Bonjour à toutes et à tous!

Tout d'abord, veuillez me pardonner pour ce retard de publication. Je me suis retrouvée confrontée à la situation que je redoutais : plus que trois couples, et un gros problème d'inspiration. Enfin, Minos et Eaque m'inspirent, mais je ne savais pas du tout comment j'allais écrire sur eux. Quant aux deux couples suivants, hem... Disons que j'espère que vous m'accorderez un délai un petit peu plus long que celui de d'habitude, parce que je vais avoir besoin de temps pour y voir clair.

Parallèlement à ce recueil, certain(e)s ont déjà remarqué que j'avais commencé une autre série de petits drabbles Les ne s'agit absolument pas d'une school-fic, attention! Ce sont en réalité des sortes de petits écrits sous forme de Curriculum Vitae, ou de descriptif des personnalités des chevaliers s'ils devaient être enseignant dans une université! Autant dire que c'est un peu du n'importe quoi, mais au moins, ça fait rire! (Enfin je l'espère...).

Enfin bref, je laisse la place à nos deux Juges d'amour!

Disclaimer : Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada. (et de très loin, Shiori Teshirogi.)

Couple : Minos & Eaque

PS : Je souhaite juste préciser que je n'ai absolument rien contre le couple Albafica/Minos. J'y fais allusion, pas forcément positivement, mais je suis capable d'aimer ce duo, attention!

PS 2 : Merci à ma Tendre Ta-Chan pour son soutien. J'espère que quand tu rentreras de la Japan (lucky youuuu!), cet OS te plaira toi qui aimes tant ce duo!

Sur ce, bonne lecture et merci de votre soutien sans failles!


« Hommes de l'avenir souvenez-vous de moi

Je vivais à l'époque où finissaient les rois ».

Vendémiaire, Apollinaire.

Allongé sur l'élégant divan de cuir noir de son amant, Eaque -vêtu d'un tee-shirt raffiné un peu usé et d'un pantalon de toile gracieusement abimé-, joue avec la télé, rembobinant inlassablement les images qui défilent devant ses yeux, tout en grignotant un morceau de chocolat et en se tordant de rire devant les réactions des protagonistes de l'histoire. Non vraiment, c'est excellent, il a beau le regarder pour la centième fois au moins depuis qu'il l'a obtenu, il n'arrive plus à s'arrêter. Pour le plus grand malheur de Minos qui, la tête entre les mains, tente tant bien que mal de se concentrer sur ses dossiers depuis son bureau. Aujourd'hui, Rune l'a quelque peu secoué,- avec politesse et tact, certes,- mais le message était clair, et malgré toute sa puissance, le Griffon n'a aucune envie de contrarier son procureur. Il tient à sa nouvelle vie, chèrement récupérée. Mais il n'est pas évident de cocher la bonne case dans la colonne « Châtiment mérité » lorsque son petit-ami s'amuse à se trémousser sur son canapé depuis plusieurs heures, le son au maximum pour profiter de la qualité exceptionnelle de son installation télé.

Il soupire et referme son dossier : tant qu'Eaque sera dans le coin, et pour un tas de raisons inavouables ou interdites aux mineurs, il ne pourra pas se concentrer suffisamment de toute façon. Autant cesser de perdre du temps, et arrêter de mélanger la seconde prison avec le Cocyte dans ses châtiments : cela fait terriblement désordre. Et il en a assez de recevoir les plaintes de Pharaon parce que « Cerbère ne peut tout de même pas dévorer des morts de mauvaise qualité, c'est mauvais pour son transit. » Il se lève donc de son bureau et s'installe sur le canapé, soulevant une jambe d'Eaque pour s'asseoir avant de la reposer sur ses cuisses. Il vient glisser ses doigts sur la peau mise à nue en bas de son pantalon, caressant distraitement sa cheville, et savourant du bout des doigts l'épiderme de son amant. Le Garuda a un frisson de bien-être, appréciant la caresse extrêmement tendre et sensuelle qu'il lui prodigue sans même s'en rendre compte. Ou peut-être est-ce son corps qui répond beaucoup trop aisément à celui de Minos. Il ne sait pas trop. Ce dernier reporte son attention sur l'écran. Grimace. Il n'en peut plus d'entendre ces répliques sans discontinuer depuis plus d'une semaine maintenant.

« Arrête un peu avec ce film Eaque. C'est lassant.

