21.

Quittant sa chambre, Clio passa dans le salon de l'appartement du capitaine de l'Arcadia qui bien que l'on soit en pleine nuit était demeuré habillé de pied en cape, enfin juste sauf pour la cape !

- Insomnie ?

- Observatrice toi, pour quelqu'un qui dort le temps d'une nuit sur la durée d'un mois ! Je ne suis pas le seul, ajouta Albator dans un murmure, désignant du menton la silhouette toute de noire vêtue d'Alguérande debout devant les baies vitrées de l'appartement du château arrière.

- Il n'a toujours pas bougé de là, depuis tout ce temps ? !

Le grand Pirate balafré inclina positivement la tête.

- Ce qu'a dit son petit frère ne cesse de tourner dans sa tête.

- C'est le contraire qui serait surprenant, fit doucement la Jurassienne. Un cinquième Dragon ! Et, après ce que ton père nous a transmis comme info…

- Les quatre Dragon de Jura se sont endormis ! Jura n'est pas vraiment en danger, mais elle n'est plus protégée non plus !

- Umielron n'est plus… glissa Albator.

- Mais il y en a de tellement nombreux autres, maugréa Clio dans son absence de barbe. Morkadem a sauté sur la spirale de désespoir d'Algie pour réveiller la Ceinture Mythologique, d'autres pourraient bien faire de même avec ma Jura ! Et il n'y plus personne pour s'interposer… Un cinquième Dragon ? Les Mythologies en regorgent !

- Morkadem l'a invoqué.

- Je crains que ce triste sire ne les connaissent tous ! ragea Albator. Et il s'est à nouveau assuré qu'Alguérande ne soit toujours pas une menace pour lui !

Albator se leva, s'approchant de son fils.

- Tu ne devrais pas aller dormir, toi ?

- Et qui parle ? Celui dont la joue n'a toujours pas touché l'oreiller ?

- Je suis passé par là tant de fois ?

- Tu as eu un Dragon en toi ?

- Non, mais j'ai eu mon compte de situations flippantes ! Et il m'est dès lors arrivé à plus d'une reprise de ne pas fermer l'œil de la nuit.

- Donc, tu as dormi comme un bébé, vu que tu n'as plus qu'un œil !

- Ton ironie est intacte, ça me rassure. Et arrête de te torturer, Algie, tu n'as pas la solution.

- Et je ne suis pas la solution, j'ai parfaitement compris ton petit laïus de l'autre jour ! Je ne suis plus qu'un véritable boulet. Et pire encore, je ne peux qu'être une menace pour mes amis et alliés au vu de ce qui m'habite !

Le jeune homme fronça les sourcils, passant la main dans ses fluides mèches fauve, dévoilant entièrement son visage aux yeux mangés de cernes.

- Inutile d'essayer de m'avoir par les sentiments, Algie, je n'irai pas raconter je ne sais quel bobard à Hurmonde pendant que tu vas te planquer en pensant que ça empêchera cette force étrangère en toi de se développer. Tu restes, un point c'est tout. Algie, tu veux que j'appelle Doc Surlis, qu'il te donne quelque chose pour dormir ?

- Non, il faut que je continue de fouiller en moi. Pourquoi est-ce que je ne perçois rien de ce parasite ? ! Clio ?

- Il est là, en sommeil. Il n'a aucune raison de se manifester avant de devoir agir, fit la Jurassienne, ses mains sur les temps du jeune homme. Mais nous continuons d'être là, Algie, ne crains rien !

- Si, je redoute surtout que vous ne soyiez les premières victimes, ne serait-ce que pour que le secret de ce passager ailé plein de crocs ne demeure jusqu'à sa révélation ! Laisse-moi fuir, papa !

- Il n'y aucun refuge pour toi, souligna Clio, tristement.

- Et arrête de tourner en boucle avec de pareilles inepties, Algie, sinon je te cogne et je te garantis un long sommeil sans rêve !

- Trop aimable, papa. Pour cela, je ne te remercierai pas !

Alguérande bâilla.

- Je vais me coucher, j'ai l'impression d'être debout depuis des jours !

- Ce n'est pas entièrement faux… Je te souhaite de trouver le sommeil, mon petit.

- Je suis grand, papa !

- Mais tu seras toujours mon petit poussin, que je dois garder sous mon aile de papa-poule !

- Oui, je crois que j'aime ça, mon papa ! Tu as toujours été mon papa couveur, et je t'aime de mon cœur !

Avec un petit sourire affectueux, Alguérande quitta l'appartement de son capitaine de père, regagnant le sien, à pas plus lents et plus lourds à mesure qu'il y parvenait.

« Je t'interdis de gagner en emprise sur moi, je ne veux pas perdre le contrôle ! Va-t'en, saleté de parasite ! Tu ne te serviras pas de moi… Pourquoi j'ai la certitude que c'est un affrontement de volontés perdu d'avance ? ».

- Parce que sur ce point, c'est bel et bien le cas ! rugit un organe puissant, guttural et menaçant autant que victorieux.

Arrivé à son lit, Alguérande s'y écroulant, dormant avant même d'avoir touché l'oreiller.