Requiem for a dream
Chapitre 2
Contrairement à Shinichi et Haibara, on avait laissé à Ran le luxe de pouvoir s'asseoir, une faveur qu'elle avait accueillie avec méfiance, la même méfiance dont elle enrobait celle qui la lui avait offerte avec un sourire débonnaire qui ne faisait illusion pour personne.
Un sourire qui avait pris un pli des plus narquois tandis que l'inconnue s'abandonnait à une attitude nonchalante, un coude sur la table et le menton négligemment appuyé sur sa main.
Ran devait exercer une certaine volonté pour ne pas se tortiller sur cette chaise, en partie parce que si son interlocutrice avait été un homme, elle se serait volontiers sentie déshabillée par son regard, en partie parce que la chaise qu'on avait mise à sa disposition avait été ajustée à la taille de celle qui lui faisait face plutôt qu'à celle qui était censé en bénéficier.
Celle qui devait lever les yeux vers le visage de l'autre, c'était une lycéenne, pas celle qui avait été en charge de l'interrogatoire de son ami d'enfance, configuration qui aurait été inversé si les deux femmes étaient restées debout.
Une manière mesquine de compenser quelque chose ? Si elle en jugeait au regard en coin de la petite Haibara sur sa chaise, et au sourire qui faisait planer son ombre sur des lèvres enfantines, Ran n'était pas la seule à le penser.
Un message implicite sur la place qu'elle occupait dans la hiérarchie qui régnait sur cette cellule ?Sans doute, oui…
Un moyen de rationner le peu de confort qu'on daignait encore lui accorder ? Certainement…
Les trois réponses constituant sans doute trois facettes de la même vérité, la lycéenne se désintéressa rapidement de la question.
« Souffrez-vous d'allergies ou de maladie dont il faudra que je tienne compte ? Êtes-vous actuellement sous traitement médical?»
Déstabilisée par une question qui lui paraissait incongrue, Ran demeura sans voix.
« Avez-vous ou avez-vous eu des ennuis cardiaques ? »
Est-ce qu'ils prenaient réellement ça au sérieux ? S'ils avaient pris la peine de la connaître un minimum, ce genre de questions ne leur aurait jamais traversé l'esprit !
« Oui, je sais, c'est ennuyeux, mais il faut bien en passer par là… Ils n'ont pas jugé utile de me donner un troisième dossier, alors je dois faire avec les appendices des deux autres… Accessoirement, quand je pose une question, il faut y répondre immédiatement, vous ne devez pas hésiter, vous ne devez pas réfléchir et vous ne devez surtout pas mentir. Alors, souffrez-vous … »
« Non. »
Après avoir coché quelques cases d'un formulaire, la criminelle plongea la main dans sa veste pour en extirper une télécommande qu'elle actionna d'un air absent.
La fonction de l'appareil ne demeura pas ambiguë une seule seconde aux yeux de Ran, et elle n'avait pas à chercher bien loin pour l'origine de la douleur qui la déchira brusquement, la poussant à se cambrer en serrant les poings… Une douleur qui se relâcha en même temps que la pression du doigt de la tortionnaire sur un bouton, contrairement aux poings d'une championne de karaté.
Si le réflexe de Ran avait été de combler l'ignorance de l'inconnue sur sa biographie, particulièrement le nombre de championnats d'arts martiaux qu'elle avait remporté et son peu de patience envers les criminelles, elle eut la désagréable surprise d'être tirée en arrière par une laisse invisible avant même d'atteindre la table qui était devant elle. La même douleur qui avait repris de plus belle, comme si elle était restée tapis dans l'ombre tel un chien de garde, à l'affût de la moindre tentative de rébellion de la part de celle qu'elle avait sous son emprise.
« Oui, je sais que notre code vestimentaire peut laisser à désirer auprès de certaines… Curieux, après tout on laisse nos employés se vêtir plus ou moins à leur convenance, à conditions d'aimer le noir, mais ce n'est pas ça qui a amené mes collègues à vous mettre ce collier autour du cou avant de vous emmener ici… Une merveilleuse contribution de notre département de recherches… Vous avez même eu une démonstration du mode automatique. Approchez-vous à un mètre de moi, cela recommencera, moins de cinquante centimètres, et il faudra vous réanimer pour reprendre notre conversation… Oh, et bien sûr, la principale leçon à retenir de tout cela, en plus de la futilité de toute tentative d'évasion, c'est qu'il ne faut jamais m'interrompre… et si vous me contredisez, ce sera à vos risques et périls… C'est bien compris ? »
Elle n'avait toujours pas levé les yeux des formulaires qu'elle remplissait d'un air ennuyé, comme pour rappeler à sa patiente qu'elle était loin d'être la première récalcitrante qui avait croisé son chemin.
