Chapitre 2

Ayant laissé la bête de côté, je me suis réinstallé auprès de mon ordinateur. Il y avait tout un tas de preuves à décrypter, alors je n'avais pas le temps de chaumer. J'ai sorti les prélèvements faits sur l'animal anonyme, et les ai éparpillés devant moi. Plusieurs prélèvements sanguins, des poils, et un moulage d'une mâchoire vraiment étroite. Mais je me suis concentré uniquement sur le sang, c'était le seul élément qui pourrait nous être utile, à l'heure actuelle. J'ai fait toutes les manipulations nécessaires, très minutieusement, avant de les soumettre à la base de données. Je ne m'attendais pas à avoir des résultats immédiatement, non, je savais que je devrais attendre longtemps. Et même, je n'étais pas sûr qu'il y aurait une correspondance. En attendant, j'avais appelé Stella, qui était toujours à la morgue, pour la mettre au courant. « Buonasera» le son de sa voix apparut à l'autre bout du fil. Alors je me suis mis à lui faire un bref résumé de ce que nous avions trouvé. « Stella, c'est Danny. Adam n'a trouvé aucune correspondance dans la base de données pour l'ADN du cheveu, mais il saura faire une comparaison si nous avons un suspect. Et pour les empreintes, ce sont celles d'un modèle assez cher de chaussures italiennes.» Ce n'était pas grand chose, certes, mais on se mettait toujours au courant de la moindre découverte. C'était important, car des fois, certaines petites pistes étaient liées, et en les rassemblant, elles pouvaient devenir cruciales pour l'affaire. « D'accord, merci. Bon, on a pas grand chose pour l'instant … En allant chez Sid, je suis passée analyser l'empreinte digitale sur la poignée de porte, et c'est bien celle de Barthley … Vous avez prévenu Mac ?» Elle m'avait répondu d'un air déçu. Moi aussi j'étais déçu d'ailleurs … Mais que voulez-vous ? On fait avec ce qu'on a, et la plupart du temps ça nous réussi ! Alors j'ai poursuivi la conversation, ne laissant pas de place à un blanc. « Bien sûre. Et pour l'autopsie ?» ai-je demandé. « Vous aviez raison. Sid estime la mort entre dix et quinze jours, grand maximum. Apparemment il a succombé aux coups de son agresseur. » J'aimais bien quand elle me disait que j'avais raison ! C'était prestigieux, quand même. A peine j'ai eu le temps de raccrocher, Mac était derrière moi. Je ne m'attendais pas à le voir, même j'ai sursauté en le voyant, il me semble. « L'empreinte que vous avez relevée sur la poignée appartient à la victime, on n'a pas beaucoup avancé ... » En fait, je savais pas trop ce qu'il venait faire ici, il n'y avait que de cet élément dont il n'avait pas été informé. En le regardant, j'ai vu que ce n'était pas forcément pour ça qu'il m'avait rejoint. D'accord il m'avait écouté et avait pris note de ma remarque, mais sans y avoir prêté plus d'attention que ça. Après tout, l'empreinte ne nous servirait plus jusqu'à la fin de l'enquête … Ni après, d'ailleurs. Mais finalement, c'est lui qui venait me donner des informations supplémentaires ! « J'ai fait des recherches sur notre victime, apparemment il vient d'hériter d'un million de dollars suite au décès de son père. C'était la dernière famille qui lui restait ...» Waouh ! Vraiment, y'en a qui ont de la chance ! Enfin, je dis pas ça pour la perte du membre de sa famille, ça non. Mais … Ce million de dollars ! Je ne les aurais probablement jamais en toute une vie … Je pensais d'ailleurs à une promotion à ce moment là … Mais passons les détails voulez-vous ? Et ne nous écartons pas trop du sujet. Donc il venait de m'annoncer ces compléments sur l'enquête, et je lui ai répondu. Bah quoi ? C'est comme ça que ça marche, un dialogue. « Un million de dollars ? Rien que ça ? Je pense que c'est suffisant pour tuer … D'ailleurs en fouillant l'appartement, on a pas trouvé de trace de cet argent. Donc soit il n'était pas là, soit quelqu'un les avait pris avant qu'on arrive. » Mac venait d'approuver, juste en un signe de tête. « Je pense qu'on a notre mobile, il ne reste plus qu'à savoir qui était au courant, et nous devrions retourner ... » Mais il a été coupé par une