Tu es né bien loin d'ici
Bonsooooooir ! Et oui, je reviens poster un horrible petit chapitre après euh… un certain nombre de mois d'absence, on va dire. Je sais que je suis une auteure indigne ! Fut une époque, les fics passaient avant mes études et ma vie, mais malheureusement, cette époque est devenue un trrrèèèèès lointain souvenir. Je vis maintenant dans une école où les profs se complaisent à nous torturer à coup de travaux de 40 pages à rendre pour dans 2 jours, de présentations orales surprises (impliquant une étude quotidienne) eeeet, joie de la dernière année, d'un travail de fin d'étude (ou comment te dire que sur la même année, tu dois prester des stages, suivre tes cours, rendre des travaux ET faire une thèse et sa soutenance. Le monde est cruel).
Bref, c'était l'instant « j'parle de ma vie pour vous expliquer que c'est tout pourri-caca », mais le plus important n'est pas là.
Juste une chose : lisez quand même la note à la fin !
Bonne lecture !
Fye perçu confusément que Kurogane était dans les environs mais tout son être était obsédé par la sensation de douleur qui émanait de chaque centimètre carré de son corps. Tout lui faisait mal, même rester immobile ou juste respirer.
Il n'avait pas vu qui l'avait frappé. Non, « tabasser », le terme exact était « tabasser ». Trois, peut-être quatre personnes. Ils avaient parlé mais lui n'avait pas reconnu les voix au travers de la douleur. Il avait tout fait pour ne pas émettre le moindre son, en espérant que ses agresseurs se lasseraient plus vite s'il n'opposait pas de résistance. Mais dès qu'il les avait entendus partir, il s'était mis à sangloter. Il se sentait incapable de bouger. Il était juste brisé, anéanti.
Il voulait partir, loin de tout ça. Il senti les bras musclés de Kurogane l'arracher au sol et l'aider à se mettre sur ses deux jambes. Il le traina le plus délicatement possible jusqu'à l'infirmerie.
Fye sombra dans le néant dès qu'il toucha le lit inconfortable qui servait aux élèves malades, emportant seulement avec lui le son de la voix de Kurogane.
Quatre jours s'étaient écoulés depuis l'agression de Fye. Il avait été interrogé par le préfet de discipline, puis ensuite, face à son silence et à l'obstination de sa mère, par un policier. Mais Fye n'avait rien dit. Que dire, de toute façon ? Il n'avait pas vu ses agresseurs, et même s'il avait une vague idée de la raison pour laquelle il s'était fait tabassé, il n'avait aucune envie d'en parler.
Il s'était réfugié dans le mutisme, comme des années auparavant, lorsqu'il était encore seul. Peut-être était-ce là son destin, être à jamais une victime. Il ne pouvait nier qu'il était différent de tout le monde, c'était flagrant ! Et sortir avec Kurogane, assumer être… homosexuel ? Ce terme semblait étrange, Fye ne savait toujours pas s'il n'était attiré que par Kurogane ou par les hommes en général. Mais peu importait pour le reste du monde, la différence était négligeable. En tout cas, le fait que cette relation soit devenue publique avait très clairement empiré les choses.
Fye soupira en regardant son téléphone. Il n'avait pas répondu au seul SMS que Kurogane lui avait envoyé. « Ça va ? ». Que pouvait-il répondre à cette question ? Non, ça n'allait pas. Mais il lui fallait un peu de temps avant de pouvoir parler de nouveau à son amant. Juste le temps de se reconstruire un peu.
Fye savait que Kurogane était bien plus affecté par ce qu'il se passait qu'il ne le montrait. Foncer chez lui et pleurer dans ses bras n'était qu'une solution égoïste. Oui, après cela, il serait peut-être soulagé, il pourrait rentrer chez lui et parler avec ses parents, mais il laisserait Kurogane seul avec sa tristesse et celle de Fye.