« C'est bien compris ? »
Ran promena ses doigts le long du cercle métallique qui lui irritait la gorge, tout en maintenant ses lèvres closes, sans cesser pour autant de faire sentir sa manière de penser à celle qui avait daigné la regarder dans les yeux, la poussant à actionner de nouveau un interrupteur, et à maintenir un appareil douloureusement sous tension pendant quelques secondes.
« C'est bien compris ? »
« …oui… »
Une réponse qu'elle n'avait pas offert de son plein gré, mais qu'on lui avait arraché, et elle ne dissimula pas cet état de fait. Cela sembla néanmoins satisfaire sa tortionnaire qui referma une chemise cartonné d'un air satisfait après y avoir glissé ses formulaires.
« Bien, nous allons pouvoir commencer. »
« Vous aviez promis de ne pas la toucher… »
Fermant les yeux, une criminelle adressa le plus innocents des sourire à une fillette en actionnant de nouveau sa télécommande.
« Je n'ai pas touché un seul de ses cheveux là, non ? Mais plutôt que de perdre mon temps en sémantique, je vais concéder le point… en plus de te rappeler que l'insolence est également déconseillée, et que l'interdiction vaut pour tout le monde, même si les sanctions ne sont réservés qu'à une seule personne. »
Relâchant un bouton, et le souffle d'une lycéenne, la trentenaire posa sa télécommande sur la table avant de la faire glisser en direction d'une fillette.
« Ceci étant dit, c'est vrai qu'après tout, je suis supposée sous-traiter ce genre de besogne à une collègue. Heureuse de la voir aussi zélée à me rappeler ses prérogatives. Oh, mais n'oublie pas que si le zèle est encouragée ici, son absence est également réprimandée, alors tâches de ne pas me pousser à te rappeler d'actionner cette commande, compris ? »
Baissant la tête, autant pour acquiescer que pour se mettre à l'abri d'un regard qui ne jugerait peut-être pas son expression assez humble, une petite métisse referma doucement les doigts sur le cadeau empoisonnée qu'on venait de lui faire, avant de s'en emparer d'une main dont l'absence de fermeté ne passa inaperçue ni à sa future victime, ni à celle qui lui donnerait l'occasion de la tourmenter.
« Bien. Oh rassures-toi, je ne compte pas abuser de ce gadget… Eh, au final, même au sens figuré, ce ne sera pas moi qui l'actionnerai. Vous avez même la possibilité de le mettre hors-tension définitivement, au moment que vous voulez. Il suffit de me dire S'il vous plaît…et le reste de ce que je veux entendre…. »
Jusqu'ici ce n'était pas trop difficile à endurer… Elle pouvait y arriver… Mais une deuxième pensée vint s'intercaler entre la première et la conscience d'une lycenne. Jusqu'ici, tout allait bien, oui, mais le plus dur, ce n'était jamais la chute mais ce qu'il y avait au bout, et qui se rapprocherait au fur et à mesure…
« Ah, et ça ne vous… Ca ne te dérange pas trop que je te tutoie ? Après tout, si nous sommes amenés à rester quelques jours ensemble… »
Ran renifla.
« Que je vous dise oui ou non, cela ne changera rien, non ? »
Elle avait fermé les yeux, anticipant une remontrance silencieuse de plus, mais lorsqu'elle se décida à relever ses paupières, après de longues secondes d'angoisse, tout ce qu'elle rencontra fût un sourire affable. La petite Haibara ne s'était pas montré trop sévère, et celle qui lui avait mise cette télécommande entre les mains semblait approuver sa décision aussi bien que la réponse qu'on lui avait donnée.
« On dirait que tu commences à prendre le pli, Ran… Ah, mais suis-je bête, nous ne sommes peut-être pas encore assez intimes pour que je t'appelle par ton prénom ?»
« Nous ne sommes même pas assez intimes pour que je connaisse votre nom… »
« En as-tu vraiment besoin ? Enfin, si tu y tiens tant que ça, tu peux toujours m'appeler O'Brien… Hmm ? Même pas un sourire, ou au moins un soupir, devant la référence ? Alalah, l'éducation actuelle des jeunes filles me fait envisager le pire pour notre pays… Bon, il faudra se cantonner à Houzuki… Et maintenant que tu connais mon nom, tâches de ne pas l'oublier, et surtout tâches de ne jamais l'utiliser sans ma permission, Ran…»
En plus d'avoir un visage, ses tourments avaient à présent un nom de famille. Est-ce que ça les rendrait plus facile à endurer ? Pour ce qu'elle pouvait en voir, une fillette ne semblait pas de cet avis…
« Un problème, Sherry ? »
« Pourquoi…lui donner votre nom ? Ce nom là…»
« Tu as besoin de demander ? C'est vrai que j'aurais pu le dissimuler sous un pseudonyme, après tout, on nous en fourni un pour ça… Mais pourquoi prendre cette peine, dis-moi ? Ceux qui ressortent de cette pièce sont muets comme des tombes sur ce qui s'est passé à l'intérieur, et sur tout le reste, même s'ils ont pu être de vraies commères, l'instant d'avant… Ah, mais je suis sûre que vous êtes différents… Ils le sont tous…au début…A la fin, par contre…»
L'ironie de l'observation ne laissa de doute à personne, mais Ran décida de prendre cela comme un défi à relever. S'ils pouvaient…Si elle pouvait tenir suffisamment longtemps, ils sortiraient tous d'ici, pendant que ce seraient au tour d'autres personnes, en particulier l'une d'entre eux, de goûter aux joies de la vie dans une cellule.
