2.

Alhannis déposa une tasse de thé devant sa belle-sœur à la chevelure pétale de rose.

- Il est chaud, il va te rafraîchir, bois doucement, Mady.

- Merci, Alhie. Tu vas bien, toi ?

- En pleine forme. Khélye est à nouveau plus resplendissante que jamais.

Les prunelles vert prairie de la jeune femme s'illuminèrent.

- Oh, elle est…

- Oui, enceinte de notre deuxième enfant, sourit le rouquin incandescent, tout aussi rayonnant que devait l'être son épouse.

- Toutes mes félicitations, se réjouit Madaryne en se levant pour l'étreindre, avant de se rasseoir sur la terrasse, surveillant de loin ses enfants qui jouaient dans le parc, entourés de Lumen la chienne et de Truffy ayant repris son apparence de lion majestueux.

Alhannis prit place de l'autre côté de la table ronde au plateau de verre.

- Où est Alguérande ?

- Dans la serre tropicale.

Le grand rouquin fit la grimace.

- Il ne va donc pas mieux ? J'espérais quand même qu'après ces semaines de traitement sur PolyArts, il aurait repris un peu de poil de la bête… Le jet vient de se poser en nous amenant avec ma petite famille, je suis venu directement te voir, papa étant parti chevaucher, donne-moi les dernières nouvelles, Madaryne, je te prie.

Madaryne secoua la tête avec tristesse et fatigue.

- La confiance en lui, en ses talents particuliers, qu'il avait acquise durant vingt ans ont été balayées en quelques autres semaines en effet. Il avait été plus barge que jamais dans la campagne de destruction orchestrée par le Poulpe et ses deux acolytes Humains, mais il a vraiment été démoli par les complots de Gander alors que son meilleur ami le trahissait à son insu !

- Algie avait passé l'éponge, nous en avons discuté ! protesta Alhannis. Ne me dis pas que cette désillusion l'a mis à terre à ce point ?

- Non, pas cela. Il avait pardonné la trahison électronique de son second… C'est Elle…

- Evidemment, comment ai-je pu le zapper… Mais, Elle est partie, non ? Alguérande l'a chassée de vos vies, naturelles et surnaturelles ! Nous sommes saufs, grâce au sacrifice d'Algie, de son équilibre mental… Il a été au bout de l'abnégation, je n'en attendais pas moins de lui, mais il en paie un tel prix… Comment, si elle prétend avoir changé, cette Léllanya peut-elle lui avoir fait ça ? ! se révolta le grand rouquin.

- Mais, parce qu'elle a été et sera toujours une pourriture ! hurla presque Madaryne. Elle a détruit sa vie d'enfant, et à présent sa vie d'adulte ! Si seulement j'étais morte, si seulement je pouvais me mesurer à elle à armes égales et la démolir une bonne fois pour toutes !

Alhannis se saisit des mains de sa belle-sœur.

- Ne songe surtout pas à une telle horreur, Mady ! Ta famille a besoin de toi, à commencer par ton époux alors qu'il n'est même pas en état de veiller sur lui-même… Alors, où en est-il, mon petit frère à la crinière fauve ?

- Pire qu'avant que Surlis ne le sorte des sédations et ne lui permette de respirer de façon autonome, de reprendre contact avec la réalité… Et c'est ce qui l'a achevé avec le retour de ses souvenirs ! Il refuse une réalité où Léllanya existerait, et la semi-conscience de sa dépression lui convient parfaitement… Léllanya vivante, surnaturellement parlant, c'est inacceptable pour sa raison, surtout qu'il venait de faire la paix avec son passé de martyres qui avaient fait de lui le Monarque ! Et Alguérande ne peut envisager de retomber dans de tels supplices de son âme… Nous sommes rentrés chez nous, ça lui fera du bien, sur la durée. Mais en attendant, il est à fleur de peau, fragile, et il est totalement dans l'impossibilité de maîtriser ses émotions, passant de l'espoir de guérison au pessimisme le plus noir, d'un éclair de vision d'un futur apaisé à des crises de larmes sur ce qu'il prend pour son impuissance à nous protéger. Et que nous soyons ceux qui le préservent est un mal de plus à sa fierté de Mâle Alpha !

- Comme je comprends, Madaryne. J'en suis désolé. Et je ne peux rien… Juste être là.

- Et c'est précieux, assura la jeune femme. Quand Alguérande ira mieux, il se souviendra de tout, et il t'en bénira.

- Et j'espère que ce sera bien avant la venue au monde de mon deuxième bébé !

- Tu en veux d'autres, non ?

- Toute une fourmilière ! Et Khélye veut aussi une famille très très nombreuse !

- J'en suis si heureuse pour vous !

Alhannis se leva néanmoins précipitamment pour venir enlacer sa belle-sœur qui avait fondu en larmes.

- Mady…

- Un jour, j'ai brisé le cœur d'Alguérande, en lui retirant le droit de voir Alveyron. Et là je hais celle qui l'a mis au monde et qui le détruit à petit feu… Mon époux va mal, et je ne peux rien pour lui alors qu'il a mené tous les combats les plus inimaginables, pour nous ! Je me sens si impuissante, si désemparée devant la détresse qui le fait pleurer tant de fois quand il croit que je ne l'entends pas…

- Nous sommes là, Mady. Nous sommes tous là, assura Albator en venant les rejoindre, cravache encore à la main, revenu de sa promenade. Quelqu'un me sert une tasse de thé ?