Bonne lecture !

Il existe une expression célèbre qui se résume à « loin des yeux, loin du cœur ».

Seulement, elle ne s'applique pas à tout le monde, et cela, Edward peut l'affirmer. Depuis le naufrage, il n'avait pas revu le prince et malgré tout, ses sentiments envers lui ne diminuaient pas. Ils se faisaient même encore plus présents.

Et le faisaient souffrir.

Tous les jours, Winry et Alphonse le voyait partir de la maison en début d'après midi, et ne revenir qu'au soir. Pensant qu'il allait sur son rocher préféré pour se détendre, là où habituellement il fallait toujours aller le chercher, ils ne disaient rien.

Winry était des fois tentée de le suivre, mais Alphonse l'en empêchait. Si son frère avait voulu qu'on le console, il l'aurait déjà fait savoir. Il faisait partie de ceux qui préféraient vivre leur chagrin d'amour sans recevoir d'aide.

- Il a besoin d'être seul en ce moment il n'est pas dans une situation facile, lui disait-il. Mais il va s'en remettre ne t'inquiète pas…

En fait, Edward se rendait à l'endroit où se trouvait maintenant le bateau qui avait coulé ce fameux soir.

Lorsqu'il y allait, il entrait alors dans la cabine et admirait le portrait accroché à un mur. SON portrait…

Sur le tableau, Roy affichait un air un peu moqueur, mais qui lui allait bien. Edward restait des heures devant cette œuvre, à rêver éveillé.

Il rentrait quand tombait le soir, et retournait dans sa chambre, sans manger. Il savait que son frère et leur amie d'enfance s'inquiétaient pour lui, mais ils ne pouvaient rien faire pour lui.

Une semaine passa, puis deux….

Le soleil se leva, et éclaira une façade du palais Royal. Maes sifflotait tranquillement en marchant dans le couloir à l'étage avant d'entrer dans une pièce plongée dans le noir.

- Incorrigible, soupira-t-il.

Il ouvrit en grand les rideaux, et on entendit un grognement provenant du lit situé au milieu de la pièce richement décorée maintenant baignée de lumière.

- ..Gnnn…

Maes s'approcha et donna un coup dans la masse informe cachée sous les draps.

- Comptez-vous rester au lit toute la journée, Majesté ?

Roy émergea sa tête des couvertures et se retourna pour ne plus subir le regard un brin moqueur de son valet et ami.

- Laisse-moi deviner, soupira celui-ci en croisant les bras. T'as encore passé une nuit blanche à penser à cet inconnu qui t'a sauvé ?

- …

- Je prends ça pour un oui.

Roy, au prix d'un grand effort, se leva et demanda à Maes de lui apporter ses vêtements de la journée. Le valet s'exécuta, mais avant que son prince ne sorte de la chambre pour se diriger vers la grande salle de bain du palais, il lui tapota l'épaule.

- Tu sais, si ça se trouve tu te prends la tête pour rien.

- Je sais. Mais je suis certain que c'était réel ! Un jeune homme m'a sauvé et…

- Comment peux-tu dire que c'est un jeune homme ? Tu m'avais dit que tu n'avais pas pu voir à quoi la personne ressemblait !

- La voix que j'ai entendue était particulière mais se n'était pas celle d'une femme. Elle n'était pas également aussi grave que celle d'un homme. Donc j'ai pensé à un adolescent…

- Je vois. Mais ça reste illogique ! Pourquoi serait-il parti après t'avoir secouru ?

- Je l'ignore mais je dois le retrouver ! déclara Roy d'un ton décidé.

Et il sortit sans rien ajouter, laissant Maes soupirer.

Midi passé. Comme d'habitude depuis deux semaines, Edward sortit de la maison et se rendit à l'épave où se trouvait le portrait de celui qui hantait ses pensées.

Il posa une main sur cette joue faite de peinture, et eut un sourire triste. Plus le temps passait, plus il voulait le revoir.

- Et ben ! T'aimes vraiment l'art toi !