Il fallait être fort, tous les deux. Kurogane ne pouvait porter seul le poids de ce que vivait Fye, alors celui-ci devrait récupérer avant de le revoir. C'était la meilleure chose à faire.
Il s'allongea dans son lit défait par les cauchemars de la dernière nuit et s'endormit en pleurant.
La guérison allait être longue.
Kurogane n'allait plus en cours depuis quatre jours, depuis que Fye n'y allait plus non plus. C'était bien au-delà de ses forces de se lever et de faire semblant que la vie était pareille.
Tout avait changé depuis qu'il avait rencontré ce blond brisé qui lui avait souri comme seuls savent le faire les anges déchus.
Il ne l'aurait jamais avoué à personne, à peine à lui-même, mais il se sentait comme un gamin, face à Fye. Il en aurait presque dessiné des petits cœurs dans ses cours quand Fye avait accepté de sortir avec lui.
Fye était passé ridiculement facilement à travers tous les murs que le brun avait construits. Il avait touché son cœur en si peu de temps…
Kurogane avait cru crever d'amour retenu pendant des semaines. Dès qu'il avait parlé à Fye, il avait compris qu'il était face à un de ces humains exceptionnels. Pas exceptionnel parce qu'il ferait de grandes choses, mais exceptionnel parce qu'il était profondément humain, gentil, intelligent et sensible. Oui, il était différent, en bien, en tellement bien ! Et ça lui valait de souffrir l'enfer.
Kurogane sourit tristement. Ils avaient été heureux, tous les deux, pendant un moment. C'était ridiculement peu de temps en comparaison de ce que Fye avait souffert. Et maintenant, à cause de lui, il souffrait de nouveau. Il n'aurait jamais dû céder à cette impulsion égoïste, le soir où ils étaient rentés saouls, il n'aurait jamais, jamais dû toucher Fye. S'il ne l'avait pas fait, ils seraient toujours amis et Fye n'aurait pas été de nouveau une cible, il n'aurait pas été… tabassé.
Le brun frappa rudement le mur, s'égratignant le point. Un peu de sang coula et il le regarda, fasciné. Il avait mal mais il ressentait en même temps une sorte de satisfaction. Fye souffrait, il méritait de souffrir ainsi. Il frappa de nouveau le mur, encore et encore. Puis, se sentant vidé de ses forces, il se laissa tomber sur le sol.
Kurogane sentait le sang pulser dans ses mains, réveillant à chaque battement la douleur. Recroquevillé sur son tapis, il regardait le sang former une tâche inquiétante. Profondément rouge. Le sang qui coulait lentement l'hypnotisait. D'une certaine façon, ce spectacle l'apaisait. Il ne savait pas que, d'une manière moins chirurgicale, il reproduisait ce que Fye faisait. Comme tous ceux qui souffrent, il venait de trouver l'exutoire à la souffrance morale en martyrisant son corps.
Une lourde chape de fatigue s'abattit sur lui alors qu'il regardait toujours la petite flaque dans laquelle baignaient ses phalanges, et il s'endormit, sombrant dans des cauchemars où Fye se faisait rouer de coups sous ses yeux.
- Ca ne peut plus continuer !
Sans trop savoir pourquoi, Fye s'était réveillé le matin du sixième jour après son agression avec plus de détermination qu'il n'en avait jamais eu. Pendant la nuit, il avait revécu encore une fois ces quelques minutes de sa vie qui avaient brisé tout ce qu'il avait reconstruit depuis sa rencontre avec Kurogane. Mais, dans ce rêve, Kurogane était arrivé à temps. Il avait aidé Fye à se relever, ils avaient affronté les agresseurs, qui étaient partis en courant après être devenu minuscules sous le regard conjugué des deux amants.
Ce rêve avait donné envie à Fye de revoir Kurogane. Non, ce n'était pas une envie, c'était un besoin.
