Et voilà un beau chapitre huit avec un peu de révélations histoire de faire saliver.
Une semaine passa, et Edward s'était entièrement fait à la vie humaine. Chaque jour, Roy l'emmenait dans un endroit différent de son royaume pour le lui faire visiter, et continuait de lui enseigner l'alchimie.
Le blond apprit par exemple qu'il existait des Achimistes d'Etat, constitués d'alchimistes qui, en plus de maîtriser cette science, étaient capables de l'utiliser d'une manière particulière.
Edward aimait beaucoup parler aux gens, et le peuple l'appréciait également pour sa gentillesse et sa manie de s'intéresser à tout. Une rumeur circulait presque partout sur le jeune protégé du prince héritier, et l'on disait que Roy avait enfin trouvé chaussure à son pied.
En effet, personne ne l'avait vu aussi motivé, aussi… Heureux. Il était évident que la compagnie de ce jeune homme ravivait en lui l'enthousiasme qu'il avait depuis trop longtemps perdu.
Dimanche, alors qu'il devait rattraper son retard au niveau des affaires à régler, Roy confia Edward à Maes et se retira dans ses appartements. Le valet était bien sûr plus que content, et il emmena l'adolescent chez lui pour lui faire rencontrer « sa merveilleuse fleur d'amour et sa princesse chérie ».
C'est comme ça qu'Edward fit la connaissance de Gracia Hugues et de la fameuse petite Elysia.
Il fut attendri par cette famille touchante aux membres si compréhensifs. Cette journée fut notamment mémorable car le valet lui raconta une partie du passé de son prince.
- Amestris n'a pas toujours été le pays prospère rempli d'habitants joyeux comme tu l'as vu. Nous sommes en période de paix après une longue guerre contre Ishbal, un pays voisin. Roy y a participé ainsi que moi-même…
Ils étaient en train de savourer une tarte aux pommes de sa femme, dans la petite cuisine de sa maison, lorsqu'il entama ce sujet quelque peu surprenant.
- Vous avez du souffrir, dit tristement Edward. Il ne m'en a jamais parlé…
- Roy est certainement celui que cette guerre a le plus touché, continua Maes. Beaucoup d'hommes disent que c'est un héros mais lui ne le pense absolument pas !
- Si les gens disent cela c'est qu'il a dû sauver pas mal de vies ! Il devrait être fier d'avoir défendu son peuple !
Maes eut un rire amer.
- Oui, mais dans une guerre, il faut souvent prendre une vie pour en sauver une autre.
Edward baissa la tête.
- Roy est le prince qui va un jour monter sur le trône, continua Maes. S'il avait pu, il n'aurait pas participé à ce conflit, mais son statut et ses obligations royales l'ont amené sur le champ de bataille pour aider les soldats. J'en faisais partie, vu que les hommes de tout le pays avaient reçu l'ordre de se battre.
La suite de son histoire glaça le sang du blond. La guerre fut longue et surtout, meurtrière.
À tel point qu'Amestris décida d'utiliser l'alchimie pour se défendre, sachant que les Ishbals ne la pratiquaient pas. Ce fut durant cette période que l'ordre des Alchimistes d'Etat fut créé, et cela, Roy ne lui avait jamais précisé.
Maes lui apprit que son prince en faisait partie, bien que depuis la paix, il se refusait à réutiliser l'alchimie, pris de remords. On lui avait enseigné l'alchimie du feu et c'était devenu sa spécialité. Le valet n'eut pas besoin d'en rajouter pour qu'Edward comprenne à quoi avait servi sa maîtrise pendant la guerre.
- C'est… Horrible.
L'adolescent ne trouva pas d'autres mots pour décrire tout ce qu'il venait d'entendre. Tout d'un coup, l'alchimie lui semblait moins attrayante.
- Cela fait partie de notre passé, déclara Maes en mordant dans un morceau de tarte. Nous avons finalement gagné et le peuple Ishbal s'est retiré dans un désert au loin. Mais bon, il est toujours difficile d'aller de l'avant après une telle expérience. Moi j'ai une femme extraordinaire et la plus belle et intelligente des filles, mais Roy…
Edward regarda le plafond, pensif.
- Vous avez dit tout à l'heure que le prince n'a plus jamais utiliser l'alchimie après la guerre. Pourtant, il me l'enseigne !
Maes lui ébouriffa les cheveux.
- Décidément ! Pour la dernière fois tutoie-moi ! Si tu savais à quel point Roy a changé depuis ton arrivée. Avant de te connaître, son sourire se faisait rare. Je savais que la guerre lui laissait une marque mais je me doutais qu'autre chose clochait. Il avait besoin de quelqu'un… (Regard insistant)
Edward écarquilla les yeux en se pointant du doigt.
- Oui, je pense que tu es celui dont il a besoin.
Le blond regarda ailleurs.
- Je… Ça ne me dérangerais pas du tout.
Maes éclata de rire. Même si Edward ne le regardait pas, ses joues rouges étaient visibles.
- J'en étais sûr ! Allez, avoue que tu en pinces pour lui !
