Tu es né bien loin d'ici
Muhuhu, il suffit que je dise que je ne vais plus me donner de deadline pour soudain avoir très envie d'écrire ^^ »
Et encore une fois je poste mon chapitre à une heure pas possible (et inexcusable ! je me lève à 6h30, soit dans… 4h20, quelle horreur…).
J'espère que vous allez apprécier ce chapitre. La fin est un peu euuuh étrange. Enfin, je vous laisse juger et on en reparle ensuite !
Bonne lecture !
Malgré sa résolution, Fye du respirer profondément avant de se lancer dans ses explications.
Mais quand il commença à raconter, à tirer sur le premier fils de ce qu'il avait vécu, tout coula naturellement, les mots venaient sans recherche.
Il débuta en expliquant sa vie avant son entrée au collège. Dans la petite école de quartier, il était accepté, il avait des amis. Les autres enfants respectaient son intelligence et sa passion pour le savoir, ils le trouvaient intéressant et n'hésitaient pas à lui demander des choses. La plupart d'entre eux n'aimaient pas lire mais adoraient les histoires et avaient dépassé l'âge où les parents viennent en raconter avant d'aller dormir, alors Fye jouait au conteur pour eux. Il racontait les aventures qu'il avait lues, les légendes, les histoires de chevaliers et de princesses. Et il souriait en se rappelant à quel point il se sentait bien, à l'époque, et son sourire se teinta d'amertume lorsqu'il se souvint avoir pensé que le collège serait une expérience passionnante, où il pourrait apprendre encore plus et se faire d'autres amis aussi gentils que ceux qu'il avait.
Mais l'entrée au collège fut une atroce désillusion. Il n'y connaissait personne et personne ne voulait le connaitre, malgré ses efforts. Là, son intelligence, sa sensibilité et son gout pour le savoir étaient des signes d'infamie. Et il avait eu le tort de montrer dès son arrivée qui il était.
Au début, les autres se contentaient de l'ignorer. Cela faisait mal, mais pas autant que ce qui suivit. Au milieu de la première année, un groupe de garçon de sa classe l'avait désigné comme cible. Eux étaient plutôt populaires, très « normaux ». Et dans l'environnement du collège, il valait mieux être comme eux que comme lui.
Les premières brimades avaient commencé au cours d'éducation physique. Il n'était pas très sportif. Leur professeur n'hésitait pas à lui rappeler. Fye était convaincu qu'il n'avait pas de mauvaises intentions et qu'il faisait simplement son travail en essayant de le pousser à se dépasser, mais il avait ouvert la porte aux moqueries des autres si même le professeur considérait que Fye était moins bon, alors il n'y avait aucune raison de se gêner pour le lui dire !
Puis, lentement, ce furent des agressions de plus en plus physiques. D'abord des coups qui semblaient ne pas avoir été donnés « exprès » et ensuite, de plus en plus souvent, des lynchages.
Cela avait commencé le jour où il avait amené un recueil de poésie pour le lire en cachette durant la pause de midi. Malheureusement, le groupe de persécuteurs avait fouillé son sac pendant l'heure d'éducation physique et ce trophée leur fournissait un nouveau prétexte pour le railler. La poésie, c'était pour les filles, et encore ! Ce n'était pas un vrai mec, juste un déchet.
C'est dans les environs de cette période qu'il avait commencé à s'entailler la peau. Il ne se souvenait plus comment l'idée lui était venue la première fois, sûrement avait-il vu un objet tranchant alors qu'il était en train de hurler à l'intérieur de lui-même. Mais il se souvenait précisément de ce qu'il avait ressenti. Le hurlement muet, le désespoir qui ne parvenait pas à sortir avait trouvé un chemin pour s'évacuer.
Tant pis si du sang coulait avec la peine et la tristesse, ça faisait moins mal à l'intérieur. Une plaie, on peut la guérir avec de la pommade et un pansement, alors que ce qu'il ressentait et qui ne voulait pas partir, ça n'avait pas de remède.
Il jouait double jeu auprès de ses parents. Il était rapidement devenu le roi du sourire faux qui rassure. Il n'avait pas de mauvaises notes, sauf en gymnastique, il avait l'air toujours souriant, ne pleurait jamais devant eux, ne se plaignait pas. Il valait mieux qu'ils ne sachent pas, qu'ils n'apprennent pas qu'ils avaient raté leur fils unique. Ils seraient déçus s'ils savaient.
À l'école, après la seconde année, les choses s'étaient légèrement calmées. Le groupe de garçons n'étaient plus dans sa classe et se plaisaient à maltraiter quelqu'un d'autre qui était plus accessible géographiquement. D'autres avaient repris la tradition de le brimer ou de se passer les nerfs sur lui, mais ce n'était plus physique. Et en se faisant tout petit, il parvenait à se faire oublier.