Mais avant d'aller le voir, il fallait qu'il parle à ses parents. Il avait eu six jours complets pour repenser à sa vie, l'examiner sous toutes ses coutures. Loin de l'atmosphère oppressante de l'école, entouré de l'affection de ses parents, il pouvait voir les choses sous une autre perspective.
Fye avait toujours eu peur que ses parents n'apprennent ce qu'il vivait à l'école. Comme tous les enfants, même les adolescents, il ne voulait pas décevoir ceux qui l'aimaient. Et leur apprendre qu'il n'était pas populaire, qu'il était un souffre-douleur, ça aurait sûrement été admettre qu'ils avaient raté quelque chose dans son éducation. Ou qu'ils s'étaient trompé en investissant en lui tant d'amour et d'énergie.
Pourtant… il était revenu, six jours plus tôt, plein de bleus. Maintenant, ses parents savaient qu'il avait été tabassé. Et ils l'aimaient toujours. Alors, peut-être qu'avec un peu de chance, ils accepteraient les autres facettes de lui qui n'étaient pas parfaites.
Fye se leva de son lit en un seul bond. Sa résolution était prise, alors il fallait qu'il l'exécute tant que le courage le soutenait encore un peu. Pour une fois dans sa vie, il allait faire confiance à son instinct qu'il étouffait sans cesse par peur de déplaire aux autres.
Il allait descendre au rez-de-chaussée. Il allait expliquer à ses parents ce qu'avaient été pour lui ces dernières années, il allait leur montrer ces marques qu'il avait toujours dissimulées si soigneusement, il allait leur dire tout. Il devait leur dire pour Kurogane…
Et s'ils l'acceptaient, alors il pourrait retourner à l'école, affronter enfin l'enfer en sachant que quoi qu'il arrive, il y avait une place chez lui où on l'aimait inconditionnellement.
Et surtout… il irait voir Kurogane le soir même, pour le rassurer, lui dire qu'il allait bien et que ce qui était arrivé n'était la faute de personne d'autre que les agresseurs.
Il ouvrit lentement la porte du salon, comme s'il entrait dans une nouvelle vie.
Kurogane s'était réveillé en sursaut. Il avait l'impression qu'un poids lui pesait dans le ventre, ne voulant pas partir depuis six jours.
Machinalement, il saisit son téléphone. Rien. Toujours pas de message de Fye. Le poids se fit encore un peu plus lourd, si c'était possible.
Il s'assit dans son lit, tout en fixant l'écran qui n'affichait désespérément pas de nouveau message. Fye devait lui en vouloir, c'était indéniable.
Soudain, le téléphone vibra. Un appel. Mais le numéro qui s'affichait n'était définitivement pas celui de Fye. Il décrocha tout de même, après tout il pouvait l'appeler depuis son téléphone fixe, on ne sait jamais.
- Allô ?
- Allô ? Kurogane ? C'est… maman.
Il y avait eu un blanc de quelques secondes avant le « maman ». Sérieusement ? « Maman » ? Cette femme acceptait encore le côté tellement affectif de cette dénomination ? Non, Kurogane savait bien que cette appellation n'était qu'une question de convenances, que sa mère ne se permettrait jamais de dire « allô, c'est ta génitrice à l'appareil ». Pourtant, son cœur se serra de nostalgie en entendant ce mot, cette voix… Tout cela lui rappelait une époque où sa vie n'était pas si compliquée, où elle n'était pas un déprimant tunnel plongé dans l'obscurité…
- Ah. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Hum. Ton école a appelé. Il parait qu'un de tes camarades a été frappé et que c'est toi qui l'as retrouvé.
Peut-être qu'elle se faisait du souci ? Était-il possible que les gens changent ?
- Oui.
- Ah. Il faudra que tu les informes qu'ils ne doivent pas nous contacter, dans ce genre de cas. Ils doivent appeler l'assistant social qui s'occupe de ton dossier.
Kurogane contracta sa mâchoire si fort, sous le coup de la colère et de la déception, qu'il senti le gout du sang affluer dans sa bouche.