Edward crut qu'il allait faire une crise cardiaque. Il se retourna et vit alors un inconnu, mains sur les hanches, qui le regardait en souriant. Il avait de très longs cheveux noirs et des yeux semblables à ceux d'un félin, mais aux reflets violets. Un drôle d'homme-poisson en somme…

- Oh pardon je t'ai fait peur ? Je ne voulais pas te déranger dans ta contemplation, s'excusa le nouveau venu.

Edward cligna des yeux. Il ne se souvenait pas l'avoir déjà vu.

- Qui es-tu ?

- Mon nom est Envy, mais ça n'a pas beaucoup d'importance. Et toi ?

- Edward, répondit le blond en le fixant d'un air méfiant. Qu'est-ce que tu me veux ?

- Hé là ! Pas besoin d'être agressif ! Mon passe temps c'est de visiter les épaves pour trouver des objets humains. Ça m'a toujours intéressé.

Edward haussa les épaules et reporta son attention vers le portrait de Roy.

- Toi aussi les humains t'intéressent non ? poursuivit soudain l'autre après avoir fouillé une commode. En tout cas, celui-ci en particulier peut-être, rajouta-t-il en désignant le portrait.

- Et alors ? rétorqua Edward qui commençait à se sentir agacé par l'intrus. Qu'est-ce que ça peut faire ?

- Tu as envie de le rejoindre ?

C'était comme planter un poignard dans le cœur du blond. Approfondir sa blessure.

- …

- Ah, je vois… Je n'ai pas dit ça dans l'intention de te démoraliser, assura Envy en agitant les mains. Si ça peut te consoler, je connais quelqu'un qui pourrait t'aider.

- M'aider à quoi ? demanda Edward en lui jetant à peine un regard.

- Ben… À devenir humain pardi !

Ces mots eurent l'effet d'une bombe dans la tête de notre amoureux qui se tourna vers lui, manifestant enfin de l'intérêt pour les dires de son mystérieux interlocuteur.

- À… Devenir humain ? Tu veux dire…

- Avec deux jambes à la place de ta queue de poisson ? Oui c'est ça ! fit Envy d'un ton enjoué. Tu ne connais pas Dante ?

Le blond fouilla dans sa mémoire. Dante… Ce nom ne lui disait rien.

En voyant son air interrogateur, Envy s'empressa de répondre :

- Il paraît que la magie c'est son truc et qu'elle arrive à changer les sirènes et les hommes-poissons en humains. Elle n'habite pas très loin d'ici en plus. Il suffit de nager vers le cimetière des épaves et on trouve tout de suite la caverne où elle se trouve. Elle n'aime pas trop la foule c'est pour ça qu'elle a choisit cet endroit…

Edward l'écouta, son cœur battant à tout rompre. Cette femme pouvait donc lui donner l'occasion d'être avec Roy ? C'était trop beau pour être vrai !

Envy regarda certains des objets qui flottaient dans la cabine avant de se retourner vers lui et de lui faire un signe de la main.

- Bon il n'y a plus rien d'intéressant ici je vais rentrer ! À plus !

Et il partit, laissant Edward encore sous le choc de ce qu'il venait d'apprendre. Peut-être qu'il s'agissait d'une blague de mauvais goût venant de ce type si bizarre, mais si c'était vrai, ne pas tenter sa chance deviendrait vite un regret.

Il regarda encore une fois le portrait du prince, mais cette fois un vrai sourire s'afficha sur son visage. Une occasion d'être heureux se présentait enfin !

Il sortit de la cabine et commença à nager vers le lieu où la magicienne était censée habiter, plus motivé que jamais. Il ne vit pas Envy émerger de sa cachette et le regarder s'éloigner en réprimant un petit rire.

Edward ne tarda pas à arriver au cimetière des épaves. Comme beaucoup d'autres sirènes, il ne connaissait ce lieu que de nom, et ne s'y était jamais rendu auparavant. On racontait toutes sortes de légendes sur cet endroit lugubre qui donnait des frissons. Des histoires de fantômes qui s'amusaient à persécuter les imprudents qui osaient nager jusqu'ici.

