Bam! En pleine poire! C'était à mourir de rire! »

Les deux jeunes garçons éclatent effectivement de rire, rapidement suivis d'Isaac, dont le souvenir du visage outré du cheval de mer semble encore l'affecter positivement. Milo les regarde, comme à travers un écran. Il se sent bien là, vraiment très bien. Il s'appuie plus confortablement contre le dossier de sa chaise, et penche un peu la tête sur le côté, masquant difficilement le bonheur qui lui étreint le ventre. La vision a quelque chose de paradisiaque, quelque chose... de chaleureux. On se croirait à un repas de famille vraiment. Ça lui fait beaucoup de bien. Il se sent tellement heureux, c'est difficilement exprimable. Contre sa main, il sent quelque chose de frais. Les doigts de Camus, qui viennent glisser sur sa paume, dans une caresse délicate et discrète. Il sent le bout de ses ongles longs qui tracent des arabesques sur sa peau, lentement, dans un geste doux et pourtant légèrement érotique. Il le sait, il connaît Camus. Mais ce n'est pas ce qui retient son attention non. Ce qui le rend fou de joie, pour de bon, c'est de sentir ensuite sa main étreindre la sienne, entrelaçant leurs doigts gentiment, à la vue de tous. C'est extrêmement rare. Il se demande même si ce n'est pas la première fois. Ils ne cherchent pas à s'exposer, ni l'un ni l'autre, et sont restés discrets sur leur couple, mis à part la fois où Milo avait hurlé dans tout le Sanctuaire que le magicien de l'eau et de la glace était l'amour de sa vie. Pour le reste, ils avaient toujours fait preuve de discrétion et de pudeur.

Ils s'accordaient parfois de petits gestes en public, mais ils étaient généralement le fait du Scorpion. Toutefois, là, il y a quelque chose de plus dans le geste effectué par son amant. Car non content de pouvoir être aperçus par tous ceux qui décideront de passer par là, le Verseau prend ici le risque d'afficher sans détour sa relation avec le Scorpion face à ses élèves, qu'il considère presque comme des petits frères. Et la Déesse sait si leur opinion compte pour le onzième gardien. En faisant cela, c'est presque comme s'il leur demandait leur approbation, d'une certaine façon. Bien sûr, Camus ne céderait pas sur sa relation avec Milo. Ce dernier le sait. Néanmoins... Il sent que c'est important pour lui malgré tout. Ils sont sa famille, ou quelque chose du genre. C'est bien pour cela qu'ils ont commencé à se réunir, un dimanche matin toutes les deux semaines, pour partager un petit-déjeuner tous les cinq. Au début, ils n'étaient que quatre. Et puis Shun et Hyôga s'étaient mis à sortir ensemble, alors c'est tout naturellement qu'ils l'avaient accueilli dans leur petit comité.

Il est également bien évident qu' Isaac, tout comme Hyôga et l'ensemble des Sanctuaires sont au courant de la relation entretenus par les deux chevaliers d'Or depuis bien longtemps maintenant. Mais savoir ne veut pas forcément dire accepter. Certes, Hyôga aime un homme lui aussi, mais on ne sait jamais. Peut-être vont-ils se sentir mal à l'aise que leur maître s'affiche ainsi, brisant en quelque sorte l'image des chevaliers des glaces imperturbables dont ils étaient si fiers jusqu'à présent. Il perçoit le regard des disciples sur leurs mains enlacées. Ils ne disent rien, ils sont juste surpris. Inconsciemment, il raffermit sa prise sur les doigts élégants et il sent les ongles longs se planter légèrement dans sa peau.

« Au fait, Camus, Milo. Ça ne va pas faire quatre ans bientôt pour vous deux?

Béni soit ce gosse. Milo sourit à Shun, du plus profond de son cœur. Vraiment, ce chevalier a l'incroyable don de rendre toutes les situations extrêmement tendre. Il sent Camus qui se détend à côté de lui, portant sa tasse de thé à ses lèvres. Un arrière-goût de citron. Il regarde Milo qui lui sourit d'un air complice. Son amant le connaît décidément trop bien, c'en est effrayant. Mais il apprécie le geste, bien plus qu'il ne l'avouera jamais. Une preuve supplémentaire de leur complicité sans failles. Le Scorpion tourne son regard vers le plus jeune.

-Si, le 11 décembre, répond le huitième gardien en souriant rêveusement à cette date.

-Vous devriez fêter ça maître! S'écrie joyeusement Hyôga.

-Ce serait une bonne occasion de nous réunir tous, ajoute Isaac.

Camus sourit. Discrètement certes, mais il sourit. Milo sait qu'il est soulagé, même s'il y avait peu de risques que les deux jeunes gens aient une réaction négative. Mais Camus manque de confiance en lui parfois. Et se faire démonstratif devant ses disciples, c'est accepter de prendre sur lui beaucoup de choses. Alors cela lui faisait un peu peur, forcément. Un peu comme des parents qui s'accorderaient des gestes tendres devant leurs enfants. Mais ce matin, plus encore que les autres, a un goût de petit-déjeuner familial que rien ne pourrait ébranler. Peut-être que c'est cela qui a motivé Camus. Il ne sait pas. Il s'en moque un peu à vrai dire. Il sent la chaleur de la paume de Camus contre la sienne, c'est tout ce qui compte. Et il observe ce qui se joue devant ses yeux.