Mais sans amis, sans personne à qui parler, il se desséchait lentement de l'intérieur. Personne ne partageait ses points de vue ou ses passions. Pire, on lui avait fait comprendre que ce qu'il aimait n'était pas normal. Et si tout ce qu'il aimait était anormal, cela ne voulait-il pas dire que lui aussi était inadapté ? Sa faiblesse prouvait que oui.
Pendant tout le long discourt de Fye, Kurogane n'avait pas lâché sa main. Il écoutait avec attention le jeune homme faire le récit de tout ce qu'il avait vécu ces dernières années. Lorsque Fye eut fini de parler, Kurogane resta pensif un instant, comme s'il cherchait ses mot, puis brisa le silence.
- Je ne pense pas que tu sois faible. Il faut une grande force pour résister à des gens qui te détruisent un peu plus chaque jour. Tu es peut-être anormal, oui. Et alors ? Je te l'ai déjà dit, les gens normaux ne sont pas intéressants. Les gens deviennent cons en grandissant. Les enfants qui étaient en primaire (1) avec toi tiraient profit de ta différence et t'avaient intégré. Mais en grandissant, on veut détruire ce qui est différent, pour être sûr qu'on est bien normal. Et des connards comme ceux qui t'ont tabassé ne pouvaient pas comprendre combien tu as de la valeur.
Fye sourit, non seulement aux mots apaisants de Kurogane mais aussi parce qu'il était rare que son ami se fende d'un aussi long discourt.
Cependant, une ombre pesait sur les traits de Kurogane.
- Je voulais te demander, hier… Est-ce que tu as entendu des choses sur moi ? murmura-t-il.
Fye lui répondit d'abord par un regard étonné.
- Des choses ? Euh… à part quelques filles qui disaient que tu avais l'air appétissant, non.
Cela ne fit pas rire Kurogane.
- Tu as été honnête avec moi et tu m'as fait confiance. Je suppose que je dois en faire de même. En plus, hier j'ai cru que… enfin, après réflexion je crois que je préfère t'apprendre moi-même ce qui concerne mon passé plutôt que tu entendes les rumeurs.
Fye ne parla pas. Il aurait aimé dire à Kurogane « tu parles si tu en as envie, je peux attendre », mais il avait peur que son perspicace ami ne se rende compte qu'en fait il mourrait d'envie d'en savoir plus. Alors il se tu et attendit la suite. Kurogane inspira longuement.
- Il n'y a pas trente-six-mille façons de le dire, alors autant le dire cash. Je suis gay.
Il s'arrêta un instant pour scruter la réaction de Fye, mais celui-ci ne fit que hausser un sourcil.
- Pour faire court… ça s'est su dans l'ancienne école où j'étais. Et certains n'étaient pas très… compréhensifs. Un d'entre eux m'a insulté, ça a été la provocation de trop, je l'ai frappé. J'ai dû changer d'établissement scolaire. Mes parents ne m'ont pas suivi, ils se sont servis du prétexte pour me jeter à la porte.
Fye comprit que pour aujourd'hui il n'en saurait pas plus. Il décida d'opter pour de l'humour.
- Sérieusement… il y a vraiment, quelque part dans ce monde, un type qui t'as regardé et qui s'est dit que s'il t'insultait ça allait passer tout seul et qu'il pourrait repartir en un seul morceau ?
Il obtint l'effet escompté, puisque Kurogane étira ses lèvres en un sourire moqueur, l'air de dire « oui, moi aussi ça m'étonne ».
- Plus sérieusement, reprit Kurogane, ça ne… te dérange… pas ?
Fye aurait bien rit de la scène. Lui qui avait atrocement peur que Kurogane le rejette depuis qu'ils se connaissaient, parce qu'il était un lâche et un faible, se retrouvait dans la position où c'était à lui d'accepter ou non son ami.
Une partie de lui, celle qu'il avait méticuleusement disciplinée, lui souffla les mots à dire :
- Bien sûr que non ! Tu es mon ami, ça ne risque pas de changer, déclara-t-il en souriant.
Mais l'autre partie de lui, celle qu'il réprimait depuis tellement longtemps, lui susurrait bien d'autres mots… Amis ? Vraiment ? Amis comme dans ces rêves trop explicites où leurs corps fusionnaient avec passion ? Amis, alors que Kurogane venait de détruire un des remparts qui protégeait Fye de lui-même ? Quelques heures auparavant, Kurogane était pour lui un hétéro vénéré par les filles, donc par conséquent inatteignable. Et c'était bien mieux ainsi, c'était beaucoup plus facile de chasser d'un seul coup toutes les pensées malsaines qui lui venaient à l'esprit. Mais maintenant… il allait falloir regarder la vérité en face. Car quand les idées reviendraient, elles ne partiraient plus si facilement.