N'ayant en tête que l'idée de pouvoir enfin réaliser son rêve, le blond n'y pensa pas et s'aventura parmi les débris des nombreux navires qui s'étaient échoués ici, cherchant la caverne qu'Envy avait citée dans son histoire.

Il la vit enfin, mais, parvenu à son entrée, il hésita tout de même.

- Et bien mon jeune ami pourquoi n'entres-tu pas ? questionna soudain une voix douce provenant de l'intérieur.

Edward, après l'avoir entendue, reprit un peu confiance et finit par entrer. Il faisait un peu sombre mais il arriva bientôt dans une partie éclairée de la caverne où une vieille femme était assise. La petite pièce aménagée à l'intérieur de la grotte ne comportait que des étagères chargées de bouteilles et de fioles remplies de liquides aux couleurs diverses.

- Bienvenue chez moi ! s'exclama la dénommée Dante en lui adressant une légère révérence.

Edward en fit de même et en profita pour mieux l'observer. Des cheveux blancs tirés dans un chignon, un visage ridé mais visiblement empreint d'une grande sagesse… Cette magicienne inspirait la sympathie.

- Je sais pourquoi tu es venu me voir, lui dit la magicienne avec douceur. Tu voudrais pouvoir vivre sur Terre avec ce prince, ce Roy, n'est-ce pas ?

- C'est… C'est exact, avoua le blond en se sentant rougir. Mais… Comment le savez-vous ?

La vieille femme répondit par un sourire avant de se tourner vers les étagères.

- Je sais beaucoup de choses que d'autres ignorent, dit-elle finalement en prenant une fiole contenant un liquide rougeâtre.

Elle s'approcha ensuite de lui et, tout en lui tendant le petit récipient de verre, elle prit une expression sérieuse, presque grave.

- Cette potion que tu vois te permettra de prendre apparence humaine. Cependant, cela relève d'un niveau de magie très puissant, donc la possibilité d'avoir des effets secondaires n'est pas à prendre à la légère…

Edward prit la fiole et scruta un instant son contenu avant de demander d'une voix inquiète :

- Euh… Par effets secondaires, vous entendez quoi exactement ?

- Oh rien de vraiment handicapant, rassura Dante. Ce breuvage va modifier ton organisme de manière considérable, il faut donc s'attendre peut-être à ressentir de la fatigue, ou peut-être même des douleurs lorsque tu marcheras, mais rien d'insurmontable !

Edward acquiesça. De toute façon, tant qu'il pouvait être avec Roy, il était prêt à faire face au cas ou…

- Merci beaucoup ! Qu'est-ce que vous désirez en échange ?

- Ne t'en fais pas j'aime rendre service aux gens, je l'ai toujours fait gratuitement ! répondit Dante en retournant s'asseoir.

- Vraiment ? Mais…

- Non, n'insiste pas et va ! Ton prince doit t'attendre ! rit la vieille femme en agitant la main.

Le blond serra la fiole dans sa main tout en s'inclinant avec gratitude et sortit de la caverne pour se diriger vers la surface. Quand il y fut parvenu, il nagea jusqu'à la plage, celle où il avait laissé Roy après le naufrage.

Il sortit de l'eau et, une fois sur le sable, déboucha la fiole. Impatient, il ne tarda pas à la porter à ses lèvres pour avaler le liquide rougeâtre qu'elle contenait jusqu'à la dernière goutte. La potion était un peu épaisse et avait un goût de fer.

Aussitôt qu'il eut tout avalé, il ressentit une terrible douleur. Elle le fit se cambrer en grinçant des dents. Jamais il n'avait eu aussi mal.

Il tenta de lutter mais la douleur l'emporta, et il finit par perdre connaissance. Il s'écroula sur la plage, une expression encore crispée sur le visage.

Ainsi, il ne vit pas qu'un homme accourut quelques minutes plus tard et se pencha sur lui pour l'examiner.