Bonsoir à vous lecteurs et lectrices.
Voici le pairing suivant, j'espère qu'il vous plaira.
Disclaimer : Les personnages présents et cités appartiennent tous à Masami Kurumada.
Couple : Aldébaran/Shaina.
Réponse aux reviews anonymes :
Guest : Merci tout d'abord. Je suis heureuse que mon écriture te plaise, ta review comble mon petit cœur.
leia26 : Merci de ta fidélité! Bonne lecture!
KardiaMilo : eh bien, si tu as aimé à ce point, je ne peux qu'être heureuse! J'espère que celui-ci ou les suivants te plairont également!
Sur ce, bonne lecture!
Le piano que baise une main frêle
Luit dans le soir rose et gris vaguement,
Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile
Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
Rôde discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.
Paul Verlaine, Ariettes Oubliées ,V.
Bien droite au sommet des marches du second temple, Shaina observe le sanctuaire qui sommeille paresseusement dans la chaleur de fin d'été grec. Ses mèches vertes volent un peu dans tous les sens, ce qui lui rappelle qu'il serait temps de les couper, mais elle n'a pas de temps pour ça, et puis, cela fait plaisir à son homme de lui voir garder les cheveux longs, alors tant pis, ça attendra. Ce n'est pas son genre de céder quand elle pense avoir raison, mais ce n'est vraiment pas la peine d'enclencher une dispute pour ce genre de petites choses banales. De la même façon qu'Aldébaran accepte son caractère d'Italienne bien trempé, elle sourit bien souvent aux lubies de son petit ami. Enfin, petit... façon de parler bien sûr. C'est devenu le jeu de mots le plus utilisé du Sanctuaire si elle se rappelle bien : Angelo et Milo ne se privant pas de s'en servir environ quatre fois par jour, elle a commencé à mettre une pièce chaque fois qu'elle l'entendait. Une chose est sûre, elle pourra bientôt leur payer des vacances pendant une semaine à ce train-là. Et le pire, c'est qu'ils ne se lassent même pas de dire ça. Incroyable. Camus et Aphrodite sont affligés. Pauvres eux.
Elle sourit aux rayons du soleil en s'étirant lentement, faisant craquer quelques articulations. L'entraînement a été rude hier soir, mais cela lui a fait beaucoup de bien : elle aime la sensation de se donner à fond dans cette vie de Saint, malgré l'avènement de la paix. Ça l'avait pas mal angoissée de regarder ses ongles longs en comprenant que tout ce pourquoi elle avait vécu jusqu'à présent venait de s'évanouir brutalement. Oh, elle ne pouvait pas regretter la paix, bien sûr que non. Mais tout de même... Cela lui avait fait peur, vraiment. Aldébaran l'avait aidée à remonter la pente, à s'accrocher à leur nouvelle vie telle qu'elle s'offrait désormais à eux. Cachant ses larmes sous son masque, elle avait vu revenir à la vie les chevaliers tombés au combat qu'elle croyait perdus pour toujours, après avoir ressenti un immense vide dans son cœur tandis qu'elle se battait pour protéger Seika, la sœur de Seiya. Seiya... Parlons-en de celui-là.
"Ma chérie? Ce sera bientôt prêt.
— J'arrive, laisse-moi encore quelques minutes."
Pégase lui avait fait beaucoup de mal. Aldébaran était revenu avec des blessures physiques, elle avait terminé meurtrie psychologiquement. Ce n'est pas le fait que Seiya ait refusé son amour qui lui avait fait du mal. Enfin, si bien sûr, cela avait joué, mais en tant que Sainte, elle était largement capable de passer outre ses sentiments, elle savait où se situait son devoir. C'était bien pour cela qu'elle ne pouvait pas accepter qu'il ait vu son visage à l'époque : ne pouvait-il pas comprendre qu'il n'y avait pour elle pas de plus grande honte? C'était horrible, comme d'être brutalement mise à nue. Seiya avait refusé ses sentiments, très bien. Elle avait décidé de passer outre cela. Mais comme si ça ne suffisait pas, non content de percevoir ses traits, il avait également piétiné sa fierté de combattante en refusant de l'affronter, sous prétexte qu'elle était une femme. Une femme... bon sang, ce qu'elle avait pu le haïr ce jour-là. Et toutes les fois suivantes où il avait recommencé à formuler des inepties sur le respect de la gente féminine et ce genre d'imbécilités. Shaina ne souhaitait pas qu'on la considère comme un objet précieux qu'il ne faut surtout pas toucher de peur de le casser. C'était même le pire affront qu'on pouvait lui faire, et Seiya s'était vautré dedans avec entrain, brisant non seulement le cœur de la chevalier d'argent, mais également son amour propre.
