10.

Bien que ce soit juste pour s'occuper les mains, Alguérande et Pouchy avaient placés les cannes à pêche au bord de la rivière et plongé les lignes dans les eaux à remouds.

- Tu peux me dire ce que la Ceinture Mythologique signifie pour toi, et ton monde, Algie ?

- Oui. Personne ne se rend jamais, voire même ne s'approche de ces zones galactiques, bien que la Ceinture borde plusieurs de nos greniers à blé – toutes denrées confondues – et que plusieurs planètes riche en de nombreuses matières premières s'y trouvent. Et voilà que tu m'annonces que c'est le bordel là-bas ! Tu peux être précis, s'il te plaît, mon Pouch' ? Quand tu en parlais, au château, je n'avais vraiment pas la tête à t'écouter… Je crois que je m'en fichais.

- De mes propos ?

Alguérande eut un soupir.

- De toi, de ce que tu me disais.

- Oui, j'avais remarqué que tu ne songeais qu'à ta propre personne, à tes tourments, réels ou imaginaires.

Pouchy jeta un regard un peu chargé d'appréhension vers son aîné à la crinière fauve, mais poursuivit plutôt bravement.

- Tu avais fini par trouver de l'agrément à cette dépression, asséna alors le jeune homme blond. Tout le monde t'entourait comme jamais. Tu étais le centre d'intérêt absolu. Tu étais dans un cocon bien doux, bien fermé, te protégeant parfaitement ! Et tu n'avais aucune envie de te replonger dans ta vie professionnelle, de reprendre pied avec tes obligations, de voir revenir les démons qui n'ont cessé de te pourrir la vie. Tu aurais pu être considéré comme guéri depuis des semaines, mais tu as freiné des quatre fers, renâclé comme un étalon ! Ce petit cirque aurait pu durer des semaines voire des mois encore.

Pouchy fixa encore son aîné mais Alguérande était d'un calme olympien, parfaitement maître de lui, sans la moindre ombre de colère dans ses prunelles grises.

- Heureusement, les démons ne t'ont nullement oublié. Et si dans un premier temps, ta véritable incapacité à te gérer et à assumer le quotidien, les ont servis – je veux te faire comprendre qu'ils ont pu organiser leur petite révolution sans crainte de ton intervention !

- Comme si j'étais le seul à pouvoir contrecarrer leurs plans. On m'a dit un jour que nous étions en réalité plutôt nombreux à disposer d'un chromosome doré. Que quelqu'un d'autre se charge de prendre des gnons, ça me changera !

Alguérande fronça les sourcils.

- Oui, pourquoi est-ce que tout serait systématiquement pour ma pomme ? !

- Parce que tu es le plus puissant ! intervint Torien. Parce que tu es de la lignée des précédents guerriers Humains qui ont le mieux maîtrisé le surnaturel. Même si vos petites victoires ne sont pas comparables à l'accomplissement de Pouchy, son enseignement ici, son futur statut de Conscience des Univers. N'aie crainte, Algie, je ne te ferai plus aucun mal.

- Sauf si j'attaque ta chère Léllanya, grinça en retour Alguérande.

- En effet, j'ai à protéger les innocents.

- Ça va, ça suffit, on m'a suffisamment rabâché les oreilles avec la nouvelle vie angélique de Léllanya, aboya encore le jeune homme. Je l'ai accepté, je peux vivre avec ça. Je ne m'en prendrai plus à elle. Mais en retour, qu'elle me fiche la paix, éternellement ! J'ai de vrais démons à combattre, à ce qu'il me semble !

Alguérande fit quelques pas, se plaçant entre Pouchy et Torien, posa les mains sur ses hanches

- Alors, qui sont mes ennemis ?

Pouchy eut un profond soupir.

- Les Titans sont réveillés, et prêts à tout écraser !

Mais ce fut avec un petit rire qu'Alguérande se saisit soudain de sa canne à pêche pour la tirer en arrière d'un coup sec, une truite de belle taille s'agitant au bout du fil.

- J'ai vraiment réussi, ou bien l'un de vous deux m'a fait ce petit cadeau ?

Pouchy et Torien détournèrent la tête, trouvant soudain un intérêt infini aux brins d'herbe entre leurs pieds !


Wylvéline, la Reine des Sylvidres avait frappé à la porte de la chambre où elle hébergeait Alguérande à l'étage de sa demeure.

- Pouchy est là. Tu veux bien descendre, Algie ?

- Oui. Pourquoi, il ne peut pas monter ?

- Il n'est pas seul… Descends, s'il te plaît.

Surpris, et un brin inquiet, le jeune homme obéit.

- Pouch' ? fit-il alors que la Souveraine le laissait dans son salon, se retirant discrètement.

- J'ai consulté l'Arbre de Vie, il m'a assuré que pour l'emporter sur les Titans, il te fallait une alliée. Sans elle, tu n'y arriveras pas !

- Ah, et où je la trouve cette perle rare ? J'aurais aimé refaire tandem avec mon amie Doppelganger !

- Je ne sais pas qui est cette créature. Moi, je ne suis pas dotée de ce pouvoir, mais j'en ai plein d'autres ! assura tranquillement Léllanya, lumineuse, ses petites ailes blanches. Tu as besoin de moi, Alguérande. Si tu veux bien de moi ?

- Je crains de ne pas avoir le choix, céda Alguérande, de la résignation dans la voix et le regard.