« Oui, vous êtes différents… Je le vois rien qu'à ton regard… Et qui pourrais te détromper ? Il suffit de regarder autour pour deviner le déroulement de l'histoire jusqu'à son dénouement…Ton prince charmant est là, à tes côtés, prêt à admirer le courage de celle qui fait battre son cœur… Et s'il ne trouve pas le moyen de briser ses chaînes pour te porter secours au tout dernier moment, tu auras au moins la noble consolation de le protéger en subissant mes petites mesquineries à sa place… Qui sait, peut-être que ce sera toi qui aura la satisfaction de voir l'expression de surprise sur mon visage, quand tu me mettras la main au collet, pour me montrer, un peu trop tard pour moi, que je n'aurais pas dû te sous-estimer… Cela introduirait un coup de théâtre intéressant, le héros sauvé par la demoiselle qui n'était pas si en détresse que ça… Une si belle histoire… Mais même si c'était la tienne, tu ne devrais pas oublier qu'il faut laisser le temps à la tension de monter. Pour que l'évasion des héros soit un tant soit peu intéressante, il faut que la méchante ait eu le temps de saper leurs espérances petit à petit avant… »
Ne se contentant pas d'accentuer les deux syllabes d'un mot, la trentenaire leva le doigt dans un geste significatif en jetant un regard lourd de sous-entendu à la fillette qui était à sa droite. Un doigt effleura timidement un bouton, mais qu'il soit pressé avec hésitation ou fermeté, le résultat demeurait le même pour une lycéenne…
« Sauf qu'il n'y a pas de héros ici, ma petite… Ni en dehors… J'ai déjà ôté à ton Sherlock Holmes la satisfaction de nous jouer la comédie de la résistance face à l'oppression. Après tout, le courage du héros face à la souffrance devient bien relatif quand c'est une autre qui doit se sacrifier pour ses valeurs… La petite traitresse à ma droite peut s'imaginer autant qu'elle veut qu'elle ne fait que prétendre être des nôtres, que ce n'est pas elle qui choisit de presser ce bouton, elle n'arrivera pas à s'ôter de la tête qu'elle est tout de même responsable de ce qui t'arrive, et qu'il lui suffirait de dire un mot pour que ça s'arrête… Et toi…Je ne vais pas te laisser bien longtemps le luxe de t'imaginer dans autre chose qu'une comédie grotesque… Oh, c'est encore possible de jouer les héroïnes tragiques, quand on fait face à la souffrance et l'injustice, plutôt qu'au ridicule et à la honte…mais cela va changer… pour la simple et bonne raison que je vais commencer mon interrogatoire pour de bon…et qu'au lieu de demander à une gamine de presser un bouton quand je ne serais pas satisfaite de vos réactions, je vais demander à une autre de bien vouloir nous retirer un vêtements qu'elle n'aura plus le droit de porter… et tu renouvelleras l'opération jusqu'à ce je n'ai plus aucune raison de te le forcer…même si les raisons en questions doivent être éparpillés sur le sol de cette pièce plutôt que dans mon carnet de note… »
Si la suggestion colora les joues d'une lycéenne, ce fût pour leur donner la blancheur d'un linceul plus que le teint rosâtre de la pudeur effarouché… Mais le tremblement qui avait agité son corps se concentra sur ses poings.
