Publication du chapitre dix dans lequel les choses sérieuses démarrent !

Le matin suivant cette nuit d'orage, un valet s'apprêtait à réveiller son maître. Maes ouvrit la grande porte des appartements de Roy et clama haut et fort :

- Sa Majesté est priée de se lever !

Il posa les mains sur ses hanches en entendant non pas un grognement agacé, mais DEUX grognements agacés ! Oui, DEUX ! Il s'approcha rapidement du lit et resta sidéré par ce qu'il vit.

Un petit blond était pelotonné contre son prince qui ne semblait, à l'air heureux figé sur son visage encore endormi, nullement gêné de cette présence.

« On dirait que les choses ont bien progressé » pensa Maes avec un sourire.

- Sa Majesté et son protégé sont priés de se lever ! corrigea-t-il avec humour, faisant réagir les deux interpellés.

Dès qu'il croisa le regard amusé du valet qui lui fit un clin d'œil, Edward devint rouge mais le lui rendit en plus d'un petit rire. Roy eut plus de mal a émerger…

- Gnn… Quelle heure il est ?

- L'heure de m'expliquer pourquoi le jeune homme pur et innocent que tu as recueilli s'est retrouvé dans ton lit ! S'exclama Maes en riant.

- Orage, fut la réponse plutôt brève de Roy qui bailla.

- Oh ! Je comprends…

- Et disons aussi que j'ai ouvert les yeux, ajouta le prince en se levant, suivit d'Edward. Je ne gâcherais pas ma chance pour un être qui n'existe hélas que dans mon esprit !

L'air enjoué de Maes parut s'effacer durant une seconde mais il fit comme si de rien n'était.

- En fait, tu avais totalement raison. Edward est tout simplement celui que j'attendais et j'ai été idiot de me voiler la face sur mes sentiments juste parce que je m'attachais à de l'imaginaire.

Il entoura un bras autour des épaules du blond qui se sentit presque euphorique. Son rêve d'être vraiment avec son prince se réalisait.

- Maes, je veux organiser un bal avant la fin de la semaine !

Cette déclaration laissa son ami et Edward perplexes.

- Un bal ? Tu veux fêter le fait d'avoir enfin ouvert les yeux ? plaisanta Maes.

- On peut dire ça…

- Et que va en penser le roi ?

- Il est en voyage tu le sais bien, et puis avec ce que je lui annoncerai à son retour, il ne pourra qu'être de bonne humeur !

Edward se colla un peu plus contre son prince et fit de son mieux pour ne pas montrer son malaise. Il avait déjà entendu parler de bals lors de discussions avec les gens du peuple. Il s'agissait de soirées où l'on prenait plaisir à côtoyer d'autres personnes, et à danser.

Danser…

Voilà le problème. Cette activité humaine lui était totalement inconnue ! Il avait déjà eu l'occasion de le faire avec des dauphins, mais c'était loin d'être la même chose !

Malheureusement, Roy ne changea pas d'idée, et les invitations furent envoyées, et les préparatifs achevés deux jours plus tard. Deux jours qui passèrent trop vite au goût d'Edward. La fête devait se dérouler dans la grande salle de bal du palais. Le buffet se tenait prêt, les musiciens répétaient ce qu'ils allaient devoir jouer pour l'occasion, et lui stressait comme jamais.

Plus l'heure fatidique du commencement du bal se rapprochait, plus il se tortillait les mains. Roy avait remarqué qu'il n'était pas dans son assiette et lui avait donc proposé une petite sortie. Ils rentrèrent un peu plus tard en possession de tenues spécialement adaptées pour ce genre de soirée.

Lorsque la nuit tomba, Edward enfila ce qu'il avait choisit. En se regardant dans le grand miroir de sa chambre, il vit un charmant jeune homme aux yeux dorés qui portait un costume d'apparat rouge et or, ce qui se mariait à merveille avec sa chevelure blonde.

Roy le rejoignit quelques minutes plus tard, et sembla un peu dans les nuages en le regardant de haut en bas.

- Ces habits te vont très bien !

Le blond lui retourna le compliment, trouvant en effet que le costume d'un bleu relativement sombre mêlé également à de l'or qu'il portait intensifiait sa prestance.

Bientôt, les invités arrivèrent et Maes vint les avertir que l'on attendait plus qu'eux. Un brin hésitant, Edward serra le bras de Roy en se rendant dans la salle de Bal. On les applaudit à leur arrivé et le blond se sentit affreusement gêné d'être au centre de l'attention de tout ce monde.

- Mes chers amis, ce bal est organisé pour une raison bien précise que je dévoilerai à sa toute fin ! Je vous souhaite de profiter de la soirée autant que possible !

Les applaudissements fusèrent de nouveau avant que la musique n'emplisse la pièce immense. Des couples se mirent immédiatement à tournoyer sur la pise de danse, tandis que d'autres rejoignaient leurs amis pour parler entre eux, non loin du buffet. Notre blondinet se dit qu'il suffisait juste de se glisser près de celui-ci pour éviter le pire, mais il était déjà trop tard. Roy lui posa la question fatale tout en s'inclinant.

