23.
Dans l'attente de la décision du Conseil de Discipline de la Flotte terrestre, Alguérande avait été consigné sur les terres familiales.
Et bien qu'ignorant si ce n'était pas en pure perte, il avait entrepris de préparer la mission à venir de son Pharaon.
- S'ils décident de te virer, ou quoi que ce soit d'autre, pourquoi te transmettre les détails du vol à venir ? Ou alors, c'est cruel au possible ! grogna Alhannis venu passer le week-end au château.
- Je ne m'étonne plus de rien, soupira de fait son cadet. Mais j'ai à monter ce plan de vol, ne serait-ce que pour aider Gander, ou encore mon éventuel successeur. Car, quelle que soit la décision, c'est la suspension, au minimum.
Alhannis s'approcha de son cadet assis en tailleur sur le tapis devant la cheminée du salon rose.
- Comment tu te sens ? Papa m'a, un peu, raconté. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris ! Il y a « quelque chose » en toi ?
- Pour le peu que je me rappelle, et vu le nom de cet Autel, Morkadem a forcément mis un truc en moi. Dans mes cauchemars, je le sens gagner du terrain, sur ma raison – mais je crains qu'il ne s'agisse néanmoins que de la vérité !
- Tu veux dire que la chose en toi gagne du terrain ?
- Morkadem ne s'est pas risqué dans son plan sans prendre des précautions… Tout comme Pouchy m'avait renseigné sur lui, lui savait qui j'étais. En fait, je suis certain à présent qu'il n'a ranimé les Titans que pour me faire venir !
Alguérande fit la grimace.
- Et dire que je ne peux même pas avoir la forfanterie de me dire que Morkadem m'a choisi parce que pour lui j'étais le meilleur, parce que ce n'est pas vraiment d'une médaille de premier de la classe dont il m'a fait cadeau !
Alhannis risqua un petit rire pour tenter de détendre l'atmosphère.
- Algie, tu n'as jamais été premier de ta classe !
- Ben, justement, ça m'aurait changé !
Alguérande donna un petit coup de coude à son aîné à la crinière incandescente.
- J'ai quand même fini brillamment l'Académie Militaire, je tiens à le rappeler à ta mémoire défaillante !
- Pour moi, il n'y a que les années au Pensionnat qui comptent, quand je pouvais t'avoir à l'œil !
De ses bras, Alhannis entoura les épaules de son jeune frère.
- On est tous là, Algie. On ne te laissera jamais tomber, quoi qu'il t'arrive. Et qu'importe en quoi tu peux te changer !
- Pouchy a déjà annoncé la couleur : un nouveau Dragon en moi. Et je ne peux pas vraiment l'apprivoiser celui-là, il ne songe qu'à me dévorer de l'intérieur pour se libérer.
- Pourquoi ? Qu'y est-il ?
- Aucune idée, Alhie !
Alguérande se blottit contre son aîné.
- J'ai tellement peur, Alhannis !
- Personne ne te fera du mal tant que nous serons là !
- Merci, frérot !
Alhannis serra longuement son cadet qui tremblait de tous ses membres.
Accompagné de Terswhine et Léllanya, Pouchy s'était rendu à l'Arbre de Vie.
- Ah, quand même, j'ai failli attendre ! fit l'intrus blond, portant une armure de métal, un casque au creux du bras droit et tenant une longue lance de la main gauche.
- Rien de ce qui se passe dans mon Sanctuaire ne m'échappe. Mais tu ne semblais pas être une menace, il n'y avait pas de raison de se hâter. Et si tu avais été un danger, l'Arbre t'aurait écrabouillé avant même que je ne perçoive ton écho ! Qui êtes-vous ?
- Et vous ? rétorqua l'inconnu à la longue crinière d'or.
- Je suis chez moi, c'est au visiteur de se présenter ! gronda Pouchy.
- Je suis venu pour accomplir à nouveau ma mission : tuer le Dragon du Nord.
- Ça ne me donne toujours pas ton identité, siffla alors Pouchy qui n'avait plus aucune patience.
- Si, au contraire, jeta Terswhine en s'avançant. C'est un combat sans fin, commencé il y a des millénaires dans une certaine mythologie du passé. Lui, c'est Siegfried, celui qui a jadis terrassé le Dragon Fafnir.
- Oui, et alors ? ! glapit Pouchy. En quoi ça nous concerne ? Que fiche-t-il ici ?
- Fafnir s'est réincarné, laissa froidement tomber le dénommé Siegfried. J'ai donc à l'abattre une fois de plus, comme je le fais depuis des millénaires à chaque fois qu'il trouve un réceptacle suffisamment puissant pour le contenir.
- Je ne vois toujours pas…
- Si, Pouchy, intervint Léllanya. Tu l'as senti quand Alguérande est passé. Ce cinquième Dragon en lui, c'est ce Fafnir !
- Et j'ai à le tuer, conclut Siegfried.
FIN
