Tu es né bien loin d'ici
Coucou tout le monde ! Comme d'habitude je n'ai pas posté depuis perpèt', mais ça on commence à avoir l'habitude ^^ » Ce chapitre n'est pas extrêmement long, mais en fait le suivant est déjà en cours d'écriture. Nous avons ici un petit point de vue dans la tête de Kurogane, j'avais quand même envie qu'il s'exprime au moins une fois dans cette fic !
NB : Merci à toutes les personnes qui m'ont envoyé des reviews, eeeet auxquelles je n'ai pas répondu. Ca fait un certain temps que je n'ai plus internet (ou alors 2 minutes et puis ça plante, je crois qu'on peut localiser ma maison dans toute ma ville aux insultes que je hurle à chaque fois que j'essaie vainement de me connecter) et je ne sais plus à qui j'avais déjà répondu et à qui non, donc je vous signale ici même toute ma reconnaissance : merci pour vos encouragements et merci de lire ma fic.
Sur ce, je ne vais pas blablater plus longtemps, bonne lecture !
La salle de classe était bruyante, comme d'habitude. Ce n'était pas un bon chahut bien franc, juste une rumeur continuelle qui sciait les nerfs de Kurogane. Il lança un regard plein de reproches au professeur, cet espèce d'incapable qui ne parvenait pas à tenir un semblant d'ordre dans cette classe. Il leva finalement les yeux au ciel avec lassitude, se désintéressa du cours et laissa son esprit flâner.
Un léger coup de coude le rappela à la réalité son voisin de table venait de lui tendre une feuille discrètement.
« Ca va ? Tu ne notes rien… »
Il sourit et s'empressa de répondre.
« M'ennuie. J'écouterai quand le prof sera passionnant »
Fye pouffa discrètement.
« C'est pas près d'arriver »
Et le blondinet se reconcentra sur le cours, visiblement rassuré.
Kurogane ne put s'empêcher de sourire de nouveau. S'il avait été une jeune collégienne, il se serait exclamé « roooh, Fyounet est vraiment croooo mignon ! », mais ce n'était pas une collégienne, c'était un Kurogane. Et ses sentiments envers son camarade n'étaient pas aussi simples.
Il était reconnaissant à Fye de l'avoir accepté. En y réfléchissant, il regrettait d'avoir attendu si longtemps avant de se confesser, il aurait dû prévoir que son ami n'allait pas lui dire « ok, bon finalement dégage ». Mais après son expérience dans le précédent collège, il était devenu plus prudent.
Kurogane fronça les sourcils. Prudent… Ça ne lui ressemblait pas. Il s'était toujours considéré comme quelqu'un de fort, d'inébranlable, qui s'en fout de l'avis des autres, mais en arrivant ici il avait vu à quel point il avait tort.
Il vivait seul chez lui, sans personne pour l'attendre quand il revenait des cours. Certes, par rapport à la situation tendue qui régnait chez lui avait qu'il se fasse mettre à la porte c'était un mieux. Mais on ne pouvait pas dire pour autant que c'était un bien. Alors il n'aurait sans doute pas apprécié de devoir être, en plus, seul dans cette cage aux lions qu'est l'école.
Le blondinet le traitait toujours comme un grand frère protecteur et sûr de lui. S'il savait.
Il n'était plus sûr de grand-chose depuis assez longtemps. D'abord, il avait dû assumer ses penchants pour les hommes, ce qui n'avait pas été aisé. Il avait passé des heures à douter, à refuser de voir les choses en face, à lutter parce qu'il savait que, s'il acceptait ce fait, sa vie allait tout à coup être très différente et sûrement plus compliquée. Il avait ensuite dû accepter la réaction de ses parents, la preuve de ce qu'il soupçonnait avant même de savoir qu'il était gay : ils ne l'aimaient pas. Il n'avait jamais été battu, mais il supposait fortement être né plus par accident que par amour. Ça lui faisait déjà mal de grandir sans amour ni affection, mais à partir de ce moment, ils l'avaient véritablement délaissé. Il lui avait fallu longtemps pour comprendre que ça n'avait rien à voir avec lui ou avec sa sexualité, ils cherchaient juste une excuse pour ne plus s'en occuper et ce fût chose faite lorsqu'il frappa un élève de sa classe. C'était carrément leur servir l'occasion sur un plateau.
Ça, par contre, il ne l'assumait pas, il le regrettait profondément. Il n'aurait jamais dû se laisser dominer ainsi par sa colère malgré toute l'application qu'avait mis ce connard à l'énerver. Kurogane ne se donnait pas d'excuses, mais tout le petit collège de sa ville paumée au fin fond du pays s'était ligué contre lui pour lui pourrir la vie quand ils avaient appris qu'il était gay. Pourtant, il était convaincu que parmi la foule de crétins, au moins deux étaient comme lui. Avec le recul, il leur souhaitait de sortir au plus vite de cette ville où tout le monde se connaissait et avait des opinions pour le moins moyenâgeuses et de s'assumer, sinon ils finiraient refoulés et aigris. Soit. Lorsque celui qu'il estimait avant être son meilleur ami l'avait pris à parti pour l'insulter, ça avait été la goutte d'eau en trop, il avait explosé. Il l'avait frappé.
Quelque part, ça faisait partie de son caractère un Kurogane ne montre rien, ne laisse pas ses sentiments s'exprimer ainsi. Mais à force de tout garder, cela faisait le même effet qu'une cocotte-minute. Au bout d'un moment, tout le négatif explose. Et le bref apaisement qu'il avait ressenti en frappant celui qui l'insultait avait presque immédiatement cédé sa place aux regrets. Il aurait voulu faire comme les enfants lorsqu'ils ont fait tomber leur camarade et crier « non, pleure pas, surtout le dis pas à maman ! Frappe moi si tu veux, mais ne le dis pas à maman », mais à la place, ça aussi il l'avait assumé. Il n'avait rien dit lorsque la directrice lui avait demandé les raisons de son geste, à quoi bon ? Elle était au courant de tout et n'avait jamais rien fait. Il était trop fatigué pour se battre.