- M'accorderiez-vous cette danse ?

Edward sentit la panique l'envahir en un instant. Le souvenir de ses premiers essais pour marcher lui revint en mémoire et cela ne l'aida pas. Il avait déjà fallu un peu de temps pour qu'il parvienne à rester sur ses jambes sans perdre l'équilibre, alors danser lui paraissait être une épreuve bien difficile. Certes depuis le temps il s'était habitué à ses jambes, mais cela ne voulait pas dire qu'il parviendrait à se mouvoir correctement pour une valse ! Mais s'il refusait, qu'est-ce que son prince allait penser ?

- Je… Je ne sais pas danser, articula faiblement notre blond dans un murmure à peine audible.

Roy réprima une envie de rire aux éclats pour ne pas le vexer et se pencha à son oreille.

- Quelle importance ? C'est très simple ! Il suffit juste de suivre les mouvements du partenaire.

Edward acquiesça mais restait angoissé. Il chercha Maes du regard et l'aperçu en train de faire danser Elysia avec Gracia, tous trois formant une farandole familiale des plus touchante. Dommage qu'il ne puisse pas l'aider cette fois…

Il sentit soudain Roy le tirer par la manche pour l'emmener sur la piste et il eu bien du mal à résister. En fait il n'y arriva pas du tout et donc se retrouva bien contre son grè parmi tous ces couples qui tournoyait à lui en donner le vertige.

- Tu es prêt ?

Une main touchant la taille de son Prince, et l'autre l'épaule, Edward déglutit discrètement avant d'hocher positivement la tête, mettant de côté du mieux qu'il put cette petite voix dans sa tête qui lui criait « Tu vas être ridicule ! ».

Doucement, Roy commença à se mouvoir, entraînant Edward qui baissait les yeux pour suivre ses pas. Ils dansèrent à un rythme soutenu pendant quelques minutes, avant que la musique ne s'accélère légèrement, et qu'ils en fassent de même. Notre blond se dit finalement que ce n'était pas bien dur, même s'il fallait qu'il reste concentré pour bien suivre.

Et puis, cette proximité avec son prince lui prodiguait une douce sensation de bien-être. Il leva la tête vers Roy et se sentit rougir. Il le fixait avec un mélange d'amusement et de tendresse.

- Alors ? fit le prince en haussant un sourcil. Tu ne sais toujours pas danser ? Sache que tu te débrouille très bien !

Edward esquissa un sourire gêné avant de changer radicalement d'expression, une sensation bien moins agréable que celle du bien-être le prenant soudain aux tripes. Il lâcha Roy et tomba sur les genoux en se serrant la taille de ses deux bras, les traits tirés par la douleur.

- Ed ? Ed !

Les couples autour d'eux avaient cessé de danser et le regardait, l'incompréhension et la peur se lisant sur le visage de chaque personne. Roy tenait maintenant les épaules de son partenaire et appela Maes qui accourut aussitôt vers eux.

- Il ne va pas bien du tout ! Appelle le médecin royal ! s'exclama Roy avec le sérieux dont il faisait preuve lorsque la situation l'exigeait.

Le valet ne se fit pas prier et se précipita hors de la salle de bal. Le prince prit ensuite Edward dans ses bras en lui murmurant des « ça va s'arranger, ça va s'arranger ». Il le porta non pas dans la chambre du blond, mais dans la sienne, où il le déposa délicatement sur son lit.

- … R… Ro…y

De toute évidence, la douleur était telle que le pauvre adolescent ne parvenait même pas à parler correctement. Maes les rejoignit sans plus tarder, accompagné d'un vieil homme. Le prince reconnu aussitôt celui qui l'avait toujours soigné lorsqu'il tombait malade, et ce depuis sa petite enfance.

Le médecin royal s'approcha d'Edward et ils le laissèrent l'ausculter pour voir l'origine du mal qui le rongeait. À la fin de l'examen, le diagnostic fut formel :

- Ce jeune homme n'est atteint d'aucune maladie, et je n'ai rien sentit d'anormal.

Autant dire que Maes et Roy le regardèrent avec le plus grand étonnement.

- Vous êtes sûr ? osa le prince.

- Si vous doutez de mes dires, n'hésitez pas à appeler des confrères mais ils diront probablement la même chose ! Cependant faites-le garder le lit au moins pour ce soir, sait-on jamais…

Une fois le médecin partit, Roy s'assit sur le lit auprès d'Edward qui s'était assoupi durant l'auscultation.

- Il ne faisait pas semblant, murmura-t-il. Sa souffrance… Lorsque je le tenais dans mes bras, j'avais presque l'impression de la sentir.

Maes posa une main sur son épaule.