« Hmm, on rechignes ? Oh, je pourrais toujours demander à mon assistante de s'esquinter une phalange sur ce bouton jusqu'à ce que tu sois plus coopérative, mais cela nous ferait perdre trop de temps, en plus de te donner le beau rôle quelques minutes de trop… Alors, je vais tranquillement appeler quelques-uns de mes collègues pour qu'ils te donnent un petit coup de main… Oh, je ne doute pas qu'ils devront se battre longtemps pour t'arracher tes faveurs, mais ce n'est pas le résultat qui changera pour autant, et après autant d'efforts de leur part, ce serait injuste qu'ils doivent se contenter de se rincer un œil au beurre noir, non? S'il le faut, la totalité des hommes présents dans ce bâtiment te passera dessus, à une exception près, le seul dont tu aurais souhaité qu'il le fasse mais qui sera néanmoins à tes côtés pour ta toute première fois…et toutes celles qui vont suivre… Je pourrais même faire durer ca bien plus d'une nuit, si tu insistes encore… Après tout, j'ai assez de personnel sous la main pour qu'ils puissent largement se reposer sans te laisser pour autant une seule seconde de répit pendant des jours entiers…Ah ? J'ai l'impression que tu as compris que si tu étais prisonnière des pages d'un manga conforme à ta tranche d'âge, il serait plus adapté à un lectorat masculin que féminin, et ceux qui lisent ce genre de publications sordides, ce n'est pas des larmes qu'ils rêvent de verser sur l'héroïne… Si tu t'obstines encore à vouloir jouer les héroïnes, c'est pourtant de cette manière fort peu romantique et admirable que cela va se passer, plutôt que celle que tu t'imagines. Alors, Ran, dis-moi, est ce qu'il y a une héroïne dans cette pièce ? Et je n'aurais pas la patience de me répéter, alors prends au moins quelques secondes pour y réfléchir avant de me donner ta réponse… »
Ce tremblement qui agitait les poings qu'elle serrait jusqu'à s'en faire blanchir les articulations n'avait pas cessé, mais il avait pris une tonalité différente. Et loin de revenir sur son visage, les couleurs avaient reflué un peu plus…
« …non… »
Un murmure qui lui avait échappé, dicté par ce corps que sa propre imagination tourmentait en lui faisant anticiper les scènes que lui avait dépeintes Houzuki, les enrichissant d'une multitude de détails qui n'était vraiment, vraiment pas nécessaires.
« Non ? Non, il n'y a pas d'héroïnes dans cette pièce, c'est bien cela que tu veux me dire ? »
Est-ce que lui donner raison lui épargnerait le châtiment sordide qu'elle avait suspendu au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès ? Ran en doutait, mais pourtant elle acquiesça.
« Alors dans ce cas, n'hésites pas à me le dire à voix haute, Ran. Sinon, je pourrais me faire des idées…par exemple que tu es encore persuadée du contraire…et dans ce cas… »
Que faire ? La prendre au mot ? Cela lui offrirait certes une petite satisfaction, mais s'il y a une chose dont elle ne doutait pas, c'était qu'on lui ferait payer au prix fort, en la prenant au mot à son tour…
« Non…je ne suis pas…une héroïne… »
Une confession qui était un peu trop crédible à ses propres oreilles, mais quelle importance ? Ce n'était qu'une concession… Au pire, elle serait stérile puisqu'on lui offrirait quand même le rôle qu'elle avait fait mine de dédaigner, au mieux, cela lui épargnait une épreuve qu'elle n'était pas encore certaine d'endurer, pour la ramener dans le giron confortable d'un défi qui était encore à sa hauteur. Un défi auquel elle n'avait pas renoncé… L'essentiel, ce n'était pas la bataille perdue mais l'issue finale du conflit, non ?
Ran n'arrivait pas à se défaire de la désagréable sensation qu'elle était transparente aux yeux de son adversaire, alors même qu'on lui laissait encore le droit de conserver ses vêtements. Et en retour, les pensées de cette femme lui étaient on ne peut plus transparente.
Oui, c'est juste une petite concession futile…ça ne t'engage à rien… Tu n'es pas la première à le penser…mais je suis sûre que, malgré ça, tu es différente…
« Si tu n'es pas une héroïne, tu n'as pas besoin de te draper dans ta dignité face à moi…au sens figuré comme au sens propre…et si je te demande de te déshabiller, devant moi, pour que tu aies une tenue plus appropriée à ce que tu es, à savoir rien, tu ne protesteras pas ,n'est-ce pas ? »
Un geyser de révolte commença à s'immiscer dans la conscience d'une lycéenne, faisant monter sa pression sanguine, congédiant ainsi la pâleur de l'angoisse pour laisser place au rouge de la colère face à l'insulte, Ran s'efforça néanmoins de serrer les dents en gardant le silence. Si une partie d'elle intimait silencieusement sa tortionnaire d'aller un peu trop loin en testant les limites de sa victime, une autre priait pour que l'absence de parole soit prise comme un signe de consentement.
Malheureusement ou heureusement pour elle, ce ne fût pas la meilleure partie de sa personne qui vit ses prières exaucées.
