Chapitre 5
Lorsque je suis arrivé sur place, la scène n'était pas jolie à voir. Notre suspect, alias John Ross, gisait inerte sur son canapé, au beau milieu d'une flaque de sang. Il est inutile de préciser que ce n'était pas bon du tout pour notre enquête. L'affaire prenait un mauvais tourment, et j'avais commencé à pressentir qu'elle durerait bien plus longtemps qu'on ne l'imaginait au tout début. Stella et Don étaient déjà sur place, au travail lorsque Mac et moi étions arrivés. En m'approchant plus près du corps, j'ai eu la surprise - si je puis dire - de sentir que ce dernier n'était pas encore totalement froid. Le meurtre ne s'était passé qu'un couple d'heures avant que nous arrivions. Et c'était désolant ... Mais c'était à mes collègues de s'occuper de Ross, moi je devais me concentrer sur les alentours. Et il fallait être aveugle pour ne pas remarquer que l'appartement avait été fouillé. Il était sans dessus dessous, les étagères étaient renversées, les tapis retournés, les cadres arrachés. L'intrus semblait pressé, et n'avait même pas pris la peine de couvrir ses traces. Remarquez, avec un peu de chance il aurait également oublié de porter des gants. J'ai alors déposé mon matériel au sol, et j'ai commencé mon travail. J'ai d'abord cherché des empreintes sur le bord des meubles, sur les poignées de portes, et sur certains murs. J'ai ensuite observé attentivement le sol, à la recherche de fibres, de traces de pas, ou tout autres choses. On trouve parfois des choses improbables sur des scènes de crime. Vous n'imaginez même pas le nombre d'affaires qui ont été classées grâce à des mégots de cigarettes abandonnés ! Et après le sol, je m'étais attaqué à une recherche d'ADN, même si je savais qu'il n'y avait que peu de chances que cette recherche nous mette sur une piste. Et au final, j'avais trouvé une cheveu, à nouveau, et deux traces de chaussures distinctes. C'était bien, au vu de l'environnement pas des plus favorables à une recherche de preuves. Alors que je mettais le cheveu dans un sachet transparent, Mac revenait vers moi avec un t-shirt sanglant. « Et bien, on dirait que quelqu'un a perdu une bonne quantité de sang » m'avait-il interpellé. J'ai relevé la tête, et souri. « Tu veux dire, en dehors de notre victime ? » j'avais répondu. Il a lui aussi souri, il ne s'était visiblement pas aperçu de l'interprétation possible de ce qu'il venait de dire. « Oui Danny, en dehors de Ross. Ça m'étonnerait qu'il soit allé changer de t-shirt pour revenir mourir dans son salon. » Il m'a objecté. Alors j'ai repris mon sérieux, ne négligeant pas cet aspect de mon emploi. « Tu as raison. Cela dit, je ne pense pas non plus que l'assassin ait été assez imprudent pour laisser un vêtement taché de sang sur sa scène de crime. ». Et quand j'ai fini de parler, son téléphone s'était mis à sonner. Il m'a alors lancé une dernière phrase avant de décrocher. « Moi non plus. On dirait que John Ross n'était pas si clean que ça. / Mac ? ... Oui j'écoute ... Oui [...] ». Et alors qu'il répondait à son coup de fil, j'ai rejoint Stella vers le corps, tandis que Flack était déjà parti interroger les voisins. Me voyant arriver, elle s'est levée, pour me mettre au courant de ses trouvailles.
« Le décès remonte à environ trois heures maintenant. Cause de la mort, une balle en plein cœur, calibre 21. Travail propre et rapide, il a été pris par surprise. Je pense qu'il connaissait le tueur. Ou alors, il a été menacé. Quoi qu'il en soit, l'assassin devait être pressé. » Je l'écoutais attentivement, marquant dans ma mémoire chacun des détails qu'elle me confiait. Et quand j'allais lui faire part de mes propres trouvailles, j'ai été coupé par les cris de Mac toujours au téléphone, à l'autre bout de la pièce. « Vous avez fait quoi ?! [...] Non mais vous plaisantez, dites moi que j'ai mal compris ! [...] Et comment vous avez pu faire une telle erreur ?! [...] Vous êtes des incapables ! Et quand vous en êtes vous rendus compte ? [...] Et vous ne m'appelez que maintenant ?! Bon allez me le rechercher, et au plus vite ! Je m'occuperai personnellement de votre cas dès cette affaire finie ! » Et plus qu'énervé, il avait raccroché son portable au nez de son interlocuteur. Nous nous sommes regardés avec Stella, et nous n'osions rien dire jusqu'à ce qu'il arrive devant nous, toujours marqué par la colère, et en soupirant. Voyant notre interrogation muette, il nous a enfin dévoilé ce qui se passait. « Et bien, il semblerait que Stuart Cooper ait malencontreusement été remis en liberté. »
De retour au laboratoire, nous avions maintenant beaucoup d'indices à analyser. Depuis que nous avions appris pour la libération "accidentelle" de Cooper, une ambiance tendue s'était installée sur le terrain. Et pour cause ! Comment pouvions être aussi désorganisés que ça ? Une telle chose ne devrait jamais se passer. Et même si personne ne le disait tout haut, nous pensions tous que c'était cette grave faute qui avait coûté la vie à Ross. Même s'il n'était pas un saint, il en restait tout de même un être humain, vivant, avec les mêmes droits que tous. Et il ne méritait pas de mourir, du moins pas avant d'être jugé. Cependant, je savais que les fautifs seraient sévèrement réprimandés, ils perdraient sans doute leur emploi. Pour ça, je savais qu'on pouvait faire confiance au lieutenant Taylor, avec un grand "T" !