- Je leur dirai.
- Parfait. Au revoir.
Elle raccrocha sans lui laisser le temps de répondre.
Kurogane se senti tout à coup très seul. Fye ne répondait pas, sûrement brisé chez lui. Kurogane n'avait plus d'ami d'enfance, ils s'étaient tous retournés contre lui en apprenant ce qu'il était. Il n'avait pas d'ami dans cette nouvelle ville, non plus. Et même ceux qui l'avait mis au monde s'en foutait complètement de ce qui pouvait lui arriver.
De rage, il lança son téléphone vers le mur. L'objet se fracassa contre le plâtre et retomba, disloqué, au sol.
Kurogane se leva, sans quitter du regard la masse inerte de ce qui avait été son téléphone. Il était si facile de briser les choses.
D'un pas résolu, il se dirigea vers la salle de bain.
Fye respirait difficilement. Il était resté allongé dans sa chambre pensant six jours complets, et passer de cet état amorphe au déchainement d'énergie qui venait de le saisir semblait épuiser son corps. Pourtant, il ne ralentit pas le pas en marchant vers l'appartement de Kurogane.
Il sourit en pensant qu'enfin, une journée de sa vie se passait bien. Quelque part « là-haut », quelqu'un avait dû estimer qu'il avait payé son quota de mauvais moments et qu'il avait droit à un répit dans sa vie, augmenté d'une petite poussée d'énergie.
Le soleil brillait doucement, laissant filtrer ses rayons à travers les arbres et colorant le monde en un dégradé d'orange et de sépia. C'était une journée magnifique, une journée qui ne pouvait que l'inciter à changer sa vie.
Il serrait dans sa poche le double des clés de l'appartement. Il rougit en se souvenant du moment où Kurogane, l'air de rien, lui avait remis. Il avait failli pleurer de bonheur en recevant dans ses fines mains les deux clés qui lui ouvraient les portes du bonheur. Kurogane avait plaisanté de façon un peu bourrue, comme à son habitude, sur le fait que Fye devait quand même éviter de s'enfermer en-dehors de l'appartement, mais le blondinet n'avait même pas relevé la tentative d'humour.
Fye poussa la porte de l'appartement, lentement. Il allait sauter au cou de Kurogane, l'embrasser aussi fort que sa frêle constitution lui permettrait. Il allait avoir l'air ridicule, pendu au cou du géant brun, mais il s'en fichait. Et ce serait le mot d'ordre, à partir de cette minute, « je m'en fiche ». Quelle que soit la faute qu'il aurait pu commettre face au monde, elle était payée. Et si faute il y avait eue, ses parents l'avait pardonné.
Un silence lourd régnait dans l'appartement. Fye sentit son sourire se désagréger en quelques secondes.
Il avait passé tellement de temps entre ces murs qu'il en connaissait l'atmosphère par cœur.
- Kurogane ?
L'appel était timide, et personne ne répondit.
Se forçant à garder son calme, il commença par inspecter la chambre. Peut-être qu'il dormait ?
Personne.
Alors, lentement… poussé par son instinct et un horrible mauvais pressentiment, Fye ouvrit doucement la porte de la salle de bain.
Face au sang qui maculait la faïence blanche ornant les murs, il resta interdit.
Son sang quitta son visage, et il sembla en quelques secondes aussi blanc que son amant.
Ses genoux rencontrèrent durement le sol. Puis seulement, sa vision se troubla de larmes, et il hurla.
Voilà ! Je vais quand même préciser que ceci n'est pas « vraiment » une death-fic, je vous explique tout ça en épilogue !
Je ne suis pas vraiment satisfaite de ce chapitre. Comme je l'écris depuis 6 mois, il est inconstant, mais en le relisant je n'arrive à rien changer.
J'espère que malgré la fin peu joyeuse (euphémisme !) vous avez quand même apprécié ce chapitre ! N'hésitez pas à me faire part de vos remarques ^^