-Attends, tu plaisantes j'espère ? rétorque le Garuda en reportant son attention sur lui. Rhadamante, notre Rhadamante, si sérieux, si pédant, en train de faire une déclaration enflammée au Gémeaux ? Non mais sérieusement, c'est brillant ! Il faut absolument que je remercie encore ce gamin d'avoir enregistré ça !

-Si tu continues à le faire, il va se plaindre auprès d'Athéna pour harcèlement sexuel.

-Comme s'il m'intéressait… Non mais j'ai beau regarder ce truc en boucle, je ne m'en lasse pas !

-Je comprends toujours pas ce qu'il lui trouve à ce Chevalier…

-…

Eaque a un rictus de requin pervers, que Minos remarque aussitôt.

-Non mais en dehors de ses attributs évidents ! Ça va, ne te fais pas plus bête que ce que tu es. Je sais qu'il est monté comme un dieu Grecque. Mais copuler avec l'ennemi… Non vraiment non. Même pas en cauchemar j'y penserais.

- Tu peux parler… Et puis d'abord, je te rappelle que ce n'est plus notre ennemi. Ensuite, si on va par–là, on ne devrait pas coucher ensemble non plus. Et encore moins s'aimer.

-Qu'est-ce que tu racontes ? demande Minos, surpris, en cessant ses caresses.

-« Un inférieur tu pourras honorer,
Un égal jamais tu ne sauras aimer ».

Eaque marmonne ses mots entre deux visionnages des expressions colériques de son collègue Juge sur la cassette vidéo envoyée par Shun. Rien à faire, cela l'amuse toujours autant de voir à quel point Rhadamante a l'air sincère et désemparé face aux réactions du jumeau Gémeaux. Prenant conscience du silence de son amant, il relève les yeux pour y croiser une expression indéchiffrable, et hausse un sourcil pour l'encourager à poser sa question, tout en mettant la vidéo sur pause, histoire de lui montrer qu'il a toute son attention.

-Qu'est-ce que c'est que ce charabia encore ? Où tu es allé chercher ça ?

-Ben, dans nos documents.

-Quoi ?

Léger soupir fatigué du Garuda. Oui, il aime son compagnon. Oui ce dernier fait l'amour comme un Dieu. Ou un Juge en l'occurrence. Oui, il est magnifique, intelligent, puissant, etc, etc… Mais par moment, il est un petit chouia lent du ciboulot. Pas grand-chose hein, mais… Sur plusieurs millénaires, ça peut être légèrement agaçant.

-Tu sais, depuis 4000 ans qu'on fait ce boulot, ça m'arrive d'essayer de me cultiver. Juste un peu tu vois, histoire de garder la forme cérébrale. Pas grand-chose mais bon… Cela m'a toujours intrigué de savoir ce qu'on faisait à chacune de nos réincarnations, alors dès qu'on part pour une nouvelle guerre sainte, hop ! Je file à la bibliothèque. Du coup, quand tu ne me fais pas l'amour, je vais jeter un œil à nos archives, à nos histoires… Tiens, tu savais qu'à une époque, pendant la dernière guerre sainte, ta précédente réincarnation m'a honteusement trompé au profit d'un Chevalier d'Athéna ? Tu ne pourras plus te moquer de Rhadamante avec ça !

-Qu'est-ce que tu racontes ? s'écrie Minos avec un air horrifié.

-Oui enfin quand je dis tromper… Disons que tu as préféré jouer à la poupée avec un autre que moi, voilà. Et pourtant, tu sais à quel point j'aime quand tu m'attaches avec tes fils. C'est vraiment mesquin chéri. Heureusement que cela s'est arrêté là, sinon, j'aurais vraiment pu très mal le vivre. Ou le mourir en l'occurrence.

-Et ta citation, elle vient de ces archives aussi ? demande le Griffon sans répondre à l'accusation.

-Tout à fait. Apparemment, des règles nous avaient été imposées il y a bien longtemps, sûrement pour éviter les débordements ou les gaffes pendant les conflits entre dieux. Toujours est-il que, comme le dit si bien cette petite phrase, il semblerait qu'en tant que Juges, nous ayons le droit de forniquer avec tous nos spectres inférieurs, quel qu'ils soient et qu'importe leur nombre, mais absolument pas entre nous. Principe de base. Probablement aussi parce qu'on est aussi censés être frères ou demi-frères à la base… Je sais pas trop en fait. Notre Majesté Hadès voulait sûrement mettre un minimum d'ordre dans ce foutoir que devaient être les Enfers.