Mais revenons à nos moutons. J'avais à ma disposition une infinité de nouvelles pièces à conviction, mais avant de me jeter dessus, j'avais une petite vérification à effectuer, avec un indice un peu plus vieux. Nous n'avions encore pas établi de correspondance avec le cheveu retrouvé chez Barthley, mais j'avais de nouveaux échantillons à comparer. Deux, pour être plus précis. J'ai alors posé la preuve trouvée chez la première victime sur le microscope d'un côté, et de l'autre j'ai déposé le cheveu trouvé chez Ross. Il ne correspondait pas ... C'était dommage, mais on avait donc un nouveau donneur. Il nous faudrait donc trouver un nouveau propriétaire de ce cheveu. J'ai ensuite pris le second échantillon que j'avais prélevé, et il se trouve que celui-ci, en revanche correspondait : il appartenait à notre seconde victime. John Ross s'était donc introduit chez Michael Barthley, lui aussi. Et pendant que j'en étais aux cheveux, j'ai tenté une nouvelle comparaison avec l'échantillon inconnu, et avec succès. Et je n'ai été qu'à moitié surpris par le résultat ...
« J'ai des correspondances pour les cheveux ! Plus aucun inconnu de ce côté là » j'ai interpellé mon patron en entrant dans son bureau. « J'ai des nouvelles pour la fibre inconnue » avait annoncé Stella, quant à elle, en arrivant vers nous de la même façon que moi quelques secondes auparavant. Mais j'étais là avant, et je me sentais dans le besoin de le faire remarquer, à moitié ironiquement. « A moi la priorité Stella, le premier arrivé, le premier servi, comme on dit. Donc, j'ai un résultat pour le cheveu trouvé chez Barthley. Il ne correspond pas à celui trouvé chez la seconde victime, enfin pas directement. En fait, il appartient à Ross. » Mac avait levé un sourcil en ma direction, et avait ouvert la bouche pour la première fois depuis que nous étions entré dans son bureau. « Voilà qui est intéressant » avait-il dit, pensant. « Mais c'est pas le plus intéressant, cependant. Devinez à qui appartient celui trouvé en second ? » Et à peine j'avais parlé, je n'avais pas pu donner la réponse que Stella m'avait devancé. « Stuart Cooper.» J'étais étonné qu'elle trouve si vite. « Tout juste ! On dirait que notre ami n'a pas perdu de temps. » j'avais répondu. Et Stella avait pu à son tour nous parler de sa recherche. « De mon côté, j'ai fini d'analyser la fibre trouvée dans l'empreinte de pas. Et là, vous devinez d'où elle provient ? » Mais son large sourire avait laissé place à une moue boudeuse lorsque Mac avait à son tour répondu à sa question, la coupant. « De John Ross. ». « C ... Comment ? » avait commencé Stella, incrédule. « Je viens d'avoir les résultats de mon analyse, au sujet du t-shirt. Il était rempli d'ADN de Ross, et le sang était celui de Barthley. » Il avait simplement expliqué, même si j'avais remarqué son sourire en coin, fier.
« Donc pour résumer, Stuart Cooper et John Ross sont collègues, et se sont occupés de l'héritage de Michael Barthley. On a d'abord soupçonné Cooper d'être l'assassin, mais il a dit que la victime était déjà morte à son arrivée. On s'est ensuite tournés vers Ross, mais il a été exécuté avant que nous arrivions. Et maintenant, on peut certifier que c'est Ross qui a tué Barthley. Mais lui, qui l'a tué ?» j'avais d'abord récapitulé. Et Stella avait répondu à ma question, exprimant la pensée de tout le monde : « Cooper». « Et maintenant, à cause d'une "erreur" judiciaire, il est dans la nature, avec l'argent et une bonne longueur d'avance sur nous ... » avait terminé Mac, et nous nous étions tous les trous regardés, sans mot dire.
