12.

Alguérande sourit.

- Tu t'invites au voyage, Pouchy ? Il sera tout sauf d'agrément !

- Je ne l'ignore pas. Mais tu apprécieras ma présence.

- Elle est bien nécessaire ! Léllanya, j'ai peut-être toléré sa venue à mon bord, mais je ne l'accepte toujours pas… Pourtant je sais que j'ai besoin d'elle et qu'elle m'aidera !

Alguérande se troubla, fixant un instant son cadet blond.

- Est-ce qu'elle serait enfin celle dont j'ai rêvé, que j'idolâtrais inconditionnellement ? souffla-t-il, presque honteux de sa soudaine réflexion.

Pouchy retraversa le salon pour apporter les verres d'eau colorée et aromatisée.

- Oui. Tu as enfin la version pure et aimante de Léllanya, celle qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être avant qu'on ne la forme en Pirate impitoyable et sanguinaire, totalement dépourvue de cœur.

- Je ne sais pas m'y faire…

- C'est normal, Algie, glissa doucement son cadet. Je ne connais personne qui aurait pu se relever après les sévices que tu as enduré, sans oublier papa à l'époque. Je peux t'assurer que cette Léllanya est parfaitement consciente de ce qu'elle t'a fait et qu'elle s'en veut infiniment. Ça doit la ronger sans doute autant que toi !

- Chacun son tour, maugréa Alguérande. Sa vie actuelle sera un éternel purgatoire, ce n'est que justice !


Alguérande procédant à quelques vérifications en compagnie de Gahad, Pouchy avait vu Léllanya le rejoindre sur la passerelle du Deathbird.

- Je peux te parler, Pouchy ? Mais je comprendrais que tu ne le veuilles pas.

- J'ai été éduqué pour tout pouvoir entendre. Mais cela n'enlèvera rien au fait que je sois avant tout le frère d'Algie !

- Je comprends. Cela va de soi. Le contraire n'aurait pas été digne de toi.

Elle esquissa un léger sourire.

- Tu es très célèbre auprès des Sages. Ils te tiennent en haute estime. Et Alguérande t'adore.

- Où veux-tu en venir ? préféra interroger plus directement le jeune homme.

- Est-ce qu'il est possible qu'Alguérande, si pas me pardonne, ne voie plus une ennemie en moi ? On m'a changée, mais cela n'efface rien au passé de tortures que je lui ai infligées. J'aimerais tant tout effacer, mais ce n'est pas en mon pouvoir. Là, je veux l'aider, le protéger, bref ce que la mère inhumaine que je fus n'a jamais été ?

- Voilà une question qui n'a sans doute pas de réponse, avoua Pouchy. L'esprit d'Algie est aussi tourmenté que le tien, Léllanya, je vous perçois tous les deux comme tu dois le deviner.

- Oui, je pourrais aussi lire en toi, mais je m'en retiens.

Léllanya se dirigea vers l'un des écrans de la console de commandes la plus proche, observa un moment les images relayées depuis la salle où se trouvait Gahad en compagnie d'Alguérande.

- A quoi penses-tu ? fit Pouchy qui lui suivait les diverses émotions qui se reflétaient sur le visage de Léllanya.

- Le petit fantôme malingre et sous-alimenté, au corps martyrisé, que j'ai failli tuer à plus d'une reprise sous mes coups est devenu un magnifique jeune homme ! Bien que je n'y sois pour rien, je suis très fière de lui !

- Algie est le fils de son père !

- Oui, il a de qui tenir. Je ne me trompais pas sur ce seul point en choisissant son géniteur.

- De fait, moi j'ai hérité de toute la féminité de ma mère ! reconnut Pouchy dans un rire.

Ayant franchi les limites de ce qui était la Ceinture Mythologique, le Deathbird avait volé un peu au hasard.

Alguérande s'approcha de son petit frère.

- Alors, elles sont où, toutes ces créatures que tu dis qu'elles sont revenues à la vie ?

- Je perçois leur présence, mais je n'arrive pas à les localiser, reconnut le jeune homme blond. Je crains qu'il ne faille attendre qu'elles nous trouvent !

- Oui, cela me semble également une évidence… Et, as-tu au moins idée de ce que sont ces créatures ?

- Des êtres issus de diverses mythologies ? hasarda Pouchy.

- Des Titans ! jeta Léllanya. Et ils ne sont pas très loin ! prévint-elle.

- Je ne perçois absolument rien, ragea Alguérande. Je me demande bien ce qui va nous tomber dessus…

Soudain surgis de nulle part, des rayons d'énergie entourèrent le cuirassé noir, formant une pyramide parfaite, l'y emprisonnant.

Et l'origine des rayons apparut alors, stupéfiant les trois personnes sur la passerelle du Deathbird.

- Les Titans sont des planètes ! Des planètes Cyclopes ! Et c'est leur œil qui projette ces rayons !