nouvelle intervention de mon fameux « biiiip» , enfin celui de mon ordinateur. Les résultats venaient d'arriver. Je me suis retourné, et j'ai constaté tout haut les résultats. Mac se tenait juste au dessus de moi, je sentais sa respiration, c'était presque … Stressant. « Alors voyons … Apparemment le sang qui provient du dos du berger allemand appartient à la victime ….. Hum … Et a personne d'autre. Pour les crocs, il y a le mien, ça paraît logique. Ah et … Il y a une autre correspondance ! Stuart Cooper.» Puis j'ai rapidement ouvert son fichier, qui était très intéressant. Nous avions enfin quelque chose ! « Et bien, son casier n'est pas des plus clean … Menaces et violence, apparemment c'est un cogneur. Le reste ce sont juste des PV et contraventions. … Ah non, il a été arrêté pour vol il y a cinq ans, mais l'accusation n'a pas été retenue apparemment.» Avant que je ne dévoile la suite des révélations qui m'étaient faites à l'écran, Mac m'avait coupé la parole. « Ce qui ne fait pas de lui un innocent pour autant. » Il avait raison. Peut-être qu'il avait récidivé, mais cette fois en mettant la barre plus haut ? Et en passant au meurtre par la même occasion ? Mais le meilleur restait à venir. Mac avait commencé à quitter mon laboratoire pour me laisser travailler tranquillement, mais je ne l'avait pas laissé faire. «Hey boss, écoutez ça : Cooper est notaire à Manhattan. » Alors là, il s'était directement arrêté. Il s'était retourné et revenait vers moi. Entre temps, j'ai ouvert le fichier de ses clients, et j'ai pu faire une dernière constatation, très importante. « Michael Barthley ne fait pas parti de ses clients … mais son père, Michael Barthley Senior, si. Ce serait donc Cooper qui se serait occupé de son testament. » J'ai beaucoup aimé le sourire de satisfaction que je lui ai fait afficher, pareil pour ses yeux qui montraient clairement l'espoir renaître. « C'est du bon boulot, Messer. Avec Flack allez l'interroger tout de suite.» J'avais vraiment l'impression que nous étions proches du but, et rien que cette idée m'excitait. Je pensais qu'on allait bientôt boucler l'affaire … Pensais. Mais évidemment, ce serait bien trop simple si tout ne se compliquait pas à un moment ou à un autre.


Un peu plus tard, je suis passé chercher Don à son bureau, et ensembles nous avons pris la route, pour nous rendre à l'agence de ce Stuart Cooper. C'était pas très loin finalement, nous avons presque pas parlé en route. Quoi qu'il en soit, nous étions enfin arrivés à destination. Fatigués d'avoir monté pas mal d'étages à pied -l'ascenseur était en panne-, nous sommes enfin arrivés à l'accueil. « Bonjour mademoiselle, je suis le Lieutenant Don Flack, et voici Danny Messer, de la police Scientifique.» Nous montrions tous les deux notre plaque à cette femme, plutôt forte, et pas très ... charmante. Mettant ses lunettes et louchant malgré tout sur nos photos, puis sur nos têtes, elle nous a répondu, d'une voix dépourvue de sentiments. «C'est Madame. Que puis-je pour deux officiers de police ?» Sa voix rauque m'irritait presque. « Nous voudrions savoir où se trouve le bureau de M. Cooper, nous avons quelques questions à lui poser » En parlant, j'avais peut-être paru froid, mais tant pis. Après tout, on ne nous paye pas pour être agréables, contrairement à elle ! C'est seulement après m'avoir dévisagé une fois de plus, qu'elle a décidé de me répondre. « Il est au dernier étage, c'est écrit sur la porte. Mais l'ascenseur est ... » « ... En panne, oui je sais merci ...» l'ai-je coupée, tout en me dirigeant vers les escaliers. Mais pourquoi il fallait qu'il aille se percher tout en haut celui-là ? Et pourquoi il fallait que l'ascenseur soit Hors Service aujourd'hui ? Pourquoi ça tombait tout sur moi ? Don derrière moi riait en voyant ma tête. S'il n'avait pas été mon amis, je crois que je lui en aurait mis une bien méritée ! Il a remercié la standardiste, et m'a rejoint. Voyant que je le fusillais du regard, il n'a fait que rire encore plus. Et le pire, c'est qu'il a fini par me faire décrocher un sourire en coin.