-…

-Tiens, à propos de Dieux, tu n'as pas oublié que Poséidon compte nous faire une petite visite d'ici à quelques jours ?

Minos se renfrogne brusquement, l'air prodigieusement agacé. Il retire sa main de la cheville de son amant et se renverse sur le divan, le regard vague. Amusé, Eaque se redresse et vient dégager les mèches voilant le regard doré du Griffon qui, pour parler simplement, fait la tête, il n'y a pas d'autres mots. Il serre la prise de ses jambes autour de son buste et sur ses hanches pour le rapprocher de lui et le forcer à s'allonger à demi sur son torse, glissant ses doigts dans les longues mèches blanches dans une caresse apaisante. Parfois, Minos est comme un enfant : capricieux et boudeur. Mais ce n'est pas grave, il a l'habitude à présent. Cela l'amuse plus qu'autre chose s'il devait être tout à fait honnête.

-Tu lui en veux toujours pour cette histoire de taureau ? Il faudrait passer à autre chose mon amour. Et puis, je trouve que tu as vraiment la mémoire sélective quand tu t'y mets : tu oublies ce malheureux chevalier d'i peine 250 ans, mais tu parviens à te rappeler d'un châtiment vieux de 4000 ans maintenant. Puis ce n'est pas comme si tu l'aimais ta Pasiphaé à la base hein…

-Raah tais-toi. Je n'ai pas envie d'en parler. Mais non, je n'ai pas oublié qu'il venait. Avec tous les préparatifs, et Rune qui n'arrête pas de courir d'un bout à l'autre du couloir de mon bureau sans faire le MOINDRE bruit, franchement, il y a peu de chances que je puisse occulter un tel événement même si je le voulais. »

Petit gloussement de la part du Garuda. Rien de méchant, mais la situation l'amuse. Les doigts d'Eaque courent entre les omoplates de son amant afin de le détendre un peu, et redessinent les muscles qu'ils connaissent parfaitement : cela fait des siècles qu'à chaque réincarnation, « Eaque » et « Minos » s'aiment inlassablement, et si leurs enveloppes changent parfois, ils ont une mémoire vaste, recouvrant près de 4000 années au service d'Hadès. Voilà la raison pour laquelle ils sont des combattants redoutables : des adversaires, ils en ont vu défiler des milliers, tous différents et en même temps, tous similaires. Autant dire que la claque qu'ils se sont pris par de simples chevaliers de Bronze et un demi-chevalier d'Or traître à son rang a fait extrêmement mal à leur égo. Avec les années, ce dernier avait grossi de manière assez démesurée, fort de leurs expériences et des informations accumulées. Il faut croire que ce n'était pas suffisant.

Aussi loin qu'il s'en souvienne, et de tout ce qu'il a lu, ils n'ont jamais gagné la guerre sainte. Pas une seule fois. Sinon, cela se saurait : la Terre serait recouverte de ténèbres, le monde serait englouti par les ombres, les humains seraient une race éteinte, etc, etc… Autant dire que la situation actuelle les perturbe tous grandement, Hadès compris. C'est la première fois pour eux tous qu'ils se retrouvent à être encore en vie alors qu'ils ont perdus une fois de plus : ils se retrouvent donc confrontés à un schéma totalement inédit. Cette nouvelle chance que les Dieux leur ont accordée, ils n'arrivent pas tous à en profiter. Certains sont encore méfiants, ils craignent que cela cache quelque chose, et qu'ils aient un jour besoin de rendre des comptes. S'il devait être tout à fait honnête envers lui-même, Eaque a douté lui aussi. Cela lui semblait… trop beau pour être vrai tout bêtement. Et puis bonjour les conditions ! « Faites ami-ami avec vos ennemis millénaires, sinon, on souffle la bougie de votre vie aussi vite que les Moires coupent le fil du destin. » Argh ! Rien de plus facile… Ben voyons, il n'y avait bien que Rhadamante pour se réjouir de la situation, lui qui était tombé fou amoureux de ce mégalomane de Gémeaux. Mais eux… Il se souvient parfaitement du regard de Minos ce jour-là, alors que les spectres autour d'eux se réveillaient les uns après les autres avec plus ou moins de difficultés. Leurs yeux fatigués s'étaient croisés, et la même question avait tournée : « Pourquoi ? ». Pourquoi, oui vraiment ? Quelle logique y avait-il à les ramener à la vie ? Si les Dieux souhaitaient la paix, alors eux, les serviteurs d'Hadès, perdaient leur fonction. Ce n'était pas triste, ni égoïste, c'était vrai. Les Spectres du Dieu de la Mort n'existent que pour la Guerre Sainte. Ils ne sont pas comme les Chevaliers qui luttent pour sauver la veuve et l'orphelin, non, eux, ils sont tout simplement… des soldats. Rien de plus, rien de moins.