L'adolescent se tortilla les doigts, signe d'aveu.
- Ça… Se voit tant que ça ? hésita-t-il toujours sans oser le regarder.
- Et comment ! Enfin, il n'y a que Roy pour ne pas s'en apercevoir…
Le blond soupira et Maes lui donna une tape sur l'épaule.
- Ne t'en fais pas. Il a encore cette obsession pour une personne imaginaire mais il finira bien par ouvrir les yeux.
- Une personne imaginaire ?
- Et bien… Lors de sa fête d'anniversaire qui se déroulait sur un de nos bateaux, on a eu droit à une bonne tempête. On a pu s'échapper dans des barques mais pas Roy. On l'a retrouvé sur une plage pas très loin d'ici, et il n'a pas arrêté de m'affirmer que quelqu'un l'avait sauvé. Apparemment, ce serait un jeune homme avec une voix exceptionnelle.
Edward eut un petit rire nerveux.
- Je… J'ai besoin de prendre l'air.
Il déposa sur la table sa part de tarte à peine entamée et sortit de la maison. Là, il se laissa tomber contre un mur et des larmes perlèrent dans ses yeux.
L'obsession de Roy qui les empêchait d'être ensemble, tout ça, c'était à cause de sa voix. Elle avait la propriété de guérir, mais elle envoutait. Edward le savait lorsqu'il avait chanté, mais à ce moment tout ce qui lui avait importé, c'était de sauver son prince. Maintenant, il s'en voulait.
Il porta une main à sa gorge en grinçant des dents. Pourquoi… Pourquoi avait-il fallu que cette potion modifie la seule chose qui pouvait lui permettre de prouver qu'il était cette personne qui obsédait son prince ?
Il pleura quelques minutes, jusqu'à ce qu'une petite fille vint lui secouer l'épaule. Elysia était venue le rejoindre et le regardait, l'air intrigué.
- Edo, pourquoi tu pleures ? Tu as un bobo ?
Edward, malgré sa peine, rit et essuya rapidement ses larmes.
- Oui, un bobo, répéta-t-il. Un bobo au cœur, précisa-t-il en la regardant tendrement.
- Pourquoi ?
- Parce que… Je viens de me rappeler une histoire assez triste.
Elysia s'assit devant lui et tapa dans ses mains.
- Raconte, raconte !
Maes, appuyé près de la porte d'entrée côté intérieur, tendit l'oreille.
- Il était une fois, commença Edward en fermant les yeux, un jeune homme-poisson qui tomba amoureux d'un humain. Il ne le connaissait quasiment pas, mais il éprouvait déjà quelque chose de très fort pour lui.
Il s'arrêta. Ses yeux recommençaient déjà à s'emplir de larmes.
- L'humain dont il était amoureux était un prince et la première fois que le jeune homme-poisson l'avait vu, c'était sur le bateau où il y avait une grande fête en son honneur.
- Il est monté sur le bateau ? Mais si c'était un homme-poisson il avait pas de jambes ! fit remarquer Elysia sans comprendre.
- Non, non, il n'était pas vraiment sur le bateau, précisa Edward en riant. Il était juste accroché à une des rampes pour pouvoir observer ce qu'il se passait sur le pont. Il ne voulait pas qu'on le voit, tu comprends ?
La petite fit oui de la tête et attendit impatiemment qu'il continue son histoire. Edward raconta le naufrage, ce qu'il s'était passé sur la plage, la tristesse ressentie par le jeune homme-poisson parce qu'il ne pouvait pas vivre avec son prince, l'offre de la sorcière, la potion…
- Il était très content de pouvoir enfin être avec celui qu'il aimait, mais le prince, même s'il éprouvait beaucoup de compassion pour lui, restait amoureux du mystérieux sauveur.
- Mais pourquoi il lui dit pas que c'est lui son sauveur ? demanda innocemment Elysia.
Edward regarda le ciel.
- Il aimerait bien, mais il ne peut pas. Du moins, pour l'instant… Il espère qu'un jour il pourra…
Saleté de larmes ! Edward s'empressa à nouveau de se reprendre pour ne pas avoir l'air idiot devant la petite fille qui continuait de le regarder.
- Tu sais, moi, je suis sûr qu'un jour le jeune homme-poisson sera heureux ! déclara celle-ci, un grand sourire s'étirant sur son visage enfantin. Il faut que je rentre maintenant. Papa a dit que quand le soleil se couche il y a des vilains messieurs méchants qui arrivent pour faire peur aux petites filles !
Et elle rentra, laissant Edward avec ses pensées. Si seulement il pouvait être aussi certain qu'elle concernant son bonheur !
Sous l'océan, Winry déposa quelques poissons dans sa sacoche d'algues et sortit de la maison. Elle nagea pendant une bonne demi-heure avant d'arriver enfin au cimetière des épaves.
- Al ?
Le jeune homme-poisson sortit d'un des navires, des cernes sous les yeux. La sirène aux longs cheveux blonds le rejoignit et lui donna un poisson qu'il dévora tant il avait faim.
