Lorsqu'Edward et Maes rentrèrent au Palais, la nuit était déjà tombée. D'ailleurs, lorsqu'ils retrouvèrent Roy, celui-ci paraissait totalement épuisé, littéralement tué par ces tonnes de paperasse qu'il avait dû remplir.
- Je devrais songer à engager des serviteurs pour s'occuper de ça, marmonna le prince en engloutissant presque le repas qu'on leur avait servi.
Edward ne touchait presque pas à son assiette, le regard vide, la tête ailleurs. Maes, lui, regardait le blond du coin de l'œil. Roy remarqua leur comportement et, après avoir bu une gorgée de son verre, posa la question fatale :
- Quelque chose ne va pas ?
Les deux autres hochèrent négativement la tête en parfaite synchronisation.
- Dîtes…Vous pourriez parler un peu ! J'ai l'impression de m'adresser aux tableaux qui ornent la salle !
Maes bailla, et s'en fut trop. Roy décida de finir son assiette sans insister et partit de la salle à manger, les laissant dans leur silence. Une fois qu'il eut quitté la pièce, son valet sembla retrouver la faculté de parler.
- Dis… Tu aurais pu le lui dire maintenant….
- Désolé, fut la réponse timide d'Edward qui tournait à présent sa fourchette entre ses doigts. J'ai juste un peu peur de sa réaction.
Ses yeux dorés se tournèrent vers la baie vitrée qui lui permettait de voir l'Océan. Le vaste étendu liquide était noir, et le ciel arborait des nuages tout aussi sombres qui ne laissaient pas voir les étoiles. La pluie ne devait plus tarder.
- Je dois avouer que ce n'est effectivement pas commun comme situation, mais il n'est pas obligé de tout savoir maintenant ! Dis lui juste au moins pour tes sentiments ! Je suis sûr que ça vous rapprochera…
- Merci, Maes…
*-*-*Flash Back*-*-*
Le soleil se couchait à l'horizon, mais Edward n'avait pas envie de bouger. Il était resté assis devant la maison de Maes, à tenter de se remonter le moral. Le valet finit tout de même par le rejoindre.
- Ben alors ? Tu as profité du beau temps ? demanda-t-il en riant.
L'adolescent murmura un « oui » avec un faible sourire.
- Tu sais, ça peut te paraître farfelu, mais j'ai l'impression que l'histoire que tu as racontée à ma Elysia ne vient pas de ton imagination !
Edward leva la tête vers lui à une vitesse étonnante.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Vu ta réaction je suppose que mes soupçons sont bien fondés, rit Maes. Alors comme ça tu serais un ondin ?
Edward sembla enfin trouver la force de se remettre debout.
- Mais… Non ! Enfin je veux dire… Euh…
Il se maudit intérieurement d'avoir eu l'idée de raconter sa vie à Elysia sans s'être assuré que personne d'autre ne pouvait écouter. Qu'est-ce que Maes pensait de lui maintenant ?
Celui-ci semblait avoir détecté son angoisse et lui fit un sourire Maessien des plus rassurants.
- Si c'est ça qui t'inquiète, je te rassure : je ne mange pas les humains mi-poissons…
Son humour détendit l'atmosphère, mais le blond ne savait toujours pas s'il devait confirmer que son personnage n'était autre que lui-même….
Contre toute attente, le valet posa soudainement un genou à terre et baissa la tête devant lui.
- Ton histoire parle d'une fête, d'un naufrage, et surtout, du sauvetage d'un prince. Les détails que tu as mentionnés dans chacune de ces parties prouvent, à mes yeux, que tu es ce sauveur que mon prince et meilleur ami recherche. Je te remercie de lui avoir sauvé la vie.
Edward se sentit gêné, et en même temps soulagé. Apparemment, il croyait véritablement à son histoire, donc à sa véritable identité, et n'en éprouvait aucune peur, ni dégout.