Le regard de Minos… Un peu vide, un peu désemparé. Epuisé surtout, de se réincarner pour la deuxième fois en peu de temps. Fatigué de vivre, et déjà désespéré par la tâche que constituait une vie sans son rôle de guerrier. Hadès souhaitait les rassurer : les Enfers avaient besoin d'eux, il avait besoin d'eux, pour remettre sur pied ce que la Guerre Sainte avait détruit, pour ramener les morts et juger les âmes correctement. Heureusement qu'il était là, leur Dieu. Malgré sa cruauté quelques fois, le maître des Enfers était loin d'avoir cette espèce de sadisme mal caché que possédait Athéna. C'est ce que pense Eaque du moins. Il ne s'est jamais fait d'illusion sur son dieu, et il s'en porte très bien comme cela. Mais de voir ces chevaliers prêts à mourir pour la cause, en criant des inepties sur l'amour, l'amitié, la joie dans le monde… Vraiment, c'était à pleurer de rire. Se rendaient-ils seulement compte qu'ils se battaient pour la déesse de la guerre ? Le seul qui semblait réaliser la situation fut celui qui devait servir d'enveloppe charnelle à Hadès pour cette fois-ci. Quelle ironie… Décidément, les dieux sont bien iniques. C'est quelque chose qui n'a pas changé, même au bout de plusieurs milliers d'années. Au point que c'en est presque triste.

Il ferme les yeux, et soupire légèrement. C'est fatiguant d'avoir autant de souvenirs accumulés, même s'ils ne sont pas tous là, et même s'il en a oublié beaucoup. Il sent la respiration de Minos dans son cou, juste là, sous son oreille. Il soupire de plaisir, c'est tellement bon, tellement… rassurant parfois. Il aime son souffle chaud et ses doigts qui caressent ses cheveux presque tendrement, du moins, autant qu'il en est capable. C'est agréable. Il adore ça, pouvoir sentir la peau du Griffon contre la sienne, la chaleur de son corps, le poids de son désir contre son bassin qu'il est incapable de masquer. Mais en-a-t-il seulement l'intention ? Il en doute franchement. Lui-même n'a jamais cherché à cacher l'envie que lui inspire son demi-frère et ami : ils sont ainsi depuis si longtemps maintenant qu'avoir une réaction de gêne ou de pudeur paraîtrait presque…déplacé. Il laisse ses doigts glisser sous la chemise élégante de son amant, et vient retracer du bout d'un ongle sa colonne vertébrale, s'attirant par la même occasion un frisson de plaisir mal dissimulé, tandis qu'un sourire étire paresseusement le visage du Juge. Minos est encore fatigué, Eaque le voit bien.

Ils ont pris leur rôle de Juge très à cœur, se plongeant littéralement dans le travail pour ne pas trop réfléchir à leur situation actuelle. C'est la première fois qu'ils vivent aussi longtemps, la première fois aussi qu'il leur est accordé de s'aimer avec plus de temps, et cela leur semble étrange. La relation « d'Eaque » et « Minos » était jusqu'à présent constituée de baisers volés, d'étreintes passionnées bien que trop rapides contre un mur, sur un bureau, avant de se jeter dans la bataille. C'est bien la première fois depuis… -Mieux vaut ne pas chercher à compter d'ailleurs- qu'ils ont l'occasion de pouvoir… partager des étreintes de ce genre. Douces, sensuelles, parfois presque… délicates. Comme si de pouvoir faire les choses lentement leur ôtait parfois leur fougue première. Par moments, Eaque se fait l'effet d'être une gamine de dix-sept ans découvrant l'amour… C'est à mourir de rire. Ou à pleurer, question de tempérament.

« A quoi tu penses ?