C'est horrible de se retrouver soudainement si vide, comme si plus rien n'existait à part les morceaux éparpillés de soi-même qu'on contemple à ses pieds. C'était pourtant exactement ce qu'elle avait ressenti. Seiya lui avait fait énormément de mal en lui refusant un véritable affrontement : le Phénix ne faisait pas de tels états d'âmes lui. Quand il était encore au Sanctuaire, il arrivait souvent que Shaina et lui s'affrontent, et si le Bronze-Divin ne donnait peut-être pas l'intégralité de sa puissance dans l'affrontement, ils arrivaient malgré tout à avoir de beaux échanges, plein de puissance, et plus d'une fois, elle avait su le mettre à mal au cours du combat.
De toutes ses forces, elle avait lutté contre les différentes techniques du Phénix, déversant ainsi sa colère et sa frustration d'avoir été aussi impuissante au cours des affrontements précédents. Ikki ne retenait pas ses coups tant qu'il le pouvait, et c'était absolument jouissif de sentir de quoi on était capable, que ce soit face à un homme, un autre chevalier, ou un ami. Seiya ne l'avait pas traitée comme telle : en prétendant la protéger parce qu'il refusait l'affrontement, il n'avait fait que la heurter plus profondément dans ses sentiments déjà mis à mal. Autant dire que cela avait ruinées leurs relations déjà précaires. Shaina avait du mal à pardonner, à aller de l'avant également. Oublier s'était avéré moins évident que ce qu'elle aurait cru.
Elle tend sa main droite aux ongles longs vers la lumière du soleil, et grâce à l'illusion d'optique, elle aurait presque l'impression de pouvoir le tenir dans sa main. Elle sourit, naïvement, et se demande, un peu moins joyeusement, si c'est ce que le mur des Lamentations a ressenti lui aussi. Cette capacité de pouvoir contenir la puissance solaire des douze chevaliers d'Or. Comme le monde avait semblé triste alors, dès qu'ils avaient compris ce qui s'était passé aux Enfers. Tout était moins beau : le Sanctuaire avait brillé d'une intensité rare avant de s'éteindre pour ce qu'ils pensaient être l'éternité. Privée de la force et de la puissance magnifique de ses douze précieux gardiens, la terre sacrée avait semblée pleurer la disparition de ces êtres d'une rare pureté. Et, tout aussi brusquement, Shaina avait eu l'impression qu'on leur arrachait quelque chose, juste là, au niveau du cœur. Elle ne les avait que peu fréquentés, et en dehors d' Aiolia, elle pouvait guère se vanter d'utiliser le verbe "connaître" pour l'un d'eux. Pourtant... Leur aura planait naturellement sur ce lieu sacré. Qu'ils soient fervents défenseurs d'Athéna comme Shura, plus libres comme Camus, ou bien encore complètement déjantés comme Deathmask.
« A quoi penses-tu? »
Shaina se retourne : la voix chaleureuse d'Aldébaran l'a sortie de sa rêverie, et elle lui accorde un sourire tendre. Sans son armure d'or, il a toujours l'air moins agressif, mais il n'en reste pas moins imposant, dégageant une agréable aura de puissance rassurante. Elle sait qu'il risque de ne pas apprécier si elle lui dit la vérité. Ils en ont déjà parlé, bien évidemment. Lorsqu'ils ont commencé à discuter vraiment, au cours de l' une des nombreuses soirées qui avaient suivies leur résurrection, Shaina s'était sentie bien auprès de cet homme, et ce, pour la première fois depuis des années. Et le sujet était venu dans la conversation, naturellement, sans difficultés.
Mais ce n'est pas pour autant qu'il est agréable d'en parler, Aldébaran lui-même n'étant pas vraiment à l'aise sur le sujet. Il n'a pas honte de ce qu'ils ont fait, au contraire, c'était l'ultime et la plus belle preuve de l'entente des chevaliers d'Or. Son rêve à lui, qu'il avait gardé secret pendant toutes ces années. Mais il sait que cela a fait souffrir de nombreuses personnes : en prenant cette terrible décision, chacun abandonnait derrière lui ses propres raisons de vivre, enfin, pour ceux qui en avaient du moins. Et les survivants, ceux et celles qu'ils avaient sauvés, n'avaient pas eu d'autres choix que de s'adapter à cette nouvelle vie, en songeant qu'ils ne reverraient plus jamais leurs camarades et amis tombés au combat.
« Je pense à l'avenir, répond la jeune femme en souriant de nouveau.
— Vraiment? demande le second gardien avec un air dubitatif.