Fatigué, c'était sûrement le mot qui le résumait le mieux pour l'instant. Après tout, quoi qu'il fasse, il devait le faire contre la majorité. C'était épuisant, lassant. Venir aux cours le fatiguait aussi, il détestait être entouré de ces adolescents superficiels. Si ces gens-là étaient l'avenir, alors autant se jeter maintenant parce qu'il y avait fort à parier que ces gamins gâtés n'amélioreraient rien en ce bas monde.
Fye était différent. Encore heureux ! Dans son entourage, c'était le seul individu acceptable. Il n'avait pas vraiment été épargné non plus mais surtout il était intelligent et empathique. Cette dernière qualité se faisait rare en cette période d'égoïsme quasiment obligatoire. Fye était capable de se mettre vraiment à la place de la personne qu'il écoutait et ça valait de l'or, même si au final Kurogane se confiait rarement.
Le blondinet réussissait quotidiennement l'exploit de donner envie à Kurogane de se lever. Il y avait toujours entre eux deux une conversation en cours à laquelle ils méditaient lorsqu'ils ne se voyaient pas, et qu'ils ranimaient le lendemain matin avec une certaine joie, bien que dissimulée chez Kurogane. Rien que pour ça, il acceptait le désagrément d'être entouré de crétins.
Quelque part… oui, c'était une petite parcelle de bonheur.
Mais ce bonheur, Kurogane le savait terriblement éphémère. Chaque jour, il glissait un peu plus vers l'inévitable catastrophe. Chaque matin, lorsqu'il voyait Fye, mal réveillé, qui l'attendait à l'entrée du collège, son cœur se serrait malgré lui. On aurait dit un ange tombé sur Terre, qui se demande ce qu'il fait là et pourquoi tout autour de lui a l'air si agressif alors que lui veut retourner dans son monde de douceur. Et, lentement, à force de le côtoyer, il avait fini par céder.
Comment résister ? Rien que physiquement, cet ange blond détonnait dans le paysage. Ses traits fins appelaient à la caresse. Son corps élancé était une pure invitation à avoir des pensées peu chastes. Mais en plus, Kurogane savait tout ce qui se cachait derrière cette apparence presque éthérée. Il savait que Fye n'était pas juste un ange apeuré dans un monde trop cruel, il était aussi quelqu'un de fort. Sinon, comment aurait-il tenu toutes ces années ? Il fallait aussi être fort pour se lever chaque jour en sachant pertinemment ce que nous réserverait le sort, être constamment au bord de la falaise sans jamais franchir le pas. Et Fye était intelligent et doté d'un formidable sens de l'humour, ce qui ne gâchait rien.
Kurogane se gifla mentalement. Ce n'était pas le moment de se laisser aller à penser ce genre de chose alors que le principal intéressé était assis juste à côté ! Il lui jeta un bref coup d'œil, et son cœur flancha de nouveau. Était-ce vraiment possible d'être aussi beau ? Concentré sur le cours, Fye n'avait plus l'air ni naïf ni fragile, il était dans un espace protégé où les professeurs reconnaissaient sa valeur intellectuelle, il n'avait donc pas besoin d'être sur ses gardes. C'est dans ces moments qu'il était le plus dangereux, car en le regardant, Kurogane ne voyait plus seulement le chaton malheureux des premiers jours, celui qui donnait envie de protéger. Il voyait aussi le jeune homme plein de force qui s'épanouirait dès qu'on lui en donnerait l'occasion, et qui sait… qui pourrait être assez fort pour aider Kurogane à apprécier sa vie et pas seulement à la supporter.
Mais cela, c'était une simple rêverie. Jamais Fye ne serait avec lui. Accepter que son meilleur ami soit homosexuel, c'était une chose, mais accepter ses sentiments à son égard quand on ne l'est pas, c'en est une autre ! Fye était gentil, certes, mais Kurogane se refusait à lui exprimer ce qu'il ressentait. Déjà, parce qu'il estimait avoir fait assez de déclaration pour tout le prochain siècle en lui révélant qu'il était gay, et ensuite parce qu'il ne voulait pas voir s'éloigner son seul ami. Le choix s'était fait tout seul, et Kurogane s'y tiendrait. Même si chaque jour, ce qu'il avait le satisfaisait de moins en moins, même s'il s'arrangeait de plus en plus souvent pour effleurer « sans le faire exprès » la peau de Fye. Il était comme un drogué à qui il fallait une dose chaque fois plus forte. Et un jour, ce serait l'over dose. Ce jour-là, il exploserait, son envie de serrer Fye dans ses bras serait plus forte que celle qu'il soit simplement son ami. Ce jour-là serait une catastrophe mais chaque seconde menait vers lui.
Alors, Kurogane profitait du présent, et, tout en écoutant très distraitement le professeur leur expliquer quels exercices ils devraient faire pour le lendemain, il sourit à l'idée qu'il allait bientôt pouvoir parler une heure complète avec Fye, et que cela lui suffisait. Pour l'instant…
Voila ! Avec un peu de bol, si je fais une offrande à la Sainte Connexion Internet tous les jours pour qu'elle continue à bénir mon modeste pc de ses ondes, je devrais pouvoir poster dans pas trop trop longtemps (je vais lui sacrifier mon frère, elle devrait être contente !). Donc à bientôt !