« Bien, puisque personne n'a la moindre objection, nous allons pouvoir… Oh ? On dirait que tu as envie de nous dire quelque chose depuis quelque temps, monsieur le détective ? N'hésite surtout pas… Tu es là pour ça. Et si je prends trop de temps pour effeuiller ta belle orchidée, il ne tient qu'à toi d'accélérer la procédure… Alors ? Est-ce que tu as le moindre problème avec la manière dont les choses se passent, ici ? Ta petite camarade commence à être en sueur, et ne demanderais pas mieux que de retirer sa veste, donc ne te retiens pas… »
L'affrontement silencieux ne se cantonnait pas à l'extérieur mais s'immisçait dans la conscience de Ran, la scindant en deux… Celle qui se retenait de se tourner vers un ami d'enfance pour le supplier de ne pas provoquer son adversaire, et celle qui se reprochait d'être aussi faible, alors qu'elle avait promis de tout endurer si cela pouvait apporter une minute de plus à celui qu'elle aimait…
« Allons, Ran, tu as franchi la première base devant nous sans trop de problème… Pourquoi reculer devant la seconde ? Les circonstances ne sont pas à ton goût ? Demande gentiment à l'élu de ton cœur ou ma petite assistante, et je changerais ça… Je vous offrirais une belle petite chambre, avec salle de bain, une garde-robe bien fournie, un lit à baldaquins et pas l'ombre d'une caméra de surveillance… Pour lever le doute, j'en murerais moi-même la porte, brique par brique pour vous démontrer que nous ne viendrons plus jamais vous déranger… Il y aura deux fioles de poison sur la table de nuit pour vous laisser jouer les rôles de Roméo et Juliette quand vous serez enfin parvenu au bout de votre lune de miel… Il pourra te consoler, te réconforter, s'excuser et se faire pardonner autant que tu le voudras… Tu t'éteindras en douceur, dans une scène délicieusement émouvante comme tu as du en rêver, en t'assoupissant dans les bras de ton prince charmant… Est-ce que ce n'est pas une fin heureuse ? Ce n'est pas celle-là que tu désires ? Garde la possibilité en tête avant que je ne t'offre une fin digne d'une héroïne… »
Si le but avait été de pousser une jeune fille dans les bras de la tentation vers laquelle elle inclinait, cela avait plutôt abouti au résultat inverse… Dans le cas improbable où cette promesse avait été sincère, et Ran aurait éclaté d'un rire jaune à cette idée, ce n'était vraiment pas de cette manière qu'elle voulait passer ses derniers instants auprès d'un ami d'enfance…
Elle poussa même le vice, ou plutôt la vertu, jusqu'à se dépouiller d'elle-même de sa veste pour la disposer sur le dossier de sa chaise, avant de croiser les bras dans une expression glaciale que sa mère n'aurait pas renié.
« Nous verrons bien si tu dédaignes encore la proposition à la fin… Bon, monsieur le détective, puisque tu n'as apparemment aucune objection qui te vienne en tête finalement, commençons. J'ai pris la peine de lire suffisamment de romans policiers et de journaux où tu faisais la une pour savoir qu'un détective ne résout par un meurtre par intuition ou accident… Il ne faut pas contredire les vieilles traditions de monsieur Knox, n'est-ce pas ? Ne me dis pas que tu avais récolté suffisamment d'indice sur les lieux de notre dernier crime, le simple fait que tu y étais présent pour les recueillir, avant même qu'il soit commis, est un indice en lui-même. Alors qui parmi nous a été suffisamment indiscret pour te glisser un mot de trop à l'oreille ? »
Cette fois, Ran succomba à la tentation de tourner la tête vers son camarade de classe. Non pas pour l'inciter à ne pas mettre autre chose que la vérité à nu, mais pour lui adresser un sourire qui se voulait encourageant. Un petit luxe dont Shinichi n'avait visiblement pas encore les moyens de se passer, mais il s'efforça de s'y appuyer tandis qu'il rendit son sourire à son amie d'enfance, avant de lui donner le pli arrogant qui l'avait si souvent irrité jusqu'à présent…jusqu'à présent, puisque ce n'était pas seulement à elle qu'il l'adressait…
« Personne. Est-ce que Sherlock Holmes a attendu tranquillement que Moriarty lui poste gentiment les indices qu'il lui fallait ? »
Fermant les yeux, dans l'expression lasse de celle qui sentait sa patience s'éroder face à l'insolence de l'insupportable gamin dont elle devait assurer la garde, et qui la mettait au défi de lui donner la gifle que ses parents s'était réservé, Houzuki les rouvrit l'instant suivant, pour contempler Ran d'une manière qui aurait convenu à une gamine cruelle qui avait trouvé une nouvelle farce pour tourmenter sa baby-sitter impuissante.
« Je vois…et je n'en crois pas mes yeux, je te l'avoue bien volontiers… Mais j'imagine que je n'ai personne d'autre à blâmer que moi-même. Avec la carotte que je suis en train de te tendre, j'imagine bien que tu as d'excellentes raisons de trainer des pieds… Mais une promesse est une promesse, alors, Ran, donnes sa petite récompense à ton héros… Et non, ne sois pas pingre au point de ne lui donner que ta cravate, retires-moi aussi cette chemise tant que tu y es… »
Les doigts d'une lycéenne s'étaient bien portée jusqu'à une cravate au couleur de l'espérance, mais la manière dont elle agrippait la lanière de tissu n'était guère appropriée à une jeune femme prête à se dénuder timidement devant celui qu'elle aimait, elle donnait plutôt l'impression qu'elle mettait quelqu'un au défi de la lui ôter.