Il se laissa tomber à genoux devant Maes qui leva la tête vers lui. Des larmes coulaient sur le visage de l'adolescent. Des larmes de gratitude.
- C'est plutôt à moi de te remercier. Grâce à toi, je viens de me rendre compte que ce n'est pas sans espoir. Peut-être qu'un jour je raconterai cette histoire au prince…. Et qu'il me croira lui aussi ! Et qu'il…
Ses larmes redoublèrent et Maes le serra contre lui, faute de mots. Et dire que le sauveur de Roy était là ! Devant lui ! Depuis tout ce temps !
Le valet se jura de l'aider à ce que son histoire finisse en happy end.
*-*-*Fin Flash Back*-*-*
Ed se leva de table et s'aperçut qu'il tremblait légèrement. Maes l'avait convaincu de dire à Roy ce qu'il ressentait, mais c'était en fait plus facile à dire qu'à faire. Il avait horriblement peur…
Bien sûr, comme le valet avait dit, il n'était pas obligé de lui avouer qu'il était un homme-poisson, juste de lui déclarer qu'il l'aimait. Mais rien que ça, c'était difficile !
En plus, comme il n'avait pas su quoi dire de tout le repas, et que Maes attendait qu'il se lance, également sans parler, le prince était partit un brin énervé par leur manque de réaction.
Maes se leva à son tour et le regarda avec compréhension.
- Si tu ne te sens pas prêt, vas te reposer un peu. On dit que la nuit porte conseil. Et puis demain, notre prince sera surement de meilleure humeur…
Edward acquiesça et sortit de la salle à manger avec lui. Ils se séparèrent, Maes rentrant chez lui, et il se dirigea, d'un pas assez lent, vers sa chambre. Là, il se changea mécaniquement, enfilant sa chemise de nuit blanche, et s'allongea dans son lit.
Il n'avait pas sommeil. Il pensait à Roy et imaginait sa réaction à sa déclaration.
« Je suis navré Edward, mais je me suis juré d'aimer celui qui m'a sauvé. Mais cela me touche quand même… »
Il se recroquevilla un peu dans sa couverture. Non. Il ne devait pas imaginer ce genre de scénario. Il s'efforça de ne plus s'imaginer son prince en train de le rejeter même s'il le faisait gentiment.
Il ferma les yeux, décidé à se détendre. Cependant, malgré ses efforts, il les rouvrit quelques minutes plus tard, désespéré. Pourquoi l'amour était si compliqué ? Ça aurait été sans doute plus simple s'il n'avait pas eu le coup de foudre pour un humain. Mais non, il a fallu que le destin lui complique les choses !
Il finit par sortir du lit, sachant qu'il n'était pas prêt de fermer l'œil. Et là, il serra les poings, prit d'une soudaine motivation. Il ne pouvait pas continuer comme ça ! Il devait prendre sur lui, avouer ses sentiments ! Se morfondre ne l'aidera pas !
Il ouvrit la porte de sa chambre, prêt à se rendre dans celle de Roy, lorsqu'un flash illumina la pièce et le couloir. Il s'arrêta quelques secondes, surpris par ce phénomène, mais se reprit bien vite. Au moment où il commença à s'éloigner de sa chambre, un craquement tonitruant le fit sursauter.
Le mauvais temps venait de pointer son nez, avec orage à la clé.
Le cœur battant, il s'arrêta à nouveau. Il détestait le tonnerre. En général, bien au fond de l'océan, le bruit extérieur se faisait discret, mais là…
Déjà la nuit de la tempête, il était effrayé par les éclairs et le bruit de l'orage, mais sauver Roy lui avait permis de ne pas trop y penser.
Il se concentra. Pourquoi avoir peur ? Il n'était pas dehors, donc il ne risquait rien ! Néanmoins, il s'empressa de traverser les différents couloirs, priant pour que le tonnerre s'arrête, ayant du mal à supporter cet horrible bruit qui lui donnait l'impression que quelque chose s'écroulait.