— Vraiment, affirme-t-elle. »
Son homme lui sourit et retourne à l'intérieur, en lui rappelant que le repas est prêt, et Shaina grimace légèrement en pensant à ce qu'elle a dit. Ce n'est pas tout à fait vrai, mais ce n'est pas tout à fait faux non plus. Faire le point sur le passé, c'est ce qui lui a permis d'avancer. Elle observe le dos de l'homme qu'elle aime disparaître dans l'enceinte du temple. Elle sait qu'il n'est pas le plus beau de tous les chevaliers, c'est vrai. Mais sincèrement, cela n'a aucune importance. Même si elle a appris à les apprécier, elle sait qu'elle ne pourrait jamais supporter d'avoir une relation avec un autre chevalier que celui qui se tenait face à elle.
Quelqu'un comme Milo par exemple, est beaucoup trop emporté et passionné, il est exactement comme elle : il y aurait de fortes chances pour qu'ils s'entretuent en quelques jours. Camus convient parfaitement au Scorpion : il y a quelque chose entre eux, comme une alchimie parfaitement incompréhensible pour le reste du monde, qui fait qu'on envie leur couple tout en craignant de leur ressembler. C'est assez amusant en fait. Elle les trouve impressionnants, et étranges en même temps : comme quelque chose de magique, et d'un peu incompréhensible. Pour autant, elle préfère largement son histoire d'amour personnelle, plus simple par certains aspects, plus complexes par d'autres. Elle n'y peut rien si ses sentiments sont aussi forts après tout : elle n'a pas choisi, elle s'est laissée conquérir par la personnalité du Taureau.
Elle ne pourrait pas supporter Deathmask non plus : deux italiens avec mauvais caractère et pouvoirs incommensurables dans un espace restreint ne font pas bon ménage, vraiment pas. Déjà qu'en tant qu'amis, ils se tapent sur les nerfs... Et puis après tout, c'est avec Aldébaran qu'elle est heureuse. C'est surprenant, ça, elle est d'accord, étant donné qu'elle avait été la première à ne pas se comprendre elle-même. Mais aux côtés du second gardien, les faux semblants disparaissaient, comme par enchantement. Comme si elle n'avait plus besoin de mentir aux autres et à elle-même surtout : elle avait enfin fini par relâcher toute cette pression, toute cette colère qu'elle ressentait au plus profond de son cœur.
Comme si elle avait brusquement réalisé à quel point chacun de ses muscles était contracté, à quel point autrefois elle était sur ses gardes en permanence, à l'affût, attendant elle ne savait pas trop quoi. L'amour de Seiya sans doute, ou plutôt, le retour de son honneur bafoué. Aldébaran lui avait offert tout ça, la respectant plus que personne ne l'avait jamais fait auparavant, la comblant plus qu'elle n'aurait jamais su l'exprimer, l'aimant plus qu'elle n'aurait jamais pu en rêver. Lui aussi, tout comme Ikki, avait accepté un affrontement avec elle. Et plusieurs autres par la suite. Bien évidemment, il devait contenir une partie de sa force titanesque, mais cela ne l'empêchait pas de combattre loyalement la femme qu'il aimait, lui permettant à elle, mais également à lui-même, de faire des progrès importants. A force de ne jamais vouloir affronter des Saints moins bien gradés qu'eux, les chevaliers d'Or avaient fini par oublier qu'ils pouvaient se retrouver confrontés à des situations où leur force ne serait pas suffisante pour certains, ou leur intelligence pour d'autres. Cela avait donc été bénéfique, à tous points de vue, la jeune femme ayant apprécié le fait de pouvoir se battre à armes presque égales avec l'homme qui partageait sa vie. Elle avait besoin de cela pour se sentir exister, pour être sûre qu'elle était vraiment... elle-même.
De nouveau, elle regarde ses mains, dont les ongles très -trop- longs font sa fierté et l'effrayent un peu en même temps. Elle a une relation assez paradoxale avec son propre corps : elle sait que la beauté ne compte pas vraiment, voire pas du tout. Ce n'est pas cela qui fait une bonne guerrière, et c'est en parti pour cela qu'elle devait cacher son visage autrefois. Seulement, depuis la fin des guerres, Athéna avait mis fin à la loi sur le port du masque. Dès lors, il lui avait été possible de montrer ses traits à toutes les personnes qui l'entouraient. C'était tellement... étrange et déstabilisant. Déroutant. Effrayant. Chaque fois que quelqu'un la regardait dans les yeux, elle avait l'impression de subir la même honte que la fois où Seiya l'avait vue, encore et encore.