« Si tu tardes trop, ce n'est pas seulement ta chemise que tu vas laisser à notre petite partie de poker…et si tu continues de me faire la sourde oreille, je te délivrerais bien du fardeau de te déshabiller devant moi…pour le confier à d'autres qui se feront une joie de t'aider… Mais si tu penses que ce serait finalement plus facile comme ça… Personnellement, la méthode m'importe peu, le résultat sera le même au final, alors je peux bien te laisser cette décision… »
Ce fût l'angoisse qui remporta son bras de fer avec la fierté dans la conscience de Ran, une fierté qui continua néanmoins de se défendre tandis qu'on l'abaissait, petit à petit. La main qui ôta une cravate le fît avec la brutalité de celle qui pliait peut-être face à l'injustice, mais ne poussait pas le vice jusqu'à s'excuser auprès de son bourreau pour son manque d'empressement à le faire, lui faisant comprendre, au contraire, que pour ce prêté, il y aurait un rendu.
« Au cas où tu l'aurais oublié, ce n'est pas pour mes beaux yeux que tu te déshabilles… Donc tourne-toi vers ton petit ami, et mets-y plus d'entrain… Il a dû en rêver longtemps de ce moment-là…et je ne pense pas que dans le théâtre de ses petits phantasmes indiscrets, où il te déshabillait contre ton gré, il t'imaginait comme la victime d'un de ses chantages, qui ne lui cachait pas son mépris à défaut de pouvoir lui cacher tout le reste… Enfin, on ne sait jamais, peut-être qu'il a plus d'une raison douteuse de garder le silence… Peu importe, ce n'est pas moi qui ait commandé que tu lui fasses cette petite cérémonie intime, alors tournes-toi vers ton client et taches de le convaincre d'être un peu moins pingre avec ta mère maquerelle…»
Paradoxalement, et contrairement à ce qu'elle s'était imaginé, le regard d'un ami d'enfance horrifié pouvait susciter plus d'angoisse que celui d'une criminelle qui buvait vos souffrance à petite gorgée. Ran en fît la douloureuse expérience, tandis qu'elle se levait de sa chaise pour se retourner vers Shinichi…
« Non, non, non, ce n'est pas encore ça… Regardes-le, tu crois qu'il a payé pour une petite vierge effarouchée qui le regarde au bord des larmes ? Allez, Ran, fais-lui un sourire… Oh non, pas le petit sourire de celle qui voudrait bien lui dire que ça ira, qu'elle peut y arriver et qu'il n'a pas à se sentir coupable… Essayes plutôt de lui demander s'il apprécie le spectacle… Hmm, presque, ça… Mais il faut que ça soit une question toute rhétorique…Tu n'es pas censé joué le rôle de celle qui a besoin d'être rassurée pendant le grand soir, tu l'as dédaigné quand je te l'ai proposé… Tout ce qu'il te reste, c'est celui de la petite trainée qui savoure le malaise du petit pervers à qui elle donne ce qu'il n'a jamais eu le cran de lui demander en face… Ooohhhh ? J'ai touché un point sensible que vous avez en commun, on dirait… Mais si tu tiens tellement à jouer les héroïnes ou les victimes, Ran, ce rôle-là, que tu as aussi dédaigné tout à l'heure, je peux encore te l'offrir…et tu ne seras plus la trainée de ton petit pervers, mais la catin qu'il ne voudra plus effleurer avec un bâton…en admettant seulement qu'elle laisse encore un homme s'approcher d'elle à la fin… C'est vraimennnt ce que tu veux ? Et cette fois, celle qui ne dit mot consentira…»
Ran n'était pas la seule à s'être levé, et si la tortionnaire respectait la frontière invisible qu'elle avait édictée, en se tenant à un mètre de sa victime, elle s'était penchée pour en effleurer le bord le plus possible…et même si elle devait lever la tête en direction d'une lycéenne pour la regarder les yeux dans les yeux, cela ne l'empêchait absolument pas de la regarder de haut…
« ..n..non.. »
Houzuki porta une main à son oreille en guise de cornet acoustique.
« Noooonnn ? C'est bien ce que j'ai entendu ? Dis-le plus fort, je ne suis pas sûre qu'il ait entendu aussi… »
« Non. »
En contraste avec ses lèvres tremblotantes, le regard d'une lycéenne s'était endurci tandis qu'elle transperçait celui qui la regardait par-dessus l'épaule d'une criminelle, au point qu'on était en droit de se demander à qui elle signifiait un refus.