-Pas question que mon couple soit une excuse pour que mes disciples soient soûls, rétorque Camus d'un ton posé mais légèrement amusé.

-Roh... Allez maître! C'est pas drôle! Grommèle Isaac d'un air bougon.

-S'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît... » Renchérit Hyôga.

Shun et Milo échangent un regard entendu. C'est bien la première fois qu'ils ont l'impression de se voir plongés au milieu d'une scène qui aurait pu se dérouler il y a dix ans de cela. Et le résultat est relativement amusant. La discussion se poursuit ainsi pendant plusieurs minutes, mais les deux élèves n'obtiendront pas gain de cause : Camus est intraitable sur certains sujets. Il juge que la déclaration enflammée que Milo a fait résonner dans tout le Sanctuaire est largement suffisante pour le reste de leur vie. Le Scorpion ne dit rien, il s'amuse toujours. Les doigts de Camus ont repris leurs caresses délicates sur la paume de sa main : il peut sentir les ongles qui éraflent doucement sa peau en traçant des arabesques imaginaires sur son épiderme. Il adore ça. Surtout quand Camus le fait sur son dos avec ses deux mains. Notamment quand ils font l'amour. Ça lui fait toujours un effet monstrueux, et c'est encore pire lorsqu'il peut sentir les griffures que son amant lui fait au fil de leur étreinte. Bien souvent, cela le rend fou, et tout s'emballe de manière passionnée et incontrôlable.

Milo déglutit. Ne pas penser à cela maintenant. Ce n'est vraiment pas le moment. Ses doigts tremblent un peu. Camus lui jette un coup d'œil. Il voit la méditerranée s'agiter. Il sait pourquoi, et un léger sourire vient orner ses lèvres tandis qu'il reporte son attention sur ses disciples bien trop bruyants à son goût. Dire qu'ils sont supposés avoir plus de dix-huit ans maintenant... Shun lui, ne dit rien, et se contente de regarder Hyôga avec une douceur et une pointe d'amusement indéfinissable dans les yeux. Quelque chose de très tendre, un amour débordant qui ne trouve pas d'autres expressions que celle d'un sourire doux. Il soupire légèrement et plante son regard froid sur les deux importuns.

« J'ai dit non. Je ne souhaite pas organiser quoi que ce soit à cette occasion. Cela ne regarde que Milo et moi à ce que je sache. La discussion est donc close. »

Le ton employé n'est pas agressif, mais ferme. Les deux disciples se regardent, et une même lueur brille instantanément. Milo les observe et ne peut s'empêcher de sourire très légèrement. Il est absolument persuadé que ces derniers n'ont pas renoncé à leur projet : Camus leur a dit qu'il ne souhaitait pas organiser, ce qui implique qu'il leur laisse le champ libre pour le faire eux-mêmes. Raisonnement tordu jouant sur les mots, c'est exact. Mais les deux jeunes gens sont comme leur propre maître : portés sur les mots et leurs significations exactes. Ainsi, Camus vient inconsciemment de leur donner sa bénédiction. Les deux élèves étant à peu près aussi têtus que le onzième gardien... C'était bien parti pour donner quelque chose de relativement explosif. Amusé, Milo murmure pour lui-même : « Un Finlandais, un Russe et un Français sont à table pour discuter affaires... Que passe-t-il, sachant que les deux autres partis sont grecs et japonais? On dirait vraiment le début d'une mauvaise blague... »

Un léger rire lui échappe. Discret tout d'abord, et puis soudain, il éclate de rire, sans même pouvoir se retenir. C'est hilarant oui, tordant. C'est tellement... fou de les voir réunis comme ça, discuter de cette façon, et même se disputer un peu, comme des enfants, comme... Son rire redouble, il ne peut pas se contenir, et n'en a même pas envie. A travers ses larmes de rire, il voit les mines effarées des trois jeunes gens, et celle à peine surprise de son amant. Interloqués, les autres le fixent, se demandant ce qui bien passer par la tête du Scorpion. Ce dernier renverse la tête en arrière et rit, rit à gorge déployée, à tel point que les autres finissent par être contaminés par ce pure élan de bonheur. Au bout de quelques secondes, ce sont cinq rires bien différents et pourtant harmonieux qui résonnent à travers les piliers du huitième temple, vibrant sur des tonalités différentes, et parviennent aux oreilles des gardiens alentours.

C'est un bonheur sans nom qui s'est emparé d'eux. Et la scène est belle, à peine réelle. Les doigts de Camus s'entrelacent plus fermement autour de ceux du Scorpion, qui répond à son étreinte discrète. Ils se regardent, et se sourient dans deux expressions bien distinctes et pourtant, c'est exactement la même émotion qui transparaît sur leurs traits. Le sourire de Milo est lumineux, chaleureux, à l'image de sa personnalité très expressive. Celui de Camus est doux, plus discret, mais incontestablement bien présent. Il l'aime son Verseau, si fort que cela peut faire peur parfois. Mais bien souvent, il est juste comblé d'avoir pu recevoir une deuxième chance de construire quelque chose. Les trois jeunes garçons rient toujours. Et les chevaliers d'Or les observent presque tendrement. Oui, c'est un tableau magnifique, vraiment.