6.
En connexion avec le Grand Ordinateur de l'Arcadia, Albator avait parcouru le listing des mises à jour que Toshiro avaient effectuées.
- Tu t'apprêtes à t'envoler, papa ? interrogea Alguérande, avec une petite moue chagrine.
- Non, ce n'est pas prévu. Ni pour l'immédiat ni pour plus tard. Mais l'Arcadia doit être prêt au départ, en toutes circonstances. Où sont Madaryne et les gamins, je ne les entends pas jouer dans le jardin ?
- Elle les a emmenés à la foire qui s'est installée à Heiligenstadt. Les jumelles vont pouvoir faire leurs premiers tours sur les petits manèges.
- Tu vas aussi en ville ?
- Oui, je dois passer mon check-up médical mensuel. Je ferai ensuite un saut au QG de la Flotte avec les résultats. Après tout, même si je ne suis pas encore en grande forme, je suis censé repartir avec le Pharaon d'ici une vingtaine de jours.
- Ne rêve pas, Algie, c'est sur le rapport de Vilak que le général décidera de te remettre sur la passerelle du Pharaon, ou non.
- Comment ça « ou non » ? ! sursauta le jeune homme. C'est mon cuirassé ! Quant à ma thérapie, je peux la poursuivre à bord, avec un Mécanoïde chargé des fichiers adéquats.
- Je ne pense pas que Hurmonde voie les choses sous cet angle. Ce dont il a besoin, c'est d'un commandant de bord émotionnellement stable et au sang-froid irréprochable. C'est toujours ainsi que la Flotte a fonctionné. Crois-moi, Algie, j'étais là avant toi !
- C'est vrai qu'il m'arrive d'envier ta liberté de réflexion et d'action, admit Alguérande en buvant le thé tout juste infusé que son père lui avait servi, y trempant un cookie lui aussi parfumé aux fleurs.
- Tu veux changer de bannière et t'engager sous la mienne ? gloussa Albator.
- Pourquoi pas ? Je crois que ce serait la meilleure des thérapies ?
- Quoi, de n'en faire qu'à ta tête ? Il me semblait que tu ne faisais déjà que ça ! continua de s'amuser Albator.
- C'est ça, fiche-toi de ma poire ! J'ai à mordre sur ma chique, plus que jamais, et à reprendre mon commandement, un point c'est tout ! A ce soir, papa !
- Ne présume pas de tes forces, mon grand. L'avis médical prime, même sur celui Militaire de Joal Hurmonde ! Quelle que soit sa décision, ce sera la bonne.
- Tu es bien mystérieux… Et il fut un temps ou tu ne partageais absolument pas l'avis de Hurmonde ! lança Alguérande en quittant le salon.
Après son habituelle séance avec Adon Vilak, Alguérande avait repris sa voiture pour parcourir la petite distance le séparant du bâtiment abritant les locaux centraux du QG de la Flotte terrestre.
Il n'avait dû patienter que quelques minutes avant d'être introduit dans le bureau de Joal Hurmonde.
- Vous avez effectivement meilleure mine, convint ce dernier. Je viens d'avoir votre thérapeute au téléphone. Il est plutôt satisfait de vos progrès.
- Oui, c'est ce qu'il m'a dit aussi. Mais vous, qu'en pensez-vous ?
- C'est une question délicate. Il ne s'agit pas que de votre personne, commandant Waldenheim. Il y a la responsabilité du Pharaon et de son équipage !
- Vous voulez dire que vous ne pouvez prendre le risque de m'y renvoyer sans que je ne sois revenu à mes capacités pleines et entières ?
- C'est une décision que j'ai déjà prise. Le lieutenant Oxymonth vous remplace.
- Bien, je le rejoindrai par la suite. Comme cela ne s'est que trop souvent produit.
- Oui, en effet, c'est arrivé trop de fois par le passé. Je vous ai enlevé le commandement du Pharaon.
- Combien de temps ? souffla le jeune homme.
- Définitivement ! Vous ne dirigerez plus le Pharaon. Ni aucun autre cuirassé d'ailleurs !
Ses enfants emmenés à leurs chambres pour être baignés et changés, les jumelles nourries avant d'être couchées, Madaryne était allée retrouver ses beaux-parents sur la terrasse donnant sur le labyrinthe végétal.
- Ils se sont amusés comme des petits fous, tous. Par contre, je ne sais pas s'ils sauront encore avaler quoi que ce soit du buffet poissons de ce soir, tant ils se sont gavés de sucre aux divers stands. J'avoue que moi aussi !
Madaryne reposa son verre de cocktail de fruits frais pressés.
- Et Algie, comment il s'est sorti de son bilan médical ?
Albator fit la grimace.
- Il a été renvoyé à l'hôpital Militaire après son entrevue au QG de la Flotte, soupira-t-il.
- Comment cela ? tressaillit la jeune femme. C'était si mauvais que cela, son état global ? J'avais plutôt l'impression qu'il évoluait plus que bien !
- Ce n'est pas ça… Il a agressé le général Hurmonde, avoua alors le grand brun balafré.