« Donc, puisque ton rôle actuel te convient, tu vas t'efforcer de le jouer correctement, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Parce que si je ne te trouve pas à la hauteur…Allez, retires-moi cette chemise, lentement… »
Est-ce que la chemise d'un uniforme scolaire comptait trop ou pas assez de boutons ? Ran oscilla entre deux réponses contradictoires avant que la question ne soit définitivement futile.
« Maintenant, dénudes-nous une épaule…et tant qu'à faire, fait glisser la bretelle d'un soutien-gorge, tu ne le garderas pas très longtemps parti comme c'est, alors autant prendre un peu d'avance… Ton sourire, Ran… Bon, le cœur n'y est visiblement pas, mais c'est passable… Demandons l'avis du jury… Est-ce que le spectacle te convient, mon garçon ou est-ce que la candidate va être recalée ? »
Un soupir de soulagement se débâtit douloureusement dans les poumons d'une lycéenne, tandis que sa Némésis se retournait pour faire face à sa seconde victime. Une victime sur le visage de laquelle l'horreur se maintenait encore, même si le dégoût et la colère l'en avait presque définitivement congédié.
Mais si Shinichi prît son inspiration, ce ne fût pas pour relâcher son propre soupir ou la moindre supplication.
« Est-ce que vous avez déjà ressenti cette sensation insidieuse et répugnante lorsque vous avez contemplé les serpents dans leurs cages, au zoo, Watson ? Contemplé ces créatures venimeuses, aux écailles luisantes, avec leurs yeux débordant de malice et leurs figures démoniaques ? Eh bien, c'est cette impression que Milverton me laisse sur son passage. J'ai eu affaire avec une cinquantaine de meurtrier dans ma carrière, mais le pire d'entre eux n'a jamais suscité la répulsion que m'inspire ce concitoyen. Je vous aie dit que c'était le pire individu à avoir arpenté le sol de Londres, et je vous le demande, comment peut-on comparer la crapule qui poignarde ses congénères sur un coup de sang, avec celui qui va, méthodiquement et en savourant chaque étapes du processus, torturer l'âme et tourmenter les nerfs, dans le seul but d'accroitre une fortune qui n'est déjà que trop élevée ?»
S'il avait emprunté les mots du détective de Baker street, son successeur n'avait pas eu besoin de les colorer avec d'autres sentiments que les siens, le dégoût et le mépris qui avait suinte de ses lèvres n'avait rien de fictif ou même de forcé. De fait, Shinichi n'avait jamais été aussi proche de son idole, quand bien même il n'en ressentait pas la moindre fierté.
« Hmmm… Tu as amputé la diatribe de ton maitre à penser d'une phrase essentielle, mon garçon… Et pourtant, je suis forcé d'avoir affaire avec lui, car c'est sur mon invitation qu'il se présente à ma porte. Est-ce queje suis venu chercher ton amie d'enfance au beau milieu de la nuit pour la traîner jusqu'ici ? Non, elle est venue se jeter d'elle-même dans nos filets… Oh, je veux bien croire que sa participation à notre dernier fiasco n'était pas de ton cru, mais si elle a pu se jeter dans la gueule du loup comme ça, c'est bien parce que tu ne l'avais pas tenu suffisamment éloignée de toi pour la mettre à l'abri de cette tentation, non ? Tu voulais jouer les Sherlock Holmes, mais si tu avais un docteur Watson, il n'a visiblement pas réussi à te sevrer de ton héroïne…et c'est bien pour cela, que maintenant, je peux te tourmenter en t'agitant cette amante ingrate sous le nez, pour mieux te rappeler que c'était hier et non pas demain qu'il fallait que tu t'arrêtes avant d'avoir franchi la ligne… Tu l'as voulais à tes côtés, et c'est exactement ce que tu as obtenus…Et si tu avais le courage d'admettre devant elle que le seul Sherlock Holmes qu'elle pourra jamais rencontrer en ce monde, il ne sera que dans les pages de Sir Arthur Conan Doyle, elle arrêterait sur le champs de se hisser douloureusement sur la pointe de ses petit pieds, pour se maintenir à une hauteur qui est trop élevée pour elle, en menaçant de lâcher prise à chaque seconde… Alors, mon garçon, sois assez adulte pour nous ôter nos dernières illusions, est-ce qu'il y a une seule personne à la hauteur de Sherlock Holmes dans cette pièce ? »
Il avait fermé les yeux pendant la lecture de cet acte d'accusation à son nom. Etait-ce pour dissimuler la culpabilité qui n'aurait pas manqué de s'y refléter avec le visage d'une femme ? Non pas celle qui lui susurrait ces paroles mais celle qui partageait ses tourments… Celle qui regrettait presque de n'avoir pas su se contenter d'une voix au téléphone …
Shinichi se décida néanmoins à les rouvrir, pour fusiller son interlocutrice du regard à défaut de lui répondre, poussant une criminelle à battre en retraite en levant des mains conciliantes.