- Elle s'est visiblement calmée une fois que tu l'as amené ici. Retourne au bal rassurer tout le monde, il vaut mieux le laisser se reposer…

Le prince hésita. Il n'avait pas envie de le quitter. Maes resserra un peu l'étreinte de sa main sur son épaule et finalement il se résigna à partir.

- Je veux que tu restes ici, et que tu veilles sur lui le temps que je remette de l'ordre avec les invités…

Le valet acquiesça naturellement et le regarda s'éloigner avant de reporter son attention sur Edward.

- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

Le blond ouvrit les yeux presque instantanément et Maes sut qu'il avait eu raison de penser que ce sommeil soudain avait été simulé pour éviter les questions gênantes.

- Je n'en sais rien... Tout est arrivé si vite, si brutalement !

Il remua les jambes. La douleur était partie aussi vite qu'au moment où elle était venue. Il ne comprenait pas. L'espace d'un instant, il avait bien cru revivre l'horrible métamorphose de la plage, mais en sens inverse. Pourtant, il était encore humain ! Ou alors était-ce autre chose ? Mais quoi ?

Maes l'interrompit dans ses pensées en lui donnant une chemise de nuit blanche, comme toutes celles qu'il avait portées depuis son arrivée au château.

- Tiens, change-toi et essayes de réellement dormir. Roy reviendra sûrement dans un petit moment.

Edward obéit et s'engouffra sous les couvertures, bien qu'il n'ait aucune envie de se laisser aller au sommeil.

- J'ai gâché la soirée, marmonna-t-il sombrement.

- Mais non ! Tu n'y es pour rien ! Ne te prends pas la tête pour ça… Allez, reposes-toi en attendant le retour de ton prince, insista Maes avant de sortir, le laissant au calme.

Le blond se retourna dans le lit en soupirant. Cette histoire l'inquiétait. D'un côté ce n'était pas plus mal que la douleur brutale de toute à l'heure n'était pas due à un revirement de la transformation. De quoi aurait-il eu l'air devant tout ce monde ? Et surtout devant Roy ?

A cette pensée il se crispa. Pourquoi le sort s'acharnait sur lui ? Il n'avait pas besoin de causer ce genre de situation…

Alors qu'il fermait les yeux pour oublier un peu sa mésaventure, il entendit une mélodie, légère et cristalline. Son visage se détendit presque instantanément. Si belle, si douce à entendre…

Il se releva soudain en position assise, son cerveau ne reconnaissant que trop bien cette musique. En fait ce n'était pas exactement une musique, mais un chant. Et il l'avait entendu tant de fois qu'il ne pouvait lui être que familier….

Sa surprise grandit encore lorsque ses oreilles lui indiquèrent qu'il provenait de dehors. Il se leva et courut au balcon des appartements de Roy pour se pencher vers l'Océan qui venait caresser le palais de ses vagues.

Là, il manqua de pousser une exclamation de joie. Winry et Alphonse lui faisait des signes, leurs corps à moitié immergés.

- Ed ! Enfin on te retrouve ! s'exclama la jeune sirène. On avait peur que tu ne nous entendes pas !

- On voulait te parler avant mais il fallait d'abord trouver un moyen de communiquer avec toi sans nous faire repérer, ajouta Alphonse, heureux de revoir son ainé.

Edward regarda machinalement autour de lui.

- Mais si vous chantez on va vous entendre ! protesta-t-il.

- Non, ne t'en fais pas ! Ce chant n'est audible que pour le peuple marin ! le rassura Winry. On a mis du temps à y penser mais ça à fonctionner, et ce même si… Même si tu n'en fais plus partie pour l'instant, acheva-t-elle en baissant le regard.

Le blond en fit de même avant de s'excuser :

- Je suis désolé. Je ne vous ai même pas prévenus pour mon départ. Vous devez m'en vouloir j'imagine…

- Un peu c'est vrai, admit Alphonse. Mais tu as tes raisons et je les comprends. Seulement nous ne sommes pas venus pour te faire la morale, mais pour te prévenir !

Edward releva la tête, sentant l'étrange sérieux de son cadet.

- Me prévenir de quoi ?

Sitôt qu'il avait refait son apparition dans la salle de bal bondée, tout le monde ou presque s'était précipité vers lui pour prendre des nouvelles de son protégé. Roy avait dû user de toute son autorité pour imposer le calme et ainsi pouvoir apaiser tout ce remue-ménage.

Il resta tout de même dix minutes à parcourir la salle d'un côté à un autre pour s'assurer que tout reprenait bien son cours. Il décida de retourner voir Edward lorsqu'il vit que les invités étaient bien rassurés. Il prit donc la direction de la sortie en soupirant, bien content que l'ambiance ait été facile à rétablir.

Il resta cependant cloué sur place en voyant quelqu'un qu'il ne s'attendait pas à voir entrer dans la salle, et s'arrêter à quelques centimètres de lui en se tortillant les mains.

- Ed… Edward ?