Enfin, il reconnut la grande porte qui menait aux appartements de Roy. Il décolla ses mains de ses oreilles et frappa, espérant ne pas le déranger.
Un « entrez ! » assez ferme se fit entendre, et il se pinça la lèvre. Il ouvrit tout de même la porte et se glissa timidement dans la pièce.
Roy était assis sur le rebord de la grande fenêtre de sa chambre et regardait dehors. Il ne se tourna pas quand Edward s'approcha, et l'on entendait que le martèlement de la pluie sur la vitre.
- C'est toi, Edward ?
Le blond stoppa son avancée lorsque le prince prononça son nom.
- Oui… Je suis désolé si je vous dérange…
- Non, j'étais juste dans mes pensées. Je n'arrive pas à dormir.
Son ton s'était radouci, ce qui rassura Edward. Au moins, il n'était pas le seul des deux à ne pas trouver le sommeil.
- Tu peux me rejoindre si tu veux.
L'invitation fit légèrement rougir l'adolescent qui s'avança pour s'asseoir sur le rebord de la fenêtre, en face de Roy. Celui le regarda enfin, et il put remarquer qu'il semblait un peu fatigué, presque las.
- Tu parais déjà plus bavard que tout à l'heure, fit remarquer le prince avec un léger sourire.
Edward eut un rire nerveux. Il se sentait un peu honteux en repensant à la scène de la salle à manger.
- Veuillez me pardonner. Je me sentais un peu mal à l'aise à ce moment…
Roy haussa un sourcil.
- Pourquoi ? Je ne mords pas pourtant, ajouta-t-il en se passant une main derrière la tête. Et puis, tant que j'y pense, tu peux me tutoyer. Je demande toujours à Maes d'en faire autant. Je n'aime pas que les gens qui me sont proches doivent tenir compte de mon rang. C'est assez pesant…
Edward se sentit heureux d'être considéré comme un proche, et cela l'encouragea à enfin lui faire sa déclaration. Bien que ses yeux fuyaient ceux du prince, il prit son courage à deux mains et déclara d'une voix sérieuse :
- Si je suis venu, c'est pour vous… Te parler de quelque chose d'important.
Roy hocha positivement la tête.
- Vas-y, j'ai tout mon temps pour t'écouter. Ça doit être effectivement important si tu es venu ici à cette heure. Rassure moi quand même : ce n'est pas grave au moins ?
Edward fit « non » de la tête en rougissant.
- Non, ce n'est pas grave du tout. En fait, je… Je suis venu pour vous dire que… Que je…
Bon sang, pourquoi était-ce si difficile à dire ? Sentir Roy l'interroger du regard lui faisait perdre tous ses moyens !
- Je…
Un nouveau coup de tonnerre particulièrement fort se fit entendre, et il n'acheva pas sa phrase, la peur le gagnant à nouveau. Roy le remarqua, et afficha un air un peu amusé.
- Tu as peur de l'orage ?
Edward se sentit vraiment honteux, mais acquiesça tout de même. Il aurait l'air encore plus ridicule s'il le niait.
- Moi aussi je n'aime pas ça.
Le blond regarda Roy sans comprendre. S'il n'aimait pas cela, pourquoi ne réagissait-il pas à chaque coup de tonnerre ?
Le prince rit devant son air surpris, et il s'expliqua en tournant à nouveau son regard vers l'extérieur.
- Ce bruit me rappelle la guerre qui a eu lieu il y a quelques années, tout simplement. J'y ai participé, et je n'en garde évidemment pas de bons souvenirs…
Edward baissa la tête. Il se rappela l'histoire de Maes.
- Mais Amestris est en paix maintenant. C'est du passé.
- Je le sais… Seulement mes actes là-bas ont fait que je garderais à jamais des remords au fond de moi.