« Bon, je ne vais pas insister, après tout, il est vrai que dans l'histoire que tu nous a cité, ce n'est pas Holmes qui a mis fin à la carrière de Charles Auguste Milverton, mais une de ses victimes… Mais ce rôle-là, ta dulcinée peut-elle s'y hisser ? »
Les quelques pas qu'elle avait effectué en arrière avait franchi une ligne invisible, détruisant en un instant l'équilibre d'une lycéenne et la faisant chuter du piédestal où elle se maintenait tant bien que mal, pour mieux heurter une réalité aussi dure et crasse que le sol d'une cellule.
« Ohhh, toutes mes excuses, je suis tellement distraite que j'en oublierais ma pauvre tête si elle n'était pas sur mes épaules…D'un autre côté, cela réponds amplement à ma question, je crois… N'est-ce pas, Ran ? Si tu veux réussir là où ton Sherlock Holmes a échoué, il va falloir que je demeure à portée de main, pour que tu puisses me donner la petite correction que je mérite. Mais si tu n'es pas la victime de trop, il va falloir que je m'éloigne pour profiter du spectacle pitoyable que tu vas nous offrir… Alors est-ce que tu es la toute dernière…ou simplement une de plus, qui devra patienter jusqu'à celle qui sera vraiment différente de toutes les autres? »
Serrant les dents, Ran rampa péniblement sur le sol, s'efforçant de maintenir le cap au milieu de l'océan de souffrances qui ondulait à une fréquence à l'extrême limite du supportable. Centimètres par centimètres, elle se rapprochait de la source de ses tourments… Avec un peu de chance, et beaucoup de détermination, elle pourrait faire partie des rares exceptions qui s'était tenue éloignée d'une moyenne de cinquante centimètres, sans s'évanouir, et sans se mettre hors de portée d'un despote.
Même si elle y parvenait, cela servirait-il à quoi que ce soit ? Après tout, dans ces conditions, sa maitrise du karaté ne lui serait d 'aucun secours…mais si elle agrippait la jambe qui n'était qu'à quelques dizaines de centimètres de sa main, une tortionnaire goûterait sans doute à sa propre médecine, lorsque l'électricité trouverait un autre corps où se déverser que celui où on la confinait…
Un espoir qui s'ébrécha quand une criminelle fît un pas en arrière en la regardant d'un air amusé …sans pour autant se briser… Tôt ou tard, l'une d'entre elles se brûlerait à force de jouer avec le feu, et tant que la perdante pouvait être le principal obstacle entre ses proches et la liberté, cela valait le coup d'essayer… Cela…valait…la peine…d'essayer…
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Shinichi se mordilla les lèvres en contemplant le corps inerte d'une camarade de classe… Est-ce qu'il venait de vivre son pire cauchemar alors qu'il était encore éveillé ? Ou bien, au contraire, est-ce que les paroles énigmatiques d'une petite cynique allaient prendre un sens différent, lorsqu'une lycéenne se détendrait comme un ressort pour agripper celle qui s'était agenouillé pour se pencher sur son cas, après avoir dicté une combinaison de touche à son assistante involontaire?
Le cœur d'un détective manqua un battement devant le soupir de la criminelle qui venait d'achever ses examens médicaux.
Il demeura suspendu aux lèvres qui avaient franchi ce soupir tandis qu'elle transmettait des ordres, par l'intermédiaire d'un téléphone portable.
Des minutes interminables s'écoulèrent, avant que la porte de la cellule ne s'ouvre pour laisser le passage à d'autres criminels, et la civière qu'ils faisaient rouler sur le sol.
Une seule chose demeurait certaine, une organisation criminelle allait le séparer de son ami d'enfance une fois de plus, mais le flou demeurait sur la destination de cette civière… La morgue ou l'infirmerie ?
Paradoxalement, Shinichi remercia le ciel de voir sa camarade de classe sanglée sur le lit qu'on daignait lui offrir. C'était les inconscientes qu'on restreignait, pas les mortes…
« Elle n'est pas si différente que cela au final…même si je ne lui ait pas démontré de la manière que je voulais…mais ce n'est que partie remise … Bonsoir, monsieur Holmes, nous reprendrons notre conversation quand ta petite amie sera en état d'y assister avec nous… mais si tu préfères que ce soit toi qu'elle voit à son chevet à son réveil plutôt que moi, tu n'as qu'un mot à dire… Non ? Tant pis pour vous… Mais rassures-toi, tu la reverras très bientôt… beaucoup trop tôt à ton goût, crois-moi… »
Et pour la première fois depuis des mois, Shinichi apprécia d'être séparé d'une amie d'enfance tout en demeurant sous le même toit qu'elle.
Ce n'était plus d'une organisation criminelle qu'il avait peur… c'était de celle qui pouvait être plus forte…ou plus faible qu'il ne le croyait…sans qu'il parvienne à décider laquelle des deux alternatives il désirait le plus…