Angoissée au possible à l'idée d'être ainsi mise à nue, elle avait failli se mettre à le porter de nouveau, pour masquer toutes ces émotions et tous ces sentiments qui la traversaient de part en part. Des nuits entières à s'angoisser pendant la nuit, à faire en sorte de ne rien montrer alors qu'elle avait un tempérament si emporté. Un jour, alors qu'elle n'en pouvait plus, elle avait claqué la porte de son logement, tremblante des pieds à la tête. C'est lui qui l'avait retrouvée, accroupie chez elle, pleurant en essayant de faire le moins de bruit possible.
« Bon, j'ai compris, si je ne t'y force pas, tu ne viendras jamais dans cette cuisine! »
Avant qu'elle n'ait pu réagir, Shaina se retrouve soulevée du sol, portée par les bras puissants de l'homme qu'elle aime. Elle sent sa force et pourtant, c'est à peine s'il la serre contre lui. Il pourrait facilement la briser en morceaux s'il le voulait, ou même s'il n'y prêtait pas suffisamment attention. Mais il a l'habitude, il sait exactement avec quel degré il doit porter sa princesse. Car c'est ainsi qu'il la considère : ce n'est ni par excès de galanterie, ni par envie de chevalerie. C'est juste que c'est ce qu'il ressent au plus profond de lui : plus encore qu'Athéna, c'est elle qu'il aimerait protéger, tout en la laissant se battre pour sa propre vie et pour ses idéaux, parce qu'il la respecte bien trop pour lui imposer une protection qui ne ferait que la blesser. La fierté de l'italienne a ses avantages et ses inconvénients, mais ce n'est pas grave, il a appris à vivre avec, au fur et à mesure de leur relation. Il commence à bien la connaître : depuis plus de trois ans qu'ils se sont trouvés à présent, il a voulu apprendre à décrypter ses gestes, à observer ses traits et ses expressions.
Il n'avait pas été surpris de voir à quel point elle était belle, mais il avait aimé par-dessus tout lui faire reprendre confiance en la vie, et en cette chance nouvelle de pouvoir montrer aux autres ce qu'elle ressentait. Il savait qu'elle avait eu peur à l'époque, après tout, c'est lui qui l'avait trouvée en train de pleurer. Episode ô combien humiliant pour la jeune femme, mais peu importait. Aldébaran ne lui avait pas laissée l'occasion de fuir ou de s'enfoncer dans sa propre honte. Il avait essayé de lui apprendre comment elle pouvait s'aimer et se respecter elle-même aujourd'hui. La tâche avait été ardue, mais le résultat époustouflant : elle avait pris de l'assurance, et s'était affirmée comme personne avant elle. Ce qui avait amené nombre de jeunes hommes à sa porte par la même occasion, et Aldébaran avait vu le spectacle d'un œil triste, certain de perdre l'affection de celle qu'il avait appris à aimer.
Mais rien de cela, au contraire : c'était elle qui était venue lui avouer ce qu'elle ressentait, gênée certes, mais toujours avec une pointe de défi et de fierté dans la voix. Elle était très belle ce jour-là, encore plus que les fois précédentes. Aldébaran était tombé encore plus amoureux, si cela était possible du moins. Et ça devait l'être, car depuis, il n'avait que rarement questionné leur relation, ce qui après autant de temps, relevait pour certains du miracle, pour d'autres, de la preuve irréfutable qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. (Théorie de son meilleur ami, Mû du Bélier, bien placé pour savoir que si, malgré toutes les difficultés et les horreurs de la vie, on aime toujours l'homme ou la femme en face de nous, c'est qu'il ou elle est faite pour être celui ou celle qui partagera notre vie. Saga n'étant pas vraiment un modèle d'homme calme et vertueux, il parfait en connaissance de cause...).
Et tandis qu'il la repose sur le sol et qu'elle vient enrouler ses bras autour de sa taille, il est absolument convaincu que son ami Bélier a raison. Il glisse sa main dans les mèches vertes qui lui arrivent à peine au niveau du torse, et il sourit tendrement en sentant son soupir de bonheur.
« Je t'aime, » murmure-t-elle vraiment tout bas.
Shaina l'a choisi, lui, alors qu'il est bien moins attirant ou attractif que d'autres chevaliers. C'est lui qu'elle rejoint chaque jour, dès qu'elle le peut, dans son temple. Et à ses yeux, il n'y a pas de plus grande joie au monde. Parce qu'il serait prêt à se damner pour un sourire d'elle. Ça n'a aucune logique. Il le sait bien, mais il n'est qu'un homme après tout. Et par amour, tout simplement il serait prêt à accepter n'importe quoi, tant qu'elle lui sourira.
