11.
Jours privilégiés sur Terra IV, Alguérande et Pouchy avaient passé la plus grande partie de leur journée ensemble.
Revenus machinalement auprès de l'Arbre de Vie, les deux frères étaient demeurés un moment debouts côte à côte, silencieux.
Le plus jeune des deux s'approcha de l'autre, posa ses mains sur ses épaules.
- Quand j'ai jeté tout de trac ce que j'avais sur le cœur sur ton comportement des dernières semaines, je n'imaginais que cela allait tourner de façon aussi inhumaine pour toi, Algie ! Si seulement j'avais su ! L'Arbre, et Torien, l'ont ramenée, encore une fois… Mais je crains qu'ils n'aient eu raison sur un point…
- Léllanya doit faire partir de ce combat, fit simplement Alguérande sur le ton de la constatation. Cela me révulse, mais je dois l'accepter. Je n'y mets qu'une seule condition : qu'elle ne se manifeste plus jamais auprès de moi !
- C'est impossible, remarqua Léllanya, en apparaissant. Je suis là, j'existe, à ce niveau astral. Je ne peux pas te quitter, pour ce combat. Ensuite, oui, je m'éloignerai, même si…
- Quoi ? glapit Alguérande.
- Même si Alveyron aime beaucoup que je sois près de lui. Cet enfant est un cœur. Il est ton reflet. Et dire que je n'ai jamais su… Je n'étais que haine et violence, sadisme même… Ce que je n'ai pu donner avec toi, j'en dispense des miettes à cet enfant merveilleux. Il m'apaise. C'est étonnant, lui si jeune et si ignorant de tout, il soigne mon âme !
- Oui, c'est Alveyron ! Mais toi, dispense-toi de ta présence à ma vue, je ne la supporte pas ! Je te vomis, je te hais !
- Et tu as raison, Alguérande. Je me retire. Nous nous reverrons lors du combat !
- Comme si j'avais seulement idée de ce que sont les Titans que je vais avoir à affronter…
Alguérande fit jaillir ses ailes de dragon.
- Je retourne sur mon Deathbird. Qu'aucun fantôme ne m'y suive sinon je l'atomise sans lui demander de me présenter d'abord ses astraux papiers d'identité !
- Je ferai selon ton souhait, Algie. Mais je crains que ma seule existence ne te répugne, toujours, murmura Léllanya en disparaissant la première.
- Elle a raison, glissa Pouchy.
- Et comment, approuva Alguérande en se pliant en deux pour vomir.
- Une communication pour vous, général Hurmonde.
- Je la prends dans mon bureau, jeta Joal à l'adresse de sa secrétaire en reconnaissant l'identifiant qui s'était en même temps affiché sur son propre écran d'ordinateur privé. Albator… je ne vous attendais pas…
- Avez-vous des nouvelles d'Alguérande ? jeta le grand Pirate balafré, sans aucunes ambages.
- Non… Heu, Albator, notre accord voulait que ce soit vous qui me tiennes au courant des voyages de votre déserteur de fils. Vous l'avez perdu ?
- En effet. Son Deathbird ne produit plus d'écho sur les scans. C'est comme s'il s'était perdu sur la route de la Ceinture Mythologique !
- Vous n'aviez pas dit qu'Algie devait discuter avec le plus jeune de vos fils ?
Joal Hurmonde passa les mains sur son visage.
- Je ne crois pas que j'ai cette conversation ! C'est tout juste si j'arrive à croire aux talents particuliers du commandant Waldenheim, et ce en dépit de toutes les manifestations du passé ! Vous, Albator, Ilian Waldenheim, je pensais trouver du répondant logique… Mais vous êtes le père de tous ces prodiges, accomplis ou en devenir ! Et vous avez perdu Algie ! répéta le général de la Flotte terrestre ! Je crains de ne pouvoir rien faire, je suis encore plus impuissant que vous, en ce domaine précis !
Albator soupira. Joal Hurmonde croisa les mains, concentré, réfléchissant du plus vite qu'il le pouvait.
- Je vais donc chercher mon fils. Je vous tiens au courant, général.
- Trouvez-le, Albator ! J'ai cru en toutes vos histoires, j'ai marché dans votre plan insensé en y apportant ma touche sur le point où je me prends un marron dans la tronche, mais je dois avoir des précisions, sur l'avenir… La Ceinture Mythologique est en train de s'effondrer, et ça pourrait détruire tout l'Union Galactique ! Où se dirige votre Arcadia, capitaine Albator ?
- Je me dirige vers la Ceinture Mythologique. Je n'ai aucun talent surnaturel, mais j'ai à être au plus près d'Alguérande !
- Je vous comprends… Je vous envie… Je ferais sans doute de même si j'avais pu avoir au moins un seul enfant. Mais je pleurerai toujours le seul amour de ma vie… Vous avez beaucoup de chance, capitaine Albator !
- Oui, je vois mes enfants et petits-enfants promis à des combats sans fin. Je devine que mon enfant chéri à la crinière fauve va devoir collaborer avec la pire engeance à ses yeux… Ils sont tous maudits. Ne les enviez pas, général. Ils sont au désespoir, et j'ignore s'ils le supporteront.
Albator se reprit.
- Je cherche Alguérande, et je vous fais parvenir les nouvelles !
- A bientôt.
Toshiro se permit alors d'intervenir.
- Albator, nous approchons de la Ceinture Mythologique !
- Bien, nous nous tenons prêts à tout exploser, sans sommation ! C'est parti !