- Tu devrais te reposer un peu, s'inquiéta son amie.
Alphonse hocha la tête.
- Je n'ai pas encore fini. Il reste encore des bateaux que je n'ai pas explorés…
Winry baissa la tête. Elle comprenait qu'il ne voulait pas admettre qu'Edward avait disparu, mais il risquait de s'en rendre malade ! Elle allait protester contre son entêtement lorsqu'Alphonse tendit l'oreille.
- Tu n'as rien entendu ?
La sirène fit non de la tête. Le visage de son ami sembla s'illuminer.
- C'est Ed !
- Quoi ?
- J'ai entendu Ed !
Winry haussa un sourcil mais il lui prit la main et l'entraîna avec lui.
- Ça venait de là !
Alphonse nagea vigoureusement. Ils traversèrent une bonne partie du cimetière, jusqu'à arriver devant l'entrée d'une grotte.
- Al…Tu es sûr ?
Au même moment, quelqu'un râla :
- Quand est-ce que tu vas te décider ?
Winry jeta un regard ébahi à Alphonse. Il avait raison ! C'était la voix d'Edward ! Cependant, ils n'entrèrent pas le rejoindre. Une deuxième voix, moins familière, se fit entendre.
- Apprends la patience, Envy.
Envy ? Les deux adolescents s'échangèrent un regard avant d'oser regarder à l'intérieur de la petite caverne. Deux personnes s'y trouvaient. Deux personnes qu'ils ne connaissaient pas. L'une était un homme-poisson aux longs cheveux sombres, et l'autre une vieille femme qui portait une longue robe. Le plus étonnant était qu'elle n'avait pas de queue de poisson mais bien deux jambes.
- Où est Ed ? murmura Winry. Et cette femme… C'est une humaine. Comment fait-elle pour respirer sous l'eau ?
Alphonse lui fit signe de se taire.
- Mais je suis patient ! se défendit Envy. Si je ne l'étais pas, ça ferais longtemps que j'aurais craqué ! Seulement tu vois, j'en ai assez de parler avec cette voix de blondinet !
- Et bien supporte ! Répliqua Dante. Je te signale que c'est la clé de notre plan.
Envy croisa les bras.
- Et tu ne penses pas qu'il va finir par se douter de quelque chose ?
- Ne t'en fais pas… Je lui ai dit exprès que la potion avait des effets secondaires, et ça à fonctionner. Dès qu'il l'a bu, sa voix est devenu tienne. Je suis encore d'ailleurs très fière de mon idée.
- Il n'empêche que le breuvage que tu m'as forcé à boire juste après son départ était infect ! commenta Envy en tirant la langue.
- Et alors ? L'important, c'est que cette potion permettait le transfert de voix. C'était ma dernière invention, une vraie merveille ! Et puis ne te plains pas, le pauvre, lui, a bu sans le savoir un mélange constitué avec pas moins de trois décoctions différentes ! Celle de base pour sa métamorphose, la seconde pour le transfert de voix, et la troisième pour en récupérer une autre de remplacement.
- Le pauvre, en effet, compatit faussement Envy.
Dante agita négligemment une main et une bulle de la taille d'un ballon apparu devant elle. Mais ce n'était pas une bulle normale. Si on la regardait, on pouvait voir à l'intérieur un homme penché sur un bureau à remplir des papiers d'un air ennuyé.
- Le prince est déjà beaucoup attaché à lui, même s'il ne le montre pas, dit la vieille femme en observant le visage de Roy qui posa une main sur sa bouche pour retenir un bâillement devant son travail peu passionnant. Le moment venu, tu entreras en scène, comme on l'a prévu. Et comment vas-tu t'y prendre ?
- Je me fais passer pour son amoureux transi et je l'amadoue, répondit Envy en soupirant. T'as pas besoin de me le faire répéter dix fois je connais le plan par cœur ! Est-ce qu'au moins je pourrais me débarrasser du modèle ? demanda-t-il soudain avec une lueur malsaine dans les yeux.
Tandis que Winry étouffait une exclamation horrifiée, Alphonse serrait les poings. Il n'avait pas besoin d'en entendre plus.
- Viens, murmura-t-il en faisant signe à son amie.
Tous deux se mirent à s'éloigner au plus vite de la grotte et allèrent se cacher dans un navire échoué.
- Tu as entendu ? fit Winry d'une voix paniquée. Ce garçon a la voix d'Edward !
- Oui, et il semblerait que cette femme soit une sorcière. Mon frère s'est mis dans un sacré pétrin…
- Mais où est-il ?
- Ça semble logique ! Voilà pourquoi on ne le trouvait pas ! Il est devenu humain !
- Quoi ? s'étonna Winry. Mais où aurait-il pu aller ?
- Je savais qu'Ed était amoureux d'un humain, murmura Alphonse, pensif. Elle a parlé d'un prince, ça ne peut être que lui dont il s'agit. Il me semble qu'il y a un palais qui touche l'Océan pas très loin d'ici. Je suppose que c'est là que mon grand frère se trouve…