Edward savait de quoi il parlait mais il garda le silence. Est-ce qu'à chaque orage son prince revivait l'atroce expérience de son passé ? Il sentit une vague de compassion l'envahir. Il n'était pas tombé amoureux d'un homme qui ne se préoccupait de personne, mais d'un être sensible, et tourmenté par les atrocités qu'ils avaient vécu…
- Tu sais, moi je n'attache pas d'importance à ce que tu as pu faire pendant la guerre. Tu avais agi à contrecœur, et tu n'es pas le genre de personne qui tuerait sans y être obligé !
Ses yeux le picotèrent un peu mais il poursuivit, osant enfin se lancer :
- Je… J'éprouve des sentiments pour toi. Tu es un prince qui aime son peuple, qui s'est battu pour lui ! Tu respectes les gens, tu es très gentil… Pour faire court, tu as beaucoup de qualités. Tu possèdes même un peu d'humour que j'apprécie beaucoup, et une prestance qui montre que tu mérite d'être Prince !
Il se tut, rouge pivoine. Après avoir éprouvé tant de difficulté, voilà qu'il avait sortit ce qu'il avait sur le cœur d'un coup ! Et maintenant, il ne savait plus du tout où se mettre !
Roy le regardait maintenant avec une expression étrange. On aurait dit qu'il hésitait à rire…
- Tu… Es amoureux de moi ?
- O… Oui, avoua Edward en détournant la tête.
Quelques secondes s'écoulèrent dans une atmosphère silencieuse, et durant lesquelles seule la pluie osait encore faire du bruit derrière la fenêtre. Puis, sans prévenir, le prince se plaqua une main sur le visage. Edward l'entendit rire discrètement.
- Qu... Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il avec inquiétude, le voyant déjà se moquer de lui.
Et voilà, il allait être rejeté…
Roy retira sa main et calma son rire.
- Je suis pathétique, dit-il en fermant les yeux.
Edward cligna des siens.
- Pourquoi ?
Une nouvelle pause se fit entre sa question et la réponse du prince.
- Et bien parce que je n'ai pas été le premier à faire ma déclaration.
À ces paroles, le cœur d'Edward s'accéléra à nouveau. Roy rouvrit les yeux et le regarda avec tendresse.
- Tu es un garçon plein de surprise, et très mignon. En plus tu as un véritable talent pour l'alchimie, et tu t'attires très vite la sympathie des gens. Comment ne pas succomber ? ajouta-t-il dans un sourire taquin.
Il hésita à continuer.
- Lors de mon accident en mer, j'ai été sauvé par un jeune homme. Je me suis attaché à lui car je me disais que s'il m'avait aidé, au moins lui trouvait que je méritais de vivre malgré mes actes… C'est un peu bête, quand j'y pense. Il ne devait sans doute pas être au courant de mon passé… Et puis plus le temps passe plus je me dis que Maes avait raison, et qu'il est le fruit de mon imagination…
Il leva une main pour venir la poser sur une des joues d'Edward.
- À cause de ça, même si je t'ai trouvé attirant dès la première fois que je t'ai vu, je n'arrivais pas à me persuader de l'oublier, et donc de voir à quel point je tenais à toi, mon petit protégé…
Le blond ne savait plus quoi dire. Il ne s'était pas préparé pour cette réaction plus que positive, et même s'il débordait intérieurement de joie, les mots ne venaient pas.
L'orage, insensible à cet heureux dénouement, décida d'interrompre ce moment magique et un nouvel éclair suivit d'un craquement sonore rompirent le silence. Sans réfléchir, Edward se rapprocha de Roy plus vite qu'il n'en faut pour le dire, la présence de son prince atténuant tout de même un peu son appréhension.
Un deuxième craquement attaqua ses tympans et il porta ses deux mains à ses oreilles. Oui, vraiment, il haïssait l'orage !
Les yeux fermés, le visage crispé, il ne vit pas que Roy l'entoura de ses bras. Il ressentit toutefois une douce chaleur l'envelopper et le bruit du tonnerre lui sembla déjà plus lointain.
Il ne se doutait pas que deux autres personnes se réjouissaient tout en les observant dans une bulle magique.