Une bonne dose d'étages plus haut, nous arrivions enfin à une porte close. "Stuart Cooper - Notaire". J'étais si content ! A l'intérieur, des meubles de bois vernis, sans doute hors de prix, agrémentés de plantes vertes, qui donnaient un aspect chaleureux à la pièce. Je l'ai vu à travers une petite vitre, sur le haut de la porte, sans doute là pour que Monsieur voit ses clients arriver. Mais seul un détail manquait à ce bureau : son propriétaire. Parcouru d'un grand froid, signe de ma crainte, j'ai appuyé sur la poignée, et poussé un cris de désespoir avant de souffler. «La porte est fermée ! Il à intérêt de se dépêcher lui ! » Et Don, de son côté, était reparti dans son fous rire des plus agaçants. Mais très vite, il a été obligé de s'arrêter. Un homme était venu à notre rencontre. « Bonjour, je peux vous aider messieurs ?» Nous nous sommes retournés, un peu surpris. Puis c'est Flack qui lui a répondu, tout aussi gentiment qu'à la femme de l'accueil. « Bonjour, nous sommes de la police. Nous cherchons Stuart Cooper, savez-vous où il est ? » Encore une fois, nous lui montrions notre badge. De nos jours, on est jamais trop prudents ! « Ah, je suis désolé, mais Stuart n'est pas venu travailler aujourd'hui. Je suis John Ross, son assistant, et je le remplace aujourd'hui.» ... J'ai cru que je sauterais sur la première personne qui passerait, qu'elle soit innocente ou non. Avec un peu de chance, ce serait peut-être notre tueur ? Enfin pas étonnant de devenir un peu ... fou à force de travailler ici ! Personnellement je commence déjà à perdre mes moyens en à peine une heure ! « Et l'accueil n'a pas été prévenue ?! Bon ... Quel motif a-t-il donné pour son absence ? » J'avais réussi à canaliser ma colère, sous l'oeil encore amusé de Don, même si lui aussi en avait sa claque. « Oh si, elle a été prévenue, ça m'étonne qu'elle ne vous l'ai pas dit. De toute façon, Stuart n'a donné aucun motif, mais ça lui arrive ... Alors on fait avec, de toute façon on a pas le choix. » Mais où je suis tombé ? Je suis en train de rêver là ! On a donc fait tout ça, pour rien ! Arg, j'ai serré les dents avant de faire un mauvais dérapage. Et Don, d'un naturel bien plus patient que moi, a répondu à ma place, une fois de plus. « D'accord, merci monsieur Ross. Une dernière chose, avez-vous son adresse ? Nous voudrions lui poser quelques questions. » L'homme s'est excusé, et à mon grand regret nous a dit que pour ce genre de renseignements, il fallait s'adresser directement à l'accueil ... Alors, on a tout redescendu. Et pendant que je l'attendais au parking, Don a relevé l'adresse de Cooper : il a sûrement eu peur de ma réaction, et il n'a pas eu tort. Dès qu'il est revenu, avec un papier en main et un sourire aux lèvres, je lui ai juste lâché un «Génial, on peut y aller ! » avant de me remettre au volant, en direction du domicile de Stuart.

Arrivés à son immeuble, nous avons frappé à sa porte. Tout ce qui le concernait était vraiment louche. Les correspondances avec les indices, le fait qu'il se soit occupé de l'héritage, mais aussi son absence injustifiée à son emploi, il faisait un excellent suspect. Et je n'avais encore rien vu. «Police M. Cooper, ouvrez nous voudrions vous parler ! » C'est une voix lointaine qui a répondu à celle de Don. «Oui, oui, voilà ... J'arrive ... Attendez. » Nous nous sommes regardés, intrigués. L'envie de défoncer la porte à coup de bottes ne me manquait pas -tout comme celle de coller ces mêmes bottes dans le derrière de la standardiste un peu plus tôt d'ailleurs- mais nous n'avions pas assez de preuves contre lui, et encore moins de mandat. Alors nous avons attendus gentiment, dans les couloirs de l'immeuble. Et enfin, la porte s'est ouverte. «C'est pour quoi ? » il avait un grand sourire aux lèvres, et n'ouvrait pas la porte entièrement. Alors que nous, nous commencions à perdre vraiment patience. « C'est pour des calendriers ! » J'ai parlé d'un ton ironique, mais surtout agacé. Non, c'est vrai quoi, si on se présente là, en criant qu'on est de la police, et qu'on attend devant la porte, plantés comme des radis, avec notre badge de police à la main, c'est pas pour vendre des pâtisseries ! Et effectivement, ça lui a retiré cet air idiot de son visage. «Monsieur Cooper, pourquoi n'êtes-vous pas allés à votre bureau ce matin ? » avait poursuivi Don, froidement. « Je vois. Et bien ... J'étais ... Pour raison personnelle. Je ... Je ne me sentais pas bien.» Ça ne tiendrait qu'à moi, je l'aurais déjà coffré ! Cette hésitation, c'était de trop ! «Ah ... Je vois que vous allez mieux maintenant. Je suis content pour vous, vous allez pouvoir remonter tout en haut de votre nid, à votre bureau ! ... Vous avez quoi à votre bras là ? » J'avais remarqué quelque chose de bizarre sur sa peau. Elle était couverte de bleus, et cachée par sa manche. «Je ... C'est rien, en fait, je suis tombé à vélo la semaine dernière ... » Ne le croyant pas du tout, je lui ai demandé de retirer ses bandages. Et au vu du résultat, j'en ai été très satisfait ! Et voilà de quoi lui faire visiter notre salle d'interrogatoire. «Et vous n'avez été blessé qu'à cette partie du corps ? Vous avez de la chance ! Mais vous savez quoi ? Finalement je ne crois pas que vous retourniez travailler aujourd'hui. Je crois surtout que vous allez nous suivre pour répondre à nos questions chez nous. Parce que pour moi, ça ressemble plus à une morsure de chien qu'à une simple chute. » Enfin j'avais un résultat, enfin quelque chose de bien m'arrivait, enfin j'allais retrouver mon labo ! J'espérais juste que l'ascenseur ne serait pas tombé en pane pendant notre absence, pendant que Don passait les menottes à notre gars.