Minos s'est relevé un peu, étonné du silence inhabituel de son compagnon. Si Eaque est bien moins bavard que le Chevalier du Scorpion (Rhadamante en revient parfois avec des migraines lorsqu'il passe des soirées avec les défenseurs d'Athéna), il est toutefois rare que ce dernier s'enferme dans le mutisme aussi longtemps. Le Garuda reporte son regard aux nuances de violet sur lui, tout en lui souriant de son habituel rictus un peu ironique. Tout va bien, ne t'inquiète pas, voilà ce que lui disent ces yeux superbes. Malheureusement pour eux, ils brillent un peu trop pour être honnêtes. Et Minos n'est pas dupe. D'une caresse plus appuyée dans son cou, il l'encourage à lui dire la vérité.

-Je suis perturbé. Vivre pour mourir, je suis habitué. Vivre pour la vie, ça ne nous est jamais arrivé.

Le Griffon le regarde d'un air sérieux, avant de soupirer en lui caressant la joue. Il comprend parfaitement que qu'Eaque peut ressentir, lui-même en a conscience depuis leur résurrection.

-Je sais oui, moi aussi je trouve ça bizarre. Presque… Mal venu.

-Minos… Tu crois que tu seras capable de m'aimer… plus longtemps que tout ce qui nous a été possible jusqu'à présent ? Nous n'allons pas mourir en quelques semaines cette fois-ci. Nous allons vivre Minos, vivre et peut-être même vieillir… Tu te rends compte ? Qu'est-ce qui va advenir de nous maintenant… ? »

Minos ne répond pas tout de suite, mais il continue de caresser les cheveux d'Eaque, pour le rassurer un peu, et lui faire comprendre qu'il ne l'abandonne pas, mais qu'il cherche ses mots, tout simplement. Le Garuda a compris, d'ailleurs, ses propres doigts continuent de créer une litanie pour les sens le long des muscles de son dos, ce qui le perturbe très légèrement dans sa réflexion. Si les questions lui ont été posées sur un ton léger, le ton habituel de son collègue Juge, elles n'en restent pas moins d'une importance capitale, et elles trahissent surtout un mal-être profond sur lequel ils ont tous deux des difficultés à mettre des mots depuis quelques temps à présent. Il réfléchit, mais la réponse lui paraît relativement évidente. Les grandes déclarations, ça ne lui ressemble pas. Il n'est pas Rhadamante. (Si le 3ème juge l'entendait, il y aurait de fortes chances pour qu'il l'étrangle dans la seconde, mais pour le moment, il a envie de se moquer encore un peu de lui.) Alors Minos se redresse au-dessus d'Eaque, les avant-bras de part et d'autre de son visage, et il l'embrasse. Doucement d'abord, juste un frôlement de lèvres, une caresse douce et un peu incertaine, à l'image des questions posées par le Garuda. Le contact est léger, le Griffon savoure le goût de ces lèvres un peu sèches et pourtant parfaites.

Puis, d'un léger coup de langue, il demande à Eaque de lui faire confiance. Ce dernier comprend, ses mains se referment sur la chemise de l'homme qui le surplombe, et s'y accrochent désespérément tandis que Minos lui offre sa réponse au travers d'un baiser brûlant. Il a écarté les jambes, par habitude, par envie se sentir le Griffon contre lui, sur lui, plus près de lui, toujours plus près, parce que ça n'est jamais assez. La langue de son amant caresse la sienne avec une dévotion rare, et le baiser devient incontrôlable, fou, désireux. Il sent la morsure sur sa lèvre supérieure, et le besoin presque urgent de toucher l'épiderme de Minos tout de suite, dans l'instant. Ses doigts tirent sur les boutons de la chemise devenue ennemie en cet instant. Un craquement, qu'ils ignorent tous les deux, perdus qu'ils sont contre la bouche de l'autre, à s'embrasser comme si demain était le dernier jour et qu'ils devaient de nouveau partir en Guerre. Il sent les doigts de Minos qui s'entremêlent à ses cheveux et tirent un peu dessus, au point qu'il ait un peu mal, mais ça n'a aucune importance, il répond avec plus d'ardeur à ce baiser de fin du monde, et soupire en comprenant que c'est cela, la réponse de son amant à ses questions. Il ne partira pas, il ne fuira pas. Puisqu'on leur donne enfin l'occasion, après toutes ces années à souffrir, de s'aimer librement, ils vont vivre, vivre ce putain d'amour qui les fait tenir depuis si longtemps maintenant. Oui, ils vivront intensément, et peut-être même que c'est cela qui finira par les tuer. Mais peu importe, Minos ne quittera jamais Eaque. Ils se sont promis l'éternité il y a des milliers d'années de cela, à leur toute première mort. Et cette promesse tient encore, pour toujours, dans le cœur des deux amants.