Chapitre 7

Nous faisons notre entrée sur le plateau de télévision. Caesar Flickerman, le présentateur depuis un peu plus de 20 ans, nous salue et nous mène à nos places, disposées en arc de cercle face au plateau. Les spectateurs sont en délire, Caesar les salut chaleureusement et annonce le début de l'émission. Cette fois, la fille passe avant le garçon de chaque district. Barbie est donc la première.

- Dis-moi, pourquoi ce surnom, Barbie, Golden ?

- Parce que je suis parfaite.

Que c'est intellectuel, comme réponse. Je me concentre quand même, pour pouvoir peut-être repérer des choses intéressantes. Les tributs ne se démarquent pas trop, rien de nouveau, pas de déclaration :les carrières sont arrogants, les autres terrorisés admirent le Capitole. Seul le garçon du Trois se démarque en affirmant qu'il peut gagner. Autant que je me souvienne, il a eu 6 à l'évaluation d'avant-hier. Mais peut-être qu'il cache ses capacités. Il m'a l'air déterminé, et la lueur malsaine dans ses yeux me fait un peu peur. Je décide de lui accorder du crédit, on ne sait jamais.

C'est mon tour. J'ai les mains moites quand on appelle Leeloo Inost. Je me lève et rejoins Caesar sur le plateau. Il me serre la main et me fait asseoir sur le fauteuil.

- Dis-moi, Leeloo, tu viens du district Sept, le district des bûcherons. As-tu grandi dans la forêt ?

- Presque. Ma maison est à la lisière, mais j'y passe presque toutes mes journées, à aider mon père.

- Et tu aimes ça ?

- Cela ne vous regarde pas.

Le public éclate de rire.

- Tu es farouche, dis donc ! As-tu des amis, dans ton district ?

- Oui.

- Qui sont-elles ?

- Ma meilleure amie s'appelle Lilianne. Elle a mon âge et a perdu son cousin dans les 52eme Hunger Games. Peut-être que vous vous rappelez de lui. Il est mort au Bain de Sang.

Caesar attend la suite, mais je me tais.

- Dis-moi, qu'est-ce qui t'as le plus impressionnée ici, au Capitole ?

- Rien. C'est juste la capitale de Panem, c'est luxueux et patati et patata, et les habitants sont très jolis ( la foule adore ) mais ça ne m'impressionne pas vraiment. Mais faut quand même reconnaître que vous avez bon goût, niveau architecture.

Risqué, comme réponse, mais le public adore.

-C'est comme ton district, donc ?

- Je n'ai pas dit ça. Le Capitole est bien plus noble que les districts, mais ça ne m'impressionne pas. Rien ne m'impressionne.

- Y compris tes futurs adversaires ?

- Rien ne m'impressionne, surtout lorsqu'il s'agit de survivre.

- Tu as une stratégie, pour les Jeux ?

- Survivre.

Nouveaux éclats de rire.

- Penses-tu gagner ces Jeux ?

- Oui. Je peux le faire. Pour Papa, Maman, Ezila, Ilona, mes soeurs, et Liliane.

Le buzzer retentit.

- Et bien, Leeloo, c'est là la fin de notre interview. Bonne chance, et on espère que ta stratégie marchera !

Je vais me rasseoir, soulagée. C'est fini. Je cherche Wendy du regard. Elle me sourit. Je peux presque l'entendre me dire " Beau travail ! ".

Je crois que le public m'a appréciée. J'espère que des gens très riches qui ont de l'argent à dépenser m'ont aimée.

Bran répond par monosyllabes, et accorde à peine un regard au public. On dirait qu'il est... résigné. Cela me rend un peu triste, parce qu'un tribut résigné est un tribut mort. Et, au fond, je suis triste qu'encore un enfant innocent meurt, et cela me rappelle que je vais tuer, et je n'ai pas envie d'y penser. Pas encore. Je compte sur le feu de l'action pour étouffer mes scrupules. Je compte sur les Hunger Gmes pour étouffer mon humanité, au moins deux semaines.


Allongée dans mon lit, le ventre noué par l'angoisse, je pense à Lilianne, au district. Comment se sent-elle ? Son bracelet ne m'a pas quittée depuis qu'elle me l'a offert. Je sens son contact rassurant autour de mon poignet. Avant-hier, Oreste l'a emmené au comité de direction des Hunger Games pour le faire enregistrer en tant qu'objet personnel. Il a été accepté facilement, même si certains Juges ont émis l'hypothèse que les bouts d'écorce pouvaient devenir une arme. Ridicule, mais les Juges ne laissent jamais passer un objet sans un petit peu protester, d'après Wendy.

Je me glisse hors de ma chambre pour rejoindre celle de Bran. Je toque délicatement, mais il ne répond pas. Je soupire; j'ai envie d'insister, mais ma raison me dit d'aller me recoucher. Seulement j'ai envie que Ban se sente moins seul, j'ai envie d'oublier ma propre peur pour le rassurer.

Prenant une grande inspiration, je pousse doucement la porte.

- Bran ?

- Ah, c'est toi.

Bran est assis sur son lit, contemplant le Capitole en liesse.

- Je voulais te dire..., je commence.

- C'est pas grave. De pas m'avoir accepté comme allié et toi ça. Je m'en doutais, au fond. C'est pas comme si j'avais des chances de gagner.

- Bran...

- C'est oublié, j't'en veux pas. T'es une chouette fille, j'pense. Est-ce que tu pourrais me faire une petite faveur ? Si je survis au Bain de Sang et qu'on s'tombait dessus, tu pourrais me tuer rapidement et proprement ? Ca m'éviterai de trop souffrir.

- Ne dis pas ça, tu es peut-être celui qui ga...

- Non. Promets-le moi, s'il-te-plait.

- Je te le promets, je dis en fermant les yeux.

- Une autre chose. Si tu reviens au district, tu dira à ma mère, à mon père et à ma soeur que j'les aime.

- Je le ferai, et même si je meurs je ferai en sorte que ce message leur parvienne.

- Merci.

Il l'a l'air apaisé. Il me sourit, d'un sourire triste.

- C'est drôle, que 23 gamins aillent mourir demain, et qu'ils fassent la fête. A part dans le Un, le Deux et sûrement le Quatre, c'est tirage de gueules dans les districts. Moi, j'ai toujours détesté les Hunger Games. Ils ont pris tant d'enfants... C'est tellement injuste !

- Je sais, je murmure, mais on y peut rien.

- En tout cas, j'tuerais personne, moi. J'ai pas envie de me plier à ces règles stupides de tuer pour pas être tué. Toi, je sais que tu veux survivre, rien que ça. Je la connais, Lilianne, tu sais.

Ah bon ? Première nouvelle.

- Comment ça ?

- Et bien... Son cousin qu'est mort aux 53eme Hunger Games, c'était mon frère.