Chapitre 8
J'avale un petit-déjeuner rapide. Je sais que je dois prendre des forces, avant au moins deux semaines de faim, mais deux petits pains à la confiture et un verre de jus d'orange sont tout ce que je peux avaler. Bran mange en silence, en face de moi. J'évite de le regarder. Je ne pourrais pas le tuer, je ne pourrai pas. Impossible. Lilianne ne m'avait jamais dit que c'était son cousin !
En même temps, j'aurai pu le deviner, si je m'étais souvenue du nom de son cousin mort, duquel je ne me remémorérai que le nom, Woody, et un visage tanné par le soleil. Je me rappelle aussi de la soeur, que je n'ai pas revu depuis 2 ans, une gamine de 6 ans accrochée aux bras de sa mère durant l'enterrement.
Je chasse ses réflexions de ma tête. Je dois me concentrer, je dois me concentrer, je dois me con... Je lutte pour garder le contenu de mon estomac.
Vincia et Wendy m'embrassent, et un Pacificateur me mène à la piste de décollage sur le toit du centre, où je retrouve Oreste. Un hovercraft m'attend; une échelle s'en déroule. Oreste me met la main dessus avant de s'accrocher à moi. Une sorte de courant électrique me traverse, et nous sommes hissés dans l'hovercraft.
Oreste me lâche, mais je reste collée à l'échelle. Une femme vêtue de blanc s'approche.
- Reste tranquille, le temps que je te mettes ton mouchard.
Reste tranquille ? Je ne peux pas bouger ! Je tressaille quand le mouchard est introduit dans ma peau. Sitôt l'opération effectuée, le courant cesse de passer et on me conduit vers un fauteuil.
Il est encore tôt, l'arène est loin du Capitole apparemment. Je me rendors, bercée par le grondement de l'hovercraft.
Je me réveille à peu près dix minutes avant notre arrivée. L'hovercraft se pose et une escouade de Pacificateurs nous conduisent, Oreste et moi, à ma " chambre de lancement ".
- Tu as faim ?
J'hoche la tête, il faut que je mange. Oreste appuie sur un bouton et un bol de céréales sort du mur. Je l'avale sans en sentir le goût, puis me désaltère longuement au robinet.
Je m'installe sur le canapé, à côté d'Oreste. Pendant longtemps, nous gardons un silence gêné, puis, soudain, il le brise:
- Quand j'ai commencé ce métier, je cherchais simplement un gagne-pain. Mais j'ai jamais été pro-jeux, je voudrais que tu saches ça. Je suis même plutôt contre. C'est barbare d'envoyer chaque année 24 enfants pour une guerre dont le prix, en morts, a été suffisamment lourd.
J'acquiese, sans rien dire.
- J'ai jamais été non plus pour une révolte. Je suis pas un révolutionnaire, je n'en pas l'étoffe. Ni le courage, en fait. Je suis un lâche, comme bon nombre de gens à Panem. Mais si ils y en a bien qui pourraient tenter une révolution, ce sont les anciens vainqueurs. Et si cette révolution se mettait en marche, je la soutiendrais de tout mon coeur.
Nous nous levons, et il m'aide à passer mes vêtements. Un T-shirt relativement léger, avec un gros blouson chaud qui se replie en une boule qu'on peut attacher à la taille, un pantalon de toile qui se relève où se rallonge en bas, doté de nombreuses poches, et qui est doublé de fourrure retirable, et des sandales accompagnées d'épaisses chausettes. Donc, plusieurs climats dans l'arène.
Nous nous rasseyons, puis une voix féminine m'ordonne de monter sur la plaque de métal, ce qui sera ma plateforme en haut. Oreste me serre le coude, brièvement, et je sais qu'il est avec moi, mais il ne dit plus rien. Je monte sur la plaque, touche mon bracelet pour me rassurer. Un cylindre de verre tombre sur les bords, et la plaque commence à monter. Je suis plongée un instant dans le noir, puis j'émerge dans l'arène.
60, 59, 58, 57...
C'est une grande île déserte, entourée par la mer. La Corne d'Abondance scintille au pied d'une montagne et nous sommes autour, dans une espèce de " zone neutre ". A l'est, un désert de rocailles. A l'ouest, une grande prairie battue par les vents. Au nord, derrière la montagne, des marécages, et au sud, derrière nous, une petite jungle. Le tout entouré d'un anneau de plages.
41, 40, 39, 38...
Je vois une veste, sur le côté de la Corne d'Abondance, négligeamment posée sur un sac attaché à un sac de couchage. Parfait. Je ne sais pas à quoi servira la veste, mais ça peut toujours être utile. En suite, je récupérerai des couteaux plus un épieu ou une hache et hop, je retrouverai mes alliés.
27, 26, 25, 24...
Bran est à deux plateformes de moi, sur ma gauche. Son visage n'affiche rien, ne laisse rien montrer de ses pensées. Il fixe juste le désert avec intêret. Mmm. Bon choix, qui peut s'avérer tout de même mortel.
11, 10, 9, 8...
7, 6, 5, 4...
3, 2, 1...
0 !
Je bondis littéralement de la plateforme et sprinte. J'attrape le sac, le passe sur mes épaules et saisit la veste. A l'iintérieur, des tas de poches, et des couteaux ! Excellent choix. Je retire le sac, enfile la veste, remet le sac. Les carrières sont en pleine action. J'avise une hache aiguisée à côté de moi ( les habitants du Capitole vont adorer la caricature...) la saisit et m'apprête à fuir dans la jungle ( je vois Epona et les autres qui m'attendent, chacun équipé, derrière les arbres ).
Soudain, le garçon du Quatre est devant moi. Il me barre le passage, et arbore un rictus victorieux, style " je suis le méchant carrière et je vais te tuer..." Merde.
Il brandit un javelot. Il va me tuer, je le sais, je le sens, je le lis dans ses yeux. L'adrénaline déferle dans mes veines, je brandis ma hache, et, l'instant d'après, sa tête atterit à mes pieds.
Je n'attends pas. Sa partenaire de district vient de tuer un tribut, et elle le cherche du regard. Je sprinte vers la forêt. Une flèche de " Barbie " se plante à moins d'un mètre de moi mais j'accélère et retrouve le couvert des arbres.
- On est au complet ! lance Céré ( le garçon du Onze ).
- Les carrières ne sont plus que 5, j'annonce.
Je ne sais pourquoi je dis ça, l'adrénaline se retire, ne reste plus que l'horreur et l'abbattement. Ainsi, c'est ça, mettre fin aux jours de quelqu'un... Se sentir vidé, détruit, désustructuré.
- On bouge, fait Jordan ( le garçon du Dix ).
Je suis le groupe. Epona m'observe avec compassion,et je sais qu'elle me comprend.
