4.
Albator avait laissé venir à lui le visiteur que le majordome du château avait escorté jusqu'au salon où il est se trouvait.
- Alguérande est en séance, en ville, informa-t-il à l'adresse de Gander Oxymonth.
- Je sais. Je n'ai pas voulu lui imposer ma présence, avoua le lhorois en prenant place. Je serai là pour lui, plus tard. Pour le moment, je ne suis qu'un mauvais souvenir.
- Décidément, je n'imaginais que les Mécanoïdes pouvaient se mortifier encore plus que nous ! remarqua le grand brun balafré. Algie ne vous en veut pas. Combien de fois faudra-t-il te le répéter ?
- Sans doute jusqu'à ce qu'on efface cette info de ma mémoire. Mais je ne veux pas plus qu'on altère mes souvenirs que d'implanter des fichiers virus !
- Puis-je connaître le but de ta visite ? Elle ne doit pas concerner le Pharaon, sinon tu aurais veillé à ce qu'Algie soit là, justement. Et si elle est amicale, là aussi il apprécierait de te voir !
- Je pars cette nuit avec le Pharaon. J'en ai reçu le commandement.
- De quoi ? ! s'étrangla Albator en faisant un bond dans son fauteuil.
- Ordre du général Hurmonde. Je tenais à vous en avertir.
Le lhorois esquissa un sourire.
- Je sais que vu son état actuel, vous n'en soufflerez mot à Alguérande, je suis tranquille pour des semaines, minimum !
Le Mécanoïde se leva.
- Je vous souhaite une bonne fin de journée ! jeta-t-il en quittant le salon sans attendre qu'on le raccompagne !
- Là, tu as vraiment intérêt à ce qu'Alguérande n'en sache jamais rien ! aboya Albator. Là, il ne te pardonnera jamais !
Après la séance avec Adon Vilak, comme à leur habitude, Alguérande et Madaryne avaient été apaiser leurs angoisses avouées ou non par de la nourriture.
Le jeune homme ayant cette fois des envies sucrées, ils s'étaient rendus dans un salon de thé.
Mais, comme toutes les autres fois, Alguérande n'avait pu avaler que quelques bouchées de sa part de gâteau, alors qu'au contraire Madaryne dévorait pour quatre.
- Ne me dis pas que tu veux faire concurrence à ta grande sœur et que tu attends notre cinquième petite terreur ? interrogea-t-il.
- Non, c'est juste que depuis la naissance des jumelles, j'ai la chance d'éliminer les calories de façon spectaculaire et je peux dès lors m'accorder toutes les folies alimentaires ! Avant, je faisais beaucoup plus attention à ce que j'avalais.
La jeune femme cligna de l'œil à son adresse.
- Je voulais être au top de ma forme pour harponner l'homme de mes rêves !
Alguérande eut un petit rire.
- Que m'importe ce que les grossesses t'auraient fait. Je t'aime telle que tu es. Et quoi que tu portes ou que tu manges, tu es magnifique à mes yeux !
- Quelle chance pour moi que tu sois totalement partial, mon bel amour, et que cela penche pour moi !
- Tu m'apportes tous les bonheurs, que pouvais-je attendre de plus beau dans la vie ?
- Moi, je veux retrouver mon guerrier, mais tu as tout ton temps, assura-t-elle, ton Pharaon ne va pas s'envoler !
- Aucun risque. Il faudra juste que je me reprenne en finissant de faire totalement la paix avec les souvenirs, qu'ils ne reviennent plus jamais me hanter, gloussa-t-il en se rabattant sur la théière en verre à défaut de finir sa portion de pâtisserie.
Chacun portant une de leur sœur, sous le regard attentif des nounous, Alveyron et Oralys se tenaient sur le perron de l'entrée principale de la cour intérieure du château.
- Papa ! Maman !
Les deux garçonnets se dirigèrent vers eux, pour se faire câliner, les jumelles roucoulant doucement.
- C'est le solstice, on pourra veiller plus longtemps ? s'enquit Alveyron, de l'espoir dans ses prunelles vert prairie.
- Oui, promis.
- Oh, merci, mon papa !
Au soir, les garçonnets profitant de la longue permission, les jumelles participants à leur manière – c'est-à-dire en dormant dans leurs lits-balançoires d'ordinaire disposés autour des piscines – Alguérande étaient demeurés sur une large chaise longue, à observer le ciel clair de ce solstice d'été.
- Elles me manquent, murmura le jeune homme.
- Les étoiles ? hasarda Madaryne dont le cœur s'emballait d'espoir.
- Oui…
- Je ne pouvais pas entendre meilleure chose en ce jour, fit-elle en se serrant encore plus étroitement contre lui.