L'estomac de Fye se noua. C'était inéluctable, et au fond de lui il connaissait déjà la réponse. Même en se mentant du mieux qu'il pouvait, il ne pouvait pas ignorer totalement la vérité. En se penchant sur la question, il savait déjà ce qu'il trouverait.
Il savait aussi que ça ne s'arrêterait pas là. Il savait que les réactions qu'il avait face à Kurogane étaient disproportionnées. Il n'y avait qu'une conclusion possible et elle aussi il la connaissait.
- Merci. Tu restes mon ami aussi. J'avais peur que tu décides de ne plus t'approcher de moi, un peu comme hier. C'est pour ça que je pensais que tu étais déjà au courant. Mais t'as pas à t'inquiéter.
Fye sourit avec tout son art de la dissimulation, et jeta un coup d'œil au réveil qui indiquait une heure fort avancée. Il proposa d'aller se rendormir. Il ne put décliner l'offre de Kurogane de dormir dans le lit, suffisamment grand pour deux personnes, sans risquer de blesser son ami alors il accepta et se prépara pour une longue nuit d'insomnie.
Il passa les heures suivantes à regarder le plafond dans le noir, puis progressivement dans la lumière naissante lorsque le matin se montra.
Il avait passé la nuit à réfléchir. Il en voulait à Kurogane, il le haïssait presque.
La partie refoulée de sa personnalité, dont c'était décidément le jour de sortie, approuvait cette haine par d'ironiques « c'est vrai ! On ne dit pas à son ami gay refoulé qu'on est soi-même gay, l'obligeant ainsi à faire son introspection, ce n'est pas poli. C'est encore moins poli d'être aussi cruellement beau et désirable mais de certifier qu'on ne va rien tenter ! »
En avouant sa préférence, Kurogane s'était mis à sa portée. En lui disant qu'ils resteraient amis, il s'était reculé juste assez pour que Fye ne puisse l'atteindre.
Lorsque Kurogane s'éveilla après, visiblement, une bonne nuit de sommeil, il scruta un instant le visage de Fye, comme pour s'assurer que le jeune homme n'allait pas tout à coup s'enfuir ou revenir sur sa promesse de la veille.
Fye lui sourit et lança :
- Bon, on repart pour une journée de Soul Calibur, ou tu préfères que je t'éclate sur un nouveau jeu ?
Kurogane lui offrit son fameux sourire qui n'en est pas un. Un sourire vaguement moqueur et qui semblait carnassier, mais qui, une fois qu'on connaissait bien celui à qui appartenait ce sourire, était simplement gentil et compréhensif.
Tout en regardant Kurogane se lever, Fye se senti terriblement lâche.
Il avait fini par ouvrir, dans son cœur, la boite qui contenait ses sentiments bien scellés depuis des années. Par malchance, ils étaient tout entiers dédies à son seul et meilleur ami. Et le meilleur ami en question n'avait vraiment pas l'air de vouloir que leur relation change.
Quelque part, Fye se sentait comme un traitre. Kurogane lui avait tout confié alors que lui, il lui avait caché l'essentiel.
Mais cette nuit sans dormir n'avait pas servi qu'à ruminer un amour mort-né.
Fye se leva pour suivre Kurogane dans la cuisine et l'aider à mettre la table pour le petit déjeuner.
Alors qu'il saisissait un bol dans l'armoire, il raffermit sa volonté. Kurogane ne voudrait pas de lui, alors mieux valait que jamais il ne sache quel genre de sentiments Fye nourrissait à son égard.
Ils resteraient amis, quoiqu'il arrive.
Quand je parlais de fin bizarre… En fait, c'est surtout que je ne sais pas si ce que je voulais exprimer sera bien perçu, donc je m'explique un peu (je triche).
Je voulais m'expliquer quant au sentiment que Fye ressent lors de la révélation de Kurogane. Depuis le début de la fic, j'essaie de faire transparaitre le fait que Fye est gay et amoureux de Kurogane mais qu'il refoule tout ça, parce que vu son passif (sans jeu de mots ^^) il ne peut pas se permettre d'ajouter « gay » à la liste des choses qu'il doit gérer.
Après, je ne sais pas comment d'autres auraient réagi, mais il me semble qu'après une telle révélation, j'aurais aussi réfléchi toute la nuit aux implications que ça avait, et ça aurait rompu un barrage.
Maintenant, si cela ne vous semble pas logique, je suis désolée, je ne peux écrire qu'à partir de mon expérience et de mes connaissances du monde.
Et si ca vous semble logique, tant mieux :D mais je tenais quand même à préciser un peu les choses vu qu'on me dit souvent que je ne réagis pas normalement ^^ »
Comme toujours, n'hésitez pas à me reviewer !
Et merci de lire ma fic ^^
