9.
Le grand ordinateur du Deathbird clignota de tous ses feux.
- Je suis là, capitaine !
- Commandant, je te prie. Je suis monté en galons depuis le tout jeune homme que j'étais et sans aucun grade bien évidemment quand je suis venu le premier jour… Mais je crains de ne plus être gradé depuis quelques dizaines d'heures… Gahad, en avant !
- A tes ordres, commandant ! Bien sûr que je te traite selon ce grade depuis longtemps. Ça m'amusait juste de te titiller !
- C'est dans ta programmation ? s'étonna sincèrement Alguérande.
- Je l'ignorais, jusque là. Il semble que le Pr Toshiro Oyama m'ait apporté de singulières améliorations, à mon insu, depuis toutes ces années !
- Comme si cela pouvait m'étonner… Toshiro et mon père sont tellement proches. J'ai essayé de forger mes propres plans, j'ai la désagréable impression que tout comme il a gardé le secret sur des nouvelles me concernant au premier point, il ne continue d'avoir envie de me trahir, lui aussi…
- On dirait que tu ne fais plus confiance à personne…
- Et je ne suis pas près de l'accorder à nouveau, siffla le jeune homme. Deathbird, en avant ! Direction la Ceinture Mythologique !
- A tes ordres, commandant.
Alguérande esquissa un sourire, s'approchant d'une des armoires de la chambre, observant son reflet dans le haut miroir.
Sa silhouette lui plut, toute de noire vêtue, le long manteau à haut col aux revers de col et à la doublure écarlate, le haut des manches marqués du blanc symbole Pirate.
- Comment j'ai pu passer à côté de ça durant toutes ces années ? Je me sens libre comme je ne l'ai jamais été !
- Cela te va très bien, complimenta Gahad.
- Merci, sourit franchement le jeune homme. Je te laisse nous diriger.
- Tu vas rejoindre ton petit frère ? comprit l'ordinateur principal du Deathbird.
- Oui. Maintenant, il a intérêt à tout m'expliquer !
Alguérande ouvrit ses ailes de dragon et disparut de ses appartements.
L'Arcadia traversait la mer d'étoiles, tranquillement, à faible vitesse.
Clio jouait de la harpe depuis un petit moment quand Albator se leva pour passer dans son bureau, Toshiro lui ayant annoncé que son interlocuteur était en ligne.
- Général Hurmonde.
- Votre fils étant officiellement porté absent, pouvez-vous m'en donner les dernières nouvelles, capitaine ?
- Son Deathbird se dirige vers la Ceinture Mythologique. Depuis une semaine qu'il a quitté la Terre, il a dû entrer en contact avec Pouchy qui l'aura mis au courant de la situation.
- On dirait qu'il a repris la direction de sa vie ? Je me trompe ?
- Il a été un peu piqué au vif, glissa le grand Pirate balafré.
- Oui, je suis au courant, remarqua Joal Hurmonde en désignant l'ecchymose toujours bien violacée de sa mâchoire.
Albator eut un ricanement.
- Alguérande me traite de pervers du raisonnement, mais j'ai pu constater sur ce coup que vous me battez largement, général ! J'irais même jusqu'à dire que vous êtes complètement barge que pour avoir eu cette idée pour l'obliger à se secouer !
- On ne pourra pas nier que je n'ai pas payé de ma personne !
- Je vous avais prévenu que si vous touchiez à son Pharaon¸ il démarrerait au quart de tour Je suis néanmoins désolé d'avoir eu raison…
- Le but est atteint, c'est tout ce qui compte, assura le général de la Flotte terrestre. S'il y avait eu quelqu'un d'autre, j'aurais laissé votre Alguérande finir tranquillement sa thérapie, même s'il avait fini par s'y complaire un peu trop à mon goût ! Je ne sais pas ce qui se trame dans la Ceinture Mythologique, mais ça menace gravement les populations voisines et la survie de plus d'un peuple, ainsi que tous nos approvisionnements.
- Algie fera tout ce qu'il peut.
Albator marqua un temps de suspension.
- Vous lui rendrez bien son Pharaon ?
- Je ne le lui avais repris que pour le faire réagir. Et avec la totale liberté dont il dispose, il n'aura de compte à rendre à personne. En espérant qu'il n'y prenne pas trop goût !
Albator fit la grimace.
- Il n'appréciera surtout pas cette histoire que nous avons montée de toutes pièces, soupira-t-il. Là, il va nous en vouloir, avec raison.
- Votre gamin est un tantinet rancunier, capitaine Albator !
- Oui, il a de qui tenir !
