Chapitre 2

Lilianne relâche ma main. J'entends à sa respiration qu'elle est sous le choc, bouche bée, abasourdie. Moi aussi. Je m'y attendais un petit petit peu, mais... pas assez. Je me suis entraînée, mais juste " au cas où ".

Je scinde les rangs, sort sur l'allée centrale. Quatre Pacificateurs viennent m'encadrer, mais j'en bouscule un pour gagner moi-même l'estrade. Pas besoin d'escorte, je ne serai pas faible. J'ai déjà un plan. Faire une alliance pour tenir tête le plus longtemps possible aux carrières. Mais pour convaincre les tributs potentiellement intéressants, il faut que je sois forte.

- Dis-moi, quel âge as-tu ?

- 17 ans.

- Quel bel âge... On applaudit bien fort Leeloo Inost !

Quelques applaudissements se font entendre, mais tout cela retombe très vite. Je me tiens droite et toise les caméras braquées sur moi.

- Maintenant, notre valeureux garçon ! Valeureux garçon qui sera... Bran Hutsor !

Tout d'abord, rien. Puis les Pacificateurs viennent chercher un jeune garçon de 14 ans. Il est de taille moyenne, avec une peau pâle, des yeux bleu-gris, des cheveux blond sale en bas des oreilles. Sûrement un fils de papetier. Il tremble de la tête aux pieds et semble sur le point de pleurer. Je le vois se pincer l'avant-bras, pour s'assurer qu'il ne rêve pas.

Le maire entame la lecture du Traité de Trahison. Comme d'habitude, c'est d'un ennui... mortel. Je continue à toiser les caméras, méprisante ( enfin ayant l'air ). Enfin, le maire achève sa lecture et nous demande de nous serrer la main. Je me contente d'une poignée brève puis l'hymne de Panem retentit.

Enfin, une escouade de Pacificateurs nous escortent à l'intérieur de l'hôtel de justice. On nous conduit devant deux portes jumelles. Je pousse celle de gauche et entre dans un petit salon richement meublé. De l'acajou, du velours... Je n'ai jamais vu autant de luxe de ma vie. Je m'assois sur le canapé, mains sur les genoux, et attend.

Ezila, Ilona, Papa et Maman entrent. Ilona se mordille la lèvre, Maman et Ezila pleurent et Papa a les yeux troubles. Je me précipite vers eux et les serre dans mes bras. Ilona est un peu distante.

La vérité, c'est qu'elle ne m'apprécie pas, et ce, depuis ses 7 ans. Quand elle a voulu me suivre dans la forêt et qu'elle a vu ce que je faisais avec Papa. Elle est jalouse, jusqu'à me détester. Et puis, maintenant, ce sera peut-être elle, la favorite. Ilona est méchante, ça existe les personnes comme ça. Dommage que ce soit ma soeur.

J'explique à mes parents et à Ezila que j'ai un plan, que je rentrerai peut-être, qu'il ne fallait pas avoir trop peur. Qu'ils ne commencent à s'inquiéter qu'à mon entrée dans l'arène, rien ne risque de m'arriver avant.

Je les embrasse une dernière fois. Un Pacificateur les fait sortir, Ezila hurle mon nom. Je lui donne une courte étreinte avant que l'homme ne l'arrache de mes bras.

Je me rassois sur le canapé, un peu chamboulée. Je me recompose un masque impassible quand entre mes 3 amies.

Toutes sanglotent, mais Lilianne a l'air vraiment détruite. Je les rassure tant bien que mal, répète la même chose qu'à mes parents. Enfin, Lilianne me donne un petit paquet soigneusement emballé.

- Tu te souviendra de moi et du District avec ça, marmonne-t-elle en sortant, raccompagnée par le Pacificateur.

Je ne déballe pas le paquet, je le ferai dans le train. En attendant, je le fourre dans une de mes poches. Et j'attends.

Enfin, l'heure allouée aux adieux est terminée, on me conduit jusqu'à une belle voiture où attendent le garçon et Vincia. Coincée entre la portière et elle, je fais mentalement mes adieux à mon district.

Dans la fin de matinée sanglante

24 personnes sont en route vers leurs destins

Un seul devra survivre, c'est le jeu

Et les 23 autres périront dans l'arène qui sera leur tombeau

Pour la Gloire du Capitole

Joyeux Hunger Games, et puisse le sort vous être favorable

Les larmes me brûlent les yeux, mais je ne dois pas flancher. Je suis peut-être celle qui survivra. Je veux l'être.

La gare se dessine devant nous. Nous descendons devant le train et patientons devant, histoire d'être filmé. Je me vois sur l'écran géant, hautaine, méprisante, à côté du garçon aux yeux rouges et bouffis.

Enfin, nous pouvons entrer. Vincia nous conduit à nos chambres, puis nous dit qu'elle enverra quelqu'un pour nous emmener au dîner. Je claque ma porte. Enfin seule.

Nous avons un lit, un dressing et une salle de bain rien que pour nous ! C'est encore plus luxueux que l'hôtel de justice.

Je m'assois sur le lit et déballe le paquet. C'est un bracelet où pendent des breloques: un bout d'écorce de bouleau, l'arbre préféré de Lilianne, un minuscule miroir de la taille de mon ongle, deux moitiés de coeur en métal rouge qui sont aimantées et enfin un petit sachet d'humus de la forêt. Une lettre l'accompagne.

Chère Leeloo,

Je t'écris cette lettre en larmes, en attendant mon tour pour te faire mes adieux. J'espère vraiment que tu gagneras ces jeux... Sinon, le Capitole m'aura pris un deuxième être cher.

Ce bracelet, c'est notre district et notre amitié. La terre et l'écorce, le pendentif et le miroir. Tu peux comprendre la symbolique... Nous sommes, à mes yeux du moins, deux moitiés, deux reflets dans le miroir.

J'aurai aimé te faire ce présent en d'autres circonstences, mais la Moisson ne me laisse pas le choix.

Tu sais, j'ai vraiment pensé à un moment, à me porter volontaire pour toi. Pour te sauver. Mais j'ai été faible et lâche, j'ai eu peur. Et puis, tu as tes chances, après tout. J'aurai aimé me sacrifier pour toi, mais hélas... Ma raison me dicta autre chose. Attendre, espérer ton retour, comme pour mon cousin, sauf que cette fois j'aurai pu te sauver. Si tu meurs, je ne survivrai pas, et je te suivrai dans la mort.

Mais, si tu reviens, nous resterons amies. Peu importe ce qui aura changé pour toi, tu resteras ma meilleure amie. A jamais.

Lilianne

Je suis profondément émue. Les larmes me montent aux yeux, et je les laisse couler... avant de me rincer le visage et reprendre ce masque qui ne me quittera plus pendant près d'un mois. Si je tiens jusque là.